| Première
Partie
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Les
motifs de la dévotion du prêtre envers saint François |
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En bref, il semble que l’on peut dégager
deux motifs majeurs de la dévotion instinctive du prêtre
envers le Pauvre d’Assise.
1-
La personnel attitude du Saint à l’égard du
clergé :
2- La réalisation par sa vie d’un idéal proprement
sacerdotal
Or,
ces deux motifs sont justifiés par le mobile foncier de
la vie du Saint, qui est sa conformité à Jésus-Christ
, prêtre unique et souverain. Le prêtre ne peut pas
l’ignorer `ille devine au moins confusément.
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1-
L’Attitude de saint François à l’égard
du clergé |
Saint
François n’a d’autre principe, d’autre
exercice, d’autre mobile de sanctification que l’absolue
conformité à Jésus-Christ son Seigneur, la
littérale imitation de ses états et de ses mystères.
Il ne nous paraît pas utile de prouver ni de développer
ce point d’histoire connu et admis communément ;
ni non plus de justifier François d’avoir réduit
à cette seule démarche toute son ascèse personnelle,
et son enseignement spirituel. Nous l’avons longuement fait
ailleurs.
Il
suffit ici que nous rappelions que, selon la doctrine professée
par François, notamment dans sa Première admonition
et dans les textes que nous allions citer, c’est après
l’Eucharistie que nos exerçons et nourrissons notre
foi au Christ-Jésus ; or sa dévotion envers l’Eucharistie
inspire à François d’aimer et vénérer
le Prêtre.
Nous
lisons dans le Testament qu’il écrivit peu avant
de mourir : « Le Seigneur me donna et me donne encore
une si grande foi aux prêtres qui vivent selon la forme
de la Sainte Église Romaine, à cause de leur caractère,
que s’ils me persécutaient, c’est à
eux-mêmes que je voudrais recourir. Et s i j’avais
autant de sagesse qu’a eut Salomon, et que je trouvasse
de pauvres prêtres des mœurs séculières,
je ne voudrais pas prêcher contre leur volonté
dans les paroisses qu’ils régissent. Ces prêtres
mondains, et tous les autres prêtres, je veux les vénérer,
honorer et aimer comme nos seigneurs ; je ne veux pas considérer
en eux le péché, car je discerne en eux le Fils
de Dieu ; c’est pourquoi ils sont mes seigneurs.
«J’agis
ainsi, parce qu’en ce monde, je ne vois rien sensiblement
du très haut fils de Dieu, si ce n’est son Très
Saint Corps et son Sang, qu’ils consacrent et reçoivent
, et que seuls ils administrent aux autres… Et tous les
théologiens et ceux qui nous dispensent les très
saintes paroles divines, nous devons les honorer et vénérer
comme ceux qui nous dispensent l’esprit et la vie».
On
trouverait difficilement dans toute la littérature théologique,
ajoute ici un commentateur, un exposé tout à la
fois aussi simple et aussi profond de l’importance de
l’Eucharistie et du sacerdoce et de leurs mutuels rapports.
On pourrait en réalité en rapprocher les brûlantes
effusions du VI livre de l’Imitation ; mais celles-ci
ne nous éloigneraient pas de saint François, puisqu’elles
sont attribuables à saint Bonaventure au moins par leur
inspiration.
François
voit ans l’hostie Jésus et Jésus dans son
prêtre ; et cette lucidité de sa foi explique beaucoup
de faits rapportés par ses biographes. Sans anticiper
sur ce que nous relaterons plus loin, rappelons qu’aux
premiers temps de son apostolat il partait avec un compagnon,
un balai sous le bras, dans quelque localité voisine
d’Assise, il nettoyait l’église ; puis il
pressait le peuple qu’une telle action n’avait pas
manqué d’attire, de purifier aussi le temps spirituel
qu’est l’âme de faire pénitence. La
prédication finie, ajoute Frère Léon qui
participait à ces expéditions réalistes
et symboliques, il groupait les prêtes de l’Église
dans un lieu retiré, hors de l’écoute des
séculiers. Il leur parlait de leur devoir de tenir propres
les locaux, les autels, les vases sacrés et les linges
destinés à la célébration des saints
mystères, et aussi de leur propre salut et du zèle
dont ils devaient brûler pour les âmes. Et ils les
laissaient édifiés et fervents.
Son
ardeur cependant ne se satisfaisait point les conquêtes
individuelles. Il aurait voulu communiquer sa dévotion
et la plénitude de sa foi aux prêtres du monde
entier. Aussi parmi les écrits qui nous ont été
conservés de lui, trouvons-nous une lettre, la Ve, adressés
: « Aux Clercs, sur le respect du Corps du Seigneur et
sur la propreté de l’autel ». Elle redit
la grandeur du sacrement divin et du sacerdoce auquel le sacrement
est confié, ainsi que l’obligation pour le prêtre
d’être digne de ses fonctions dans son âme
et son corps, et jusque dans le soin des objets utiles à
son ministère.
Bien
entendu, son zèle commençait auprès des
clercs et prêtres de sa propre famille. Il nous en reste
un sûr indice dans une lettre qu’il écrivit
au Chapitre Général, n’ayant pu se rendre
à cette assemblée ; c’était vers
la fin de sa vie, et la maladie le retenait au logis. Voici
le passage :
«Je
vous conjure tous, mes Frères, en vous baisant les pieds
et avec toute l’affection donc je suis capable, de témoigner
de votre mieux toutes sortes de respects et d’honneurs
au très Saint Corps et au Sang de Notre Seigneur Jésus-
Christ, par qui tout ce qui est dans le ciel et sur la terre
a tété pacifié et réconcilié
avec le Père tout puissant.»
«Je
prie également dans le Seigneur tous mes frères
qui sont ou qui désirent être prêtres du
Très Haut, quand ils voudront célébrer
la Messe, qu’ils célèbrent dignement, saintement,
respectueusement le vrai sacrifice du très saint Corps
et du Sang de Notre-Seigneur Jésus-Christ, avec une intention
sainte et pure, non pour un motif terrestre, par crainte ou
pour plaire à quelqu’un comme s’ils voulaient
être agréables aux hommes.»
«Que leur intention tout entière,
autant que le permet la grâce du tout Puissant, n’aille
qu'au seul souverain Seigneur, ne cherche qu'à lui plaire
: car il agit là, lui seul, selon son bon plaisir. Il
l'a dit : Faite ceci en mémoire de moi. Si quelqu'un
agit autrement, il devient un autre traître Judas ; il
est responsable du corps et du Sang du Seigneur».
Dans
le savant et pieux opuscule qu’il a écrit sur la
préparation à la messe, saint Bonaventure s’est
visiblement inspiré des pensées de son Séraphique
Père ; il les expose méthodiquement , mais il
n’y a ajoute aucune élément essentiel.
Saint
François continue par le rappel des faits et des sentences
d’abord de l’Ancien Testament, puis du Nouveau,
citant les sentiments de la Vierge Marie et de saint Jean-Baptiste
envers le Seigneur Jésus Christ. L’Imitation nous
a rendue ces considérations familières ; mais,
répétons-le, il n’est pas improbable qu’elles
s’y soient déposées par la franciscaines
influence de saint Bonaventure.
Enfin,
le Séraphin conclut par une brûlante exhortation,
par les Exclamations (1) d’admiration,
d’amour, d’humilité et de total abandon à
la charité de Dieu.
«Considérez,
ô Frère qui êtes prêtres, votre dignité,
et soyez saints parce qu’Il est saint ».
A
lire dans un texte refroidi ces ardents paroles, à en
induite les sentiments dignes de l’Apôtre Jean qui
consumaient François, on ose comprendre pourquoi François
d’Assisse ne s’est pas cru capable du sacerdoce
!…
On rapporte à ce sujet une vision
que François aurait eue d’un vase de cristal parfaitement
pur, et une parole qui lui aurait été dite sur
la pureté exigible du prêtres, qui l’auraient
détourné d’aspirer au sacerdoce. Le fait
n’est pas invraisemblable ; mais il est plus probable
que François n’a jamais désiré devenir
prêtre ; les circonstances historiques au milieu desquelles
il a vécu et exercé son apostolat expliquent à
elles seules, et mieux qu’une vision, son abstention.
Son attitude et la sympathie sacerdotale dont vivant ici-bas,
et vivant au ciel il a joui. Et de plus, leur considération
nous sera à nous-mêmes une très utile leçon
dont pourra profiter notre activité sacerdotale.
À
l’époque où parut saint François,
le charisme sacerdotal n’avait pas encore été
exalté comme il le sera plus tard, d’abord par
les théologiens scolastiques, ensuite et surtout par
les réformateurs de la vie cléricale post–Tridentins
; car cette exaltation précisément réagira
contre les attaques des hérétiques, Vaudois d’abord
pour protestants ; les premiers contestant la valeur des actes
sacramentels accomplis par les prêtres pécheurs
; c’est en face d’eux que se trouve François
; les autres, plus radicalement, niant l’existence même
du pouvoir d’ordre.
Les
chrétiens de cet âge croient au sacerdoce, Saint
François est lui-même un bel exemple de la foi
traditionnelle ; il en vit plus explicitement et profondément
que le commun du peuple ; il n’innove pas. Aussi, les
discours que nous avons cités, les exemples que toute
à l’heure nous apporterons, rencontrent-ils une
efficace docilité parmi les fidèles.
Mais la conscience populaire n’avait pas identifié
Église et clergé.
Le
clergé n’avait pas échappé à
la contagieuse corruption des mœurs qui partout sévissait
; néanmoins les âmes droites restaient fidèles
à l’Église. Elles aimaient l’Église,
elles ne voulaient pas la laisser périr. Et comme la
détresse de l’Église provenait en majeure
partie, de l’insuffisance doctrinale et morale du clergé,
les chrétiens essayaient de remédier à
cette détresse sans lui. De là, toutes les tentatives
qu’aujourd’hui nous appellerions des mouvements
laïques, de retour à la vie évangélique,
et que l’histoire de cette période attribue aux
Humiliés, aux Pauvres catholiques, aux Vaudois. On y
rencontre des clercs et des prêtres au milieu des laïques
; mais ils n’y comptent, si l’on peut dire que pour
leur valeur d’hommes, même parmi les groupements
qui demeurent catholiques et qui continuent de recourir au prêtre
pour la réception des sacrements.
François,
propagateur d’un mouvement semblable, n’a donc personnellement
pas plus besoin d’être revêtu du caractère
sacerdotal, que n’en avait en soit Benoît pour acclimater
en pays latin l’institution monastique déjà
florissante en pays grec et celtique. Mais l’amour du
Christ Jésus est pour lui synonyme de dévouement
à l’Église. Il soumet à la hiérarchie
ecclésiastique sa personne, ses désirs, son œuvre.
Son humilité couvre son orthodoxie. Tandis que les autres
mouvements de réforme ou s’éteignent da
leur soumissions au Pape, comme ce fut le cas des Pauvres catholiques,
ou comme celui des Vaudois tournent dans le schisme et l’hérésie,
le mouvement franciscain adopté par l’Église
réussit pleinement son entreprise de réforme des
mœurs.
François devint cher au Pape, aux
Évêques, aux prêtres, car jamais il ne se
départir envers eux du respect, de la déférence,
de l’obéissance et du dévouement que leur
mérite aux yeux de sa foi, leur fonction sacramentelle.
Avant
de citer les plus typiques de ses actes, qui sont aussi les
plus connus, il ne sera pas inutiles de nous arrêter à
considérer la différence de notre époque
à celle de François au point de vue de l’influence
du clergé.
Notre
société n’est pas moins corrompue que celle
où se développe le mouvement franciscain ; mais
il serait vain sans doute d’espérer qu’un
semblable mouvement de rénovations de l’Église
par le peuple fidèle y réussit, et la raison en
est que la conscience populaire faire identifie Église
et clergé, la religion est l’affaire a des prêtres
; elle n’intéresse par les laïques, D’où
procède cette désaffection ?
Nous dirons modestement ce qu’il nous semble. Sans l’organisation
ecclésiastique qui résulte de la systématisation
de la croyance selon la philosophie grecque, le sacerdoce est
tout, le laïcat presque rien. La forme principale possédant
éminemment toutes les énergies des formes subordonnées,
le simple fidèle n’a plus qu’a recevoir du
prêtre leçon et motion. La conséquence est
que le laïque se désintéresse de l’activité
sacerdotale. La société se déchristianisé.
Si de nos jours on oppose à cette massive déchristianisation
de la société un « Apostolat laïque
», qu’on note bien que cette initiative émane
de la hiérarchie : le clergé convie les fidèles
à seconder son action reconnue insuffisante ; mais ce
ne sont pas les fidèles qui, les premiers, comme au temps
de saint François prenne conscience de la détresse
de l’Église, et tente d’y remédier
par les mêmes moyens.
C’est
ici que s’actualisent l’exemple et l’œuvre
de saint françois. Le Saint a éveillé ou
réveillé dans les âmes le besoin de Dieu
; il a dirigé vers l’Église, par la dévotion
à l’Eucharistie et l’obéissance filiale
au sacerdoce, les énergies chrétiennes ainsi renouvelés,
il a corrélativement rendu au prête le sens et
la fierté de sa mission, sa réforme est partie
d’en–bas, du peuple redevenue fidèle ; il
l’a ait agréer par le Pape Innocent III, tout prêt
d’ailleurs a le comprendre et là l’encourager,
pour par Honorius III et surtout Grégoire IX, approbateur
du Tiers-Ordre ; on se rend compte qu’il eut plus de difficultés
à obtenir l’agrément des évêques
et des curés, mis en défiance sans doute par l’agitation
manichéenne. Mai enfin il triomphe ; et son succès
nous ouvres la voie par laquelle à notre tour nous devons
passer si nous voulons réussir comme lui, ce sera tout
à l’heure notre résolution.
Concluons à présent cette
digression par le rappel de quelques traits, significatifs de
la méthode ainsi écrite.
Le
Dominicain Étienne de Bourbon, mort vers 1261, rapporte
un fait qui met dans une vive lumière l’amour et
le respect du Saint pour le sacerdoce.
Dans
un village de Lombardie qu’il traversait, les habitants
sortirent pour le saluer ; clergé et laïques, catholiques
et hérétiques, tous se pressaient sur ses pas.
Un Cathare s’avança vers lui, et désignant
le curé du lieu : « Dites-moi, lui demanda-t-il,
vous qui êtes un homme de Dieu, comment ce pasteur peut-il
réclamer la foi et le respect, alors qu’il entretient
une concubine et mène une vie scandaleuse ? » François,
sans répondre, s’approcha du prêtre, s’agenouilla
devant lui dans le chemin et lui baisant les mains, dit : «
J’ignore si ces mains sont réellement souillées,
mais le seraient-elles , la vertu des sacrements qu’elles
administrent n’en souffre aucun dommage, ces mains ont
touchée le Corps de mon Seigneur, et par respect pour
mon Seigneur, je veux honorer son représentant. Pour
lui, il peut être mauvais ; mais, pour moi, il est bon».
Tant
qu’il vécut, François exhorta ses frères
à honorer les prêtres ; riche ou pauvre, bon ou
mauvais, il n’importe ; qu’ils s’inclinent
humblement devant lui !… Et c’est trop peu que s’incliner
devant ceux qui dispensent les sacrements de vie ! Il faudrait
se mettre à genoux, baiser leurs mains, baiser la trace
de pleurs pas ! …
Dieu
une Admonition, il disait : même si un prêtre est
pécheur, une personne ne doit le mériter : Le
Seigneur se réserve le droit de le juger ; car plus est
grand la fonction de ceux qui sont les consécrateurs
et les dispensateurs du corps et du Sang de Jésus-Christ
Notre-Seigneur, plus grand est le péché commis
contre eux par le mépris.
Thomas
de Célano remarque expressément que le respect
qu’il professa à l’égard du sacerdoce,
qu’il enseigna à ses disciples et qu’il exigea
d’eux, avait sa source dans la conscience que lui avait
donnée le Seigneur de sa mission apostolique. Appelé
par Dieu à la prédication de l’Évangile
il savait qu’il ne ferait de fruit que dans la dépendance
de la hiérarchie.
Dès les jours de sa conversion,
l ’Évêque d’Assise était devenue
son conseiller et son père, et c’est par son entreprise
que François fut introduit en présence du Pape
Innocent. Il voulait en agir avec tous les prélats selon
les mêmes sentiments de déférence et de
soumission. Il se présentait à l’Évêque
du lieu où il arrivait pour lui demander l’autorisation
de prêcher au peuple ; à défaut de l’évêque,
il faisait cet acte d’obédience au prêtres
de la paroisse, généralement, il était
bien accueillit ; mais il lui arriva de subir des rebuffades.
Les réponses de l’Évêque d’Imola
est connue comme aussi l’humble insistance de François,
à la fin victorieuse du mortifiant refus.
Il
faudrait pour être complet parler aussi de sa dévotion
au Pape ; mais ce que nous en avons insinué plus haut
suffit, le sujet étant connu.
Nous
avons proposé au début de cette étude comme
première explication de l’instinctive dévotion
du prêtre envers saint François, la personnelle
attitude du Saint à l’égard du clergé
; il nous semble que les faits justifient cette proposition.
D’autant que sur ce point la triple famille religieuse
née de saint François a soigneusement gardé
et cultivé la tradition paternelle. Qu’il se soit
trouvé, au cours de sept siècles d'une existence
très active et dans une quelque contrée, des Franciscains
du Premier et du troisième Ordre, oublieux de leur vocation
et des enseignements de leur Père, qui aient manqué
de déférence et de soumission aux prêtres
paroissiaux dont saint François le a voulus les auxiliaires,
c’est humaine ; il serait miraculeux que ce ne soit par
arrivé…Néanmoins il est plus certain que
ce n’est point parmi, les Fils du Pauvre d’Assise
que le Clergé a rencontré des compétiteurs,
obstinés à se soutenir contre lui ou sans lui,
ou par-dessus sa tête et son influence…
Cependant,
cette raison de la dévotion du prêtre à
saint François, historiquement fondée, reste extérieure
: nous en avons annoncé une seconde, qui est la réalisation
par saint François d’un idéal spécifiquement
sacerdotal.
|
2-
Réalisation par saint François d’un idéal
proprement sacerdotal |
Parlant
à des prêtres d’un sujet qui leur est familier
et cher, nous pouvons être brefs, d’autant que nous
avons à nous hâter vers la conclusion pratique :
Il s’agit en effet de tirer le parti opportun de la dévotion
du prêtres envers saint François, et non simplement
de la justifier par des motifs historiques et psychologiques.
Donc,
en résumant l’enseignement ordinaire, nous dirons
que la raison d’être du sacerdoce chrétien
est la formation du Christ dans le fidèle du Christ.
C’est
le Christ «qui a fait les uns apôtres, d’autres
prophètes, d’autres évangélistes,
d’autres pasteurs et docteurs (tous ces charismes sont
plus ou moins inclus dans le charisme sacerdotal), en vue du
perfectionnement des saint (les fidèles), pour l’œuvre
du ministère, pour l’édification du Corps
du Christ, jusqu’à ce que nous soyons tous parvenus
à l’unité de la foi et de la connaissance
du Fils de Dieu, à l’état d’homme
fait, à la mesure de la stature parfaite du Christ »
( Éphèse. 5, 11-13).
Saint
Paul lui-même a fixé sous une saisissante image
sa conception de son labeur apostolique : «Je suis dans
les douleurs de l’enfantement, jusqu'à ce que le
Christ soit formé en vous.» (gal.. 4, 19).
C’est
qu’en effet tout chrétien plus exactement qu’un
autre Christ est le Christ pour sa part (1 Cor., 12,27). Au
terme de son effort de conformité, il pourra redire comme
l’Apôtre ; «Je vis, non pas moi, mais le Christ
en moi » (Gal.2,20).
De
cette croissance du Christ dans le fidèle, le prêtre
est l’ouvrier.
En
sorte que si nous disons que le chrétien est le Christ
vivant, reproduisant en son fidèle membre des corps mystique
sa vie dans ses états de ses mystères, il faudra
reconnaître dans le prêtre le Christ agissant, prolongeant
par son prêtre son action de sacrificatrice et sanctificatrice.
Ainsi le prêtre doit s’abord, comme chrétien,
reproduite en soi le Christ ; et ensuite le reproduire dans
les fidèles par son ministère sacramentel.
Or,
c’est en ce double effort, personnel et fonctionnel, que
François peut servir de modèle au prêtre.
Il a réalisé un idéal proprement sacerdotal,
il donne l’exemple de sa réussite. Il est le plus
chrétien des saints après et avec les apôtres.
Il a parfaitement revêtu le Christ, imité le Christ,
reproduite le Christ par une ressemblance qu’authentiquèrent
les stigmates. Il a été le Christ vivant.
Mais
aussi il a formé le Christ dans des milliers et des milliers
de disciples. Son action a été sacerdotale. Ce
point mériterait certes un ample développement
; et qui justifierait à un nouveau titre l’instinctive
dévotion du prêtre envers saint François.
Mais, comme nous l'avons longuement traité ailleurs et
récemment encore dans une brochure : Le Tiers-Ordre et
le Christ, nous nous permettons d’y renvoyer notre lecteur.
Qu’il
nous suffise de dire ici, selon notre propos, que la spiritualité
que François d’Assise a léguée à
sa postérité, dans laquelle il lui a transmis
les principes et les méthodes qui l’ont lui-même
guidé et formé dans son service de Dieu et son
identification au Christ, est une spiritualité chrétienne
à l’état pur, sans immixtion d’aucune
mobile ou élément hétérogène
; elle est strictement, littéralement, fidèle
à la doctrine évangélique commentée
par saint Paul et par saint Jean, à cause du rôle
unique et primordial qu’elle reconnaît à
Jésus, d’abord dans l’adoration et le service
de la Trinité Sainte, ensuite dans la sanctification
des rachetés de son Précieux Sang, par l’efficacité
de sa grâce.
Le
caractéristique de la spiritualité franciscaine
est dans la conviction unique reconnue au Christ Jésus,
à son imitation, à l’identification vitale
de son fidèle en Lui par l’Esprit-Saint. Aussi
pouvons-nous dire que l’action de François a été
sacerdotale.
Non
point, il est vrai, par charisme fonctionnel, puisque le Saint
n’ayant pas reçu le sacrement de l’Ordre
; mais par charisme personnel, à cause de la plénitude
de son identification au Christ.
Il
peut donc nous servir de modèle : et d’autant mieux,
oserons-nous affirmer, que notre sacerdoce nous donne une avance
sur lui.
En
effet, c’est par plénitude en lui de la Cie du
Christ que François est devenu Action du Christ.
Il a participé à l’activité de la
fonction par son effort ascétique, n’ayant point
participé à la fonction par le sacrement, tandis
que nous, prêtres, nous sommes établis par l’ordination
dans la fonction sacerdotale, et nous pouvons produire par état
les fruits de zèle que François a produit par
effort.
Nous
sommes en quelque sorte mis de plain-pied avec lui par l’action
; mais nous avons à le rejoindre par notre vie (selon
la mesure de notre grâce) afin que comme notre action
est l’action du Christ par nous, ainsi notre vie soit
la vie du Christ en nous, à l’exemple de saint
François.
Bien
loin donc de nous rendre cet exemple, et le patronage du Saint,
inutiles ou inefficaces, notre sacerdoce nous le rend efficaces
et faciles.
Parce
que François a reçu la grâce de vivre le
Christ, Mihi vivere Christus est il a pu agir le Christ ; agere
Christum ; et parce que nous avons la grâce d’agir
le Christ, nous devons et pouvons en nous vivre le Christ. Qu’on
nous permette ces latinismes si énergiques dans leur
concision.
Prêtres,
nous le sommes pour l’Église et pour l’Utilité
du prochain ; nous ne le sommes point pour nous-mêmes.
Mais de quoi nous servirait-il de pouvoir enfanter et former
le Christ en autrui, si nous le laissions végéter
et mourir en nous.
Voilà pourquoi, deuxième raison de notre instinctive
dévotion envers lui nous recourons à saint François,
à son exemple, à son patronage. Un sentiment profond
de notre âme sacerdotal, le sentiment d’un besoin
vital, nous pousse à rejoindre ce pauvre petite homme
qui, si profondément, si véridiquement et purement,
a été Christ vivant, Christ agissant ; qui a renouvelé
dans le monde envieilli et glacé, la joyeuse e ardent
pratique de l’Évangile, qui sans autre moyen que
son union du Christ, a accompli l’œuvre du Christ
par l’Esprit du Christ.
Dans un monde semblable au nôtre, dépourvu comme
nous des subsides humains car il n’avait ni la science,
ni l’éloquence, ni la puissante, ni l’autorité,
ni l’argent, ni la faveur des hommes en place François
a réalisé magnifiquement et durablement un idéal
proprement sacerdotal.
Par
quel chemin le rejoindre, par quelle méthode l’imiter
?
Lui-même
y a pourvu en nous offrant La Règle de son Troisième
Ordre.
|
Deuxième
Partie
|
La
pratique de la dévotion du être envers saint François
par la profession du Tiers –Ordre |
Nous
avons justifié l’instinctive dévotion du prêtre
envers saint François par le double motif :
1-de
l’attitude de François envers le prêtre
2- de la réalisait par François d’une œuvre
proprement sacerdotale.
D’instinctive
nous supposons que cette dévotion ainsi justifiée
es devenue consciente et délibérée. Nous
attendons qu’elle porte ses fruits ; et nous avons d’abord
déclaré qu’il s’agissait moins d’obtenir
de l’intercession du Saint tel ou tel objet spécifié,
qu’un accroissement de vie chrétienne, un enrichissement
de fécondité apostolique.
Saint
François en offre-t-il au prêtre un moyen accessible,
efficace, pratique?
Nous
répondons ; la Règle de son Troisième Ordre,
avec son triple apport d’une Consécration, d’une
discipline de vie, d’une Famille spirituelle.
Qu’on
nous permette de traiter de le premier ce dernier point. Nous
qu’il soit négligeable ; mais il peut-être
brièvement exposé et laisser aux deux autres leur
importance majeure.
|
1-La
fraternité franciscaine |
Par
le Tiers-Ordre le prêtre entre dans une immense famille
spirituelle, la plus nombreuse peut-être de toutes celles
qu’abrite l’Église de Dieu. On compte en effet
près de cinq millions de tertiaires, parmi lesquels les
prêtres se chiffrent par milliers ; quelques dix mille clarisses;
environ quarante mille Frères Mineurs, franciscains, capucins,
conventuels. Ces chiffres sont proportionnels à l’état
actuel de la chrétienté ; ils ont été
en d’autres temps plus ou moins élevés, mais
toujours considérables, par exemple triplés au XVIII
siècle. S’il fallait néanmoins supputer le
nombre de ceux qui depuis François ont ceint la corde symboliquement,
on atteindrait sans doute celui ses étoiles du ciel.
Or, par la volonté expresse du Pape Pie X, signifié
à l’occasion du VIIe centenaire de saint François,
entre tous les membres des Trois-Ordres, une communication existe
de mérites, prières, bonnes œuvres, indulgences.
C’est, a-t-on dit : «comme une spéciale Communion
des Saints au sein de la Communion des Saintes universelles
».
Le
mot est exact. Car il s’agit bien d’une communication
de richesses spirituelles, d’abord entre saints du ciel
et juste de la terre, et ensuite entre membres vivants de la
triple famille franciscaine.
Si l’on songe d’abord au nombre incalculable des
participants de cette communication ; et ensuite que le Troisième
Ordre à lui seul possède plus de saints et saintes
canonisées que ses deux aînés, et avec eux
plus que n’importe quelle autre famille religieuse (la
bénédictine exceptée, en avant vieux de
six siècles) ; enfin qu’au témoignage souvent
répété des Papes et c’est le motif
de leurs instants appels au Tiers-Ordre les tertiaires sont
des croisés, qui vivent dans la grâce et l’amitié
de Dieu ; qui doutera de l’efficacité surnaturelle
de cette communion des saints!
Cette
famille a sa mentalité bien spécifique ; son histoire
glorieuse, de merveilleux états de service ou pour le
Christ et son Église ; sa théologie spéculative
et spirituelle qui ne le cède en rien à celles
des autres écoles. Et surtout, fondée sur une
charité rayonnante qui lui a mérité son
titre d’«Ordre Séraphique», elle entretient
entre tous les membres une Fraternité digne de son Patriarche,
saint François.
Le
prêtre tertiaire n’a plus à redouter ni à
se plaindre d’être seul, il ne l’est point
spirituellement ; il est entouré de la prière
et des suffrages de ses Frères et Sœurs du ciel
; il ne l’est point sur terre ; dans chaque couvent de
Frères Mineurs ou de Clarisses, il sera accueilli «comme
un Frère» ; un nouveau lien l’unit à
ses Frères dans le sacerdoce, tertiaires comme lui, surtout
s’il peut s’agréer a une Fraternité
sacerdotale canoniquement constituée. Dans la paroisse
la plus déshéritée, son titre fera surgir
d’autres de lui des Frères et des Sœurs en
saint François, qui lui offriront tous les ressources
d’un zèle pieux, humble mais inépuisable
; et dans les cités plus fortunées, il trouvera
par ses Frères et ses Sœurs du Tiers-Ordre le levier
et le point d’appui qui lui faciliteront la tâche
de soulever un peuple indifférent.
Certes,
cet apport est grand ; nous ne le sous-estimerons pas ; mais
il nous semble de moindre prix que les deux autres, la consécration
et de la discipline. Un mot d’introduction cependant est
ici nécessaire.
Personne
s’ignore que l’apostolat de François avait
suscité un tel enthousiasme, un tel renouveau de vie
chrétienne, un tel élan d’amour envers le
Sauveur crucifié, qu’en foule les hommes voulaient
devenir Frères Mineurs, le femmes s’enfermer dans
le cloîtres de sainte Claire, il était également
impossible de désorganiser par cette fuite hors du monde
de se meilleurs éléments de la société
civil, et injuste de refuser l’accès de la vie
parfaite à tous ceux qui la désiraient sous motion
de l’Esprit–Saint. Intuition générale
ou céleste inspiration, François comprit qu’il
était possible de dissocier deux éléments
qui jusqu’alors étaient demeurés conjoins
dans la conception de l’ascèse chrétienne,
la recherche de la perfection et la stabilité monastique
qui n’en est qu’un moyen, excellent mais non pas
unique. Antérieurement, par une démarche inverse
et semblable, il avait conjugué la vie religieuse à
la vie apostolique que l’on avait toujours conçue
séparée et presque incompatibles.
Comment
introduire et entretenir dans la vie spirituelle de tous ceux
que la providentielle autorité de Dieu retient dans le
siècle, l’efficacité sanctificatrice de
la discipline claustrale, sans néanmoins les soustraires
aux nécessaires fonctions de la cité, aux labeurs,
aux métiers , aux offices qui soutiennent la société
temporelle ? C’est la question que résolut François
par l’institution de son Troisième Ordre ; son
ami et conseiller le cardinal Hugolin, le futur pape Grégoire
IX, saisit d’emblée l’inépuisable
fécondité de la solution offerte à l’Église
et aux âmes par le génie inspiré de François.
Il la dota d’une organisation canonique destinée
à en assurer le fonctionnement et l’efficacité
dans le cadre de la société chrétienne.
Essentiellement, l’institution franciscaine implique une
acceptation par l’Église au nom de Dieu, de la
vie et de toute l’activité du profès, soit
une consécration, analogue à la consécration
des moines et des religieux ; puis pour persévérer,
contre les attaques du péché, cette consécration
et lui faire rendre ses fruits de sainteté, une discipline
méthodique et progressive des mœurs et des actions
du profès. Ce double élément de consécration
et de discipline suffit à faire participer la vie séculière
à l’efficacité sanctificatrice de la vie
régulière.
Il
est offert par la Règle au prêtre séculier
lui-même.
En
a-t-il besoin ? … Endroit-il titre profit ?… Double
question qui se pose et que nous allons élucider.
1-
Le prêtre a- t-il besoin de la consécration par
le Tiers-Ordre ?
Le prêtre doit-il profiter de la discipline du Tiers-Ordre?
|
2-
la consécration |
Il
semble, à première vue, que consacré à
Dieu par son sacerdoce le prêtre n’ait que faire d’une
autre consécration, surtout de moindre valeur.
En
effet, la consécration qui résulte de l’ordination
sacerdotale l’emporte sans contredit possible en valeur
et en efficacité sur celle qui résultent des professions
religieuses.
D’abord,
l’Ordre est un sacrement, et dans d’institution
divine ; or les professions sont d’institution ecclésiastique
; elle appartiennent à la catégorie des sacramentaux.
La plus opérante, telle qu’elle est la professions
des vœux solennels, des grands Ordre, restes une bénédiction
constitutive ; la plus forte raison la profession des tertiaires,
canoniquement la plus humble, n’ayant derrière
soi que les vœux privés.
En
second lieu, le sacerdoce oblige celui qui en est revêtu
à exercer la perfection dans tout ce qui relève
de son ministère, tandis que la profession d’une
règle n’oblige qu’à tendre à
l’acquisition de la perfection promise. Dans son excellent
ouvrage sur la Vie Intérieure, adressé à
ses prêtres, le Cardinal Mercier à longuement insisté
sur cette diversité d’obligation, mais elle ne
fait doute pour personne.
C’est
pourtant cette différence d’obligation à
la perfecto qui laisse comprendre l’utilité pour
le prêtre séculier de doubler sa consécration
sacerdotale de la consécration par une profession religieuse,
dans le cas celle du Tiers-Ordre ; de moindre valeur sans aucun
doute au point de vue canonique, mais non au point de vue ascétique,
car son efficacité s’étant à la toute
l’activité du prêtre que ne couvre pas, n’informe
pas, le caractère sacerdotal..
La
démonstration établie par le Cardinal Mercier
pour élever la sainteté du prêtre au-dessus
de la sainteté du religieux est péremptoire, quand
on compare le prêtre au religieux laïc, au frère
soit convers, soit hospitalier, soit enseignant ; mais elle
perd sa rigueur s’il s’agit de comparer prêtre
à prêtre, prêtre séculier à
prêtre régulier ; car en celui-ci la sainteté
fonctionnelle du sacerdoce se trouve protégée,
encadrée, soutenue par la sainteté personnelle
de la profession. Or tel est le point à considérer
ici. Il ne peut être douteux qu’à défaut
d’une professon monastique incompatible avec sa condition,
le prêtre séculier trouvera par la profession du
Tiers-Ordre un élément nouveau de sanctification
dans une consécration de sa vie et de son activité
personnelle.
Nous
distinguons, en effet, dans le prêtre la possibilité
d’une double sainteté, la sainteté fonctionnelle
que lui apporte son sacerdoce et la sainteté personnelle
qu’il acquiert par ses efforts vertueux.
L’ordre
est un charisme, une grâce «gratis data»,
conféré premièrement pour l’Église,
dirigé vers la sanctification des âmes et à
ce titre indépendant de la sainteté du ministre.
Pécheur,
infidèle, apostat, le prêtre reste prêtre
; même interdit et excommunié, il peut toujours
exercer efficacement sa fonction, consacrer, absoudre, un consentement
même l’Église, dès que le salut des
âmes, d’une seul âme, est en jeu.
Le
pouvoir d’ordre rend efficace et sanctifiante l’activité
ministérielle de celui qui en est muni, mais non son
activité personnelle. Le prêtre n’est pas
prêtre pour soi, s’il peut profiter de sa grâce
sacerdotale pour se sanctifier, ce n’est qu’indirectement,
occasionnellement, en s’efforçant de maintenir
sa vie à la hauteur de sa fonction. Or, précisément
la grâce de cette conformité lui est donnée
par la profession.
Telle
est en effet l’efficacité qu’on peut en attendre.
La profession, avons-nous dit, est un sacramental ; c’est-à-dire
une œuvre opérée par l’Église,
comme le sacrement est œuvre du Christ ; le sacrement agit
ex opere operato, c’est une chose faire ; le sacramental
agi ex opere operantis Ecclesiae, de l’Église sûrement
exaucée par Dieu, assurée de lui plaire et d’obtenir
de lui le résultat imploré par son action. Ainsi
une vie vouée à Dieu par l’Église
selon le rite de la profession religieuse revêt un caractère
liturgique, non pas indépendant de l’activité
du profès, mais supérieur en valeur et en mérite
à cette activité ; elle entre dans le domaine
de la vertu de religion ; et de plus elle transforme en oeuvre
d’obéissance toute activité conforme à
la règle. Or l’obéissance est le canal authentique
de la grâce actuelle, et l’exercice de la foi. A
tous ces titres, quelle valeur de sanctification n’acquiert
pas la vie d’un profès ! Quel appui pour le sacerdoce.
|
3-la
discipline |
L’activé
sacerdotale est dans le prêtre indépendante de sa
dignité de vie. Même pécheur et privé
de la grâce sanctifiante, c’est-à-dire personnellement
mort au Christ, le prêtre reste fonctionnellement capable
d’agir au nom du Christ. Il est cependant odieux de disjoindre
les deux aspects de la vie sacerdotale, de diviser le Christ.
Tous les formateurs et réformateurs du clergé et
toujours, ont représenté comme idéal au prêtre
de se ternir par sa vertu à la hauteur sacrée de
sa fonction ; c’est à promouvoir cette sainteté
de vie qu’ils se sont appliqués, statuant des règles
de vie, des programmes de sainteté sacerdotale.
Or,
parmi ces règles, celle du Tiers-Ordre a toujours été
en faveur dans l’Église, qu’elle fût
proposée par les papes, ou acceptés par la conscience
sacerdotale et accréditée par les exemples des
prêtres en renom de science et de vertu.
Les
papes ont souvent manifesté leur estime de la Règle
franciscaine ; ils l’ont eux-mêmes embrassées
; ils montrent leur désir de voir les prêtres s’y
agrégrer par un détail peu visible, mais significatif,
lorsque cette règle décrète que les ecclésiastiques
astreints au bréviaire n’ont pas d’autre
obligation comme profès. Le nombre de prêtres tertiaires
est immense; c’est un témoignage de la conscience
sacerdotale rendu à la Règle ; les saints récemment
sortis du clergé appartenaient aussi au Tiers-Ordre ;
ne citons que les Saint Curé d’Ars, son émule
le P. Chevrier, saint Jean Bosco et son confesseur le bienheureux
Joseph Cafasso.
D’où
vient cette faveur à la Règle? De ce qu’elle
est confirmée par ses fruits de zèle et de sainteté,
de ce qu’elle est enrichie d’indulgences et de communications
de mérites avec les deux autres ordres ?.. Sans doute.
Mais bien plutôt de ce qu’elle communique et insuffle
un esprit.
Sa
lettre n’est qu’en apparence simple et incomplète
car, en réalité, ses prescriptions dirigent toute
l’activé de son profès, règlent ses
mœurs, ses tendances, ses occupations et jusqu’à
se divertissements ; ne négligeant ni la façon
de se loger, de se vêtir, de secourir ; ni les dispositions
intérieures de foi, de piété, de soumission
à l’Église, d’édification du
prochain.
Nous
ne méconnaissons pas que beaucoup de prêtres lui
préfèrent à ce point de vue un règlement
minutieux, fixant jusqu’à l’horaire des pratiques,
et sanctionnée par un bulletin de régularité.
Nous ne parlons qu’avec le respect convenable de ces pratiques
autorisées et encouragées par l’autorité
compétente et qui soutiennent la ferveur de leurs adeptes.
Nous sommes ici dans l’ordre de moyens, par rapport à
la fin qui est la sainteté sacerdotale. Or, dans cet
ordre, le meilleur moyen est celui qui réussit. Dès
qu’il est bon, il n’a pas besoin de l’être
plus qu’un autre. Et même, si d’après
ce que nous allons dire, nous pensons que la Règle du
Tiers-Ordre se place à un rang privilégié,
nous ne prétendons pas que cette supériorité
relative annule la réelle valeur des autres règlements.
C’est ainsi que nous nous permettons de présenter
deux remarques, l’une sur la valeur littérale,
pratique de ces règlements ; l’autre sur leur valeur
spirituelle ; encore ajoutons-nous qu’il ne s’agit
pas pour nous d’une vue théorique par l’esprit
de parti ; mais d’une constatation expérimentale.
Du point de vue pratique, nous avouons
hautement l’excellence d’un règlement détaillé
à l’instar d’un règlement de séminaire
et d’un horaire conventuel pour le prêtre dont la
vie continue de se dérouler dans le cadre immuable d’un
collège, d’une communauté ; ou du moins
dont l’existence est assez uniforme pour qu’il puisse
chaque jour remplir son programme de prières, de travail,
d’exercices.
Mais
pour le prêtre du ministère dans le temps est fragmenté
par l’accumulation des services imprévues, cette
observance d’un horaire et d’un programme invariables,
reste-t-elle possible sans un surcroît d’occupations
? Ne sera-t-il pas tenté soit de sauvegarder à
tout prix sa régularité et de se dérober
à des nécessités certaines, plus obligatoires
d’un règlement ; soit plutôt, car la pensé
ne lui viendra même pas de se dérober à
des devoirs urgent ! soit d’abandonner le règlement
impraticable, sans le remplacer par un autre moyen plus adapté
à sa condition ? or, cet autre moyen existe, qui sans
négliger la lettre, fait prédominer l’esprit
de la sainteté sacerdotale : le Règle du Tiers-Ordre.
Mais
ajoutons une seconde considération sur la valeur spirituelle
du règlement.
Et
ici nous sollicitons une bienveillante compréhension,
car des intérêts plus graves qu’une régularité
extérieur sont en jeu. Un horaire minutieux et rigide
ne tient pas compte des nécessités extérieures
de celui qui s’y astreint ; mais non plus de ses nécessités
intérieurs. L’âme comme le corps évolue
; elle passe de l’enfance à la maturité
par l’adolescence, et la virilités. Or, de même
que l’adulte, l’homme mûr, l’homme vieilli
non seulement ne sont pas aptes aux mêmes exercices corporels,
mais n’ont pas les mêmes besoins, ni la même
capacité ; semblablement les âmes d’âges
différents ne peuvent être astreintes aux mêmes
exercices spirituels.
Qu’une
âme s’y obstine par fidélité, l’impuissance
ou la fatigue qui avertit l’homme mûri de sa désadaptation
physique, ne jouera pas ; elle s’accusera de tiédeur,
de paresse; elle ne songera pas à se voir dans une voie
de progrès, ni invitée à la suivre avec
plus de largeur et de simplicité ; elle se desséchera
dans un littéralisme routinier. Plus gravement encore,
de cette obstination elle se fera un titre de justice devant
Dieu. Aux sollicitations de l’Esprit–Saint qui la
portent à un renoncement plus profond à soi-même,
à un abandon à Dieu plus filial, l’âme
posera sa fidélité littérale à son
règlement approuvé.
La
lettre tue, l’Esprit vivifie.
C’est pourquoi la Règle
du Tiers-Ordres, surtout telle qu’elle s’offre au
prêtre, se contente d’indications, d’insinuations
qui d’abord pourront se réaliser en pratiques concrètes,
et même par la fidélité à un règlement
qu n’a rien d’incompatible avec elle ; mais par
la suite, d’accord avec les nécessités extérieures
et intérieurs, elle pourra sera à une observance
plus libre, mais plus généreuse, à une
docilité plus éveillée et plus prompte
aux suggestions de la grâce ; elle stimulera les progrès
de l’âme qui s’opèrent selon la loi
de simplification de d’unité de la vie.
Or,
cet esprit de la Règle, c’est l’esprit de
l’Évangile, c’est l’esprit même
de Jésus-Christ ; la spiritualité franciscaine
étant, comme on l’a démontré ailleurs,
éminemment et uniquement chrétiennes sans immixtion
d’hétérogénéités. Littéralement,
la Règle s’accomplit par la pauvreté ; spirituellement
par la dés appropriation de soi.
Or,
c’est la pauvreté qui couronne de sainteté
du prêtre aux yeux des fidèles ; mais c’est
la dés appropriation qui rend le prêtre disponible,
docile, doux et humble, organe vivant du Christ agissant par
lui, comme il agissait par François pour la gloire de
Dieu et le salut des âmes.
Si
le simple fait d’être tertiaire attirera au prêtre
les sympathies et le dévouement de ses frères
et de ses sœurs du Tiers-Ordre. Personne ne supposera c’est
pourquoi nous en avons traité en second lieu que la simple
profession de la Règle apportera au prêtre la plénitude
de ce double Trésor ; consécration et de discipline.
Mais elle en insinuera en lui en lui la réalité
en attenant la réalisation, elle lui fera de plus comprendre
par sa propre expérience quel appoint pour l’apostolat
laïc lui donneront ses paroissiens tertiaires comme lui.
|
Conclusion |
Notre
conclusion sera brève ;
La
règle du Tiers-Ordre, apportant à la sanctification
du prêtre son double élément de consécration
et de discipline sera pour lui le moyen facile efficace de transformer
sa dévotion instinctive en saint François, en
imitation, qui fera de lui, comme de don modèle : un
autre Christ vivant et agissant.
|
Les
textes sacerdotaux du Saint |
Pour
ne pas alourdir par de trop longues citations le rapide exposé
d’idées et de faits qui forme cette brochure, sans
cependant priver nos lecteurs de textes d’une grande valeur
d’édification, nous avons jugé opportun
de reporter et grouper en appendice les passages omis des écrits
où le Séraphiques Patriarche a lui-même
présenté sa doctrine eucharistique, assuré
que leur lecture et méditation accroître en même
temps la confiance admiration des âmes envers saint François
et leur dévotion envers le sacerdoce et le sacrement.
Les
références renvoient aux pages de l’excellente
édition des Écrits du Poverello, fait par l’Abbé
Bayart, sous le titre Saint François vous écrit
( aux Éditions Franciscaines).
|
Le
Corps du Christ :
Objet, fondement et critère de notre foi |
Le
Seigneur Jésus a dit à se disciples ; Je suis la
voie, la vérité et la vie. Nul ne vient au Père
que par moi. Si vous me connaissiez, vous connaîtrez aussi
mon Père ; et vous le connaîtrez bientôt, et
vous l’avez déjà vue, Philippe lui dit : Seigneur,
montrez-nous le Père, et cela nous suffit. Jésus
lui dit : Il y a si longtemps que je suis avec vous et vous ne
m’avez pas encore connu! Philippe, qui me voit, voit aussi
mon Père . ( Jean,14,6-9.)
Le
Père habite une lumière inaccessible, (1 Tim.6,16.)
Dieu est esprit. (Jean, 4, 24.) Personne n’a jamais vu
Dieu. (Jean,1,18.) Puisque Dieu est esprit, il ne peut se voir
que par l’esprit. En effet, c’est l’esprit
qui fait vivre, la chair ne sert de rien.( Jean,6,64.)
Il
en est ainsi du Fils : en tant qu’il est égal au
Père, personne ne peut le voir autrement qu’on
ne voit le Père, autrement qu’on ne voit le Saint-Esprit.
Aussi tous ceux qui on vu Notre-Seigneur Jésus-Christ
comme voient les hommes s’ils n’ont pas cru selon
l’esprit et selon Dieu qu’il était le vrai
Fils de Dieu, ont été condamnés. Maintenant
encore tous ceux qui voient le sacrement du Corps du Christ,
consacré sur l’autel par la main du prêtre
en vertu des paroles du Seigneur sous la forme du pain et du
vin, s’ils ne voient, s’ils ne croient selon l’esprit
se selon Dieu, que c’est là vraiment le Corps et
le Sang très saints de Notre-Seigneur Jésus-Christ,
ils sont condamnés, car vous avons le témoignage
du Très-Haut, qui lui-même nous a dit : Ceci est
mon Corps, ceci est le sang du nouveau Testament. Et encore
: Celui qui mange ma chair et boit mon sang à la vie
éternelle. ( Jean, 6,55.)
C’est
donc l’Esprit du Seigneur, habitant en ses fidèles,
qui revoit le corps et le Sang très saint du Seigneur.
Tous les autres, qui n’ont pas, cet esprit, s’ils
osent recevoir le sacrement, mangent et boivent leur condamnation.
( 1 Cor.11,29.)
Aurez-vous
donc toujours le cœur insensibles ? ( Ps.4,3.) Pourquoi
ne pas reconnaître la vérité, ne pas croire
au Fils de Dieu ? Voici que chaque jour il s’abaisse,
comme lorsque de son trône royal il descendit dans le
sein de la Vierge. Chaque jour il vient à nous et nous
apparaît dans l’humilité.
Chaque jour il descend du sein du Père sur l’autel
entre les mains du prêtre. Comme il apparut aux saints
Apôtres avec sa chair véritable, ainsi se montre-t-il
à nous maintenant dans le pain consacré. Les Apôtres,
quand ils le regardaient avec leur regard de chair, ne voyaient
que sa chair ; mais ils croyaient qu’il était Dieu,
lorsqu’ils le contemplent avec les yeux de l’esprit.
Nous aussi, quand de nos yeux de chair nous voyons le pain et
le vin, sachons voir et croire fermement que nous avons là
le Corps et le Sang très saints, vivants et vrais.
C’est
ainsi que le Seigneur est toujours avec ses disciples, comme
lui-même l’a dit : voici que je suis avec vous jusqu’à
la fin du monde. ( Math. 28,20.) ( Admonitions.1.p.89.).
|
1-Le
respect dû aux clercs par les fidèles |
Bienheureux
le serviteur de Dieu qui porte foi en les clercs qui vivent
droitement selon la règle de la sainte Église
romaine.
Malheur
à ceux qui les méprisent ; car quand ils seraient
pécheurs, nul cependant ne doit les jurer, parce que
ce que Seigneur se réserve de les juger lui-même.
Car
autant leur ministère sur passe tous les autres, puisqu’ils
sont les ministres du très saint Corps et du très
Saint Sang de Notre-Seigneur Jésus-Christ, qu’ils
reçoivent et que seuls ils donnent aux autres ; autant
la faute que l’on commet en péchant contre eux
surpasse celles qu l’on commettrait en péchant
contre tous les autres hommes de ce monde. ( Admonitions XXVI,pp.22
et 51.)
|
2-L’Exemple
personnel du Père séraphique |
…
Le Seigneur me donna une telle foi en les église que,
simplement , je priais en ces termes : «Nous vous adorons,
Seigneur Jésus-Christ, ici et vers tous vos église
qui sont dans le mode entier`et nous vous bénissons,
par ce que par votre sainte croix vous avez racheté le
monde.»
Ensuite le Seigneur m’a donné et me donne encore
une si grande foi en les prêtres qui vivent selon la forme
de sa sainte Église romaine, à cause de leur ordre,
que même s’ils me faisaient persécution,
je vue savoir recours à eux. Si j’avais autant
de sagesse qu’en eut Salomon, et que je trouvais des pauvres
petits prêtes de ce monde, dans les paroisses où
ils demeurent, je ne veux pas prêcher sans leur consentement.
Eux et tous les autres, je veux les craindre, les aimer et les
honorer comme mes seigneurs. Je ne veux as considérer
en eux le péché ; car c’est le Fils de Dieu
que se distingue en eux et ils sont mes seigneurs. J’agis
de cette sorte, par que je ne vois rien corporellement, en ce
monde, du très haut Fils de Dieu, si ce n’est son
seuls ils administrent aux autres. Or ces très saints
mystères, je veux que par-dessus tout ils soient honorés,
vénérés et placés en des endroits
précieux. Les très saints noms et ses paroles
écrites, partout lui je les trouverais en des endroits
illicites, je veux le recueillir et je prie qu’on les
recueille, pour les placer en un endroit décent. Tous
les théologiens, et ceux qui administrent les très
saints paroles divines, nous devons les honorer et les vénérer,
comme étant ceux qui nous administrent l’esprit
et la vie
( De Testament, p.139.)
|
Un
programme de vie eucharistique :
base doctrinale et applications quotidiennes |
A
tous les chrétiens, religieux, clerc et laïques,
hommes et femmes ; à tous ceux qui habitent dans le monde
entier ; le frère François, leur serviteur et
leur sujet ; hommage et respect, vraie paix du ciel et sincère
charité dans le Seigneur.
Puisque je suis le serviteur de tous, je suis tenu de mettre
au service de tous, et de distribuer à tous les paroles
odoriférantes de mon Seigneur. C’est pourquoi,
considérant en moi-même que je ne puis, à
cause de l’infirmité et de la faiblesse de mon
corps, vous visiter tous en particulier, je me suis proposée
de vous adresse la présente lettre, pour vous rapporter
les parles de Notre-Seigneur Jésus-Christ, qui est la
Parole du Père, et les parles du Saint-Esprit, qui sont
esprit et vie.
Ce Verbe du Père, si digne, si saint et glorieux, le
Père très haut en annonça la venue, par
son saint archange Gabriel, à la sainte et glorieuse
Vierge Marie, du sein la quelle le Verbe reçut la chair
de notre humanité et de notre fragilité. Lui qui
était riche plus que tout ( 2 cor.8,0), il voulut cependant,
ainsi que sa très bienheureuse Mère, élire
la pauvreté.
Proche de sa passion, il célébra la pâque
avec ses disciples. Alors, prenant le pain, il rendit grâces,
le bénit et le rompit, disant ; «Prenez et manges.
Ceci est mon corps.» Et prenant le calice, il dit : «
Ceci est mon sang, celui du nouveau Testament, qui pour vous
et pour beaucoup sera répandu en rémission des
péchés.» Ensuite, il pria son Père,
en disant : «Père, si faire se peut, que ce calice
s’éloigne de moi.» (Matth. 26,39.)
Et lui vint une sueur comme de gouttes de sang coulant jusqu’à
terre. (Luc, 22, 44.) Cependant il mit sa volonté dans
celle de son Père, en disant : «Père, que
se fasse votre volonté, non comme je veux, mais comme
vous voulez.» (Matth. 26,42 et 39) Or de ce Père
la volonté fut que son Fils béni et glorieux,
qu’il nous a donnée et qui né pour nous,
s’offrit lui-même, par son propre sang, en sacrifice
t en victime sur l’autel de la Croix ; non pour lui-même,
par qui tous choses ont été faites ( Jean, 1,3
) ; mais pour nos péchés ; nous laissant un exemple
pour que nous suivions ses traces ( 1 Pierre 2,21,) Il veut
que tous nos soyons sauvés par lui, et que nous le recevions
d’un cœur pur et dans un corps chaste. Mai sil en
est peu qui veuillent le recevoir et être sauvés
par lui, bien que son joug soit suave, et son fardeau léger.
(Matth. 21,30.)
Ceux qui ne veulent pas goûter combien le Seigneur est
suave (Ps. 33.8) et qui aiment les ténèbres plus
que la lumière (Jean, 3v9) refusant d’accomplir
les commandements de Dieu, sont maudits : c’est d’eux
qu’il est dit par le Prophète : Maudits ceux qui
s’écartent de tes commandements (Ps. 118,21). Mais
oh ! qu’ils sont bienheureux et bénis ceux qui
aiment le Seigneur et font ce qu’il dit lui-même
ans l’Évangile : tu aimeras le Seigneur ton Dieu
de tout ton cœur et de toute ton âme, et ton prochain
comme toi-même, (Matth, 22, 37 et 38.) Aimons donc Dieu
et adorons-le d’un cœur pur et d’une âme
pure : car c’est là ce que lui-même cherche
par-dessus tout, quand il dit : les vrais adorateurs adoreront
le Père en esprit et en vérité ; car tous
ceux qui l’adorent, doivent l‘adorer en esprit de
vérité (Jean, 4,23 et 24) Disons-lui des louanges
et des prières, jour et nuit, en disant ; Notre Père
qui êtes aux cieux. Car il nous fait toujours prier et
ne cesser jamais. (Luc, 18,1)
Nous devons en conséquence confesser au prêtre
tous nos péchés et recevoir de lui le corps et
le Sang de Notre-Seigneur Jésus-Christ. Celui qui ne
mange pas sa Chair et ne boit pas son Sang ne peut entrer dans
le royaume de Dieu. Ma s’il faut manger et boire dignement,
parce que celui qui le reçoit indignement, manger et
boit sa condamnation, ne discernant pas le Corps du Seigneur
( 1 Cor, 11,20). C’est -à-dire ne le distinguant
pas des autres nourritures.
Faisons en outre de dignes fruits de pénitence ( Luc,
3,8.) Puis, aimons notre prochain comme nous-même. Et
si quelqu’un en veut pas ou ne peut pas aimer les autres
comme soi-même, qu’au mois i n’aille pas leur
faire de mal, mais qu’il leur fasse du bien.
Quant à ceux qui ont reçu le pouvoir de juger
autrui, qu’ils exercent leur charge avec miséricorde,
selon qu’ils veulent eux-mêmes obtenir miséricorde
du Seigneur, car jugement sans miséricorde sera prononcé
contre celui qui n’a pas fait miséricorde. (Jac.
2,13) ayons donc charité et humilité ; faisons
des aumônes, car elles lavent les âmes des souillures
de leurs péchés. (Top,4,11) car les hommes perdent
tous les biens qu’ils doivent laisser à la sortie
de ce monde ; cependant ils emportent avec eux le fruit de leur
charité et les aumônes qu’ils ont faits :
ils en recevront de Dieu la récompense et la digne rémunération.
Nous devons aussi jeûner, nous abstenir des vices et péchés
et de l’excès du manger et du boire, et être
catholiques. Nous devons aussi visiter fréquemment les
églises et révérer les clercs ; non seulement
à cause d’eux, car ils peuvent être pécheurs,
mais parce qu’ils ont l’office et l’administration
du Corps et du Sang très saints de Notre Seigneur Jésus-Christ,
qu’ils sacrifièrent sur l’autel, qu’ils
reçoivent et qu’ils administrent au autres. Sachons
tous fermement que nul ne peut être sauvé par le
sang de Notre-Seigneur Jésus-Christ et par les saintes
paroles du Sauveur, que les clercs disent, annoncent et administrent
; eux seuls doivent les administrent ; eux seuls doivent les
administrer, et non d’autres.
Spécialement,
les religieux, qui ont renoncé au monde, sont tenus de
faire plus et mieux ; mais sans omettre le reste . (Luc, 11,42.)
Nous devons avoir en haine nos corps, avec les vices et péchés,
parce que le Seigneur dit dans l’Évangile : tous
les vices et péchés sortent du cœur. (Matth.15,
18 et 19.) Nous devons aimer nos ennemis et faire du bien à
ceux qui nous haïssent. (Lus, 6, 27.) Nous devons observer
les préceptes et les conseils de Notre-Seigneur Jésus-Christ.
Nous devons nous renoncer à nous-mêmes et placer
nos coups sous le joug de la servitude et de la sainte obéissance,
selon ce que chacun a promis au Seigneur. Et nul homme n’es
tenue par obéissance d’obéir à n’importe
qui, la où se commet quelque péché ou délit.
Celui à qui l’obéissance est confiée
et qui est regardé comme grand, qu’il soit comme
petit (Luc, 22, 26), et serviteur des autres frères;
à chacun de ses frères en particulier il doit
faire et garder la miséricorde qu’il voudrait qu’on
lui fît, s’il était en un cas semblable.
Devant la faute d’un autre, il ne s’irritera pas
contre en frère ; mais en toute patience et humilité,
il l’avertira et le supportera avec bonté.
Nous ne devons pas être sages selon la chair (1 Cor. 1,
26), ni prudents ; mais nous devons plutôt être
simples humbles et purs. Ayons nos corps en opprobre et mépris,
parce que tous, par notre faute, nous sommes malheureux et putride,
fétides et vers, comme le dit le Seigneur par le Prophète
; Je suis un ver et non un homme ; l’opprobre des hommes
et le rebut du peuple. (Ps, 21, 6.) Jamais nous ne devons désirer
d’être au-dessus des autres ; mais nous devons plutôt
être serviteurs et soumis à toute créature
à cause de Dieu. (1 Pierre,2, 13.) Tous ceux qui agiront
ainsi et persévéreront jusqu’à la
fin. l’Esprit du Seigneur reposera sur eux (Is, 11,21),
et fera en eux habitation et demeure (Jean, 14,23), et ils seront
fils du Père Céleste, dont ils font les œuvres
; et ils sont époux, frères et mères de
Notre-Seigneur Jésus-Christ. Nous sommes époux,
quand par l’esprit Saint l’âme fidèle
est conjointe à Jésus-Christ. Nous sommes ses
frères, quand nous faisons la volonté de son Père
qui est dans le ciel (Matth, 12,50.) Nous sommes se mères,
quand nous le portons dans notre cœur et dans notre corps
par l’amour et par une conscience pure et sincère,
et que nous l’enfantons par la pratique du bien, qui doit
luire aux autres comme un exemple.
Oh!
Qu’il est glorieux et saint et grand d’avoir dans
les cieux un Père ! Oh ! qu’il est saint, beau
et aimable d’avoir dans les cieux un Époux ! Oh!
Que c’est chose sainte et chère, reposante et humble,
pacifique et doux et aimable et désirable plus que tout,
d’avoir un tel Frère ; un frère qui a donné
son âme pour ses brebis ( Jean , 10,15 ) ; un frère
qui a prié son Père pour nous, : Père saint,
garde en ton nom eux que tu m’as donnés, Père,
tous ceux que tu m’as donnés en ce monde, étaient
à toi, et tu me les as données. Les paroles que
tu m’as données, je les leur ai données.
Ils les ont reçues et ils ont connue vraiment que je
suis sortie de toi, et ils ont cru que tu m’as envoyé.
Je prie pour eux, non pour le monde : bénis-les et sanctifie-les.
Pour eux je me sacrifie, pur qu’ils soient consacrés
en une seule chose, comme nous, Et je veux, Père, qu’ils
soient avec moi où je suis, pour qu’ils voient
ma splendeur dans ton royaume, (Jean, 17, 6-24.)
Parce qu’il a tant souffert pour nous, et qu’il
nous a conféré et nous conférera dans l’Avenir
tant de biens, que toue créature qui est dans le ciel
et sur la terre, dans la mer et dans les abîmes, rende
à Dieu louange, gloire, honneur et bénédictin
(Apoc. 5, 13) ; car celui-là est notre vertu et notre
force, qui en le seul bon, le seul glorieux et saint, louable
et béni dans le siècles infinis des siècles.
Amen.
Or, tous ceux qui ne sont pas en pénitence et ne reçoivent
pas le Corps et Sang de Notre-Seigneur Jésus-Christ ;
mais s’adonnent aux vices et aux péchés
; marchent après la concupiscence mauvaise et les désirs,
mauvais ; n’observent pas ce qu’ils sont promis
; sont esclaves, corporellement, du monde, des désirs
charnels, des soucis et des sollicitudes de ce siècle
; sont esclaves, spirituellement, du diable qui les trompes,
dont ils sont les fils, dont ils font les œuvres ; tous
ceux-là sont des aveugles, car ils ne voient pas la vraie
lumière Notre-Seigneur Jésus-Christ, Ils n’ont
pas la sagesse spirituelle, car ils n’ont pas en eux,
le Fils de Dieu, qui est la vraie Sagesse du Père. C’est
d’eux qu’il est dit : leur sagesse a été
dévorée du Père. C’est d’eux
qu’il est dit : leur sagesse a été dévorée,
(Ps. 106, 27.) Ils voient, ils connaissent, ils savent, ils
font le mal, sciemment ils perdent leurs âmes. Voyez,
ô aveugles déçus par vos ennemis qui sont
la chair, le monde et le diable, qu’il est doux pour le
corps de faire le péché, qu’il est amer
de servir Dieu, car tous vives et péchés sortent
et procèdent du cœur de l’homme, comme il
est dit dans l’Évangile, (Matt, 15, 19) Au nom
du Père et du Fils et du Saint- Esprit. Amen
Tous ceux à qui cette lettre parviendra, moi frère
François le mineur, votre serviteur, je vous prie, et
vous supplie dans l’amour qu’est Dieu, et avec la
volonté de vous baiser les pieds ; de recevoir avec humilité
et charité, d’accomplir volontiers et d’observer
parfaitement ces paroles odoriférantes de Notre-Seigneur
Jésus-Christ. Ceux qui ne savent pas lire, qu’ils
se les fassent lire souvent et les gardent avec eux en | |