Première partie
Découverte de la vocation
Chapitre Premier
Une enseigne peu attirante
« L’Ordre de la Pénitence », tel est
le titre donné par François à sa troisième
famille spirituelle.
Pourquoi cette appellation ?
A notre époque en mal de découvertes jouisseuses
et passionnées, elle sonne tellement mal, elle écorché
les oreilles habituées aux doucereuses déclarations,
elle fait frémir les corps saturés de mollesse et
les âmes affalées dans le plaisir.
Pourquoi donc ?…
Peut-être d’abord parce que « son époque
», celle à laquelle il a réalisé cet
Ordre, était comme la nôtre. En réaction contre
le désordre, il a crée un Ordre ; en réaction
contre la décomposition du sensuel, il a crée le
courant vital de l’énergique pénitence.
Mais aussi, parce que, en 1221, quand il accepte de penser à
ceux qui veulent le suivre malgré les liens du mariage,
il a expérimenté depuis plus de dix ans ce que veut
dire exactement le mot «pénitence ».
Dans nos esprits il éveille plutôt une idée
purement négative de renoncements, de contraintes, de peines
et de souffrances volontaires ou non, désagréables
à la nature sans profit immédiat.
Pour François, au contraire, toute sa réalité
est positive et son résulta est une restitution de la surnature,
une foi, une possession plus intense de l’être aimé.
Si nous savions regarder de près, nos conclusions seraient
d’ailleurs identique, mais notre pénitence est trop
tournée vers nous, tandis que la sienne est tout et uniquement
tendue vers la joie d’un autre.
« Être en pénitence », « faire
pénitence », « recevoir le sacrement de pénitence
». Trois expressions de notre langage spirituel courant.
Leurs sens ? Pas autre que, retrouver celui ou ceux dont nous
étions séparés, avec pour résultat
la joie de la réunion.
« Être en pénitence » : L’enfant
qui vient d’être puni « est en pénitence
». Pour un bavardage, il va rester en silence pendant que
ses camarades vont jouer en récréation ; il était
détenteur d’une joie, celle de parler, que les autres
atteignent maintenant seulement ! Si sa punition comporte une
leçon à réapprendre, un devoir à refaire,
c’est lui cette fois qui est en retard ; il se réunit
à ses camarades en faisant ce travail, après eux
pour les rejoindre.
« Être en pénitence » ne peut avoir un
autre sens. C’est prendre les défectuosités,
les tendances dangereuses de notre tempérament pour les
obliger à s’harmoniser à un tempérament
modèle, pour supprimer les distances entre l’un et
l’autre établir le plus de points de contact possible,
réaliser l’union des deux. D’un mot, c’est
(comme l’avers et le revers d’une médaille)
la souffrance et la joie simultanées d’un rapprochement
après une séparation. Faire pénitence s’exprime
souvent en langage chrétien par le mot « réparer
».
L’idée entrevue dans ce mot est extrêmement
riche et grosse de l’idée de réunion, d‘union.
On répare ce qui est cassé, brisé, désuni,
ce qui déchiré. Un vêtement déchiré
ne peu plus se porter, il y a séparation entre vous et
lui. Réparez-le, il y a double rapprochement : les deux
bords de la déchirure sont adroitement recousus ensemble
et ce rapprochement s’appelle une « réparation
» ; cette réparation vous permet de le reprendre
sans honte et avec joie, c’est le second rapprochement,
la réunion. Réparer c’est réunir, recoudre
; faire pénitence aussi.
« Recevoir le sacrement de pénitence ». Pourquoi
s’arrête-t-on au point pénible de l’accusation
des fautes ! Si en nous mettant à genoux aux de notre confesseur
nos pensions à l’union qui va se rétablie
avec le Christ par l’absolution !
L’homme a « déchiré sa volonté
» de celle du Christ, il a péché. Par la confession,
la « Pénitence », il supprime la déchirure,
il remet en communauté, en amitié, en fraternité,
sa vie avec celle de l’Ami. Il reçoit le sacrement
de la « réunion ».
François avait médité tout cela. Il avait
médité la grande pénitence du Christ :
a) Son INCARNATION
: union de l’humanité à la divinité.
b) SON JEÛNE AU DÉSERT
: quarante jours
d’extase où il s’unit plus intensément
encore « l’humanité ». Il la transporte
avec la sienne au point d’en oublier de manger, dans la
joie de cette adoration du Père qui est sa fonction essentielle.
Et pendant tout ce temps il pense aussi l’Évangile
où il ne sera question que d’union dans la charité,
dans l’amour.
c) SA PASSION, où
soulevant «l’humanité» jusque sur la
Croix, entre ciel et terre, il refait de l’homme un Dieu,
après avoir uni Dieu à l’homme.
Si nous regardons les textes pénitentiels de la Règle,
nous nous rendrons compte très rapidement qu’ils
revêtent tous le sens positif d’union et de réunion
au Christ,
Ils sont disséminés dans les deux premiers chapitres,
le troisième signalant seulement le droit du Visiteur (paragraphe
2 et 4 ) de ramener les négligents et les coupables dans
l’observances normale des engagements pris.
La première marque la lutte contre les mauvaises tendances
de la nature, mais pour tendre vers les mœurs et habitudes
du Christ.
«Il faut avoir de bonnes mœurs » (paragraphe
I.) L’esprit d’obéissance ; la volonté
de concorde, marquée dans l’Évangile par le
« aimez-vous les uns les autres» le revêtement
d’un esprit symbolisé par l’habit ; la formation
de Noviciat comptant parfois des rectifications, des redressements,
de jugements, d’idée, d’erreurs sur la vie
intérieur; l’étude de la méthode franciscaine
d’introduction de la vie du Christ dans nos vies personnelles
; et enfin la décision, l’engagement , la brisure
d’avec l’Esprit du monde, pour prendre d exclusivement
et définitivement l’esprit du Christ.
Le second intitulé : «De la manière de vivre»
, prend l’âme consacrée comme pour lui donner
une forme non pas figée mais orientée vers un achèvement
de perfection.
La forme définitive, c’est
le Christ. Les yeux fixés sur lui, à la manière
de François, le Tertiaire va supprimer toutes les bavures,
donner le coup de ciseau à toutes les encoignures défectueuses,
à tout ce qui jure en lui face au Modèle qu’il
veut reproduire. Pour a peu et avec évidence, il se rend
compte que, pour lui comme pour François, «le Très-Haut»
lui demande de vivre selon « forme» du Saint Évangile.
Absence de luxe, par l’amour de la pauvreté qui
donne la liberté et écarte des passions.
Fuite de l’Élégance mondaine par préoccupation
beaucoup plus intense de l’élégance spirituelle,
de l’habillement de l’âme : «revêtez-vous
du Christ» (Saint Paul).
Langage exempt d’inconvenances ; habitude ce mortifier le
goût et la chair, par la frugalité et le jeûne
ou l’abstinence ; la suppression des plaisirs dangereux
pour que l’esprit ait plus de place que le corps.
Confession régulière pour repartir après
un écart, une faiblesse, une chute.
Puis les obstacles principaux combattus, l’ébauche
dégrossie, la Règle engage le disciple de François
à la communauté de travail intérieur avec
le Christ ; messe, communion, vie intérieur, exercices
de piété, office, sanctification des actions ordinaires.
Puis à la communauté de travail extérieur
: exemple, apostolat en famille, dans la société,
dans et par la justice qui apaise les discorde, par l’esprit
de paix et de la charité active.
Par sa Règle observée, le Tertiaire,«se met
en pénitence», quand il se trouve en défaut
d’élève distrait, en retard, ou dissipé
; il «fait pénitence» pour après ses
efforts marqués, faire rectifier par l’Ami lui-même
les bévues, les erreurs, les malfaçons.
Tout dans cette loi volontaire prend sa personne et la porte vers
la «Personne» par excellence : Jésus-Christ.
La rencontre opérée, c’est une intimité
de plus et plus forte qui se crée, et les deux amis en
s’identifiant finissent par ne plus voir que les intérêts
l’un de l’autre s et par s’y dévouer
sans compter.
La «pénitence» tu troisième Ordre franciscain
et de sa Règle, doit aboutir à cela, sans qui elle
ne répondrait plus à l’idée du fondateur
: apprendre à rencontrer, à vivre et à aimer
«l’Amour qui n’est
pas aimé».