Je cherche le Tome I du numéro 01 à 306
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345.—Les plaies glorieuses. |
L'apparition à Thomas nous permet d'affirmer que même après sa résurrection Jésus a voulu conserver les plaies des mains, des pieds et du côté. Pourquoi pas aussi celles de la tête qui auraient brillé comme une couronne de pierreries ? pourquoi pas celles de tout le corps ? Il ne nous appartient pas de répondre.
Mais nous pouvons trouver de nombreuses raisons qui expliquent pourquoi Jésus a conservé ces cinq plaies et leur a donné un éclat particulier. C'est qu'il veuf confirmer ses disciples dans la foi en sa résurrection, leur montrant que c'est bien le même Jésus mort en croix qui est de nouveau vivant au milieux d'eux. Ses plaies sont un témoignage de l'oeuvre de la Rédemption. Il en a orné sa chair radieuse comme de joyaux d'une inestimable valeur, pour faire comprendre à tous le prix qu'il attache à ses souffrances et à sa mort. Elles seront pour son divin Père un rappel constant de ce qu'il a enduré pour apaiser sa justice, pour obtenir le pardon des coupables et leur rouvrir les portes du ciel; pour les élus elles seront un sujet d'éternelle allégresse; pour les damnés au jour du Jugement, un sujet d'horrible confusion; pour les chrétiens sur la terre, un mémorial de sa Passion, un refuge assuré dans leurs afflictions et leurs dangers, une invitation continuelle à son amour et à son imitation. Et en effet la contemplation des plaies glorieuses du Christ est l'une des plus encourageantes, des plus douces qui soient pour les âmes ferventes. Depuis les débuts du christianisme elle est devenue une dévotion très chère; elle a inspiré des actes de générosité et d'amour héroïques. Les Saints ne pouvaient détacher leurs regards de ce spectacle si bienfaisant et l'Église encourage à réciter les belles prières qu'ils ont composées pour honorer les cinq plaies du Sauveur et obtenir par elles toutes sortes de grâces. Mais la plaie du côté a été sans conteste la plus vénérée, la mieux contemplée, car elle dévoile au monde les trésors de charité infinie qui se trouvent cachés dans le Sacré-Coeur; elle est devenue pour un grand nombre d'âmes un tabernacle délicieux où elles vivent dans la plus douce intimité avec leur divin Époux.
Pourquoi cette dévotion ne serait-elle pas nôtre aussi ? Tâchons de mériter, par la pureté de notre vie et la ferveur de notre charité, d'être enfermés à notre tour dans les plaies de Jésus. Nous y trouverons la lumière pour notre intelligence, la force pour notre volonté, la paix, la joie, la consolation, l'amour pour notre coeur, la santé pour notre corps, la sainteté pour notre âme, et nous y serons heureux en attendant le ciel. |
346. — Le mensonge des Juifs. |
La preuve de la résurrection de Jésus devient de plus en plus évidente à mesure que se multiplient ses apparitions. Les disciples sont affermis dans la foi, des conversions se font déjà chez quelques âmes droites et jusque chez les prêtres juifs, au témoignage des Actes (VI, 7). Quelle attitude prennent les Sanhédrites et les Juifs ((fidèles» en présence des faits et des apparitions divulgués à Jérusalem et jusqu'en Galilée ?
Au matin de la résurrection, les gardes, terrifiés par le tremblement de terre et la vue de l'ange, s'enfuirent aussitôt et annoncèrent aux Princes des prêtres ce qui était arrivé. Ceux-ci alla ient-ils les réprimander ? Mais le tombeau était vide et leur surveillance n'avait pas été trouvée en défaut; ils juraient qu'aucun disciple ne s'était approché et le personnage qui se fit voir à eux ne pouvait être qu'un esprit armé de la puissance divine. Les prêtres sont saisis d'une vive anxiété. Il est donc vrai que le Nazaréen est ressuscité comme il l'avait prédit ! Il serait donc plus qu'un homme, le Messie, le Fils de Dieu ? Et alors ils se seraient criminellement com portés à son égard ! Quand Pilate saura cela, comment les traitera-t-il ? Et la foule des Juifs qui a été entraînée par eux à exiger la mort de Jésus ne va-t-elle pas se ruer contre eux et les massacrer ? Ces réflexions sur leur intérêt personnel suffisent à éteindre toute étincelle de foi qui pourrait s'allumer dans ces cœurs méchants. Non, ils ne s'inclineront pas devant la divinité du Naza réen, ils déploiront toute leur ruse pour empêcher les Juifs d'y croire. Ils rassemblent donc les Anciens, et, ayant pris conseil, ils donnent une grosse somme d'argent aux soldats en leur disant: ((Publiez que ses disciples sont venus de nuit et l'ont enlevé pendant que vous dormiez. Et si le gouverneur vient à le savoir, nous l'apaiserons et nous vous mettrons à couvert». Les soldats prennent l'argent et font ce qu'on leur a dit. (Math., XXVIII, 11-16). Voilà donc que par un mensonge aussi criminel que ridicule ils mettent un bandeau devant les yeux de leurs coreligionnaires et arrivent à se persuader eux-mêmes de la vérité de leur mensonge. Les soldats, fiers de leur or, sacrifient volontiers la vérité qu'ils connaissent, et les Juifs gardent encore assez de haine contre Jésus pour récuser les témoignages les plus accablants et croire à l'impossible version des soldats. Ils dormaient et ils prétendent avoir vu ? Ou ils n'ont rien vu et ils témoignent ? Ou encore ils ont vu les voleurs et ils ne les ont pas arrêtés ? Mais pourquoi n'a-t-on pas poursuivi ces profanateurs de tombeau et appliqué le châtiment qu'ils méritaient ? Ne voulant pas croire à la réalité, ils se contentent du mensonge. Le bruit que répandirent les soldats s'accrédita, il devint un dogme pour les Israélites qui continuent d'y croire, hélas ! après vingt siècles.
Triste leçon pour nous tous. Plutôt que d'avouer humblement leur erreur et leur crime, plutôt même de sacrifier leur vie en réparation de leurs fautes, les Sanédrites ont préféré divulguer le mensonge et empêcher la lumière d'arriver à l'âme de leurs fidèles. Craignons de sacrifier les vérités éternelles à un vulgaire intérêt du moment. Ayons plutôt le courage de tout donner pour rester fidèles à notre foi et à notre devoir. |
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347. —La récompense du Christ. |
Après sa Passion, Jésus s'est montré plein de vie, donnant à ses disciples des preuves nombreuses de sa, résurrection, leur apparaissant pendant quarante jours et les entretenant du royaume de Dieu. (Act., I, 3), Sa mission est terminée ici-bas; l'heure est venue pour lui de remonter vers son Père, de recevoir la récompense méritée par ses souffrances, de commencer sa mission céleste auprès de l'humanité jusqu'au jour où il viendra de nouveau près d'elle pour la juger.
Les disciples, sur l'ordre de Jésus, sont revenus de la Galilée à Jérusalem. Une dernière fois le Maître a mangé avec eux, au Cénacle. Puis il se lève, descend, comme en la nuit douloureuse, les ruelles en escalier, traverse le Cédron, dépasse Gethsémani et gravit le sommet du mont des Oliviers. Il fait à ses bien-aimés ses dernières recommandations; il donne à sa divine Mère un long et amoureux regard, puis lentement il se met à monter. Il aperçoit Béthanie et le tombeau de Lazare, Jérusalem avec le Temple et le Golgotha; plus loin, Bethléem; de l'autre côté, le mont de la quarantai ne et le Jourdain; maintenant le lac de Génésareth s'offre à sa vue avec sa nappe tranquille qui reflète le ciel, Nazareth aux si doux souvenirs, toute la Galilée , toute la Terre qu'il a visitée et sanctifiée par sa présence. Il entre bientôt dans un nuage lumineux qui l'enveloppe tout à fait. Les disciples qui tiennent toujours leurs yeux fixés en haut aperçoivent deux messagers vêtus de blanc qui viennent leur dire: «Hommes de Galilée, pourquoi vous arrêtez-vous à regarder le ciel ? Ce Jésus qui, du milieu de vous, à été enlevé au ciel, en viendra de la même manière que vous l'avez vu monter». (Act., I, 9-12). Pendant ce temps le Fils de Dieu, escorté de légions d'anges, suivi d'une armée de justes, voit s'ouvrir à deux battants les portes du ciel et son Père vient au-devant de lui pour lui offrir solennellement le trône qui est à sa droite. Des myriades d'anges l'entourent, lui disant d'une voix forte: (L'Agneau qui a été immolé est digne de recevoir la puissance, la richesse, la sagesse, la force, l'honneur, la gloire, la bénédiction». Et toutes les créatures qui sont dans le ciel lui répètent en choeur: «A Celui qui est assis sur le trône et à l'Agneau, louange, honneur, gloire et puissance dans les siècles des siècles ! (Apoc., V, 11-14). L'Humanité du Christ est glorifiée, elle est heureuse pour toujours, car elle a racheté le monde et a mérité pour elle-même et pour lui une félicité sans fin. De même que la résurrection du Christ est le gage de notre propre résurrection, de même son ascension vers la gloire est l'annonce de notre propre glorification.
Jésus au ciel nous prépare un trône et une couronne, mais nous ne les mériterons que si nous combattons selon toutes les règles, comme lui. Il a fallu que le Christ souffrit et qu'il entrât ainsi dans la gloire; il faut que le chrétien souffre avec lui ici-bas s'il veut mériter d'aller le retrouver là-haut. La terre me paraît méprisable lorsque je regarde le ciel, disait un saint; la souffrance me semble légère, disait un autre, lorsque je considère l'infini dont elle est récompensée. Que la résurrection de Jésus affermisse notre foi; que son ascension stimule notre espérance; que son amour vivifie notre charité, nous rende forts comme la mort pour
consommer en nous l'oeuvre de la Rédemption et mériterque tous les fruits nous en soient appliqués.
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348.—Marie et le chemin de la croix. |
Après que Jésus fut remonté au ciel, la très sainte Vierge dut se sentir bien seule ici-bas. Entourée pourtant de coeurs inlassablement fidèles, dont en premier lieu son fils et prêtre Jean, elle vécut par le désir dans le ciel où régnait Jésus et elle attendit vingt ans environ l'heure d'aller le rejoindre. Toujours unie à Dieu dont elle accomplit la volonté, elle continua sa mission auprès des apôtres qui la visitaient souvent et venaient puiser dans son coeur maternel les trésors de foi, d'amour et d'énergie dont ils avaient besoin pour organiser et étendre l'Église naissante. Elle ne voulut plus quitter Jérusalem, qui lui rendait toujours vivant le mystère de notre Rédemption, et Jean se procura une modeste demeure près du Cénacle où il la garda toujours avec lui.
Le matin elle assistait au Saint Sacrifice que célébrait l'apôtre bien-aimé; elle recevait sacramentellement ce même Jésus qui était la chair de sa chair; d'une communion à l'autre les saintes espèces se conservaient miraculeusement dans sa poitrine. Cette faveur que Jésus accorde à certaines âmes mystiques, il ne dut pas la refuser à sa Mère. L'après-midi, elle faisait son chemin de croix. Partant de Gethsémani où son Fils avait sué le sang et accepté son calice, elle montait lentement la colline pour s'arrêter aux abords du Prétoire et se remémorer les scènes de la flagellation, du couronnement d'épines, de la condamnation à mort; elle continuait sa route à travers les ruelles grouillantes en murmurant des prières d'adoration et de réparation. Les habitués l'observaient religieusement et retenaient à son passage la parole qu'ils avaient sur les lèvres. Arrivée au Calvaire, elle s'agenouillait longuement, pleurait des lar mes douces et consolées autant qu'avaient été amères celles d'autrefois, demandait pardon à Dieu en consi dération du Sang qui avait coulé là, sur ce rocher, pour le salut des pécheurs. Puis quand le soleil déclinait à l'horizon, elle descendait, baisait la pierre de l'onction et allait s'engouffrer dans le sépulcre où son Jésus avait reposé avant de ressusciter pour la gloire. Souvent les saintes femmes, Jean et les apôtres de passage à Jérusalem l'accompagnaient. Et elle rentrait à sa paisible demeure, près du Cénacle où Jésus avait institué son Sacrement d'amour et où l'Esprit-Saint était descendu sur elle et les apôtres, pour retrouver dans la colombe de sa chapelle son Jésus qui y vivait caché comme dans le tabernacle de son coeur.
L'amour peu à peu la consumait; un jour il l'appela pour le suprême baiser. Elle s'eteignit dans un ravissement. Puis les anges vinrent transporter son corps ressuscité dans la gloire du Père, du Fils et du Saint- Esprit dont elle reste la fille, la mère et l'épouse. Couronnée reine des anges et des hommes, elle exerce au ciel ses fonctions de co-rédemptrice, de médiatrice, de mère, et jamais ses enfants de la terre ne l'ont priée en vain.
Aimons-la, cette mère aimable et admirable; recourons à elle dans tous nos besoins; imitons ses vertus, surtout son amour pour Jésus et sa dévotion à la Passion , au chemin de la croix. Nous connaissons les indulgences attachées à ce saint exercice, si précieuses pour les âmes du purgatoire. A parcourir avec Jésus et Marie la voie douloureuse, nous comprendrons mieux leur amour pour nous, nous saurons parcourir la nôtre et nous y trouverons le chemin du ciel. |
349.—La réparation des apôtres. |
Apparaissant à ses apôtres après sa résurrection, Jésus leur a pardonné généreusement la lâcheté dont ils avaient fait preuve durant sa Passion. Et eux l'ont aimié encore davantage, ils ont attendu impatiemment l'heure de lui faire amende honorable devant tout l'univers.
Une fois que leur divin Maître est monté dans la gloire, ils ont l'assurance qu'ils ne le verront plus ici- bas des yeux du corps. Ils devraient être de ce fait plongés dans la tristesse, mais au contraire ils partagent la joie de son triomphe et ils savourent comme une con solation les paroles encourageantes qu'il leur a adressées avant de les quitter: «Il vous est bon que je m'en aille, car si je ne m'en vais pas, le Consolateur ne viendra pas en vous; mais si je m'en vais, je vous l'enverrai... Il vous guidera dans toute la vérité.» (Jo., XVI, 7 seq.). Lorsqu'il descendra sur vous, vous serez revêtus de force et vous me rendrez témoignage à Jérusalem, dans toute la Judée , dans la Samarie , et jusqu'aux extrémités de la terre». (Act., I, 8). Il vint en effet, l'Esprit-Saint, le Consolateur, et l'âme des apôtres fut inondée d'amour, de paix et de joie; une lumière extraordinaire remplit leur intelligence et ils eurent le don de communiquer aux autres leur science du Christ; une force indomptable changea leur timidité en bravoure, leur lâcheté en héroïsme, et il n'y eut plus de bornes dans leur zèle et leur générosité. Guidés et soutenus par l'Esprit ils prêchèrent le Christ et son Évangile en dépit des menaces, des persécutions, parmi les peuplades barbares comme dans le palais des grands. Leurs prédications, confirmées par des prodiges éclatants, opérèrent d'innombrables conversions. Satan leur suscita des persécuteurs, mais ils n'eurent jamais autant de bonheur que lorsqu'ils furent jugés dignes de souffrir pour le nom de Jésus. Traînés comme leur Maître devant les tribunaux, calomniés, jugés et condamnés, ils marchèrent bravement à la mort. Pierre, André et Philippe eurent l'honneur d'être crucifiés comme Jésus en baisant avec transport la croix qui leur était présentée. Jacques le majeur, frère de Jean, et Barthélemy, d'abord écorché vif, Paul, l'apôtre des Gentils, eurent la tête tranchée. Jacques le mineur fut lapidé, jeté en bas du Temple de Jérusalem, et eut la tête brisée d'un coup de massue. Thomas fut percé de traits. Mathieu fut tué pendant la célébration des saints mystères. Simon et Jude illustrèrent le nom de Jésus par un mar tyre glorieux. Enfin Jean, plongé dans une huile bouil lante, en sortit indemme pour mourir ensuite de sa belle mort.
Voilà comment les apôtres réparèrent leur lâcheté momentanée; voilà comment Paul voulut expier les persécutions dont il avait accablé les premiers disciples du Christ. Pour un moment de faiblesse, ils lui ont fait hommage de leur vie pénitente et apostolique et de tout leur sang; ils sont morts pour rendre gloire à son nom devant les Juifs et les Gentils. Nous avons offensé Jésus, bien plus gravement et plus fréquemment que les apôtres; et jusqu'à présent quelle générosité avons-nous montrée pour réparer nos fautes devant Dieu et devant les hommes ? Cependant cette réparation est un devoir strict, qui doit commencer par le bon exemple et les pratiques de pénitence, pour s'achever dans l'holocauste de notre être à l'amour et à la gloire de Dieu. Pour ce faire, prions l'Esprit de lumière et de force qu'il descende en nous et dirige tous nos actes.
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350.—Le témoignage des martyrs. |
Les apôtres, directement éduqués par le Christ, colonnes de son Église naissante, se devaient de donner les premiers l'exemple parfait dans l'imitation de leur Maître. Après eux vinrent les martyrs qui lui ont rendu et continuent de lui rendre le plus sublime ténnoignage.
Qui pourra les compter ? Durant les trois premiers siècles de notre ère, il en est tombé un nombre incalcu lable dont le sang a rougi et fecondé la terre du christianisme. Mais l'époque des persécutions est loin d'être achevée; elle ne finira qu'à la fin des temps, lorsque le dernier suppôt de Satan aura été définitivement précipité dans l'enfer. D'ici là, il faut encore des martyrs à l'Église. Ce sont eux qui, unissant leur immolation à celle du grand Martyr, rendent possibles son triomphe sur l'ennemi et l'épanouissement de la vie chrétienne dans les âmes. Dieu se les choisit dans tous les rangs de la société; il communique sa force à de faibles enfants comme aux ascètes les mieux entraînés. Et quels tourments sont les leurs ! L'enfer les essaie tous; il n'y a pas d'instruments qu'il n'utilise pour torturer le corps dans toutes ses parties, pour sucer goutte à goutte le sang des veines ou pour trancher la tête d'un seul coup. La constance des martyrs à confesser le Christ et sa doctrine a défié les plus cruels tyrans. Vainqueurs d'eux-mêmes, ils ont souvent réussi à vaincre leurs bourreaux. Les conversions subites qu'a opérées la seule vue de leur courage ne sauraient être comparées à la fecondité étonnante de leur sang dont chaque goutte est devenue une semence de chrétiens. Plus on fait de martyrs, plus on découvre de disciples du Crucifié; et de nos jours encore, lorsque Dieu veut donner à son Église un nouvel éclat, ou la purifier des membres gangrenés et infectieux il commence par permettre une sanglante persécution.
L'amour seul peut soutenir ces êtres qui tiennent à la vie et ont horreur des souffrances comme quiconque; et l'assurance du ciel qui s'ouvre devant leurs yeux leur met au coeur une joie profonde et d'impatients désirs. Et cet amour est un fruit de l'Esprit-Saint que Jésus a envoyé à ses apôtres après sa montée au ciel et qu'il continue d'envoyer à son Église pour la soutenir jusqu'à la consommation des siècles.
Dieu ne nous fera probablement pas l'honneur de verser notre sang pour la religion; mais nous ne sommes pas pour cela dispensés de lui rendre témoignage. Nous le devons faire par la générosité dans la pratique des vertus chrétiennes à l'imitation de Jésus, par notre esprit de renoncement parfait qui seul conduit au parfait amour. Malheur à nous si nous ne sommes pas des martyrs du Christ par une vraie vie chrétienne, religieuse, sacerdotale: membres morts et inutiles dans son Église, il nous couperait pour nous jeter au feu de son juste châtiment.
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351.—La mission des stigmatisés. |
Le phénomène des stigmates est l'un des plus étonnant dans la mystique. Il consiste en ceci que les bles sures faites au Christ durant sa Passion apparaissent sur le corps de certains extatiques pratiquant dans leur vie les vertus les plus héroïques. Ces stigmates sont ceux des mains, des pieds, du côté de Jésus, parfois aussi ceux de la couronne d'épines, de la flagellation ou de l'épaule blessée par la croix. La stigmatisation est ordinairement extérieure et visible; elle peut être aussi invisible et découverte seulement après la mort.
La stigmatisation étant un phénomène sensible, elle peut être contrefaite par le démon. Certains sujets, dont la sensibilité est extrême, peuvent aussi, grâce à une imagination surexcitée, voir se produire en eux des faits qui auraient l'apparence de la stigmatisation sur naturelle. Voilà pourquoi l'Église est très circonspecte chaque fois qu'elle se trouve en présence de ces phéno mènes. Mais toute supercherie humaine ou hystérie ou contrefaçon diabolique mises à part, des savants cons ciencieux et même incroyants se sont avoués impuissants, en de très nombreux cas, à expliquer le fait. Leurs enquêtes minutieuses et parfois cruelles à force d'être odieuses n'ont réussi qu'à prouver l'insuffisance de leurs déductions et à les acculer devant le miracle. Plusieurs ont établi la provenance divine de ces phénomènes naturellement inexplicables. Pour discerner leur véritable origine surnaturelle l'Église a établi un certain nombre de signes très sages qu'il n'est pas question d'énumérer ici. Depuis saint François d'Assise, le premier des stigmatisés connus, et celui dont les stigmates offrent les garanties d'authenticité les plus incontestables, l'on compte dans l'Église plusieurs centaines de personnes qui ont porté dans leur corps, pour un temps plus ou moins long, les signes de notre Rédemption. La liste n'en est pas close; et de nos jours encore, les croyants comme les incrédules ont eu le loisir de constater, à Konnersreut h, par exemple, ces phénomènes miraculeux. Pourquoi Dieu les permet-il ? Pour la sanctification de l'âme qui en est favorisée ? Non pas; la sainteté ne consiste pas dans des phénomènes extérieurs; elle n'en a pas besoin non plus. Ceux-ci n'en sont et pas nécessairement qu'une manifestation. Cette grâce gratuitement donnée l'est pour le profit spirituel des autres. Les souffrances très vives, physiques et morales, qu'endurent les stigmatisés, les font participer aux expiations rédemptrices de Jésus crucifié, et c'est toute l'humanité, ou du moins un pays, une province d'un pays qui en doit profiter. La vue des stigmates et des souffrances qu'ils provoquent a pour effet de raviver dans les esprits le souvenir des souffrances du Christ, de toucher les âmes par une vive contrition de leurs fautes et une affectueuse compassion à Jésus crucifié. Telle semble bien la mission des stigmatisés dans l'Église; et des conversions éclatantes opérées de nos jours encore en des témoins oculaires nous permettent d'en arriver à cette conclusion.
Ne commettons pas l'orgueilleuse folie de désirer ces stigmates. Ne songeons même pas à nous rendre auprès des stigmatisés pour favoriser notre curiosité plutôt que notre foi, notre compassion et notre contrition. Avivons plutôt en nos esprits et nos coeurs une grande foi en la Passion du Christ, et que la contemplation du Crucifié, que la méditation des souffrances de Jésus éveillent dans nos âmes les sentiments les plus fructueux.
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352.—Le Calvaire. |
L'endroit où fut érigée la croix de Jésus et où s'acheva l'oeuvre de notre Rédemption est, depuis ce jour, l'ob jet de la vénération du monde chrétien. Le pèlerin peut être décu par les décorations qu'il y trouve; sa piété peut être choquée par l'aspect extérieur qu'il présente alors qu'elle aurait désiré le retrouver dans l'état même où il était au moment du drame sacré. Mais la compréhension des difficultés historiques, la miséricordieuse condescendan ce aux mauvais goûts humains, et surtout une foi très vive doivent lui permettre de faire abstraction du décor qui lui déplairait pour concentrer son attention et son sentiment sur la sublime réalité en présence de laquelle il se trouve.
Et alors il ressent une impression profonde à être à l'endroit même où mourut son Sauveur; il baise avec une souveraine dévotion, il mouille de ses larmes de compassion et de contrition la place où fut plantée la croix rédemptrice, et il prie Jésus que ce sang qui là même coula si généreusement soit appliqué sur son âme coupable. Le temps le plus favorable à ces effusions sanctifiantes n'est pas celui des grands pèlerinages, pas même celui des fêtes liturgiques. La foule trop nombreuse, trop disparate, nuit au recueillement et à la paix si nécessaires pour subir les influences divines. C'est surtout lorsque le Calvaire est à peu près désert, à la fa veur de la nuit tombante, alors que seules éclairent l'obscurité les lampes et les cierges qui répandent leurs lueurs tremblotantes et mystiques, que l'on peut revivre les scènes si pathétiques qui se sont passées là il y a plus de deux mille ans. Là est mort le Rédempteur des hommes; à côté se tenait la Mère des douleurs, pen dant qu'on crucifiait son Fils, l'Agneau divin. Ces vivants souvenirs font trouver bien courtes et bien douces les heures que l'on a le privilège d'y passer. La présence de Jésus s'y fait sentir; les émotions éprouvées ne s'oublient plus; et quand il faut quitter le sanctuaire béni l'on emporte avec soi une notion plus précise des péchés des hommes, un sentiment plus vif de l'amour de Dieu pour eux.
Si nous ne sommes pas de privilégiés pèlerins de Terre-Sainte, ne nous en affligeons pas trop cependant.
Une consolation suprême nous reste: le Tabernacle de nos églises. Nous y trouvons bien plus encore que des lieux vénérables ou des pierres sacrées, nous trouvons Celui qui les a sanctifiés, Celui qui nous a rachetés, qui nous communique là, aussi facilement qu'au Calvaire, les fruits de sa Rédemption et l'amoureuse compassion à ses souffrances. En priant et pleurant aux pieds de Jésus-Hostie nous nous trouvons toujours réellement aux pieds de Jésus-Crucifié: allons donc y faire de fréquents et fervents pèlerinages.
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353. — L'exaltation de la croix. |
Il est un autre endroit dans la basilique du Saint- Sépulcre intimement attaché au souvenir de la Passion : c'est la chapelle de l'invention de la sainte croix.
Elle est au bas de la colline du Calvaire. Pour y arriver il faut descendre une soixantaine de marches. L'on se trouve alors dans une grotte où l'on aperçoit toujours la pierre même du rocher sacré. Une ouverture à sept mètres du lieu du crucifiement était un endroit tout indiqué aux soldats pour y jeter précipitamment les instruments du supplice, peut-être même les cadavres des deux larrons. Dans cette grotte se trouvait une citerne. On y mit les trois croix puis on la remplit de terre. Sainte Hélène eut l'honneur de découvrir les instruments du supplice et l'on sait que la guérison instantanée d'une moribonde et la résurrection d'un mort par le contact d'une des trois croix fit savoir laquelle avait été consacrée par le sang de Jésus. Depuis ce jour la vraie croix egt en vénération dans toute l'Église. On s'en dispute les reliques; on considère comme un grand privilège d'en pouvoir baiser une parcelle. Et l'honneur que l'on rend à la croix rédemptrice, on le rend aussi au crucifix qui nous représente l'état dans lequel mourut le Rédempteur des hommes. Chaque année, au vendredi-saint, l'Église lui rend des adorations qui vont au Dieu qui y fut cloué. La croix qui était jusqu'alors un objet d'ignominie devient un objet de triomphe. L'Église chante la victoire que lui dut le grand Constantin, la vénération que lui porta sa mère sainte Hélène, l'humiliation du ravisseur Chosroês et l'exaltation qui fut faite à cette croix rédemptrice une fois qu'elle fut arrachée aux mains des Perses. Elle magnifie sa noblesse et ses vertus: la croix seule a été digne de porter le Roi des cieux et le Seigneur: c'est en elle que le chrétien doit se glorifier; elle est son salut, sa vie, sa résurrection; elle est une protection contre les embûches des ennemis; sur elle Jésus nous a mérité les fruits de notre rédemption; c'est par le signe de la croix que notre âme est délivrée, c'est ce signe qui paraîtra dans le ciel quand le Seigneur viendra pour le Jugement.
Faisons nôtres ces sentiments de notre mère la sainte Église. Honorons partout la croix du Christ, la vraie et toutes celles qui la rappellent. Portons nôtre croix avec Jésus rédempteur; aimons le Dieu que nous y voyons attaché et soyons assurés que si nous ne rou gissons pas de sa croix sur la terre, nous n'aurons pas lieu de rougir devant lui quand il apparaîtra sur les nuées du ciel au dernier jour.
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354.—Le sépulcre glorieux. |
L'endroit où reposa pendant trois jours le corps adorable du Sauveur est devenu, avec celui du Calvaire, le plus auguste de la terre. Il n'entre pas dans notre dessein de décrire le monument ni de raconter ses vicissitudes au cour s des siècles. Rappelons seulement les vains efforts que firent les païens pour le soustraire à la vénération des chrétiens. En 136 l 'empereur Hadrien recouvrit de décombres l'emplacement du tombeau, fit niveler et paver la surface et y éleva un temple dédié à Vénus. Mais Constantin, 191 ans plus tard, découvrit le tombeau et l'impératrice sainte Hélène l'enferma dans une superbe basilique. Depuis lors, comme avant la sacrilège profanation, en dépit des persécutions et des t racasseries, les fidèles ont accouru de toutes les parties de la terre pour baiser la pierre sur laquelle avait reposé Jésus. A une époque, toute la chrétienté s'est intéressée à sa défense; l'Occident l'a disputée à l'Orient pendant des siècles. Et même après que les infidèles furent de venus les maîtres du tombeau du Christ, ils durent le respecter et laisser aux chrétiens la liberté de le visiter au gré de leur piété.
De fait, au cours des siècles des pèlerins nombreux sont venus s'agenouiller dans le saint édicule; ils ont vénéré ses murs que l'indiscrète dévotion a obligé de revêtir de plaques de marbre; ils ont baisé la pierre sacrée et beaucoup ont trouvé la conversion définitive dans le silence de l'humble sanctuaire. Après vingt siècles la prophétie d'Isaïe continue de se réaliser: son sépulcre est glorieux (Isai., XI, 10) et il le restera, malgré les tristesses dont il est entouré, malgré les discordes qui déchirent l'Église jusque dans son plus vénéré sanctuaire, malgré les orgies sacrilèges dont on le pro fane au samedi-saint des dissidents.
Nous regrettons de n'avoir pas le privilège inappré ciable de visiter le saint sépulcre. Mais consolons-nous. Si vénérable soit-il, il n'est toujours qu'une pierre froide, un tombeau, un souvenir; tandis que nous avons dans notre humble église la réalité, la présence sacramentelle du Jésus qu'il rappelle. Chaque matin Jésus repose sur la pierre de l'autel; il veut venir reposer dans notre poitrine. Il n'est donc pas nécessaire de venir à Jérusalem pour trouver Jésus. Ses vestiges certes sont très impressionnants, mais notre foi nous montre plus encore que des vestiges dans la petite hostie de nos tabernaèles. Tâchons donc de rectifier notre foi, de spiritualiser nos pratiques de dévotion, de les mieux centraliser vers la sainte Eucharistie. Et quand notre foi sera vive et notre dévotion ardente, nos pèlerinages ne seront pas que des visites de touristes en quête de satisfactions à leur curiosité; elles seront avant tout des actes de foi qui nous uniront mieux à l'Amour.
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