Prêtres du Monde

+ Sr Denise Christiaenssens

Ermite de la croix o.f.s.

Dans le diocèse de Rimouski.

Ermite franciscaine consacrée par voeux
public  par Mgr. Bertrand BLanchet 2007

Maintenant sous obéissance de  Mgr Pierre André Fournier  et ami de ma famille depuis quelques années

-Ma consécration est pour ma famille
-mes prêtres vivants ou décèdés du monde
-toute personne qui fait une demande

J'ai déménagé et Tellus ne donne pas le service, donc j'ai donc changer d'adresse  de @

voici la nouvelle

 

 

ermitedelacroixofs@live.ca

Livre d'or-Un petit mot fait du bien et cela vous permet aussi de lire les commentaires des gens.  Ne laissez pas de message personnel s.v.p.
  Donnez moi votre url et @ pour que je puisse vous répondre
DU COMITÉ DIOCÉSAIN
DU MINISTÈRE PRESBYTÉRAL

AS-TU DÉJÀ PENSÉ À
DEVENIR PRÊTRE?


LE GRAND SÉMINAIRE, ÇA TE DIT QUELQUE CHOSE ? OUI REGARDE LE LIEN PLUS BAS
Titre de la série :
Dans la belle nature de Dieu
Titre de la page:

Dieu est grand 1

Nom de l'auteur:
S. Exc. Mgr. Tihamer Toth

DANS LA BELLE NATURE DE DIEU -1

PREMIÈRE PARTIE

Voyage en plein ciel.

—Hé, vous autres, regardez!... Mais regardez donc! — s'écria le petit Jacques tout d'un coup. — Regardez!

—Qu'est-ce qui te prend ? Sursauta Julien Desherbes. — Veux-tu bien ne pas crier ?

Tu vas réveiller tout le camp!Ah! Que c'était beau! Vous n'avez rien vu ? Une étoile vient de filer. C'était beau, mais beau! Confirmant, s'il vous plaît, où est-ce qu'elle s'est enfuie, l'étoile ?

Le commandant du camp d'éclaireurs commença par apaiser le petit Jacques, que, d'ordinaire, on n'appelait que Jacquot. Il était le membre le plus jeune du camp, et n'y avait été admis qu'à la prière d'Étienne, son frère aîné; car il avait juste fait son examen de la quatrième classe élémentaire la semaine passée.

—Vraiment, Jacquot, tu devrais parler plus bas, lui dit le commandant— laisse dormir tes camarades.

—Tu veux savoir ce que l'étoile filante est devenue ? Eh bien! mon garçon, elle court à sa perte. Vois-tu, elle s'est détachée du Soleil, son centre vivifiant de lumière et de chaleur, et à présent elle se précipite dans le vide obscur, dans le néant.

—Comme c'est dommage! — dit Jacquot. — Elle était si, si belle! Et aussi grosse qu'un melon !

—Même un peu plus, ajouta François, notre aide de camp, en souriant. Sais-tu, Jacquot, qu'il y a des étoiles cent fois plus grandes que notre Terre ?

—Commandant, fit Jacquot, François se moque de moi. Un aide de camp éclaireur, ça ne devrait plus se moquer, pas vrai ? Dire que ces petits clous d'argent là-haut sont plus grands que la Terre !

Le commandant jeta une brassée de bois sur le feu et nous fit asseoir plus près de lui avant de répondre.

—Plus grandes que la Terre ? Des centaines de fois plus grandes! Et non seulement que la Terre , mais encore que le Soleil même. Vous ne pouvez concevoir ces proportions et ces distances. Kilomètres et lieues sont des mesures lilliputiennes sous ce rapport. Si vous me promettez d'être bien tranquilles, je vais vous raconter quelque chose de ce monde mystérieux des étoiles.

—Vous pensez bien que nous eûmes bientôt fait de promettre!

—Allez faire votre tour du camp, d'abord. N'oubliez pas que vous êtes de garde, ce soir.

Julien et Jacquot saisirent leurs longs bâtons ferrés, Georges Grandin tira une grosse branche tordue du tas de bois destiné à alimenter le feu et nous nous mîmes en marche.

Le commandant resta près du feu. Une nuit de paix sublime recouvrait le camp. La respiration profonde et régulière des jeunes garçons endormis lui parvenait du côté des quatre tentes spacieuses, à trente personnes' chacune. Le petit ruisseau qui coulait derrière la tente du commandant y mêlait son babillage. De temps en temps, l'eau du lac tout proche remuait aussi avec une note très douce. A part cela, c'était le silence complet.

—C'est étrange, mon commandant, — dit François quand ils furent de retour, — par ces nuits d'étoiles si paisibles, on est pris d'un sentiment merveilleux, auquel je ne saurais donner de nom... Quelque chose semble attirer mes regards en haut, vers le firmament, et je sens Dieu tout près de mon âme.

Cependant les garçons étaient revenus s'asseoir autour du feu.

—Oui, mon ami, — répondit le commandant, — cet état d'âme ressemble à un pressentiment. L'homme d'aujourd'hui, à plus forte raison, peut répéter les paroles du grand sage grec Aristote, qui écrivait, il y a plusieurs centaines d'années :

—« Ainsi que celui qui, du haut du mont Ida près de Troie, verrait l'armée grecque défiler en bel ordre dans la plaine — les cavaliers en tête avec leurs montures et leurs chars, les piétons ensuite, concevrait l'idée que, sûrement, il doit y avoir quelqu'un qui met de l'ordre dans les masses du corps d'armée et tient les guerriers bien en ligne; — ainsi que le marin, qui Voit, au loin, approcher un bâtiment à toutes voiles sous le vent, pense qu'il y a certainement un pilote à bord qui gouverne le bateau et le mène au port; de même ceux qui, levant les yeux vers le ciel pour la première fois, virent le Soleil parcourir sa voie de l'est à l'ouest, et les rangs bien ordonnés des étoiles, cher­ chèrent le Maître Créateur de cet univers sublime devant admettre qu'il ne pouvait s'être formé par hasard et devait son origine à un Être puissant et infini » (Sext. Emp. dogm. III. 2. Fragm. II. p. 36).

— Pourtant Aristote n'avait pas encore de télescope, n'est-ce pas ? — demanda Georges.

— Certainement non. Il regardait le ciel à l'oeil nu seulement. Qu'aurait-il dit, s'il avait pu se servir des puissants télescopes de nos jours qui agrandissent à plusieurs milliers de fois! — Vous connaissez bien les noms des douze constellations du Zodiaque, n'est-ce pas ?

— Le bélier, le taureau, les gémeaux, le cancer, le lion... récita Julien, mais le commandant l'interrompit :

—Assez, assez, Julien. Eh bien ! Prenons les gémeaux. Avec les meilleurs yeux du monde, on ne peut apercevoir que six étoiles dans cette constellation. Et avec le télescope ? Plus de trois mille! Dans les gémeaux, seulement! Puis, regardez un peu la voie brumeuse qui étale sa blancheur au fond du firmament.

—La voie lactée!

—Parfaitement. A l'oeil nu, elle ressemble à un brouillard. Et dans le télescope ? Vous croiriez que c'est la neige qui tombe tout autour de vous, les flocons tourbillonnent par millions, et chacun de ces flocons est une étoile immense!

Commandant, s'il vous plaît, est-ce qu'on peut savoir combien il v a d'étoiles ? demanda Julien.

—Que non, mon ami. Pourtant, nous pouvons mettre leur nombre à plusieurs centaines de mille, à beaucoup près.

Jacquot revint à sa première question.

—Et puis, est-ce qu'elles sont vraiment si grandes que ça, les étoiles ? Plus grandes que la Terre ?

— La Terre ? Écoute un peu, mon enfant : Uranus est 14 fois aussi grande que la Terre , Neptune 17 fois, Saturne 93 fois, et Jupiter 1278 fois. Mais qu'est tout ceci en comparaison du Soleil ? Celui-ci est 1.300.000 fois aussi grand que la Terre , c'est-à-dire qu'on pourrait en faire un nombre pareil de Terres. Un million ne nous semble pas tant que ça, aujourd'hui. Mais savez-vous quelle serait la hauteur d'un million de cartes à jouer superposées ? Plus d'un kilomètre!

Eh bien! essayez maintenant de vous imaginer qu'est - ce que cela représente : un million de terres! Si l'on mettait la Terre et la Lune dans le Soleil et si la Lune tournait aussi loin de la Terre qu'elle le fait à présent : elle cheminerait encore toujours dans le Soleil!

—Mais c'est vertigineux! s'exclama non plus le petit Jacquot, mais Julien, le sergent-major.

—Attends, Julien. L'étoile fixe Sirius est douze fois plus grande que le Soleil et il existe des astres encore bien plus grands.

— Ils doivent être à une distance considérable alors s'ils nous semblent pourtant si petits!

—Je crois bien qu'ils sont loin! Le cerveau humain a réussi à calculer ces distances, mais notre imagination est incapable de se les représenter. La Lune même, qui nous regarde de si près, — elle semble écouter notre conversation du haut de cet arbre — la Lune , est distante déjà de 184.400 kilomètres . Un train express qui se précipiterait vers elle sans arrêt avec une rapidité de I00 kilomètres à l'heure, y arriverait en 17o années. La lumière se dépêche bien plus que ça : il ne lui faut que 8 minutes pour faire ce chemin. Dis-moi, Georges, vous avez déjà appris ce que c'est qu'une année de lumière, n'est-ce pas ?

—Oui, mon commandant. Nous avons appris qu'il serait difficile de mesurer les distances qui nous séparent des étoiles par kilomètres, et que, pour éviter les chiffres énormes, on prend l'année de lumière pour base des calculs. La lumière fait 300.000 kilo­ mètres par seconde. Donc, une année de lumière signifie le chemin parcouru par la lumière en une année.

—Parfaitement. Mais as-tu déjà réfléchi à cette rapidité vertigineuse ? Un train express couvrant 60 kilomètres à l'heure ferait le tour de l'Équateur en un mois. La lumière, elle, l'encercle huit fois en une seconde ! En une année, la lumière fait le trajet du Soleil à la Terre 63.000 fois. Une année de lumière comprend donc 63.000 fois cette distance. Mais regardez donc : quelques étoiles ont la lueur tremblante, comme si elles avaient froid. Ce sont les étoiles fixes. Les rayons d'Alpha du Centaure nous arrivent en quatre ans et quatre mois. C'est l'étoile fixe la plus proche de nous, à peu près 260.000 fois plus éloignée que le Soleil ! Et notre distance du Soleil se monte à 149.480.000 kilomètres ! Il s'ensuit que l'étoile fixe la plus proche est à 149.480.000 fois 260.000 kilomètres de nous. C'est effroyable rien qu'à prononcer!

—Alors, commandant, si quelqu'un voulait faire un voyage à Alpha du Centaure, combien de temps serait-il en route ? En rapide, bien entendu!

—Eh bien! Mon ami, si ce voyageur demandait au conducteur : « Quand arrivons-nous à Alpha du Centaure, s'il vous plaît ? » il recevrait cette réponse encourageante : « Dans 40.000.663 ans à partir d'aujourd'hui! »

—Fichtre! s'écria Georges. Voilà de quoi vous faire tourner la tête!

— Attends un peu, Georges, avant de tourner. Ce n'est que la plus « voisine » des étoiles fixes. La suivante est déjà à sept années de lumière.

— Voyez, commandant, là-bas, cette étoile brillante, c'en est une qui clignote! interrompit Jacquot.

—Celle-là s'appelle Sirius. Elle est distante de huit années et demie de lumière. C'est une distance inconcevable. Quel éclat elle a pourtant! Ce doit être une étoile énorme. Mais continuons : Véga est à trente-six années de lumière, l'étoile polaire à quarante et demie. Savez-vous ce que cela signifie ?

—Cela signifie que si la lueur de Véga cessait tout à coup, nous continuerions de voir l'étoile briller à sa place pendant une quarantaine d'années encore.

—C'est cela. Et cette Véga se précipite dans sa voie avec la rapidité effroyable de 24 kilomètres à la seconde, pendant qu'un boulet de canon ne fait qu'un demi kilomètre en le même laps de temps. De ce vol effréné, elle n'arriverait à la Terre , pourtant, qu'en 280.000 ans. — Mais cela n'est qu'une allure d'escargot auprès de celle d'Arcturus, qui court avec la vitesse écervelée de 674 kilomètres à la seconde.

Julien se prit la tête à deux mains, Jacquot hocha la sienne, incrédule.

Tout ceci, mes enfants, est prouvé par des recherches scientifiques. Mais attendez encore. Nous ne sommes qu'au début. Donc, Véga est à quarante années de lumière de la Terre et n'y arriverait, d'un vol de 24 kilomètres à la seconde, qu'en ao.000, années. Que direz-vous, alors, de Persée, qui est distant de 17o années de lumière ?

A propos, une chose étrange s'est passée sur cette constellation. Raconte-nous ça, François, je t'en ai déjà parlé l'autre jour.

— Eh bien! Camarades, voici la chose : En 1911, les astronomes remarquèrent une étoile nouvelle dans la constellation de Persée qu'ils connaissaient bien. Cette étoile brilla d'un feu croissant pendant quelques jours, après quoi son éclat diminua peu à peu. Au bout d'un an et demi, elle ne fut plus qu'une étoile de douzième grandeur et resta ainsi jusqu'à ce jour. Que lui était-il arrivé ? Selon toute probabilité, un astre éteint se trouvait en cet endroit, qui fut heurté par un autre. Ce choc produisit une chaleur épouvantable et fit flamber l'astre mort. La collision se produisit en 1731, mais les rayons de ce feu d'artifice céleste ne nous arrivèrent qu'en 1911.

-- Voilà qui est vertigineux !

— Commandant, s'il vous plaît, — dit Julien, — st Persée est à 170 années de lumière d'ici, qu'y a-t-il derrière cette constellation ? Est-ce que le monde finit là?

— Au contraire, mon ami! Avec nos magnifiques télescopes, on continue toujours de découvrir des étoiles nouvelles. Mais celles-ci ne font que clignoter, toutes pâles, dans le verre magique, elles sont 2.300 fois plus loin qu'Alpha du Centaure!... C'est-à-dire à 9000 années de lumière !

Continuons encore, mes enfants... Voici la Voie Lactée... Des millions d'astres composent ce ruban céleste... où ... a 20.000 années de lumière ! Eh bien! George, il y a là de quoi te faire tourner la tête à présent!

Mais nous sommes encore loin de la fin du monde. A des distances inimaginables, au-delà de la voie lactée, les astronomes découvrent continuellement des nuées d'étoiles, des brouillards blancs inconnus. Là, au fond du firmament, des mondes nouveaux sont en formation continuelle...

Et nous pouvons encore passer outre. Jusqu'où ? Qui saurait le dire ? — Les Pléiades ne sont qu'à 500 années de lumière. Mais l'astronome Seliger estime la distance des petits points à peine visibles dans le télescope le plus puissant, à 86.000 années de lumière!... Et au-delà de ces étoiles, suivent d'autres taches encore, que nos télescopes n'ont plus le pouvoir de dissoudre en étoiles individuelles... La lumière qui se répand avec la vitesse de l'éclair, 300.000 kilomètres à la seconde, et parcourt l'Équateur presque huit fois en ce laps de temps, la lumière, dis-je, a besoin de millions d'années pour arriver de là-bas jusqu'à nous... Les astronomes parlent des étoiles qui composent les brouillards en spirale d'Andromède et du Chien de Chasse, dont la lueur effacée nous arrive en six millions et demi d'années, donc distantes d'autant d'années de lumière... Bien, c'est admis. Alors, il doit y avoir des étoiles dont la lueur ne nous est pas encore parvenue depuis la création de notre monde...

Passons outre encore... et encore! Qu'y a-t-il au-delà de tout ceci ? Nul ne le sait, hors un seul. L'idée du Dieu infiniment grand recouvre l'âme humaine. Qui peut-il être, ce Dieu, qui, d'une pensée, créa ce monde éblouissant d'étoiles, donna à sa mesure des lois et une harmonie que notre imagination humaine est incapable même d'approcher ! Quel est Celui qui plaça les rails invisibles où courent les étoiles et traça l'axe de l'univers ? Celui que toute cette voûte étincelante glorifie et glorifiait déjà avant que des yeux humains l'eussent pu contempler ? Ici, on est saisi de la vérité des paroles de Pasteur, prononcées à l'occasion de sa réception à l'Académie Française :

Qu'y a-t-il au-delà des étoiles ? Un autre ciel étoilé. Bien. Et au-delà ? Qu'y a-t-il au-delà ? Une force inévitable nous force à demander sans cesse : — Qu'y a-t-il au-delà ? Et l'on répond en vain : au-delà, c'est l'espace sans bornes, le temps infini et la grandeur sans mesure, car ces mots ne nous disent rien... Vaincus par cette idée, il ne nous reste qu'à tomber à genoux... »

Le commandant se tut. Rêveurs, nous regardions le feu près de s'éteindre. Dans ce silence solennel une prière inexprimable s'élevait de nos cœurs. Mon âme était réchauffée d'une flamme étrange, je sentais comme je ne l'avais jamais sentie, toute la vérité miraculeuse du sublime chant de Beethoven :

O Créateur que l'univers immense - P D'un rythme sacré glorifie,

Des millions d'astres, le ciel et la terre. Et l'âme humaine qui le prie..

Un signe de lui fait trembler le monde, Un geste et le soleil est né,

Tout retentit de sa volonté puissante : Le Seigneur bénit nos vallées!

— Mes enfants, — dit soudain le commandant —, nous passons notre temps à bavarder et à voyager en plein ciel! Pendant ce temps, on aurait pu voler le camp tout entier. Allez vite faire votre tournée.

Nous sautâmes sur nos pieds tout d'une pièce. Je m e mis en route en compagnie de Jacquot, Georges et Julien s'acheminèrent à leur tour. Dans le silence complet, on n'entendait que la respiration rythmée des dormeurs.

Parmi les étoiles.

Après une tournée de quelques minutes, nous retournâmes près du feu. Georges et Julien revinrent bientôt aussi. Ils riaient aux éclats.

• Qu'est-ce qui vous amuse, mes enfants ? demanda le commandant.

• Georges vient de faire une de ces rimes à faire dresser les cheveux, mon commandant. Mais celle-ci est plutôt spirituelle.

• Eh bien, Georges, tu n'as pas besoin de rougir. Dis-nous ta rime, puisqu'elle est spirituelle, cette fois.

• J'ai seulement pensé, commandant, comme c'est drôle que le ciel étoilé a le plus d'attrait pour les deux types extrêmes de l'humanité : le poète lyrique et le sec mathématicien. Mais tandis que le poète chante les étoiles sur de tendres rythmes, le mathématicien en fait de durs logarithmes.

• N'est-ce pas épatant ! — demanda Julien en riant de plus belle. — Nous dirons ça à toute la troupe, demain. Et puis, mon commandant une idée intéressante m'est venue, à moi aussi, pendant la tournée. J'ai pensé que si les étoiles brillent d'un tel éclat, elles doivent avoir une température brûlante.

• Pour ça oui, mon garçon. C'est vrai qu'il a des astres morts, raidis par le froid; mais d'autres sont un véritable tourbillon de feu.

• Quelle chaleur peut-il y avoir dans le Soleil, par exemple, mon commandant ?

• Oh là, là, le Soleil, ça doit être joliment chaud ! — opina Jacquot.

-- Eh bien! mon ami, — répondit le commandant, la chaleur sur les couches extérieures du Soleil est de 4000 degrés Celsius à peine, car celles-ci sont refroidies par la température glacée du vide ambiant. Quant à la chaleur du centre, nous ne pouvons que la conclure par les volcans solaires qui, perçant l'enveloppe plus dense, projettent leurs flammes souvent à plusieurs centaines de mille de kilomètres. Ces torches solaires lancées dans l'éther brûlent d'un feu effroyable. On a déjà observé des explosions hautes de 500.000 kilomètres . Vous rappelez-vous comme Paul Bérin était heureux l'autre jour, parce qu'il avait réussi à faire un jet d'eau de 40 centimètres avec des tuyaux, en utilisant la chute du ruisseau. Comparez à présent les éruptions solaires hautes d'un demi million de kilomètres

• Et d'où vient cette chaleur atroce du Soleil ? Qu'est-ce qui la cause ?

• Tu viens de poser une question, mon garçon, à laquelle nul n'a encore trouvé de réponse. On a bien tenté de l'expliquer par la contraction continuelle de la matière solaire, par un rayonnement d'Uranium, par la chaleur que certaines cohésions d'atomes peuvent créer — mais aucun être humain ne peut savoir la vérité là-dessus. Le Père Secchi et Ericson estiment la chaleur intérieure du Soleil à 5 ou 6 millions de degrés Pensez-y, 5 ou 6 millions ! Quelle était donc la température hier, à midi, quand toute la troupe vint se coucher à l'ombre, anéantie, presque incapable de bouger ?

• 3 5 degrés Celsius.

• Alors, mes enfants, quelle puissance sublime qui peut allumer un feu tel que ce Soleil embrasé! Brûlant depuis des milliers d'années peut-être ? Et s avez-vous que Sirius est trente fois plus chaud que le Soleil ?

Tiens, Julien, voici le Livre des Psaumes. Lis-nous donc le commencement du XVIIIe psaume. Prends garde à l'accent.

Julien se pencha plus près du feu et lut à voix basse :

Les cieux le chantent Dieu est grand et saint. Le firmament est l'oeuvre de ses mains.

Le jour l'annonce au matin à venir,

La nuit à la nuit, avant de finir.

• Voilà qui est intéressant, dit Julien songeur. Demain, ma section est libre, nous allons construire, un petit modèle du ciel étoilé.

• J'ai bien peur qu'il ne soit pas très .proportionné, ton modèle, répondit le commandant. Si tu désignes la Terre par un point et si ce point fait sa révolution sur la circonférence d'un centimètre, sais-tu alors où tu devrais placer l'Alpha du Centaure ? Presque à un kilomètre et demi ! Et Sirius, cette brillante étoile là- bas, vois-tu ? à trois kilomètres. Véga à douze kilomètres, l'étoile Polaire à treize ! Enfin Canopus, l'étoile la plus brillante de l'hémisphère austral, à cent soixante kilomètres! Conçois-tu à présent de quelles distances 'effroyables il s'agit ? Nous nous Précipitons à travers les espaces immenses de l'univers sans fin. Où que nous portions nos regards, mes enfants, le cerveau humain s'arrête de penser et s'incline humblement devant la puissance d'une Force mystérieuse et sublime. Cette Force oblige l'infime grain de poussière et, de même, les soleils immenses, à se soumettre à ses lois. Elle les pétrit, les forme, et les fait marcher, tourner, comme les roues d'une montre sans jamais perdre l'équilibre.

Car n'oublions pas que tout ce monde sans bornes ne reste pas raide et immobile. Il est en mouvement continuel, harmonieux et régulier. Les astres tournent autour de leur propre axe et autour les uns des autres dans une sorte de tourbillon éblouissant. Tout ce mouvement vertigineux n'est possible que par la solution de problèmes mathématiques tels que l'esprit humain n'ose même en approcher. Le plus excellent des mathématiciens ne saurait calculer la carrière de trois corps tournant autour les uns des autres. Des astres par millions tourbillonnent, avec une vitesse inconcevable. La Terre se précipite autour du Soleil avec une rapidité de 3o kilomètres à la seconde. Aldébaran fait 49 kilomètres , Pollux 53, Arcturus 674, à la seconde. Le vol du boulet de canon le plus rapide n'est qu'une allure d'escargot en comparaison.

— Commandant, s'il vous plaît, comment se fait-il que nous ne sentons rien de tout cela ?

— Cela, c'est fort intéressant aussi. Partout le calme, la paix ineffable. Pas une feuille qui tremble, pas un brin d'herbe qui bouge, pourtant ne nous courons dans le vide, sans arrêt, d'un vol éperdu... Qui est le pilote ? Qui est le commandant ? Qui est-ce qui nous dirige ? Qui a pu résoudre ces épouvantables tâches dynamiques ? Qui a exécuté ces calculs différentiels ?

A toutes ces questions, on ne peut répondre que par les mots du grand astronome F. W. Herschel (Familiar lectures 456)

« The presence of Mind is what solves the whole difficulty ». — « Les difficultés ont leur seule solution dans la présence d'un Esprit (infiniment sage) ».

Au bout du monda

Mais ne pensez pas que tous ces astres énormes tournoient pêle-mêle et sans but. Au contraire : le mouvement de l'un règle la course de l'autre. Nous croyons presque voir l'invisible main qui dirige ces orbes sublimes dans leur inconscience même.

C'est justement cet ordre et cette précision imposante qui captivent le cerveau de l'homme pensant et lui parlent de la sagesse et de la puissance insurpassables d'un grand Régisseur. La nature n'est point chaos (désordre), mais kosmos (bel ordre). Elle ne consiste pas en un monceau d'énergies et de corps entassés les uns sur les autres, mais en un grand mécanisme construit méthodiquement et tenu en ordre admirablement par des lois impitoyables.

Tout autour de nous, la forêt, les fleurs, les oiseaux, et tous les animaux ne vivent que pour le plaisir du moment; seule, l'âme humaine est capable de dépasser les choses appréciées par les sens et de rendre hommage au Créateur de toute cette beauté.

Tiens, François, voici le sentiment dont notre âme se sent prise par ces nuits d'étoiles silencieuses. D'où %fient cette émotion ? Elle vient de ce que tout notre monde intérieur aspire à quelque chose de plus grand et de meilleur que nous ne sommes. Sortant, nous aussi, des mains du Très-Haut, nous portons en nous une étincelle divine, et dans la nuit paisible, ce cri de notre âme, ce désir profond se fait entendre plus fort.

C'est ce sentiment que notre poète Reviczky exprime si bien :

« Notre univers, pour toi, est poussière, Et notre temps, un moment passager : Nos milliards, tu ne les comptes guère, Car ils sont nuls près de ta quantité. Ce que les siècles ont bâti avec peine, N'est qu'une bulle devant ton haleine; Mon coeur te sent dans chaque brin de l'herbe, Pour te nommer, je cherche un nom superbe En vain. Je suis un pauvre rien qui pense. Et, à genoux, je t'adore en silence.

— Mon commandant, remarqua François, une idée très drôle vient de surgir dans ma tête. Mettons que je choisisse une étoile où la lumière de la Terre arrive en mille années. Eh bien ! si, sur cette étoile, des êtres humains existent et nous regardent avec un bon télescope, ils voient les événements d'il y a mille ans ! C'est-à-dire que les ondes lumineuses de notre histoire d'il y a mille ans arrivent en ce moment là-haut plus l'étoile est distante, plus l'histoire s'enfonce dans le passé. C'est comme si l'on mettait un film dans l'appareil cinématographique la fin la première, et la pièce se déroulerait d'un mouvement rétrograde !

— Elle est assez drôle, en fait, ton idée, répondit le commandant. Mais Jacquot demanda, avant qu'il pût continuer :

• Alors, les autres étoiles sont aussi habitées par des êtres humains ?

• Il n'est pas si facile de répondre à ta question, mon garçon.

Georges se mêla à la conversation à son tour.

• J'ai lu que Mars était vraiment habité, mon commandant. Est-ce vrai ? Et puis, que quelqu'un aurait dit qu'il n'y a point de Dieu. Et que s'Il existe quand même, Il devrait écrire son nom sur le firmament de sorte que tout le monde pût le voir et alors personne ne nierait son existence. Je trouve que c'est une idée vraiment très intéressante.

• Aïe! Georges, comme tu emmêles les choses! répondit le commandant. D'abord, pourquoi Dieu n'écrit-il pas son nom sur le firmament ? Mais dis-moi, en quelle langue devrait-Il l'y écrire ? Tu t'imagines, n'est-ce pas, qu'Il pourrait former des lettres immenses avec des étoiles, pour faire briller dans les cieux, lisible par toute la Terre , le mot : Dieu. N'as-tu pas pensé que, hors de notre pays, très peu de gens le comprendraient ?

• Eh bien ! s'écria Julien, moi, je l'écrirais en une langue que tout le monde comprend.

• C'est précisément ce que Dieu a fait, Julien. La langue que tout le monde comprend, c'est l'ordre, la mesure, la conformité a des lois et à un plan déterminé. En cette langue-là, le nom de Dieu est parfaitement inscrit dans tout l'univers.

Mais voyons la première question de Georges Pour ma part j'en doute, car cette supposition manque de base sérieuse. Mars est habité par des êtres humains, si autant que nous puissions en juger, les Conditions nécessaires à la vie manquent sur Mars.

Il se peut, après tout, qu'avec le progrès de l'optique, nous en sachions plus long là-dessus un jour. La Lune a déjà pu être très bien photographiée : ces images sont de vraies cartes géographiques lunaires. Qui sait si l'optique de l'avenir ne saura pas, de même, approcher les astres plus distants ? à l'aide des vibrations de l'éther, peut-être...

Cal voyez-vous, mes enfants, il y a, deux cents ans, on ne savait pas encore ce que c'est que la voie lactée. Au début du xix siècle, on ignorait les distances qui séparent les astres. Jusqu'à 1880, on ne se doutait pas de leur composition chimique. Et, n'est- ce pas, comme tout ceci nous semble ordinaire ?

Depuis longtemps, les savants se cassent la tête comment on pourrait emmagasiner la chaleur accablante de l'été pour les jours d'hiver, comment on pourrait transformer les rayons du Soleil, cette énergie énorme qui se répand inutilement dans le vide, en force motrice; comment l'attraction de la Lune même, qui remue les vagues de l'océan toutes les six heures, pourrait être utilisée à notre service, etc. Il est bien possible qu'on arrive à résoudre tous ces problèmes. La connaissance plus intime de la planète Mars n'a donc rien d'impossible non plus.

D'autant moins que les astronomes découvrent continuellement des étoiles nouvelles, des mondes immenses dans l'espace sans bornes... Des perspectives vertigineuses s'ouvrent devant l'homme minuscule. Vous savez bien, n'est-ce pas, que la Voie Lactée qui encercle notre monde de son ruban d'étoiles, consiste en des centaines de millions d'astres. Mais le télescope nous montre encore beaucoup d'autres voies lactées, semblables à la nôtre, formées également de millions d'étoiles... Que dites-vous de ces chiffres, mes enfants ? En voilà pour confondre l'esprit humain...

L'âme tremblante d'émotion, les astronomes peuvent observer, de nos jours encore, la formation d'étoiles, de soleils, de nébuleuses nouvelles. Mais quant à la Force qui les crée, nous ne pouvons que la pressentir.

• On peut voir des soleils nouveaux se former ? Oh! là, là! Montrez-moi ça, mon commandant, je vous en prie!

Naturellement, c'était Jacquot qui faisait le curieux.

• Ce n'est pas si facile que ça, mon petit bêta. Il est vrai que des mondes naissent et d'autres meurent au fond des cieux. Certaines étoiles brillantes commencent tout à coup de perdre de leur éclat, et, pâlissant de plus en plus, un jour, elles disparaissent entièrement. Par contre, dans un autre endroit, sombre jusque-là, on aperçoit soudain une étoile éblouissante.

• Commandant, remarqua François, j'ai aussi lu quelque chose de très intéressant à propos de la découverte de Neptune.

• Ah! Oui, Neptune ! Ce cas-là nous montre une fois de plus l'ordre exact qui régit tout l'univers. Raconte-nous ça, François!

— Voilà : l'astronome Le Verrier remarqua certaines irrégularités dans la course de quelques planètes.

Si l'ordre admirable de l'univers est troublé, pensa-t-il, il faut qu'il y ait une cause quelconque. Et si c'était une planète cachée que nous n'avons pas encore réussi à découvrir ? »

Il démontra donc par des calculs minutieux qu'à telle distance du Soleil une planète d'un poids donné devait se trouver : qu'on la cherche. On chercha, vous pensez bien avec quel zèle et, à l'endroit même on découvrit Neptune. • Mais c'est incroyable ! s'écria Julien.

François continua :

• Par le même principe, on découvrit aussi un élément nouveau, l'Hélium. La classification des éléments, comme vous le savez, est sévèrement réglée. En certain endroit, cette lignée se trouva interrompue; on observa une place vacante entre deux éléments connus. On calcula que l'élément inconnu devait avoir telles et telles qualités. Plus tard, on le trouva réellement en analysant les rayons solaires (analyse spectrale) et on le nomma Hélium.

L'horaire des étoiles.

Commandant, vous ne nous avez encore rien raconté des habitants de Mars, s'impatienta le petit Jacques.

• Eh bien ! Écoutez. A un certain moment, les hommes s'occupaient beaucoup de la question comment on pourrait faire signe aux prétendus Martiens. Il s'agissait de trouver un signe qui serait compris à coup sûr par des êtres intelligents, pourvu que de tels existassent sur cette planète. On fit donc le projet de creuser un triangle gigantesque dans le désert du Sahara.

• Peste I s'écria Jacquot. Et pourquoi faire ? Julien l'interrompit.

• Je sais, moi. Si les Martiens avaient aperçu le triangle, ils auraient tout de suite compris que sur la Terre , il y a des êtres intelligents.

— C'est cela, parfaitement, mes enfants. Ce projet, pourtant, ne fut point exécuté et, à l'heure qu'il est, nous n'avons toujours pas de réponse à la question de Jacquot. Cependant, regardez autour de vous : voyez le ciel et la terre ici, ce n'est pas un pauvre triangle seulement qui nous parle, mais la beauté, le système invulnérable de ce monde nous annonce comme un chant sublime l'existence d'un Être infiniment sage, auteur de la création et de ses lois.

C'est sur l'ordre de cette puissance illimitée, de cette puissance au-dessus de tout que les atomes invisibles à 1'oeil nu se groupèrent pour former des astres énormes. C'est elle encore qui désigna le chemin et marqua les lois à leurs forces titaniques afin d'en faire un monde réglé et plein de beauté au lieu d'un chaos. Tiens, François, vous avez étudié la physique en troisième. Te rappelles-tu qui est l'auteur de votre livre de physique ?

— Pas du tout, mon ami. Il n'a fait que noter les lois de la nature. Il ne les a pas faites. Alors, qui donc a fait ces lois plus fortes que le fer, encerclant le monde comme un ruban d'acier afin qu'il ne tombe pas en pièces ? Est-ce les physiciens ? Non. Ils constatent seulement que telle étoile court avec telle vitesse, telle autre a telle carrière. Mais qui a su commander aux astres de faire ainsi ? Sentez-vous bien, mes enfants, quelle émotion respectueuse doit nous faire trembler à cette seule pensée ? Cela nous fait comprendre le geste d'Ampère, un des plus grands savants du monde, qui, chaque fois qu'on prononçait le nom de Dieu devant lui, courbait son large front dans sa main en s'écriant :

• Que Dieu est grand! Que Dieu est grand!

• Mais, mon commandant, dit François, j'ai beaucoup lu sur l'évolution, selon laquelle tout le monde actuel ne serait que le résultat d'un développement qui dure depuis des centaines de mille ans.

• Certainement, François. Aussi bien, le catéchisme nous parle des six « jours » de la création, en remarquant qu'on ne devait point les prendre pour des journées de vingt-quatre heures, mais pour des périodes d'une longueur indéfinie. Ici, une question très importante se pose encore. Il ne peut y avoir d'évolution que là où un principe puissant force les choses au travail vers un but déterminé. La matière aussi bien que l'énergie tendent naturellement vers l'état de repos. Qui donc a infusé à la matière paresseuse cette force qui s'élance toujours en avant, toujours plus haut, et qui a fait éclore toutes les richesses de formes, toutes les couleurs exquises du monde présent ? Ce ne peut être que Dieu qui commanda à sa création, qui inscrivit dans la matière les lois et les modes de l'évolution, du progrès, du perfectionnement, pour d'immenses périodes. La matière en soi est inerte, la force est aveugle. Seule une puissance au-dessus du monde créé peut leur donner la vie et un but.

Nous nous en persuaderons encore mieux en regardant de plus près l'exactitude et la conséquence de ces lois. Nous pouvons calculer la course des étoiles à une seconde près. Nous savons la minute précise où la Lune jettera son ombre sur le Soleil, formant une éclipse à nos yeux. Nous pouvons préciser le point exact où notre planète se trouve et celui où la comète de Halley court en ce moment, ainsi que la date de son retour

— Quelle science grandiose qui sait calculer tout cela! s'écria julien

— Oui, déjà merveilleux en fait de science. Mais que dire alors de l'auteur de ce système, prévu pour des millions d'années ? Ton père, Julien, est justement chargé de préparer les horaires des chemins de fer, si je ne me trompe ?

— Oui, mon commandant. Il dit souvent que ce travail difficile met les nerfs à une solide épreuve, pensez donc : il faut calculer la marche de tous les trains et les mettre d'accord de sorte qu'il n'y ait ni retards ni collisions ou autres complications.

— Eh bien! vois-tu, malgré tous les calculs humains, les trains ont souvent du retard, dans les relations éloignées surtout, et souvent même des collisions regrettables se produisent. Par contre, les millions de trains célestes qui courent à des vitesses vertigineuses sur leurs voies comptant des milliards de kilomètres, n'ont pas une seconde de retard et ne dévient jamais. Notre Terre est un petit grain de poussière en comparaison de ces astres immenses, une petite boule froide auprès de ces vastes bolides enflammés. Tempétueusement, elle s'élance dans sa carrière, en tournant autour de son axe comme une balle qui roule. Qui donc peut-Il être, Celui qui a rédigé son horaire et celui de tous les astres du firmament ?

Mercure tourne autour du Soleil en 87,969 jours,

Vénus en 224,701 jours, la Terre en 365,256 jours et ainsi de suite. Jamais, ils n'ont une minute de retard. En y pensant bien, nous pouvons répéter les mots du grand naturaliste, V. Baerrel

— Je crus entendre un puissant sermon et je me découvris involontairement. Il me sembla que je devais chanter Alléluia!

Écoutez aussi le très beau mot de Newton dans son livre intitulé : Principia philosophiae natures mathematica.

« Le lien magnifique qui relie les astres entre eux ne peut provenir que de la sagesse et de la volonté d'un être intelligent et puissant. Et si les étoiles fixes sont le centre de systèmes semblables au nôtre, c'est qu'elles sont bâties sur les mêmes plans et dominées par la même puissance : celle qui régit tout, non comme l'âme du monde, mais en sa qualité de Maître du monde. C'est pourquoi, nous le nommons Seigneur, Dieu tout-puissant.

« Une marque entre mille de cet ordre merveilleux, c'est que les lois de la nature (celles de la pesanteur, du mouvement, des combinaisons chimiques) sont valables partout et toujours, sans exception. Toutes les molécules de charbon sont soumises à ce qui a été constaté une fois pour une seule molécule de charbon. Dans la nature, il n'y a point de résistance, ni de désobéissance possible. Ici, tout obéit »,

— Commandant, répliqua François, ce que vous dites me fait sentir d'une façon toute nouvelle l'énormité du péché, c'est-à-dire de la désobéissance envers Dieu. Bon gré, mal gré, le monde entier lui obéit; seul l'homme peut le contredire. C'est vrai qu'il le fait pour son propre malheur.

— Tiens, François, tu viens d'exprimer, sans t'en douter, la pensée d'Arago. Un jour, ce grand astronome tint un discours sur les lois fondamentales de l'Univers, ' au Collège de France. Il le termina sur cette pensée profonde :

u La semaine prochaine, nous verrons une éclipse du Soleil à Paris La Lune sera en conjonction avec le Soleil, et la Terre arrêtera les rayons de cet astre. Ce jour-là, donc, à cette heure, cette minute, cette seconde précises, trois astres gigantesques obéiront, no n à notre prophétie, mais au commandement de Dieu. 11 n'y a que les hommes qui désobéissent. .

Et maintenant, mes enfants, je vais vous lire quelques' parties du Psaume 103. A présent, chaque ligne vous pénétrera jusqu'au coeur.

Bénis le Seigneur, ô mon âme!

Tu es béni, Seigneur, par-dessus tout.

Puissance et gloire brillent autour de toi,

Et tu es drapé de lumière.

Tu te fais une tente du firmament,

Et tu plantes ta tente sur les eaux.

Tu as posé la terre sur ses colonnes,

Et tu l'as fortifiée afin qu'elle ne chancelle point. Tu l'as habillée des ondes de la mer,

Les grandes eaux montèrent jusqu'au sommet des montagnes,

Mais elles reculèrent à ta voix :

Ton tonnerre retentit,

Et, tremblantes, elles prirent la fuite.

Les montagnes parurent,

Les vallées s'effacèrent,

Selon la mesure de ta volonté.

C'est toi qui fis jaillir les sources de la vallée Et les ruisseaux courant parmi les montagnes. Tu abreuves les sommets de l'eau du ciel,

Et la terre s'engraisse de la rosée qui coule de tes mains clé- Tu fais pousser l'herbe sous la dent des bêtes [mentes. Et les plantes utiles à servir l'homme.

Qu'elles sont glorieuses, les oeuvres de ta main.

La terre est remplie de tes créations,

Et toutes, tu les créas avec sagesse.

Que ta majesté soit éternelle !

Que le Seigneur se réjouisse de ses oeuvres.

S'il jette son regard sur la terre, celle-ci se met à trembler.

Et son toucher fait fumer les montagnes.

Toute ma vie, je chanterai le Seigneur.

Le commandant posa le livre. Perdus dans pensées, l'âme émue, nous regardions le ciel.

Tout d'un coup, nous entendîmes du bruit parmi les tentes. Nous fûmes sur pied en un clin d'oeil.

• Le mot de passe ! Crièrent trois d'entre nous à la fois.

— Muguet ! répondit une voix. C'était celle de Marcel.

• Qu'est-ce qui te prend, Marcel ? Lui demanda le commandant.

• Rien, mon commandant, mais je trouvais le temps long en attendant la relève de la garde. Pourquoi n'avez-vous pas fait réveiller la seconde relève ?

• La seconde relève ? fit le commandant. Il tira sa montre et s'écria : Tiens, mes enfants, il est une heure et demie ! Nous avons mis du temps à voyager parmi les étoiles ! Eh bien! dépêchez-vous maintenant de relayer la garde. Cela ne fait rien, après tout : vous n'aurez qu'une demi-heure, Marcel. A deux heures, arrive la troisième relève.

En cinq minutes, j'étais couché sous ma tente, mais le sommeil tardait à venir. Les idées se pour­ suivaient dans ma tête. Partout, le Dieu souverain... Là où le regard humain ne pénétrera jamais, d'où la lumière met des millions d'années à venir jusqu'à nous; là où la pensée même arrive à peine; là, partout, et ici prés de moi, dans mon âme, c'est Lui toujours. 1; C'est à Lui que le tourbillon vertigineux de millions d'étoiles obéit. C'est Lui qui a tracé le chemin qu'elles poursuivent dans une course effrénée depuis des années innombrables. Il les a comptées, pesées, Il les soutient et les conserve...

Jamais encore je ne m'étais senti aussi petit, je me paraissais un grain de poussière. Pourtant, mon coeur battait d'une joie étrange. Une pensée palpitait en mon âme : Qui peut-Il être, ce Dieu, quelle inconcevable majesté, force et puissance a pu créer toute cette immensité de mondes d'une seule idée et la conduire avec cette inconcevable beauté à travers les âges ?

Une douce paix et une joie ineffable inondèrent mon coeur à la pensée que j'étais le tout petit enfant de ce Père si grand. Oui, son fils, qui chancelle et tombe souvent, mais se relève toujours, car il reste son enfant fidèle de par sa volonté et le désir de son âme. Seigneur, je suis un rien, mais je suis à vous! ce fut ma dernière pensée en m'assoupissant.

Lorsque je me réveillai le lendemain, les premiers rayons du soleil se glissaient par l'ouverture de la tente. Il y avait longtemps que je ne m'étais réveillé aussi heureux.

Le rotifère.

Tiens, Louis, tu as les doigts pleins de craie, dit le commandant à l'aîné des frères Dupuy Qu'est-ce que tu as fait ?

• Commandant, le paquet de craie qui se trouve dans la caisse du poste s'était délié. C'est en le remettant_ en ordre que je me suis barbouillé les doigts.

• Sais-tu bien, Louis, quelles choses intéressantes tu verrais, si tu mettais ta main blanchie de craie sous le microscope ? Cette poussière blanche consiste en des milliers de coquillages invisibles à l'oeil nu et depuis longtemps dépourvus de leurs habitants. Les rochers blancs de l'Angleterre se composent uniquement de ces cuirasses microscopiques de petits escargots morts depuis des centaines de mille ans.

Commandant, dit Paul Martin, racontez-nous un peu de ces choses merveilleuses, voulez-vous ? Hier soir, vous avez tant conté aux « Mouettes »!

• Comment sais-tu cela, Paul ? Tu dormais profondément!

• Julien me l'a dit. Racontez, mon commandant!

• Oui, oui, racontez, commandant, je vous en prie, s'écrièrent en choeur trois ou quatre éclaireurs qui étaient venus faire visite à la tente des « Alouettes ».

• Volontiers, mes enfants. Mais cette fois-ci, je ne vous parlerai pas des étoiles immenses, mais de ces petits êtres invisibles dont les maisonnettes, au nombre de quelques millions, étaient collées tout à l'heure aux doigts enrayés de Louis. Ces animaux infimes m'impressionnent encore plus que les astres géants. Nous nous étonnons de l'aménagement merveilleux du corps humain ou même de l'organisme animal : le domaine illimité des astres nous écrase de sa grandeur. Mais combien il est plus frappant, combien il est plus sublime de voir tous les organes compliqués, nécessaires à la vie, le squelette, les veines, le système nerveux, les muscles, le coeur, la vue, etc., condensés dans un être si petit qu'il est invisible à l'oeil nu! L'observateur humain est tout simplement réduit au silence devant la suprématie de cette puissance qui trouve la solution des problèmes les plus graves de la vie avec une facilité enjouée dans ces êtres infiniment petits.

Mais je ne vous parlerai pas moi-même de tout ceci, car j'ai ici un livre du plus haut intérêt par notre grand écrivain Gardonyi, qui vous expliquera bien mieux l'affaire. André vous en lira quelques pages traitant précisément de ces petits êtres mystérieux

Les jeunes garçons entourèrent André qui, selon son habitude, toussa d'abord, puis se mit à lire.

LE ROTIFÈRE.

J'aime à observer la population aromate des eaux thermales d'Eger. Le fond du lac est couvert d'une végétation aquatique, l'eau en est également chaude l'été comme hiver. La source est si abondante que l'eau qui s'écoule fait tourner un moulin. Et jamais encore on n'a étudié la vie qui abonde ici.

Cependant, de prime abord, cette eau réfute l'arrêt de la science, suivant lequel le sommeil hivernal des amphibies est une loi immuable de la nature. Eh bien ! les crapauds de cette eau thermale réfutent cette règle à haute voix. Ils coassent gaiement pendant tout l'hiver.

En longeant la rive, j'enfonce ma canne dans l'eau. J'en fouille le fond. Une pincée d'algues vertes reste au bout de la canne. Vite, je la mets dans du papier et, sitôt rentré à la maison, je place une gouttelette de son jus, grosse comme la tête d'une épingle, sous mon microscope.

D'abord, j'agrandis cinquante fois son volume : une broussaille couleur de mousse m'apparaît... et, dans la broussaille, une sorte de petit animal se débat éperdument....

Que diable cela peut-il être ? Qu'est-ce qui arrive ? J'agrandis la gouttelette à cinq cents fois son volume : la broussaille devient forêt. Les arbres verts et tordus sont diaphanes. Un bois d'émeraude sur un ciel lumineux! Entre les troncs, de petites bêtes sans pieds, sans ailes volent çà et là. Elles ont l'air de lentilles de verre. Sur un des arbres se tient un scarabée qui ressemble à un hanneton gris, mais transparent aussi. Lui non plus n'a pas de pieds. Mais si, il en a Un pied, un seul, je l'aperçois distinctement à présent. De ce pied unique, qui est fait comme celui d'une lampe, il se cramponne• solidement à une grosse branche. En même temps, il fait tourner furieusement une espèce de grande roue sur sa tête. Ah! la curieuse bête! Sa roue est une roue véritable, si bien que lorsque le tournoiement se ralentit, on en distingue les rais. Tout de même, elle tient au corps de la bête. Qu'est-ce donc que ce tourbillon effréné ? Là, je vois maintenant. Il tire un petit gibier de l'eau et le fait rouler dans la gorge de l'animal. La roue a un trou au milieu : c'est sa gueule. L'eau se précipite dans la roue et rejaillit par un côté de la bête en y laissant son contenu.

Cependant, j'observe le coeur de l'animal qui bat fortement, cent fois plus vite peut-être que le nôtre. Son mouvement ressemble à celui de la petite aiguille qui bat les secondes dans nos montres, mais il le sur­ passe encore en rapidité. J'aperçois les victimes prises par le tourbillon, brisées en morceaux, glisser dans l'estomac de la bête féroce. J'observe aussi ses petits yeux rouges qui fixent les animaux minuscules flottant autour d'elle avec la férocité d'un tigre. C'en est fait de ceux qui s'aventurent trop près! Mais combien. veut-elle en manger encore ? Beaucoup, à ce qu'il parait! De temps en temps, lorsqu'elle a travaillé en vain pendant quelques minutes, elle replie sa roue et se ramasse sur elle-même, comme avec un escargot, mais rapidité inouïe. Ensuite, elle se dresse de nouveau, toute raide. La roue se remet en mouvement. Elle a l'air d'un grand parapluie retourné.

Quel animal étrange ai-je donc trouvé ? Un livre scientifique (que les savants sont donc consciencieux!) m'apprend aussitôt que j'ai fait la connaissance d'une bête nommée rotator. Ledit savant distingue environ quatre cents espèces de ce seul animal. Il les décrit toutes minutieusement, jusqu'à la dernière cellule de leur corps. La gloire de ma découverte s'est joliment évaporée! Tant pis! En tout cas, j'ai eu l'occasion de voir un animal bien curieux. Car nous autres, pauvres humains, nous pouvons atteindre l'âge de Mathusalem sans ordinairement rencontrer un seul rotator, et nous tâchons d'éviter l'eau trouble physiquement et moralement, autant que nous le pouvons.

Je reprends mon livre. Il est de style facile. J'apprends que ce que je prenais pour une roue est, en réalité, une sorte de frange circulaire. Très bien. Pas de roue, alors, seulement en apparence. C'est comme la règle que les écoliers attachent à une ficelle et font tournoyer au-dessus de leur tête. La différence, c'est que cette bête-ci fait tournoyer beaucoup de règles.

Là-dessus, je laisse échapper le livre. J'ai un drôle de sentiment, comme si j'étais tombé par un trou long de mille kilomètres au beau milieu d'un peuple et d'un monde inconnus. De nouveau, je me penche sur le microscope pour regarder encore cet être si intéressant, la bête féroce à tête de roue. Quelle puissance redoutable dans son propre domaine ! Le peuple des petites lentilles transparentes gigote de terreur en passant près de lui et s'assemble plus loin dans les petites clairières où le danger ne peut plus les atteindre. Je voudrais savoir leur nombre, mais impossible de les compter : il y a foule, et cette foule tourbillonne comme un essaim d'abeilles.

Et tous ces animaux, toute cette vie, remuent dans une gouttelette d'eau grosse comme une graine de pavot, écrasée entre deux plaques de verre. Les deux plaques sont si bien collées que le plus fin cheveu de femme' n'aurait pas de place entre elles; et ces petites bêtes y sont parfaitement-à l'aise. Elles sautent, volent, tournent les unes autour des autres. D'un côté, dans la forêt verte, le rotifère vingt fois plus grand qu'elles, le dragon de la goutte d'eau, bat l'eau de sa roue furieuse et infatigable, avalant tout avec un appétit féroce. Qu'est-ce donc que cette vie-là ? C'est la lutte pour le pain quotidien, avec de la gaieté par-ci par-là : tout comme chez nous. Travail et jeux, soucis et joie, poursuite et sauvetage, toutes sortes d'intérêts personnels — et cela dans un monde aussi grand que le point d'un I.

Dans ce même lac minuscule, la société des petites lentilles, dites amoèbes, continue ses jeux légers. Et ce n'est qu'un petit bout de forêt, un paysage minuscule dans cette goutte d'eau, ce monde infiniment plus grand pour ses habitants que celui que nous pouvons mesurer avec nos lunettes d'astronome ne l'est pour nous.

Car si une telle plénitude de vie tient dans une gouttelette d'eau pas plus grosse qu'une graine de pavot, que peut-il y avoir dans le lac, en comparaison ? En contemplant toutes ces créatures, je me demande si elles ont une sorte d'intelligence ? Ont-elles conscience d'elles-mêmes ? Sûrement, le rotifère sait pourquoi il fait tourner sa roue : on a démontré qu'il a un cerveau.

Et les petites amoèbes transparentes se rendent certainement compte pourquoi elles le fuient avec tant de frayeur. Je vois clairement qu'elles se sentent en sûreté plus loin. Elles se mettent à jouer, par groupes de quarante ou cinquante, flottant autour les unes des autres. Elles me rappellent des écolières en excursion. En voici justement une qui prend son élan et toutes se précipitent à sa suite. Elles se mêlent au jeu par groupes, circulant, voletant çà et là, comme des hirondelles. Quelquefois deux se donnent la chasse : elles s'évitent, se poursuivent pour se retrouver. Pourquoi ? Par simple bonne humeur ? La gaieté peut-elle exister sans intelligence ? Après tout, l'humeur est un état d'âme. On est de bonne humeur quand l'âme se trouve satisfaite.

Cependant, le rotifère s'applique à son travail plus que jamais. Comment se comprennent-elles, ces petites bêtes ? Se parlent-elles donc ? Et par quels moyens ? Par les yeux, comme le chien ? Par leurs mouvements, comme les fourmis ? Ou par la bouche, comme les hommes ? Et s'il leur arrive de réfléchir, que peuvent- elles bien penser du monde ? Elles doivent être profondément persuadées que le monde, c'est l'eau thermale d'Eger. Peut-être se disent-elles entre elles : c'est l'infini.

Et mon rotifère ne soupçonne pas qu'il est sous le microscope. S'il s'en doutait, il attendrait, raide de terreur, que l'air s'épuise, que l'eau se dessèche et que la mort arrive, au lieu de s'évertuer au travail. Ah! non, il ne pressent nullement la fin de son monde. Pour lui, c'est encore l'infini. Et gaiement, il fait tourner sa roue :

— Je vis comme il me plaît!

Moi, il ne me voit pas. Il ne se doute pas de mon existence. Il ne pourrait me voir même en me regardant, car je suis si énorme en comparaison de sa petitesse, que son regard ne saurait m'embrasser. C'est le cas du petit scarabée courant parmi l'herbe au pied du mont Everest, qui ne voit pas la montagne. Si quelqu'un disait au rotifère :

• Hé, l'ami, tu es loin d'être aussi grand et aussi puissant que tu te l'imagines ! Il existe des créatures qui vivent hors de l'eau et qui, comparées à vous autres, sont si énormes que tu ne saurais les voir entièrement, ni même un poil de leurs cils!

Peut-être que le petit monstre se mettrait à sourire en répondant :

• Tu as l'imagination en gaieté, camarade!

A l'aspect des étoiles, rien qu'en regardant la petite partie d'infini qui brille au-dessus de ma tête, le vertige me prend. Qu'elle est immense, la main de Dieu! Qu'elle est immense, cette main qui fait rouler ces globes prodigieux dans l'espace sans bornes! Et maintenant que j'observe ces vers minuscules, la tête me tourne au bord d'une autre infinité : Comment est- elle donc, la main de Dieu ? Comment est-elle, cette main qui a pu créer des êtres si petits ? Comment est- elle, cette main, qui, dans le corps de ces vers invisibles, a su mettre un coeur, et, dans ce coeur, placer des artères, des muscles faisant mouvoir des nerfs, des veines desservant le corps et retournant au cerveau ? Et la roue, donc! La main de Dieu a créé cette roue, ainsi que la volonté qui la fait se mouvoir et s'arrêter.

Et puis, qu'est-ce que le monde ? Pourquoi ce royaume de la goutte d'eau et son peuple me font-ils sourire ? Mais ses sujets pensent tout autrement.

— C'est nous le monde, et hors de nous, il n'y a r i e n! Pensent-ils.

Et notre monde à nous, le monde humain ? Quel s avant, quel sage peut me donner l'assurance définitive que tout ce monde humain, avec sa Terre, son Soleil, sa Lune, ses étoiles, n'est point une gouttelette pareille à celle-ci, sous mon microscope, relativement à l'univers créé ? Eux ne connaissent point d'autre monde hors de leur goutte d'eau. Moi non plus, je ne connais rien en dehors de ma propre étoile. Leur monde est une seule goutte du lac. Mon monde à moi est une goutte de feu du Soleil, une goutte .de feu refroidie qu'on a nommée Terre. Tout cela tourne autour d'un astre central. Qu'y a-t- il au delà de l'astre central ?

Le petit rotifère hausse les épaules :

— Ce qu'il y a au-delà du monde ? Rien.

Et nous autres, grands rotifères, ne disons-nous pas : — Au-delà de notre monde, c'est le vide. C'est-à-dire rien.

Le rotifère a tort. Eh bien ! il se pourrait que nous eussions tort, nous aussi.

Peut-être que nous, rotifères et amoèbes à figure humaine, sommes observés d'en haut de la même façon que le petit rotifère et son peuple en miniature sont là, sous mon oeil. Celui qui a semé le grain de la vie dans les sillons sans fin de l'immensité et dans les espaces microscopiques d'une goutte d'eau, sait pourquoi Il a agi ainsi et non autrement. Notre attitude envers Lui n'est rien de plus que la quiétude positive du rotifère envers moi. Je puis voir plus bas que moi. Plus haut, les astres géants, les myriades de Soleils, de Lunes me paraissent de simples étincelles au firmament, des étoilés, en un mot. Je ne puis apercevoir leurs montagnes, leurs plaines et leurs vallées Il se peut que, de même, le rotifère voit plus bas que lui aussi, toutes sortes de vies en miniature et se croit exactement aussi grand que je le crois moi-même. Ce que nous ignorons tous les deux, c'est la limite extrême de la vie infiniment petite et infiniment grande. Nous ne saurons jamais où finit le quelque chose et où commence le rien. Ni comment ce monde sans bornes, multiple, ensoleillé, constellé d'étoiles, rempli de vie, a pu sortir , de ce rien inerte, froid et aveugle, sans bornes aussi ?

Qui a pu bâtir, sans fondement, ce perpetuum mobile silencieux, immense et lumineux que nous nommons Univers, dans le Rien qui n'a ni rive, ni fin, ni limite, ni fond ? Et qui a su planter ce petit perpetuum mobile qu'on pourrait bien nommer « univers » aussi, dans cette poitrine humaine et dans la poitrine minuscule qui : palpite sous le microscope ?

Ici, André referma le livre.

— Eh bien! Mes enfants, dit le commandant; est-ce assez intéressant ? Vous comprendrez à présent le raisonnement de certain savant qui déclara que si rien n'existait dans le monde, excepté un papillon, il saurait prouver la merveilleuse sagesse divine par la perfection incomparable de cette aile de papillon. Mais enfin, il existe bien d'autres choses mystérieuses qu'un papillon : le monde autour de nous est plein de merveilles, il faut seulement le regarder de nos yeux d'éclaireurs bien ouverts. Le célèbre biologue Vitus Graber écrit dans un traité sur les mouvements des amoèbes :

Avouons que ce phénomène est absolument merveilleux. Pour dire toute la vérité, le fait que l'arnoèbe sait remuer les parties minuscules de son protoplasme est plus difficile à comprendre, que 'a carrière des étoiles ».

Ensuite, savez-vous, mes enfants, qu'il existe des être s vivants encore plus petits que ceux-là ? Ils sont si petits que ni Gardonyi, ni personne n'a jamais pu les voir avec le meilleur microscope. On connaît leur existence pour les avoir passés au filtre et on les nomme. Bactériacées ultramicroscopiques. Quelle vie mystérieuse que celle de ces organismes incroyablement petits!

En regardant ainsi le monde autour de nous, les yeux grands ouverts sur la nature, les belles paroles de la « Prière » de notre poète Berzsenyi nous viennent aux lèvres :

Les astres de l'éther au firmament,

Qui tournent autour de toi, centre final,

Ainsi que les vers invisibles, sont les merveilleux chefs-d'œuvre de ta main.

Du rien, varié à l'infini, tu fis

Sortir le Tout. Un seul frémissement

De tes sourcils détruit ou crée encore

Et mesure l'immensité du temps.

— Sont-ils étranges, ces êtres exigus! Remarqua Pierre. Je comprends à présent comme c'est faux de dire que les sciences naturelles, la connaissance intime de la nature nous ôtent la foi. Bien au contraire! On se sent le coeur inondé d'émotion et d'amour en reconnaissant la sagesse de Dieu dans ces merveilleuses Petites créatures. On n'a qu'à promener les yeux autour de soi et à ouvrir les oreilles : partout, c'est Dieu Lui-même qui nous parle.

— Tu as bien raison, mon ami. Ampère, le grand physicien et mathématicien disait à l'un de ses disciples : « Étudie bien les choses de la nature, c'est là le devoir de ta profession; mais observe-les d'un ciel seulement : que l'autre ne perde jamais de vue la lumière éternelle. Écoute bien les savants, mais d'une oreille seulement : que l'autre soit toujours prête à entendre la douce voix de ton Ami céleste. Écris, mais d'une main seulement : de l'autre, cramponne-toi au manteau du Père à la façon des enfants ».

Et Humboldt, le grand savant allemand (mort en , 1859), ajoute :

« Toute recherche scientifique naturelle aboutit finalement à nous faire joindre notre voix au cantique des anges : Gloria in excelsis Deo ! »

Il pleut, il pleut...

Hier soir, la pluie est arrivée. Une pluie calme, continuelle, persistante, qui met l'esprit de camp à forte épreuve. Lorsque la terre est baignée de soleil, tout y paraît facile : peler les pommes de terre, chercher le lait de bon matin, tenir les tentes en ordre... tout cela se fait comme en jouant. Mais par un jour humide, désagréable, comme celui-ci !...

Il pleut depuis hier soir.

Encore, si c'était une honnête averse, comme il convient en été ! Mais non, ce n'est qu'une pluie fine, une bruine agaçante... de temps en temps elle tombe p lus fort pour ralentir bientôt...

C est aussi le premier jour où nous n'avons pas eu de messe au camp. A cause de la pluie, naturellement! Pourtant, la journée n'est pas complète ainsi. Entendre l a messe tous les jours est un véritable besoin pour nous. Plus de la moitié des garçons communient journellement. Personne ne les y oblige, sinon la soif de leur âme. Et puis, il n'est pas difficile de vivre sans péché ici, où l'on sent Dieu de si près.

En ces circonstances et faute de mieux, la troupe se réunit dans la tente des « Faucons » pour une grande discussion scientifique. Naturellement, il s'agit de la pluie.

• Voyez-vous, dit le commandant, la composition même de l'air prouve qu'une sage Providence dirige le cours du monde. Tiens, Étienne, dis-nous donc quels sont les éléments de l'atmosphère ?

Étienne, le frère aîné de Jacquot, réplique sans hésiter :

• L'atmosphère se compose de vingt-et-une parties d'oxygène pour soixante-dix-neuf parties d'azote.

• C'est cela. Représentez-vous maintenant, mes enfants, comme c'est heureux que l'air se compose précisément de ces deux gaz, et, de plus, exactement dans les dites proportions. Car, si d'autres gaz étaient mêlés à l'atmosphère, comme par exemple l'iode ou le brome, le monde serait anéanti en un clin d'œil. Ou bien si seulement ces deux éléments de l'air étaient proportionnés différemment, mettons quatre parties d'oxygène pour une partie d'azote, ce serait encore la fin : nous serions brûlés vifs.

• Mon commandant, demanda Pierre, comment se fait-il que l'air pur ne s'épuise jamais bien que tout être vivant en absorbe et le vicie ?

• Mon ami, ce renouvellement constant de l'ai r est un procédé bien intéressant. Vous imagine z combien d'azote est consommé par les organismes et combien d'oxygène est absorbé par la respiration, la fermentation et la combustion. Par quels moyens peut-on remplacer cela ?

• On pourrait fabriquer de l'azote et de l'oxygène, proposa Germain qui, tout écolier qu'il était, se serait volontiers chargé de cette tâche difficile. Il était toujours feu et flamme pour des projets plus fantastiques les uns que les autres.

• Tu veux rire, Germain ? Y penses-tu ? Quelles fabriques énormes, quel nombre inimaginable de chaudières, de tuyaux, de laboratoires, d'ingénieurs et d'ouvriers il faudrait pour cela! Combien de réservoirs, d'emballages, de wagons, de trains! En un mot, quelle immense énergie humaine ne faudrait-il pas déployer, si nous devions produire nous-mêmes l'oxygène et l'azote nécessaires à la vie du monde!

Mais voilà! Quelqu'un a résolu ce problème si grave à notre place. Au lieu des grands laboratoires que les hommes auraient dû bâtir, Il a construit des milliards de tout petits laboratoires et les a attachés aux arbres et aux buissons

• Les feuilles ? demanda Gabriel.

• Tu as deviné, mon ami. Les feuilles sont de parfaits petits laboratoires. Vous savez que les plantes se nourrissent principalement de carbone. Or, elles ne trouvent pas de carbone à l'état pur dans l'air, mais seulement sous la forme de mélanges à l'acide de carbone En conséquence, la feuille décompose le mélange,emploie le carbone pour ses propres besoins et rejette l'oxygène dont elle n'a que faire.

— Tiens, c'est pour cela alors, que l'air est si frais prés des arbres et dans la forêt, parce qu'il y a toujours beaucoup d'oxygène! s'écria Jacquot, qui était entré inaperçu.

— Vous voyez comme tout s'explique ! Mais réfléchissez un peu : qui est-ce qui a appris aux feuilles ce travail chimique si compliqué et si utile pour nous ?

• Mon commandant, dit Germain, j'ai encore bien d'autres questions à faire. Comment sc fait-il que l'air ne s'échappe pas dans le vide ? La Terre , n'est-ce pas, se précipite dans l'univers avec une vitesse prodigieuse ? Eh bien! si nous nous apercevions un beau jour que, dans ce vol effréné, l'atmosphère s'est détachée, enfuie, nous laissant haletants, sans souffle, comme des poissons jetés à terre ?

• Rassure-toi, mon garçon, répondit le commandant. Celui qui dispose du monde entier a eu soin d'empêcher ce malheur. Il a solidement enchaîné l'air à la terre, sachant qu'il aime à s'échapper. La loi de gravitation, c'est-à-dire la force d'attraction de la terre, t'empêche, toi, de rouler dans l'abîme du vide, mais il en empêche l'atmosphère également. Il attire et retient ce précieux butin.

Étienne se mêla à la conversation.

• Mais alors, commandant, comment se fait-il que cette couche d'air haute de dix kilomètres, car nous avons appris qu'elle est aussi haute que ça, ne nous écrase pas sous son poids ? Une telle quantité, même d'air, doit avoir un poids formidable!

• Voilà qui est exact, mon ami. L'air exerce la pression d'un poids de 10.000 kilogrammes sur un homme adulte.

• Oh là, là! Nous allons être aplatis comme une omelette, s'écria Germain avec une frayeur comique.

• Nous le serions, en effet, si, ici encore, quelqu'un n'avait arrangé l'affaire de telle sorte que l'air au-dedans de nous exerçât la même pression au dehors que l'air ambiant au dedans. En un mot, il en résulte que nous ne sentons absolument rien de ces 10.000 kilogrammes .

• Et n'est-ce pas, interrompit Georges, qui, jusqu'ici, avait semblé se désintéresser de la conversation, c'est à cause de cela qu'on saigne du nez sur les montagnes très hautes ? Là, la pression de l'air ambiant a diminué, et la pression intérieure fait jaillir le sang. Nous avons appris ça à l'école. C'est pourquoi je ne suis pas allé chercher du lait ce matin; il aurait fallu passer par une montagne haute de 129 mètres et mon nez...

• Ah ça! Camarade, dit Louis en riant, ton nez n'a rien à voir là-dedans, mais ta paresse! Qu'est-ce que 129 mètres ? A 1000 mètres encore, tu ne t'aperçois de rien d'anormal.

A peine Louis eut-il prononcé les dernières paroles, qu'un jet d'eau s'abattit dans le cou de Georges Pendant la longue conversation, l'eau de pluie s'était amassée sur le toit de la tente. Charles poussa la toile avec son bâton pour la faire s'écouler, mais comme la jointure n'était pas tout à fait précise, la moitié de l'averse vint couler dans le cou du malheureux Georges. Il sauta sur ses pieds comme un chat et essaya de secouer cette abondance de H 2 O avec des grimaces irritées.

Ses camarades se mirent aussitôt à chanter :

Chaque corps petit ou gros, Sitôt enfoncé dans l'eau,

Perd autant de poids, tu sais, Que celui de l'eau déplacée. »

Ce n'est pas un bien grand malheur, Georges, dit le commandant au jeune garçon indigné. Tu sais bien que l'eau coule toujours du haut en bas : elle sortira par le bout de tes souliers. Le commandant sourit un peu et continua : Voilà qui me fait penser à la question : Pourquoi l'eau coule-t-elle du haut en bas ? Qui peut me renseigner là-dessus ?

La question était si drôle que personne n'y trouva de réponse.

— Pourquoi elle coule de haut en bas ? Elle ne peut pourtant pas couler de bas en haut ? Plaisanta Georges d'un air aigre doux.

• L'attraction de la terre..., commença enfin Pierre.

• C'est cela, mon garçon. Encore une chose bien intéressante que celle-ci. Tous les êtres vivants ont besoin d'eau. N'est-il pas merveilleux que, répondant à cette nécessité, les eaux s'écoulant des collines dans les vallées parcourent la terre en tous sens ? Et puis, il y en a juste assez. S'il y en avait moins, les rivières seraient bientôt desséchées; s'il y en avait plus, nous serions toujours entourés de brouillards. Le mouvement des fleuves a pour résultat d'empêcher l'eau, cette matière si importante pour nous, de pourrir.

— Et dans la mer ? Là, le mouvement de l'eau a cessé.

— Pourtant, il importe qu'elle ne se décompose pas, là non plus, car si la mer se mettait à se corrompre et à se putréfier, nous serions perdus. Donc, il faut trouver moyen d'y mettre une sorte de mouvement aussi.

• Il faudrait la remuer avec des moulins à géants, proposa encore Germain.

• Comme tu y vas, mon ami Tu n'as pas encore vu l'océan, c'est pourquoi tu t'imagines qu'on pourrait remuer cette masse d'eau formidable avec des moulin s à vent. Mais, vois-tu, Quelqu'un a encore trouvé moyen de remuer l'eau de la mer pour l'empêcher de se corrompre. Tant que l'eau était dans le fleuve, l'attraction de la terre la faisait bouger. Ici, dans la mer, cette attraction est impuissante à produire le même résultat. Au contraire, elle retient l'eau, elle l'enchaîne Mais, si la Terre est à bout de ressources, c'est la Lune qui vient au secours. Toutes les six heures, par le flux et le reflux, elle agite suffisamment l'eau de la mer. Qui a réglé ce mouvement avec cette sagesse merveilleuse ?

Et qui a ordonné que le sol des immenses bassins qui reçoivent les fleuves soit tout rempli de sel ? Ainsi, l'eau qui se jette à la mer devient fortement salée, ce qui l'empêche également de *se décomposer. Le lit des eaux courantes manque invariablement de sel, car il n'en est point besoin. Mais aussitôt que l'eau arrive à l'océan et se repose, des quantités de sel l'attendent, car elle se corromprait sans cela.

Ici, Joseph remarqua :

— L'autre soir, Louis qui faisait le cuisinier en chef, oublia de ranger la boîte au sel et la laissa devant la tente. La rosée du matin mouilla tellement le sel qu'il en devint tout pâteux et dut être jeté. Eh bien! si le sel est tellement sensible à l'humidité la plus légère, ne s'ensuit-il pas que la pluie pourrait détruire toutes les couches de sel de la terre ?

— Ton raisonnement est juste, Joseph. Mais, de nouveau, Quelqu'un a pris soin d'entourer toutes les veines de sel d'une couche d'argile et de plâtre dans les entrailles de la terre, c'est-à-dire d'une matière Qui ne laisse pas passer l'eau. Ainsi le sel est conservé. Dans la mer, par contre, le sel est à l'état pur.

— Mais, mon commandant, si tous les fleuves se jettent à la mer, alors, un beau jour, la mer sera pleine à déborder!

Vous pensez bien que cette remarque fut faite par Jacquot,

En effet, c'est là une question grave, Jacquot, mais seulement pour nous autres pauvres humains.

Celui qui pourvoit à tout, y a pensé. Voici le soleil' qui n'a qu'à sourire comme d'habitude, en échauffant la surface de l'eau; déjà celle-ci se transforme en vapeur. La vapeur est plus légère que l'air, en conséquence elle monte à une altitude passable. Là-haut, par contre, la température est plus fraîche et la vapeur se condense en nuage. Le vent pousse les nuages plus ou moins loin dans l'atmosphère jusqu'à ce qu'ils déversent leur contenu quelque part.

• Tiens, alors l'eau que j'ai reçue dans le cou tout à l'heure était de l'eau de mer ? s'étonna Georges.

• Oui, en fin de compte, mais de l'eau de mer évaporée, et, ainsi, dépourvue de sel. Donc, les nuages sont réellement la mer flottant au ciel. Vous n'avez peut-être pas encore réalisé, mes enfants, que des océans entiers nagent au-dessus de nos têtes, et que, s'ils venaient à tomber d'une masse, il ne resterait plus trace de vie sur la terre. Mais voilà : cette masse d'eau épouvantable est dissoute là-haut déjà, en petites gouttes qui tombent une à une. De cette manière encore, les dégâts ne sauraient être évités, car les gouttes, tombant d'une altitude considérable, pourraient percer les feuilles, les fleurs, même les toits peut-être.

Ici, la résistance de l'air entre en fonction. D'une part, elle diminue la force du coup, de l'autre elle fait dévier obliquement les gouttes de leur chemin vertical, ce qui adoucit encore la chute.

• Ainsi cette couche d'air nous sert de bouclier ? Un bouclier excellent et indispensable, avec ça!

• Je te crois, mon garçon! L'anglais Joule, un des fondateurs de la théorie moderne de la chaleur, a exprimé cette pensée en écrivant :

« Mon cœur se remplit de reconnaissance et d'admiration en réfléchissant à cette organisation merveilleuse imaginée par le Créateur de la nature pour la protection de ses créatures. Sans l'atmosphère qui nous couvre comme un bouclier nous serions sans cesse exposés à un bombardement fatal et inévitable ».

• De quel bombardement s'agit-il, mon commandant ? demanda Germain qui n'avait pas très bien écouté mais que le mot : bombardement avait électrisé d'un coup.

• De celui des météores, mon ami. Ceux-ci, nous arrivons constamment dans une course écervelée. Par bonheur, sitôt qu'ils touchent l'atmosphère terrestre, ils se heurtent à la résistance de l'air. Cette résistance augmente avec la vitesse de ces bolides, et plus la friction est forte, plus vite ils sont brûlés. Si l'atmosphère ne nous débarrassait pas de ces visiteurs dangereux en les anéantissant, chaque fragment nous apporterait bel et bien la mort.

• Encore une preuve de la sagesse du Créateur, dit Étienne, c'est qu'en hiver, la pluie ne nous arrive pas sous la forme de glaçons, mais sous forme de flocons doux et neigeux.

— Au fait, commandant, qu'adviendrait-il du monde s i de l'eau gelée tombait en hiver au lieu de la neige ?

C'était Germain qui avait posé la question.

— Ce ne serait pas très amusant, comme tu le penses bien, mon garçon. En quelques minutes, les rues seraient pleines de colonnes de glace et au centre de chacune de ces colonnes se trouverait un homme gelé sur l'asphalte. L'eau gelée revêtirait les arbres, détruirait tous les bourgeons, de sorte qu'il n'y aurait point de feuilles nouvelles au printemps. Les champs cuirassés de glace ne pourraient pas respirer et toutes les semailles seraient ruinées. En un mot, la vie gèlerait. Par contre, la neige constitue une pelisse idéale pour la terre.

— Et quelles belles choses que les flocons de neige et les cristaux sur les fenêtres gelées! dit Joseph. De notre villa, on voit si bien ces merveilles que, les jours de neige, nous ne pouvons quitter la fenêtre, mon frère et moi. C'est comme une pluie d'étoiles blanches.

— Tu as raison. Et pense que ces milliards de flocons sont formés tous selon les mêmes plans grandioses! Et qui est-ce qui les forme ? « C'est leur nature, c'est leur loi », dit-on. Convenu. Mais qui leur a prescrit cette loi à laquelle ils doivent obéir ?... La neige, elle aussi, pourrait devenir dangereuse si elle était précipitée sur nous tout d'une masse, comme une formidable avalanche. Quand, par les après-midi d'hiver, les flocons flottent doucement dans l'air, l'homme ne pense même pas à demander : Qui a transformé la grande avalanche qui tourbillonne là-haut en ces jolis flocons au dessin exquis ?

• Commandant, dit Julien, cela me rappelle les beaux vers de notre poète Vtirl5smarthy. Comme il est vrai !

• Lesquels, Julien ?

« Ne cessez pas de lire le livre de la nature :

Car là, voua trouverez toujours l'image de Dieu ».

• Sais-tu aussi que Kepler, le grand astronome du XVII siècle, écrivait dans ce temps-là déjà :

« En esprit, je vois venir le jour, où l'homme reconnaîtra Dieu aussi clairement par la nature que par l'Écriture, et sera également heureux de ces deux révélations ».

Voyez-vous, mes enfants, la nature est un grand livre d'images toujours ouvert dont chaque page, par ses dessins et ses paroles, parle de la grandeur, de la force et de la bonté du Créateur Tout-Puissant. Écoutez le Psaume :

Les cieux racontent la gloire de Dieu,

Et le firmament publie les oeuvres de ses mains. Le jour annonce ce message au jour,

Et la nuit l'annonce à la nuit,

Ce ne sont point des paroles ni des accents Dont on ne puisse entendre la voix.

Leur bruit s'est répandu par toute la terre,

Et leurs paroles jusqu'aux confins de l'univers.(Psaume 18).

Tâchons d'endurer la pluie avec bonne humeur, mes enfants : c'est une grande bénédiction. Sans ce mouvement circulatoire de l'eau, il n'y aurait point d'herbe verte dans nos prés, les épis qui donnent le pain disparaîtraient de nos champs, et les bois de nos collines dépériraient. Sans la pluie, la terre serait aussi nue, aussi déserte que la masse froide et inerte de la Lune.

Tout d'un coup, Jean Vigneron se précipita dans la tente.

Le soleil! Il y a du soleil! s'écria-t-il.

Absorbés par la conversation, les jeunes gens n'avaient pas remarqué que le ciel se fût peu à peu découvert. Ai n si, la nouvelle fit sensation et tous se précipitèrent hors de la tente avec la vitesse de l'éclair. Bon nombre des habitants du camp se chauffaient déjà au soleil qu i, perçant, les nuages, caressait triomphalement la terre de ses rayons vivifiants.

L'excursion.

Aujourd'hui, Louis avait sonné le réveil une heure plus tôt que d'habitude : on se prépare à la première grande excursion. Antoine, Joseph et deux camarades éclopés restèrent pour garder le camp; nous autres, à sept heures du matin, nous nous mîmes joyeusement en marche à travers le bois qui retentissait du chant des oiseaux.

Après une marche d'une heure et demie environ, nous arrivâmes dans un coin de forêt où quantité de grands chênes gisaient par terre arrachés, mutilés par la terrible tempête d'il y a un mois. Le commandant fit asseoir la troupe pour le petit déjeuner. Il n'était pas encore neuf heures, mais nous voulions nous reposer un peu. Le tapis des feuilles mortes, tombées l'automne passé, bruissait sous nos pas, et les branches sèches des troncs abattus craquaient sous le poids des garçons qui s'en faisaient des fauteuils.

La parole du commandant rompit le silence.

— Que de morts gisent autour de nous! dit-il

Que d'arbres centenaires sont tombés ainsi au cours de mille et mille années, arraché.; par la tempête, blessés à mort par le vent! Tout ce bois autour de nous est un grand cimetière. Eh bien ! que pensez-vous, mes enfants, que sont devenus les troncs abattus ? Que deviennent les innombrables feuilles qui tombent chaque automne ? Imaginez-vous que ces feuilles mortes et ces branches sèches s'empilent année par année les unes sur les autres : ces débris en s'amoncelant auraient vite fait d'étouffer toute vie animale et végétale. Eh bien ! que deviennent-ils ? Charles, fouille un peu le sol de ton bâton.

Trois ou quatre garçons saisirent leur bâton. Ils remuèrent une couche çle feuilles jaunâtres, humides, à moitié pourries.

— Là, voyez-vous! Chaque brin d'herbe desséché, chaque feuille morte est une source de vie nouvelle, un renouveau de force pour la terre. Avez-vous jamais réfléchi pourquoi la terre bénie et fertile ne perd jamais sa fécondité ? Regardez bien cette couche de feuilles que vous venez de fouiller. Sitôt qu'une feuille tombe ou qu'un arbre s'abat, des millions de petits champignons sortent des profondeurs de la terre et se jettent dessus. D'un travail silencieux et discret, ces démons minuscules se mettent à disséquer leur proie. Ils la décomposent en ses éléments primitifs qui sont exactement propres à alimenter l'arbre nouveau. Qui est-ce qui enseigne à ces démons invisibles la façon précise de ce travail difficile ? Quand ces petits savants ont terminé leur tâche, survient la pluie, qui, en s'infiltrant dans le sol, amène les substances alimentaires jusqu'à la racine des arbres. C'est ainsi que la mort et la pourriture sert à rebâtir une vie nouvelle.

— Qu'arriverait-il si ces champignons et ces bacilles cessaient leur travail ? demanda Julien.

En ce cas, mon ami, le sol serait bientôt épuisé. D'abord, les plantes se flétriraient, ensuite, les animaux et les hommes dépériraient, et le silence des cimetières régnerait sur la terre. D'où vient qu'il n'en est pas a i ns i, qu'une vie toujours renouvelée jaillit de la mort même, que cette multitude de petits chimistes : les bacilles et les champignons, soit aussi habile dans son travail ? Tout cela ne peut être l'effet du hasard. Quelqu'un a dû l'ordonner ainsi, Quelqu'un qui possède supérieurement la force, la beauté, la vie triomphale qui nous entoure !...

Les jeunes garçons se taisaient, pensifs. Tout à coup, un rire malicieux retentit. C'était Martin qui riait, on pouvait donc être sûr qu'il s'agissait de quelque plaisanterie. Je la découvris très vite; pendant que le commandant parlait, il s'était amusé à jeter toute une pluie de petites balles épineuses dans le dos de Georges assis devant lui. Ces balles s'attachaient aussitôt à la chemise d'éclaireur.

• Vous ne vous doutez pas combien ces petites balles sont intéressantes, mes enfants, dit le commandant en souriant. C'est le fruit d'un arbrisseau très commun. Pourquoi est-il si épineux et si adhésif ? Qu'en penses-tu, Georges ?

• C'est pour qu'il puisse se répandre aussi loin que possible.

• Bien. Mais ici, on se heurte à un autre problème. Comment cette plante sait-elle qu'il lui est avantageux de porter des fruits pareils ? Qui a soufflé au pissenlit (Taraxacum Jesus.) de pourvoir sa graine d'un véritable !petit aéroplane ? Et à l'orme, de- produire des graines ailées ? Et au pavot, de trouer le haut de son fruit e n forme de passoire dont le vent se sert comme d'u n arrosoir pour répandre les petites graines noires ?

Une plante plus étrange encore, c'est « l'Harpagonphyton originaire de l'Afrique du Sud. Son fruit est couvert de crochets aigus, de quelque côté qu'on y touche, il s'attache à vous. Sournoisement, il s'aplatit par terre, mais qu'un boeuf pâturant paisiblement ou un lion à l'affût marche dessus par hasard, la graine rusée s'attache solidement à sa patte. La pauvre bête, ne sachant d'où vient la douleur aiguë qu'elle ressent, s'enfuit d'un galop sauvage. A chaque pas, les crochets s'enfoncent plus profondément dans sa chair, ce qui la fait courir plus éperdument dans sa douleur. Enfin, l'écorce du fruit se casse à force de frottement et les graines se répandent sur tout le parcours de l'animal. Porter les graines aussi loin que possible de la plante- mère c'est là le but évident de toute cette organisation rusée. Mais enfin, qui a enseigné cela à cet arbuste de l'Afrique du Sud ?

• Commandant, intervint Robert, j'ai lu la description d'une île de l'océan Pacifique que la lave d'un volcan avait littéralement brûlée, or, au bout de quelques années, elle était recouverte d'une végétation nouvelle.

• Oui, c'est l'île Krakatoa. La chose la plus remarquable dans cette affaire, c'est que la terre la plus proche se trouve à 200 kilomètres de cette île. Donc, toute graine a dû faire un voyage aérien aussi long que cela, fût-ce à l'aide du vent et de ses petites ailes ou bien attachée par des épines à la patte des oiseaux. Ces réflexions nous font dire avec le célèbre physiologue A. W. Volkmann : Malgré notre incapacité à voir de nos yeux et à saisir de nos mains une cause fondamentale qui agit se l o n un dessein fixé, nous devons conclure à son existence par les phénomènes qui ne peuvent être ramenés qu'à cette seule base...

„ Si, dans un lieu désert, dépourvu d'habitants, on trouvait des pierres taillées et jointes par du mortier, il faudrait être un imbécile pour ne pas voir dans ce ta s de pierres juxtaposées une bâtisse faite à la suite d'une intention déterminée. Eh bien! L'enchaînement raisonnable des organismes est au-dessus de l'art de ces édifices. Je cherche la cause fondamentale dans le travail d'une Sagesse puissante qui se pose des buts et qui choisit et amène les conditions propres à la naissance des choses ».,

— Tiens, André, va me chercher un brin de myosotis là-bas, au bord du ruisseau.

André eut bientôt fait de revenir.

• Explique-nous maintenant ce que tu vois sur cette fleur.

• Je vois sa corolle bleu de ciel, avec, au milieu, cinq étamines et le pistil. Vers le centre de la corolle, les pétales se teintent d'orange, d'où sortent des veines jaunâtres. Au bas de chaque étamine, je vois des petits coussins, on dirait des plumes...

• Bien, mon garçon. Tu sais observer les choses. Mais tenez, mes enfants, réfléchissez un instant : savez-vous à quoi sert le bleu de la corolle ? A attirer les insectes, n'est-ce pas ? Par ici, par ici... Les rayons jaunes font la seconde indication. Ils ressemblent même au signe des éclaireurs : voici le bon chemin! Venez par ici, au bas des étamines. Je vous réserve du miel délicieux sous les petits coussins.

Les abeilles ne se font pas prier beaucoup; elle s fouillent profondément dans le petit réservoir caché, mais tout en butinant, le pollen des étamines adhère à leurs pattes garnies de poils et arrive au pistil d e la fleur prochaine dont le miel les allèche.

Regardez bien ce simple myosotis, mes enfants. Quel savant chimiste saurait faire sortir ces couleurs pures et délicates de la terre humide et boueuse ? Et quel peintre pourrait jamais imaginer les centaines de milliers de fleurs différentes dont la terre abonde ?

Toute beauté en ce monde vient de Dieu. Elle jaillit de Lui comme d'une source. Ah ! que de belles choses dans la nature ! Voici le lever du soleil par une aurore de mai ; les étoiles scintillant dans la nuit paisible; la goutte de rosée qui brille sur un brin d'herbe et même ce petit myosotis bleu. Un poète allemand exprime cela très bien :

Die ganze Welt ist wie ein Buch, Darin, uns aufgeschrieben

In bunten Zeilen manch ein Spruch, Wie Gott uns treu geblieben.

Wald und Blumen nah und fern Und der belle Morgenstern

Sind Zeugen von seinem Lieben. (GEIBEL).

— Georges, tu parles bien l'allemand, dis donc à tes camarades ce que cela veut dire.

• « Le monde entier est un livre qui, en lignes multicolores, nous parle de la fidélité de Dieu envers les hommes. Les bois, les fleurs, près et loin, la brillante étoile du matin, sont tous témoins de son amour! »

• Bien. Cependant le temps du repos a pris fin. François, donne l'ordre de se préparer à partir. Défense de jeter les papiers et autres déchets! Dans cinq minutes, nous nous remettons en marche !

L’ordre des pages sont placées l’une derrière l'autre ;
tel que dans le livre et non pas en ordre alphabétique suivre les chiffres.

Le Resto de mon fils

François Christiaenssens

En Estrie Québec Canada
20 Principal est
  Magog Qc. J1X 2y3

Pour réservez appelez au

Télé: 1-819-843-0020   
Fax.: 819-843-5212


http://www.legendemagog.com...

...Courriel:        lalegende2@bellnet.ca

Représentant autorisé   au Canada  Sifaspa   de mon Fils

Marcel Christiaenssens

1- 819-345-0122 
 

metalomax@gmail.com ou
  sifaqc@nb.sympatico.ca

Système modulaire, multifonctionnel, commercial, institutionnel, restauration, bar, et plus.  Présentement le site est en anglais et italien  mais bientôt en français.

Au canada    http://www.sifaspa.com/
En Italie ( Siege Social et Commercial)  http: www.sifaspa.it