Je cherche le Tome I du numéro 01 à 306
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321. — L'attirance du Coeur de Jésus.
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«Ils regarderont celui qu'ils ont transpercé», disait de Jésus le prophète Zacharie. Et en effet les chrétiens lèvent vers leur Roi crucifié, au Coeur ouvert, leurs regards suppliants. Et quel spectacle leur est offert ! Le Fils de Dieu, éternellement heureux avec son Père, qui a pris notre chair humaine et passible, qui a été soumis à toutes les tortures et qui vient d'expirer sur la croix; ce Jésus a les pieds et les mains percés, la chair labourée de plaies, la tête couronnée d'épines, le visage méconnaissable sous le sang coagulé et les boursoufflures des soufflets reçus; son corps n'a plus ni forme ni beauté; il est mort du supplice des infâmes. Et pour ajouter au spectacle on vient de lui percer la poitrine, et du côté entr'ouvert coule lentement du sang et de l'eau.
Ce spectacle lugubre et si désolant devrait éloigner les regards; et pourtant l'on est invinciblement attiré à le contempler. Une force secrète nous amène au pied de cet agonisant ou de ce cadavre, pour compter une à une toutes ses plaies, pour nous approcher des pieds percés ou du côté ouvert et y poser religieusement nos lèvres. C'est que le charme prenant de l'amour nous fascine et nous conquiert. Ce mot d'amour nous vient de toutes ces plaies béantes; ces plaies béantes sont une douce attirance vers le Christ, et le Christ est amour: «Il m'a aimé et il s'est livré pour moi !» (Gal., II, 20). Laissons-nous donc prendre au charme de cet amour; ne cessons de regarder Jésus crucifié et cherchons-y avec les Saints notre sagesse et notre sainteté. Il est le miroir des vertus qui nous apparaissent toutes en semble en ce Dieu souffrant et inanimé; en son Coeur sont cachés tous les trésors de la sagesse et de la science; en lui réside la plénitude de la divinité qui se répand sur nous; il est libéral pour tous ceux qui l'invoquent; il est source de vie et de sainteté, notre résurrection, no tre paix, notre réconciliation; il est le salut de tous ceux qui espèrent en lui, l'espérance de tous ceux qui meurent dans son amour. (Litanies du Sacré-Coeur).
Nous trouverons donc en Jésus crucifié et en son Coeur ouvert tout ce dont nous avons besoin pour mériter le ciel. Prions-le avec confiance; imitons-le avec courage; aimons-le avec constance. Rappelons-nous les promesses magnifiques que Jésus faisait à sainte Marguerite-Marie pour les dévôts de son Cœur; ils y trouveront les grâces de conversion et de ferveur, la paix, la joie, le bonheur, la persévérance finale, l'assurance de l'éternelle félicité. Prions Jésus qu'il nous plonge dans sa fournaise d'amour et qu'il ne permette pas que nous en sortions jamais.
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322. — Joseph d'Arimathie.
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Joseph était originaire d'Arimathie, mais fixé définitivement depuis un certain temps à Jérusalem. Déturion noble et riche, juste et bon, membre du Grand Conseil fort considéré, il attendait lui aussi le royaume de Dieu. Disciple de Jésus, mais en secret par crainte des Juifs, il n'avait donné son assentiment ni au dessein des autres membres du Conseil qui était de le faire mourir, ni à leurs actes contre lui. Bien vu des gouverneurs romains, de Ponce-Pilate surtout, il pouvait se flatter d'avoir ses entrées libres auprès de lui.
Très probablement il avait eu, comme autrefois Nicodème, des entretiens secrets avec Jésus; et Jésus qui connaissait sa droiture et sa vertu, n'avait pas exigé qu'il produisît au grand jour sa foi en lui. Quand les Sanhédrites persécutèrent Jésus et ses miraculés, au cours de sa vie publique, il est possible qu'il ait pris la parole, comme Nicodème, pour le défendre au nom de la justice naturelle et de la loi équitablement interprétée. Et la veille au soir, ayant été avec les autres Sanhédrites convoqué chez Caïphe pour faire le procès de Jésus il s'était abstenu de s'y rendre, ne voulant pas avoir à se prononcer dans un jugement qu'il savait inique, non plus qu'à expliquer à ses collègues la raison de son dissentiment. C'est dommage, sommes-nous portés à croire. Un homme influent comme lui, en prenant la parole dans les délibérations, aurait pu changer le cours du procès en ralliant de son côté un certain nombre de Juifs plutôt faibles que dénaturés. Et puis, si Pilate eût été appuyé par lui, peut-être se fût-il montré plus ferme et eût-il refusé de livrer Jésus au bon plaisir des Juifs mais alors les desseins de Dieu n'eussent pas été exécutés qui voulait que son propre Fils mourût pour le rachat du genre humain. On ne peut douter néanmoins que Joseph fut mis au courant de tous les événements qui concernaient son Maître. Il sut à tel moment opportun se glisser dans la foule sans être aperçu, et probablement fut-il témoin de sa mort et des circonstances significatives qui la suivirent.
Ne condamnons pas ce Joseph puisque Jésus ne l'a p as condamné; ne lui reprochons pas sa timidité puisque Jésus a trouvé qu'il avait des raisons suffisantes pour ne pas découvrir, de son vivant, ses sentiments secrets; ne disons même pas qu'il avait un amour faible et imparfait, puisqu'il a prouvé plus tard combien il était fort et généreux. La prudence naturelle est loin d'être blâmable et l'héroïsme n'est pas demandé de tous et dans toutes les circonstances. L'histoire nous rapporte de nombreux cas de ces disciples secrets, jusque sur les marches du trône, qui se montrèrent d'une fermeté invincible quand leur foi fut mise en cause. Si nous rencontrons de ces croyants à qui des circonstances défavorables ne permettent pas la profession extérieure de leur foi, ne les taxons pas trop vite de lâcheté; sachons expliquer leur situation et comptons que quand viendra l'heure de Dieu ces âmes en recevront assez de courage pour lui rester fidèles. Quant à nous qui pouvons pratiquer librement notre foi, affirmons-la par nos actes et nos paroles, sans craindre les rires sarcastiques des incroyants et des vicieux. Glorifions-nous d'appartenir à la seule vraie religion et profitons de toutes les occasions pour rendre au Christ l'hommage de notre fidélité et de notre amour.
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323. — L'audace de Joseph d'Arimathie. |
Ce noble sanhédrite s'était discrètement tenu à l'écart aussi longtemps qu'avait vécu son Maître; mais sa mort lui vaut une grâce spéciale de force et d'audace. Il se prend à déplorer sa timidité, sa prudence trop humairie, son attachement excessif aux considération terrestres. Le voilà prêt à sacrifier sa position, son prestige et ses anciens amis pour rendre à Jésus un témoignage de suprême fidélité. Un centurion romain ne craint pas de confesser publiquement la divinité du Christ, et lui, qui en est depuis longtemps convaincu, il conti nuerait de cacher ses croyances et ses sentiments ? Il va les professer plutôt au grand jour et par un coup d'audace. La Mère de Jésus était pauvre et n'avait pas le moyen de lui procurer une sépulture honorable. Même si l'on assure qu'elle possédait le tombeau de ses parents en la vallée de Josaphat, le temps ne permettait pas d'y transporter le Corps adorable de son Fils. Et d'ailleurs il faut obtenir ce Corps de Pilate. Si personne n'intervient auprès de lui pour lui payer la rançon or dinairement exigée, Jésus sera avant trois heures enseveli dans la fosse, commune à tous les crucifiés. Joseph songe à tout cela. Il s'approche donc de la très sainte Vierge et s'offre à ensevelir son Fils dans un sépulcre neuf qu'il possède à quelque distance de là. Marie s'empresse d'acquiescer à la généreuse proposition, et Joseph se charge de voir à toutes les formalités de la sépulture. Il descend aussitôt le Calvaire et se dirige vers le palaiS de Pilate. Il lui faut du courage certes. Il va s'afficher publiquement disciple de ce prétendu criminel, et sa démarche va reconnaître implicitement l'innocence et la mission de Jésus, l'iniquité des Juifs et du Sanhédrin, la lâcheté de Pilate. En quelles disposi tions trouvera-t-il le gouverneur ? lui refusera-t-il sèche ment l'autorisation demandée ? le raillera-t-il de s'être laissé gagner au Nazaréen, supplicié à la demande de ses collègues ? Peu lui importe. Des Sanhédrites stationnent aux abords du Temple; ils soupçonnent le sens de sa démarche; mécontents, ils vont l'exclure de leur assemblée. Il y est à l'avance résigné, mais il lui faut le corps de son Maître pour l'ensevelir dans son propre sépulcre. C'est donc avec audace, comme le note l'évangéliste, qu'il arrive chez Pilate et lui fait directement sa demande. Pilate est étonné d'apprendre de sa bouche que Jésus est déjà mort, puisqu'il a fait partir, depuis quelques instants à peine, des soldats avec l'ordre de lui broyer les jambes. Il fait venir le centurion qui précisé ment arrive du Calvaire tout impressionné par la mort de Jésus; après le rapport du centurion, Pilate accorde à Joseph le corps de Jésus: aucune objection relativement aux Juifs et à leurs traditions locales concernant les corps des suppliciés qui devaient être ensevelis dans la fosse commune; aucune compensation à fournir: c'est un cadeau qu'il fait au noble sanhédrite.
Ou plutôt c'est Dieu qui récompense son acte d'au dace chrétienne. Félicitons Joseph de sa courageuse intervention. Soyons prêts comme lui à sacrifier tous les avantages terrestres s'il faut payer de ce prix notre fidélité à notre Roi Jésus. Rappelons-nous aussi que le courage de nos convictions et la fidélité au devoir nous vaudront l'estime des honnêtes gens, la considération de nos propres ennemis et surtout les bénédictions de la divine Providence.
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| 324. — La générosité de Joseph et de Nicodème. |
Joseph veut rendre à son Maître les honneurs de la sépulture avec tout le soin que lui permettent les deux heures dont il dispose. Il ne faut donc pas perdre son temps. Aussitôt muni de la permission sollicitée, il obtient de Pilate qu'un messager aille faire connaître aux soldats l'ordre de lui réserver le corps de Jésus. Quant à lui, il se rend à un bazar voisin y acheter un linceul blanc, des bandelettes et un suaire. Sur ces entrefaites arrive Nicodème, celui qui était venu trouver Jésus de nuit. Comme Joseph, il était disciple de Jésus, mais en secret et membre également du Grand Conseil; il s'était abstenu d'assister à l'assemblée où le Sanhédrin avait condamné Jésus et il venait s'unir à Joseph pour rendre au Maître commun les der niers devoirs. Il veut avoir sa part de générosité et se charge d'apporter un mélange de myrrhe et d'aloès d'environ cent livres. Admirons la générosité de ce deux disciples de Jésus; c'est leur amour et leur vénération qui l'inspirent. Pour lui ils sacrifient s'il le faut la considération de leurs collègues qui vont répéter à tous les Juifs scandalisés qu'il se sont souillés et déshonorés en ensevelissant l'infâme Nazaréen. Tous deux font de coûteuses dépenses pour se procurer ce qui sert à la sépulture et à l'embaumement du cadavre. Joseph sacrifie à son Maître le tombeau qu'il s'était préparé pour lui-même, tout neuf et récemment taillé dans le roc. Suivis de quelques serviteurs, ils arrivent au Calvaire, saintement fiers du privilège qui leur est fait et heureux de consoler par leur active sympathie la Mère désolée de Jésus.
N'est-il pas vrai que leur générosité présente compense pour leur précédente pusillanimité ? Imitons, nous aussi, cette générosité, par nos aumônes envers les membres souffrants du Christ qui sont les pauvres, les malades, les veuves et les orphelins, mais davantage encore par le sacrifice de notre personne pour le service de Jésus et de ses membres: sacrifice de notre temps, de notre bien-être, de nos positions lucratives parfois, de notre honneur humain, même de notre santé et de notre vie. Jésus nous le rendra au centuple comme il le fit pour les deux disciples. Retenons aussi la leçon de pauvreté que nous donne Jésus qui doit, même après sa mort, compter sur la charité d'autrui et être enseveli dans un sépulcre d'emprunt. Détachons-nous courageusement de tous les liens qui nous retiendraient à la terre et nous empêcheraient de monter jusqu'à lui. |
| 325. — La descente de la croix. |
Arrivés au Calvaire avec leurs serviteurs, Joseph et Nicodème trouvent encore sur la croix le Corps de leur Maître. Ils se prosternent pour l'adorer et baiser ses pieds sacrés. Les soldats déjà avertis se retirent pour laisser libre action aux disciples et s'en vont remplir leurs fonctions auprès des deux larrons. On appuie une échelle à la croix; Joseph y monte, muni des outils nécessaires, ne voulant céder à aucun autre l'honneur de défaire ce qu'ont trop bien fait les bourreaux. Il enlève la couronne d'épines et la remet toute ensanglantée à la sainte Vierge qui la baise amoureusement; il détache avec grand soin les clous qui retiennent les mains: Nicodème fait de même pour les pieds du Sauveur. Pendant ce temps les serviteurs soutiennent le corps tout raidi puis le laissent aux mains de Joseph et de Nicodème qui le font doucement glisser le long de la croix. La très sainte Vierge a surveillé tous leurs mouve ments avec un regard inquiet, elle craint tellement que le corps de son Fils ne reçoive quelque autre outrage involontaire. Mais c'est une vaine crainte, car les disciples mettent à descendre Jésus de la croix une habileté, une révérence, une compassion parfaites. La haine l'y avait cloué, l'amour l'en décloue; il avait bien souffert pendant qu'on le crucifiait; maintenant que ses membres i nanimés sont rendus à la liberté, sa très sainte âme, du fond des limbes, en éprouve une vive allégresse. Nous envions avec raison les disciples de Jésus qui ont eu le privilège de rendre à son corps un office religieux. Mais ne nous est-il pas offert à nous aussi ? Chaque fois que par la contrition nous détestons nos fautés, chaque fois que nous nous approchons du saint tribunal de la Pénitence, ne faisons-nous pas en somme le même office ? Nos péchés avaient attaché Jésus à la croix; notre repentir l'en détache. Mettons par consé quent à recevoir le sacrement de Pénitence toute la ferveur qu'ont mise dans leur fonction les disciples de Jésus.
Les prêtres ont un autre privilège semblable à celui de Nicodème et de Joseph: c'est de toucher le corps sacramenté du Christ. Redoutable honneur ! Qu'ils ne fassent pas à Jésus l'injure de traiter irrévérencieusement son Corps sacré qu'il abandonne entre leurs mains; qu'ils respectent jusqu'à le moindre parcelle de l'hostie consacrée, n'ayant pas l'air, lorsqu'ils la rompent ou la dé posent sur le corporal ou la langue du communiant, de bourreaux qui le jetteraient brutalement dans un coin ou lui briseraient malicieusement les membres. Qu'ils ressemblent plutôt à ces disciples conscients de l'honneur qui leur est fait et de la dignité souveraine de Celui qu'ils touchent. Leur piété y gagnera assurément, et surtout les fidèles ne seront pas si péniblement impressionnés de la façon dont certains prêtres manient le Corps adorable du Christ. |
| 32 6.—Jésus est remis entre les bras de sa Mère. |
A peine Jésus est-il descendu de la croix que sa divine Mère fait un geste aussi naturel que significatif; elle réclame le corps de son Fils et les disciples ont l'âme trop délicate pour lui refuser cette consolation dans son immense douleur. Assise sur une pierre du rocher, elle fait reposer Jésus sur ses genoux et l'enserre de ses deux bras. Elle se rappelle instinctivement le temps trop vite passé, hélas ! où tout petit il reposait de même sur sa poitrine. Quelles pures joies maternelles étaient les siennes alors ! Son cher enfant lui souriait naïvement pendant qu'elle le couvrait de baisers; il lui caressait les joues, il buvait avec amour son lait généreux; après quoi elle le déposait dans son berceau et le contemplait rêvant aux anges. Maintenant il ne dort plus, il est mort. Ses membres qui s'agitaient si gracieusement sont raidis comme ceux d'un cadavre. Ses cheveux si bien peignés ne sont plus qu'un informe peloton entremêlé de crachats séchés et de caillots de sang; son front qui rayonnait la divinité est affreusement troué par les épines; ses yeux ravissants sont obstinément fermés; ses joues roses sont pâles comme la mort et tuméfiées pr les coups; ses lèvres qui l'ont amoureusement baisée sont immobiles et livides; sa bouche ne s'ouvre plus pour l'appeler maman; sa chair qu'elle-même lui avait donnée, si blanche et si Pure, est ouverte par mille meurtrissures; elle discerne une à une les traces des coups, des fouets, des cordes, des clous qui ont perforé ses pieds et ses mains, de la lance qui a fait cette plaie béante à travers laquelle elle voit le Coeur de son bien-aimé Fils; ses épaules sont meurtries par le frottement de la croix; son dos est déchiré par les fouets; ses genoux sont noirs et gonflés par les chutes sur la pierre; ses os sont horriblement déboîtés; elle cherche une partie saine dans ce corps qui fut si beau et elle n'en trouve pas. Comme ils l'ont maltraité son pauvre Jésus ! Que son Père céleste était donc irrité contre le monde pécheur pour avoir exigé une telle réparation !
Et la Reine des martyrs pleure silencieusement le peu de larmes que recèle encore son coeur, tandis que son âme est plongée dans une mer d'amertume. Arrêtons-nous avec les passants pour contempler le Sauveur inanimé reposant sur les genoux de sa Mère, pour contempler cette douloureuse Mère qui nous demande quelques larmes de compassion. Pleurons les douleurs de Marie et remercions-la d'avoir tant enduré pour nous, ses enfants ingrats et insensibles. Implorons d'elle, pour toutes les mères endeuillées qui pleurent la mort d'un enfant très cher, la force d'âme pour se résigner avec Marie et offrir leur douleur avec les siennes en expiation des péchés du monde.
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| 327.—La sympathie des assistants. |
La Mère des douleurs n'est pas seule à pleurer sur le corps inanimé de son Fils. Près d'elle sont agenouillés dans un silence respectueux des êtres chers qui partagent sa peine après avoir compati aux souffrances du Sauveur. Faut-il de nouveau les nommer ? C'est Jean, le dis ciple bien-aimé qui fixe obstinément les yeux sur la plaie du côté sacré et qui saura si bien faire comprendre au monde que Dieu est amour. C'est Madeleine, la pécheresse repentie, l'amante intrépide qui tient ses lèvres collées aux pieds du Sauveur, se rappelant ce jour de grâce où Jésus lui avait pardonné ses multiples péchés parce qu'elle avait intensément aimé. Ce sont les saintes femmes, compagnes inséparables de la très sainte Vierge, qui multiplient leurs délicatesses pour essayer de consoler la Mère inconsolable. Ce sont Joseph et Nicodème, trop heureux de laisser à Marie ces moments de suprême effusion envers son Jésus avant que le froid tombeau ne vienne le lui ravir. Ce sont les soldats tenus en respect par cette touchante scène d'angoisse et d'adoration. Ce sont aussi les apôtres, sans doute. Mais pourquoi les évangélistes ne nous rassurent-ils pas sur ce point ? Où sont-ils donc en ce moment ? Une fois passé le danger qui les a fait fuir dans les grottes des environs, ne vont-ils pas paraître enfin pour réparer leur lâcheté et offrir à leur Maître un dernier témoignage de fidélité ? Hélas ! non, ils ne paraissent pas. A part Jean, aucun de ceux que Jésus a choisis pour devenir les colonnes de son Église et ses témoins à travers le monde, aucun n'est là pour compatir à Marie et pour baiser le corps de leur Maître adoré. Ils l'ont abandonné alors que de faibles femmes l'ont fidèlement suivi. Il n'a pas dépendu d'eux que Jésus ne fût enseveli dans l'ignoble fosse com mune des suppliciés. Le coeur si délicat de Marie n'est pas sans souffrir cruellement de leur absence, elle qui sait à quel point son Fils les a aimés.
Et nous, chrétiens, sommes-nous près de Marie pour lui témoigner notre filiale compassion ? Ne partageons- nous pas la lâcheté des apôtres, tout occupés à notre bien- être sans trouver le temps de venir pleurer avec la Mère des douleurs ? Comprenons mieux nos obligations en vers elle. Penchons-nous sur le côté ouvert de Jésus; baisons ses mains et ses pieds transpercés; unissons nos larmes à celles de Marie, et puissent ces larmes purifier nos coeurs et nos âmes ! |
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328.—On lave le corps de Jésus. |
Marie la première comprit qu'il ne fallait pas prolonger ses brûlantes effusions sur le cadavre de son Fils. L'heure avançait; le soleil descendait rapidement à l'horizon, et les trompettes du Temple annonceraient bientôt le commencement du grand sabbat. Pour n'avoir pas à trop précipiter les soins de la sépulture, elle s'arrache à ses maternelles étreintes et suggère de commencer sans retard le travail qui reste à faire. On ne jugea pas à propos de rester au Calvaire; les soldats occupés à descendre les corps des larrons, à nlever les croix et à faire disparaître toute trace du supplice auraient nui au recueillement nécessaire. On quitta donc le monticule en portant respectueusement lecorps de Jésus et on le déposa sur cette partie du rocher appelée depuis la «pierre de l'onction»; on la vénère encore à l'entrée de l'église du Saint-Sépulcre. C'est C'est là que l'on fit à Jésus les honneurs de la sépulture « selon la manière en usage chez les Juifs». (Jo., XIX, 40). On dut remettre au lendemain du sabbat l'accomplissememt de tout le cérémonial, car le temps ne permettait qu'une sépulture provisoirement On commence par laver le corps du Sauveur, tout couvert de poussière, de sang et de plaies, qui a été celui du «plus beau des enfants des hommes)). (Psal., IVL, 3). La face adorable surtout était maculée et défigurée: la très sainte Vierge, ne voulant pas rester inactive, s'occupa elle-même de lui rendre un peu de sa sereine majesté. Elle enlève un a un les bouts d'épines entrés dans la chair, elle lave la figure, les cheveux et la barbe de son Enfant, et ce soin lui rappelle de nouveau les doux travaux d'autrefois. A mesure que s'en dégagent la poussière et le sang, les traits de son Fils lui apparaissent comme elle les avait tant de fois contemplés; niais elle constate avec une nouvelle évidence les plaies faites par les épines de la couronne, les méfaits des bourreaux qui ont arraché cruellement à plusieurs endroits les cheveux et la barbe; et ses douleurs recommencent avec ses larmes. Pendant que Marie est occupée aux soins de la figure de Jésus, y mettant l'amour que l'on devine, Joseph et Nicodème, aidés de Jean, de Madeleine et des serviteurs, lavent les plaies des mains, des pieds, du côté, de tout le corps et ce travail se fait avec un res pect souverain, dans un silence religieux comme une prière.
Maintenant que le péché est expié, toute trace du péché disparaît du corps de notre Rédempteur; en dépit des plaies qui le couvrent, il a repris l'aspect de cette dignité qui imposait la vénération même à ses ennemis Comme notre âme est belle et respectable aussi lors qu'elle est purifiée du péché ! Comment pouvons-nous en supporter les souillures pendant des semaines, des mois, des années peut-être ? Hâtons-nous de nous en purifier dans les eaux sacramentelles, ayons horreur des moindres taches; vivons dans une parfaite pureté de conscience, de coeur et de volonté. Recourons nous aussi aux bons soins de notre Mère des cieux et prions-la qu'elle garde ou restitue à notre âme, par la vertu du sang de son Fils, la splendeur de l'innocence baptismale.
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329. — Les aromates. |
Une fois bien lavé le corps du défunt, on l'oignait de parfums liquides, d'huiles odorantes qui pénétraient dans le corps, assouplissaient les membres et avaient la vertu de ralentir pour le moins le travail de la corrup tion. L'on sait quelle habileté mettaient dans ces onctions les Égyptiens dont de nombreuses momies sont parvenues jusqu'à nous en un excellent état de conser vation. Les Juifs n'entouraient pas d'autant de soins l'embaumement des cadavres, tout en leur prodiguant les huiles et les aromates. Il semble, pour ce qui concerne le corps de Jésus que l'on n'eut pas le temps d'en faire l'onction. On dut se contenter de répandre a profusion ces aromates dont parle l'évangéliste, qui étaient un mélange de myrrh e et d'aloès broyés en poudre. La myrrhe, comme l'on sait, est une gomme résine odorante et médicinale; l'aloès est également une plante médicinale et rési neuse. Ces aromates en poudre se fusionnaient sous l'action de la chaleur, adhéraient au corps et aux bandes de toile ou de coton dont on les saupoudrait généreusement; en peu de temps les chairs et les linceuls formaient une masse compacte qui était protégée contre l'action dissolvante des éléments; et les parfums qui s'en dégageaient neutralisaient les effets de la décomposition. La quantité d'aromates que Nicodème s'était procurés permit d'en user largement pour la sépulture de Jésus: on en répandit sur tout le corps, sur le linceul et les bandelettes, et un parfum pénétrant se dégagea bientôt du cadavre adorable. Cette myrrhe devait rappeler à la très sainte Vierge un autre souvenir de l'enfance de Jésus. Un Mage venu de l'Orient en avait apporté en cadeau au petit Roi qui venait de mitre; elle symbolisait l'humanité du Christ, sa mortalité, par conséquent. Marie en avait bien compris la signification, mais elle ne l'avait jamais réalisée comme au moment présent. Elle peut s'écrier, avec l'épouse des Cantiques: «Mon bien-aimé est un faisceau de myrrhe»; (Cant., I, 12) il est le mortel par excellence, il a été de tous le plus mortifié, et voilà que la mort s'est emparée de lui pour un temps.
Nous aussi nous sommes mortels; notre vie sera bientôt à son terme et avec la mort viendra la loi fatale de la décomposition de notre corps. Peut-être ne lui prodiguera-t-on pas ces aromates précieux. Mais il ne tient qu'à nous d'en procurer à notre âme, et de plus précieux encore, de notre vivant: ce sont les aromates de la mortification chrétienne. Grâce à elle, notre âme échappera à la mort éternelle et sera conservée pour une vie sans fin.
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330. — Les linges sacrés.
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Après avoir été lavé et saupoudré d'aromates, le corps de Jésus fut enveloppé dans le linceul acheté par Joseph d'Arimathie. C'était une mousseline du lin le plus pur, légère et longue, qui permettait plusieurs doubles entre lesquels, nous l'avons dit, on jeta de la mixture de myrrhe et d'aloès. Pour retenir le linceul on enroula autour des membres de longues bandelettes qui partaient des pieds et aboutissaient à la tête. Cette dernière fut couverte d'un suaire, sorte de mouchoir ou de capuce, également retenu par les bandelettes; mais auparavant tous les assistants, selon la coutume juive, vinrent baiser le front divin; Marie fut la dernière à rendre à son Fils cet hommage de respect et d'amour, et c'est à elle que revint le triste privilège de cacher aux regards la face de son Fils et de nouer autour de la tête la dernière bandelette. Après quoi elle n'a plus devant les yeux qu'un cadavre dont la forme même se perd dans cette mousseline aromatisée qui lui dérobe désormais son unique trésor.
Il y a une ressemblance frappante entre Jésus enseveli dans le linceul et caché sous l'hostie de nos autels. L'hostie est blanche comme le linceul; elle nous voile comme lui jusqu'à l'apparence de notre divin Maitre. Jésus veut bien s'y mettre comme autrefois dans l'impossibilité de faire par lui-même un seul mouvement et dépendre entièrement de son prêtre pour descendre sur l'autel, pour entirer dans le tabernacle ou en sortir, p ur aller se reposer sur la langue du communiant et dans sa poitrine, pour être promené triomphalement dans les rues de la ville ou porté en viatique aux malades. Il cache sous les voiles eucharistiques les splendeurs de sa gloire afin de ne pas nous éblouir ni nous intimider, pour aviver notre foi et attirer mieux notre confiance. La sainte Église veut même que les linges sur lesquels reposera l'hostie consacrée soient confectionnés avec le lin le plus pur, en souvenir de celui dans lequel fut enveloppé le cadavre de son Chef et de son Époux divin.
Bien que le corps de Jésus fût soustrait aux regards de Marie et des pieux assistants, ils n'en conservèrent pas moins la foi en sa présence et ils l'adorèrent respectueusement. De même nous ne devons jamais oublier que sous l'apparence de l'hostie se trouve en réalité notre divin Sauveur. Ayons donc envers lui les sentiments de foi, d'adoration et d'amour qu'il désire voir dans nos esprits et dans nos coeurs. Apportons aux cérémonies liturgiques la même exactitude que mirent à ensevelir Jésus les disciples fidèles; et à leur exemple ne craignons pas de débourser quelques sous pour contribuer selon nos moyens à la splendeur du culte divin.
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331. — Le cortège funèbre.
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Le corps de Jésus a été lavé, recouvert d'aromates, enveloppé dans son linceul. Il ne reste plus qu'à le transporter au tombeau qui lui a été destiné. Ce tombeau devait-il n'être que provisoire ? Une fois le sabbat terminé, avait-on l'intention d'en retirer le corps du Sauveur pour le transférer au tombeau de famille où déjà reposaient ses grands-parents Anne et Joachim et peut-être aussi son père nourricier Joseph ? Certains auteurs le supposent. Mais en toute hypothèse le temps ne permettait pas de le descendre jusqu'à Gethsémani, et Joseph d'Arimathie avait été bien inspiré d'offrir pour la sépulture de Jésus son propre tombeau, situé à quelques mètres de là dans le jardin qu'il possédait près du mur extérieur de la ville. On place donc le corps de Jésus sur une litière, ou, à défaut de celle-ci, Joseph et Nicodème, aidés des serviteurs, le soulèvent et le transportent religieusement. Ils sont précédés par la Mère endolorie, soutenue par l'apôtre Jean et Marie-Madeleine qu'accompagnent les saintes femmes et une légion d'anges invisibles. Le cortège funèbre défile lentement à travers les allées du jardin déjà envahies par l'ombre du soir. Quand tous sont arrivés près du tombeau, la litière est déposée par terre, on récite le psaume quatre-vingt-dixième qui chante l'espérance et la confiance en Dieu, puis on transporte le cadavre à travers le vestibule dans la chambre sépulcrale, remplie elle aussi de précieux aromates. Un banc de pierre creusé en forme d'auge reçoit le corps adorable de Jésus, et c'est là qu'il reposera jusqu'à l'heure où sa très sainte âme viendra le reprendre pour une vie immortelle et glorieuse. Quelles impressions douloureuses durent remplir l'âme de Marie et des compatissants disciples ! Tâchons de les deviner, nous qui savons à quel point ils aimaient Jésus et qui avons eu à passer par l'épreuve des deuils de famille. Quelle explosion de larmes lorsqu'on enlève le cadavre chéri de la chambre mortuaire pour le conduire à l'église et de là au cimetière ! Le coeur est serré comme dans un étau lorsqu'on descend lourdement dans la fosse celui que la terre et la corruption de la mort
vont nous ravir; il semble qu'une partie de notre Coeur descend à son tour pour être enterrée avec le défunt Quand l'abandon résigné à la volonté divine, la foi en; la résurrection future et l'espérance chrétienne ne terra. pèrent pas l'ardeur de la peine, cette peine peut se changer en un morne désespoir.
Non, il ne faut pas que le désespoir trouve place en nos âmes endeuillées, encore moins le blasphème contre la divine Providence. Rappelons-nous que la plus aimante, la plus sainte des mères a enduré une douleur sans comparaison plus grande que celle qui nous étreint. Levons vers elle nos regards suppliants, prions-la qu'elle soutienne notre courage chancelant et nous envoie la consolation et la paix dans la surnaturelle résignation aux vouloirs de Dieu.
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332. — La pierre du tombeau. |
Le soleil lance maintenant ses derniers rayons; il va s'enfoncer dans le couchant inconnu et on ne tardera plus guère à faire savoir à la ville que le grand sabbat commence. Les hommes ne prolongent donc pas leur séjour en la chambre sépulcrale où ils viennent de dé poser le corps de Jésus. Ils le laissent à la garde et aux adorations des anges, roulent une petite pierre pour fermer l'ouverture de la chambre basse, puis ils sortent, par le vestibule, à l'extérieur du monument funèbre. C'était la coutume de nombreux sépulcres privés que l'on trouve encore ici-et-là à Jérusalem et aux environs en font foi que l'on fermât l'entrée des tombeaux par une grosse pierre en forme de meule ou de disque; de profondes rainures la retenaient par la base, l'empê chant de glisser au dehors. C'est ce que font Joseph d'Arimathie et Nicodème, achevant ainsi leur charitable service à l'égard de leur Maître.
Les saintes femmes, se tenant assises à l'écart, ont tout observé. Avant qu'on ne deposât dans le sépulcre le corps sacré, elles y ont pénétré pour en remarquer la disposition et se sont proposé d'y revenir après la fête pour apporter leur contribution personnelle d'aromates et compléter du mieux qu'elles pourront l'embaumement provisoire. La divine Mère reste à l'entrée du sépulcre et elle pleure. Bien que la pierre soit roulée, son coeur se porte toujours là où repose son trésor,et elle passerait volontiers la nuit en veille et en prière devant le tombeau. Mais Jean ne le permet pas; il insiste pour que Marie descende en son gîte, afin de lui faire prendre la nourriture et le repos absolument nécessaires à son corps épuisé.
Le corps de Jésus repose donc dans la tombe dont une énorme pierre ferme l'entrée. Un jour le nôtre paragera le même sort. Aussitôt que nous aurons été vain cus par la mort, on le lavera avec de l'eau parfumée, on le revêtira de ses derniers habits, on l'enfermera dans un cercueil de bois ou de métal, on clouera le couvercle, on le transportera à l'église et au cimetière, on le descendra dans la fosse creusée pour lui et après un dernier geste d'adieu de la part des parents ou des frères et sœurs éplorés, après une dernière prière, le fossoyeur aura vite fait d'ensevelir sous un ou deux mètres de terre notre dépouille mortelle. Tirée de la poussière, elle retournera en poussière. Après six mois notre cadavre sera un amas d'horrible puanteur que se disputeront les vers; après six ans il sera un squelette décharné; après cent ans, il sera un tas de cendres: voilà ce que deviendra cette misérable chair que nous aurons assouvie de caprices et de passions, au détriment de notre bien spirituel. Mais un jour ces cendres seront ranimées par la voix du Tout-Puissant, et le corps ressuscitera pour partager le sort heureux ou malheureux de notre âme immortelle. Ce qu'il faut craindre, ce n'est donc pas la mort corporelle, c'est la mort spirituelle. Si, pour donner à notre âme la plénitude de la vie divine, nous savons mortifier maintenant notre chair et ses convoitises, nous ensevelir mystiquement avec notre voonté, notre jugement, notre amour-propre, croyons qu'un jour notre chair ressuscitera pour la vie glorieuse du ciel.
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333. — Le retour du Calvaire. |
Si elle n'eût écouté que son coeur, la très sainte Mère de Jésus se fût accrochée au tombeau qui lui dé robait son trésor et se fût laissée vaincre par la douleur. Mais elle prête aussi l'oreille à la voix de la raison qui lui commande de quitter ce lieu et à la voix de la foi qui l'assure que dans trois jours le tombeau ne recélera plus le cadavre pleuré. Elle se lève donc, appuyée sur l'apôtre Jean qui assume à son égard les doux devoirs d'un fils, et elle se dirige vers le gîte provisoire qu'il possédait à Jérusalem ou la maison qui lui donnait une cordiale hospitalité, située probablement aux environs du Temple, du moins selon les exégètes qui pensent que Jean n'avait pas encore acquis sa propriété près du Cénacle. En cours de route elle dut congédier Joseph et Nicodème, non sans leur avoir exprimé sa profonde reconnaissance. Les saintes femmes se virent à leur tour forcées de se séparer de la Mère affligée, après lui avoir promis une visite pour le lendemain. Et ainsi elle refait le trajet qu'elle a parcouru en de si tristes circonstances. Chaque pas lui rappelle une souffrance de Jésus. La pierre de l'onction, le Calvaire, la porte judiciaire, les rues de Jérusalem, font revivre dans sa mémoire avec une pénétrante acuité de d ouloureuses impressions. Elle entend encore les paroles injurieuses des Sanhédrites et de la foule, les coups de fouet des soldats, l'exhortation aux filles de Jérusalem. Elle revoit la face sacrée de Jésus s'imprimant sur le voile de Véronique, le Cyrénéen qui accepte en maugréant la croix de son Fils, l'endroit précis où elle rencontra le divin Agneau montant au Calvaire. Les pâles reflets de la lune sur la pierre luisante lui permettent d'apercevoir des gouttes séchées de sang adorable; elle se prosterne en esprit devant chacune d'elles et prie les anges de venir les recueillir pour les soustraire à la profanation des passants hostiles ou indifférents. Elle arrive enfin près du Prétoire où Jésus fut flagellé, couronné d'épines, condamné à mort et chargé de sa croix. Son coeur est brisé par tant d'émotions, et une fois entrée dans la demeure hospitalière, elle s'affaisse, à bout de forces, dans les bras du disciple fidèle.
Tâchons de comprendre les sentiments qui enva hirent l'âme de la très sainte Vierge à son retour du sépulcre et du Calvaire. Tenons-lui compagnie avec son fils adoptif; essayons de tromper l'affreuse solitude de son coeur par notre amour filial et compatissant. Demandons-lui la force pour tous les endeuillés qui reviennent du cimetière après y avoir laissé un être cher et qui rentrent dans leur foyer si grand, si désert; qu'ils aient le courage de surmonter leur douleur et que la foi leur rende supportable ce qui semble impossible à leur coeur désemparé.
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334.—La foi en la résurrection de Jésus.
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Le coeur de Marie souffre du vide immense que lui cause la mort et la sépulture de son Fils; mais son âme est en même temps illuminée d'une foi vive en sa résurrection. Elle sait bien que Dieu ne souffrira pas que son Fils subisse la corruption du tombeau; (Psal., XV, 10) elle a compris parfaitement l'allusion que Jésus faisait autrefois au temple de son corps; elle se souvient des prophéties très claires dans lesquelles il annonçait à ses apôtres qu'il ressusciterait le troisième jour; enfin elle a reçu au repas d'adieu de Béthanie sa confidence personnelle qu'il serait bientôt de nouveau vivant pour ne plus mourir. Et comme Marie ne peut douter de la parole de son Fils qui est celle de l'éternelle Vérité, elle est absolument certaine que cette parole sera réalisée à la lettre. Cette foi tempère sa douleur qui reste néan moins très grande, d'avoir à vivre pendant que son Jésus repose dans la mort. Malheureusement une pareille foi semble avoir disparu de l'âme des disciples, et Marie ne fut pas sans le constater amèrement. Ils paraissent avoir tout-à-fait oublié les prophéties de Jésus; ils n'ont pas un instant l'idée d'emporter son corps dans leur demeure comme on le ferait de quelqu'un qui n'est qu'endormi et dont on a l'assurance qu'il se réveillera bientôt—avouons que cette idée serait d'ailleurs étrange et opposée aux desseins de la Sagesse divine.— Ils l'ensevelissent comme un vulgaire cadavre dont la décomposition ne tardera pas à se produire. Ils le déposent dans un tombeau et l'y enferment, sans penser que cela pourrait être un procédé bien indélicat pour Celui qui doit sortir de là dans trois jours. En quittant le sépulcre, les saintes femmes se proposent d'y revenir le sabbat terminé, non pour constater la résurrection de Jésus mais pour rendre un nouvel hommage à son cadavre. Peut-on concevoir que ces disciples aient oublié les paroles prophétiques de Jésus ? qu'ils aient refusé d'y croire ? non pas; mais le fait leur paraît tellement im possible qu'ils se comportent comme s'il n'allait jamais se produire. Telle sera la première impression de tous ceux à qui parviendra la nouvelle de la résurrection. Marie-Madeleine, en voyant le tombeau vide, croira à un enlèvement. Les apôtres ne voudront pas se fier aux récits des femmes et viendront constater de leurs propres yeux la disparition du corps de Jésus. Les soir d disciples d'Emmaüs retourneront à leur bourg, le grand jour, effrayés mais incrédules. Et Thomas refusera de croire jusqu'au moment où il aura mis la main dans les plaies du Christ glorieux.
Cette disposition fut sans doute permise par Dieu pour que l'incrédulité des disciples affermît notre foi en Jésus. Il reste qu'elle déplut au divin Maître et qu'elle fut pour Marie une cause de tristesse. Tandis que son âme est soutenue par cette foi vive et cette douce espérance, l'âme des disciples retourne du sé pulcre comme celles en qui ne se trouve aucune lueur d'espoir. Demandons pardon à Jésus pour les incrédulités des autres, pour nos propres défiances ou hésitations devant la parole, les inspirations et les promesses dont il daigne nous favoriser. Ravivons notre foi en ses enseignements comme en sa personne. Prions Marie qu'elle nous obtienne une plus grande part à cette vertu qui a si bien soutenu son âme au milieu de ses plus cruelles épreuves.
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