| Il
n’est pas nécessaire auprès des disciples
de François d’Assise, de faire l’apologie
de la joie. La
«joie franciscaine»
est devenue proverbiale.
Le
Poverello était porte par nature à cette qualité
ou à cette vertu, comme on voudra.
Il
a commencé par un mélange de joies factices
et de joies saines, celles-ci rarement élevées
au-dessus de l’humaine. Il a bu ce mélange à
pleines coupes, s’en et grisé, remplie, jusqu’au
jour où, tout à coup, il se trouve devant un
vide affreux.
Une
sorte d’abîme sans fin, le happe. Tout est noir,
sans vibration, sans un seul rais de lumière ; même
la belle nature chante aux à se boucher les oreilles
et à faire la grimace.
Oh!
Sans doute, avant cette épreuve, la plus pénible
de sa jeunesse humaine, il était passé comme
nous par ce spleen, cette morosité, ce vague à
l’âme qui nous enveloppes à certains jours
d’un brouillard impénétrable.
Mais
sa nature fougueuse, un instant décontenancée,
avait vite fait, dans ses fêtes nouvelles, de «remonter»
le ressort. Et, la folle jeunesse repartait enquête
de nouvelles aventures.
Sans
tant d’extravagances, n’arrivons-nous pas, nous
aussi, à «dépasser» le nuage…
Mais,
cette fois, rien… Est-ce lui qui ne voit plus, ou est-ce
la vie autour de lui que ne sait plus chanter ? Il reste inerte,
plus malade de ce vide que de toutes la fièvre qui
vient d’anémier son corps pendants plusieurs
mois et de le rendre exsangue et méconnaissable.
Jusque
dans sa bouche l’amertume de son âme l’écœure.
Le monde se ferme. Le «vertige du noir» l’envahit.
Lorsqu’il
se réveille, de l’autre côté de
ce mur de ténèbres, il se remet à chanter.
Il n’a pas perdu sa joie, ni sa voix, ni ses élans
poétiques, ne même ses transports amoureux, mais
ce n’est plus comme auparavant. Tout est nouveau, tout
est simple, vrai, beau… Autrefois, ça ne devait
pas l’être.
Et
François , fou d’un autre amour, le crie partout,
le chante et le fait chanter.
Il
y a eu transposition. Avant,
il était à tout, en tout, partout. Maintenant,
ce n’est plus lui du tout, c’est un autre dans
lequel il s’est perdu, il se perd encore, de plus en
plus, pour s’extasier avec lui, pleure, jouir, pâtir
ou se pâmer avec lui.
Et
François souhait l’épreuve qui l’a
conduit là, à tous ceux qui veulent le suivre
: «Il n’y a pas plus grande grâce que celle
de se vaincre soi-même». affirme-t-il.
Se
laisser transposer des
ténèbres jusqu’à la Lumière.
On croyait voir, on croyait être joyeux, ce n’était
pas réel. La joie, la vraie, est
de l’autre côté de celle que nous avez
maintenant. Demandez au Seigneur de
tomber dans le vide humain, vous vous réveillez
dans la plénitude du Christ.
Tout ce préambule
pour parler de quelques points de règle bien ennuyeux
!
Et
oui, ami lecteur, continuons de demander à François
ce qu’il nous veut au juste.
Ce texte un peu rigide, si on le regarde avec nos yeux à
nous, s’éclaire lorsque nous le voyons avec ses
yeux à lui et je suis persuadé que vous vous
y laisserez prendre.
En
effet, la Règle semble bien indiscrète dans
ses prescriptions de contrôle, jusqu’à
nos délassements et nos loisirs.
Ceux
qui n’auraient pas encore rencontré la maison,
ceux qui en lisse pour la première fois l’enseigne
avec l’intention d’y enter, même parfois
ceux qui sont dedans, sont souvent réfrigérés.
Les premiers, facilement, font demi-tour
; les seconds, sont tiraillés d’hésitations
nouvelles; les troisièmes, ne réussissent
qu’à augmenter le nombre de leurs cas de consciences.
L’épouvantail
de loisirs et de joies surveillés, arrête, décourage,
fait hausser les épaules .- «C’est regrettable,
mais vraiment saint François nous était apparu
plus gai, plus exubérant. Ici c’est étroit,
il y a des barrières, des limites. A notre époque
il faut pourtant tout avoir, tout éprouver….
C’est vieux jeux… au revoir»
Les
malheureux ! Ils regardent la façade du logement, ils
oublient de gai chanteur qui l’habite et les secrets
de sa joie et de ses épanouissements.
C’est
que là, comme partout, la lettre tue, seul l’esprit
vivifie.
Pour
nous, en recommençant notre visite si nous l’avons
déjà faire, ou en entrant dans la maison pour
la première fois, prenons bien la main du guide et
François va tout nous révéler.
Le
texte de la Règle est là. Lisons-le tel qu’il
sonne.
«
les membres du Tiers-Ordre devront fuir avec la plus grande
vigilance les danses, et spectacles dangereux et les repas
licencieux
.» Chan.II.par.2)
« Ils observeront la frugalité
dans le boire et dans le manger. » Chap. II.
par.3).
« Ils ne laisseront pas entrer
chez eux les livres et journaux qui peuvent porter atteinte
à la vertu et ils en interdiront la lecture à
leurs subordonnés. » Chap. II, par.8).
« ils éviteront les paroles
bouffonnes et déshonnêtes. » Chap.
II. par.10)
En
toute loyauté, qu’y a-t-il de si compliqué?
Pour
gens sincères, c’est du christianisme équilibré.
On sait bien qu’il est prudent de ne pas s’arrêter
à toutes les devantures dans une rue, si on veut arriver
à l’heure au rendez-vous.
Parmi
les vierges de l’Évangile, il y avait des sages
et des folles. Elles allaient toutes ensemble aux noces et
aux réjouissances, qui les accompagnaient. Mais, précisément,
il n’y eut que les sages à participer à
cette grande joie. Les folles s’étaient attardées
à des bavardages, ou à des « muguetteries
» et en oublièrent les vrais moyens d’arriver
à temps.
Il
ne s’agit pas ici, de reprendre l’inévitable
procès sur la valeur des bals, des réjouissances
et des lectures, et c…etc….
La
vraie question est de savoir si on est
pressé ou pas de rencontrer le Christ.
Il
ne s’agit pas de déterminer ce qui est permis
ou défendu dans la poursuite du plaisir et de la joie.
Il ne s’agit surtout pas de discuter si on a le droit
d’être joyeux.
Le
problème est tout autre et ses données sont
celles-ci :
1- Qu’est-ce que la joie ?
2- Est-ce que le plaisir donne la joie ?
3- Le Tiers-Ordre n’est –il pas une route directe
vers la grande joie, alors que les autres routes proposées,
ne seraient que des chemins détournées vers
les petits plaisirs ?
Question
d’appréciation , me direz-vous ?
2-
Il reste que le terme « joie franciscaine » est
consacré par la langage, il est parfois dans le dictionnaire.
Qu’on ne peut pas parler de saint François ans
parler de joie en même temps, Qu’à l’occasion,
la littérature elle-même dans son genre le plus
couru, le roman, s’en empare, comme dans «Les
lettres à mon cousin,» de Marus Gonin; dans «l’homme
de l’offrande», d’Yvonne Estienne; de même
que la poésie avec Chancerel, ou l’hagiographie
avec « Soleil d’Assise », d’Yvonne
Romain, sans parler de l’art, de la musique, du théâtre,
etc…
Chesterton
dans sa vie si curieuse du Saint d’Assise, va jusqu’à
prétendre que le Tiers-Ordre se définit par
la joie : «C’est, dit-il un Ordre institué
pour aider les personnes ordinaires,
à réaliser des choses ordinaires avec une extraordinaire
allégresse».
Tout
le débat est là au fait.
Il
y a une joie qui conduit au Christ et une autre qui en détourne.
Alors,
c’est clair ! ai-je rendez-vous chez lui, oui chez un
autre ?
Si
c’est ailleurs, c’est-à-dire chez cet autre,
excusez-moi ,je ne suis pas compétent, sauf pour vous
vivre, après confidences, que l’enseigne est
trompeuse.
Si
c’est chez lui, je vous assure que le Tiers-Ordre, bien
compris, engendre des tempéraments joyeux, chantants,
heureux et au dedans et au dehors.
Question
de rendez-vous, encore est-il qu’il fallait s’en
rendre compte.
À la lumière de ces précisions, tout
est simple.
Bals,
spectacles, repas avec compagnies et mets plus ou mois recherchés,
lectures, conversations et plaisanteries, sont permis dans
la mesure où ils conduisent vraiment vers ou chez le
Christ.
Ils
sont défendus à partir du moment où ils
arrêtent sur la route, où ils en écartent,
où ils en détournent, où ils font «marcher
à l’envers».
Saint
Paul avait déjà donné la directive :
«Tout a été crée pour nous, dit-il,
mais nous pour le Christ…»
Conclusion
: dans ce qui a été crée pour nous, tout
ce qui vient nous aider à aller vers le Christ, est
à prendre ; tout ce qui devient un obstacle pour poursuivre
le Christ est à laisser à d’autres, à
supposer qu’ils y trouvent un moyen pour eux, ou à
mettre dans le fossé, car cela devint poids lourds
et inutile, Sagesse profonde de la Règle.
Beaucoup
prétendent qu’ils n’ont pas besoin de toutes
ces limites et qu’ils sauront bien éviter les
dangers du plaisir, ils se disent d’ailleurs invulnérables
; «il faut bien expérimenter les dangers pour
pourvoir discuter avec ceux qui les courent et leur tendre
la main au moment où ils vont sombrer. Si personne
n’est là, ne sommes-nous pas responsables de
leur perte définitive?»
Ces
rasons peuvent avoir une certaine valeur, comme celles qui
prétendent moraliser les centres de vices. Elles expriment
même une sorte d’angoisse apostolique. Apparemment
au moins, tournée vers le Christ.
Disons
de suite qu’il est louable de tout tenter pour changer
le plaisir en joie réelle.
Mais
pour entreprendre ce travail, quelles âmes trompées
à blanc dans le feu de la joie crucifiée du
Christ, la seul vraie, profonde et durable, ne faut-il pas
!
Et
si ce ne peuvent être aux des âmes forgées
pour cela, ne leur fait-il pas aussi le marteau et l’enclume
qui vont permettre de leur donner la «forme» .
Ne leur faut-il pas un esprit tout centré sur le Christ
est une Règle qui les oblige à y rester fixé,
pour qu’en tendant la main à ceux qui tombent
dans le gouffre, ce ne soit pas eux qui soient attirés,
mais au contraire qui puissent les retenir, par ce que rivés
à la Force même qui engendre la joie.
Et,
précisément, le Tiers-Ordre est la Règle,
ce rivet, ce lien à la Force invincible.
Quant
aux autres, rappelons-nous que les plus forts en affirmation
sont souvent les plus faibles en vérité.
La
loi des cristaux st instructive or monter à ceux qui
se prétende invulnérable, qu’ils succomberont
au moment où ils d’y attendent le moins.
Dans
un liquide rempli de ces corpuscules, mais en quantité
supportable, ceux-ci n’apparaissent pas du tout. Ils
sont dilués dans ce liquide et identifiés à
lui, ils paraissent n’y avoir aucune action. Mais sitôt
qu’ils sont en nombre pour le saturer, ils s’agglomèrent
sur un pôle central et ils appariassent au point de
faire oublier le liquide lui-même.
Spectacles,
réjouissances, lectures, plaisanteries, bals sont des
cristaux dilué dans la vie humaine.
Séparément,
peut-être, ils n’ont pas tellement de force et
ne font-ils guère trébucher un tempérament
par ailleurs assez solide. Mais, dans un moment de fatigue
physique ou morale dans une épreuve pénible
à traverser, ces tempéraments affaiblis sont
plus vulnérable et l’on voit alors des géants
tomber sous la moindre de pression, des chutes morales lamentabled,
des divorces, des haines, des crimes dont on se croyait incapables
dix ans auparavant. La saturation est arrivée. Si une
Règle avait organisée ces vies, la déchéance
ne serait jamais venue.
Une
petite histoire ! … Une jeune Tertiaire connaissant
le Christ et l’aimant efficacement est invitée
à un bal par des amies. Pour obéir à
sa Règle, elle demande avis au Directeur de sa Fraternité.
-
«Bal dangereux», dit la Règle. L’est-il
?
- Je ne sais, répond la demanderesse.
-Alors, ce n’est pas de moi qu’il faut obtenir
l’autorisation.
-De qui donc, mon Père ?
- De votre propriétaire
- Je ne saisis pas ? Mon propriétaire, M.Y… mais
il se moquait de moi !
- N’avez-vous pas un autre propriétaire ?…
Quelques instant de silence, puis l’enfant se met à
réfléchir tout haut.
Ah!
Oui,, vous nous avez prêché, en effet, que le
Christ est «Roi» c’est-à-dire propriétaire
de toute la création et ainsi de ma vie…, «
Rédempteur» et il me possède parce qu’il
m’a «rachetée»… , «Baptiseur»
et il est entré en moi (corps et âme) comme dans
«sa maison» .., «Employeur», parce
qu’il m’a appelée par ma «Profession»
dans le Tiers-Ordre à un emploie particulier…
alors, Père, c’est à Lui qu’il faut
demander ?
-
Oui. S’il vous permet, allez-un, il a plus d’autorité
que moi : s’il vous défend, c’est à
Lui que vous appartenez..
Perplexe,
elle finit par déclarer : «Puisque je ne puis
m’assurer de la moralité du bal, je n’irais
pas, car je ne sais si je ne devrais pas laisser le «propriétaire»
à la porte de la salle de danse et surtout je ne sais
si je le retrouverais à la sortie ».
Et
elle perdit son petit plaisir pour garder sa grande joie.
Heureuse Règle quand elle éclaire ainsi.
Incidemment, je rencontrais un jour un religieux franciscain
qui, avant d’entrer dans l’Ordre, dans sa vie
de jeune mondain, aimait passionnément le bal et ne
s’en privait guère. J’ai pu lui demander
ce qu’il en pense en toute sincérité,
faisais totalement abstraction de sa vie actuelle. Sa réponse
est catégorique : «La Règle du Tiers-Ordre
est sage et juste…»
Autre
témoignage.
Une
jeune Tertiaire, passée de la mort, des plaisirs du
monde à la joie de la vie du Christ, se voit autorisés
et même encouragée à participer à
un repas licencieux, les invités étant ses anciens
camarades de folies.
Forte
de son expérience nouvelle avec le Seigneur, capable
de Le porter avec elle dans ce lieu dangereux, elle y va pour
cela.
Poussée
à bout par ses commençaux, curieux de trouver
la source de la joie nouvelle et toute différente qu’elle
leur présente, elle parle avec tant de conviction à
ces jeunes tempéraments tout centrés sur eux-même,
du Christ devenu son centre unique à elle, qu’elle
les empoigne et les trouve vers cette Lumière insoupçonnée.
En
résumé, la Règle est là. C’est
la route avec ses poteaux indicateurs, ses signaux.
En
principe, il ne faut pas la quitter ; en pratique non plus.
Mais
laissons toute de même le droit d’une autorisation
passagère, contrôlée par l’autorité
compétente, pour se jeter à l’eau quand
on sait nager pour sauver des naufragés, comme le droit
d’interdire de s’y lancer si le résultat
était de se noyer avec les autres.
Se
délasser, se récréer, c’est nécessaire,
c’est une volonté divine.
Mais, comme tout volonté divine, c’est pour procurer
au fils de Dieu, que nous sommes, au frère ou à
la sœur du Christ que chacun de nous est devenue à
son baptême, un moyen d’épanouissement
vers eux.
Tout
ce qui réalise cela est permis, tout ce qui l’entrave
est défendu.
Croyez-moi,
ne vous cassez pas la tête à chercher.
Votre
Règle l’a fait pour vous.
En
elle est par elle, vive notre sœur la joie ! |