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Après avoir bien spécifié que «la manière de vivre» du Tertiaire, toute imprégnée de «l’esprit» du Père, copiste du Christ évangélique, était marquée par un «cadre de vie communautaire» : la Fraternité, et un «esprit communautaire», lien des frères et sœurs entre eux, malgré leur dispersion au milieu du monde, abordons les prescriptions mêmes de la Règle.
Il est clair maintenant, qu’elles n’ont de sens et de valeur, que dans la mesure où elles mettent en activité «l’esprit» animateur de l’âme franciscaine.
Elles sont seulement «moyens» et doivent être utilisées uniquement comme tels.
Ces prescriptions atteignent le Profès librement puisqu’il s’est engagé librement.
a) dans sa vie individuelle extériorité et intérieure :
b) dans sa vie familiale humaine (à la maison, chez lui) et spirituelle (en Fraternité)
c) dans sa vie sociale en tant que témoin de charité, et diffuseur d’esprit évangélique.
Notre vie, dans le concret, part de nous et c’est notre être individuel que nos retrouvons chaque jour à notre réveil. C’est lui qu’il faut façonner, travailler, modeler, pour qu’il puisse choisir entre les éléments de vie qui l’entourent et qui le sollicitent, seulement ceux-là qui peuvent l’épanouir à l’humain et au spirituel. Il doit en effet rejeter les autres, malgré leurs attirances immédiates et enjoleuses mais rétrécissantes et descendants.
Pour établir ce choix, pour l’aider, la Règle l’Ordre a prévu pour la vie individuelle du Tertiaire quelques directives l’atteignant et dans son corps et dans son âme.
L’homme est une «âme incarnée» a dit quelqu’un et un «corps animé».
Une Règle d’Ordre religieux ne peut faire abstraction de cette réalité. L’interférence du physique sur la moral, du corps sur l’âme n’est plus à prouver. Tous les jours nous subissons cette loi et il est impossible de spécifier la ligne de rencontre des deux éléments, ils sont unis et mélangées sans séparation réelle ; perpétuellement ils influent l’un sur l’autre. Simplement, il est bon de préciser leur hiérarchie : le corps est moins que l’âme et donc lui est soumis ; l’âme est le moteur du corps. Pas d’ignorance l’un à l’égard de l’autre; pas de lutte entre eux, mais harmonie et aide mutuelle.
La Règle envisage d’abord tout ce qui concerne le corps et il est évident que c’est pour le maintenir, le former et le disposer à être un «serviteur» de l’âmes. Saint François avait tellement réussi à former son frères «âne» et à le rendre docile aux mouvements et aux désirs montant de son âme !…
Le corps doit être habillé et logé, se reposer, se nourrir, pour être une bon serviteur.
Les trois premiers paragraphes du deuxième chapitre vont indiquer au Tertiaire, comment répondre à ces trois nécessités pour maintenir son être physique en état de service envers l’esprit.
a) Habillement et logement
Dans la Règle de 1289 approuvée par Nicolas IV, il y atout un chapitre sur l’habillement, le troisième, reproduisant à peu près le premier de la Règle de 1221.
Léon XIII, a réduit ce chapitre au paragraphe suivant dans le Règle de 1883 :
«Les membres du Tiers-Ordre s’abstiendront dans leur extérieur et leur habillement, de ce qui ressent le luxe et l’élégance mondaine ; ils observeront les règles de la modération qui convient à la condition de chacun».
Nous pourrions épiloguer longuement sur ce texte, et nous étendre sur de nombreux détails.
Mais, la plupart du temps, tout cela énerve les personnes décidées, à trouver surtout dans le Tiers-Ordre un idéal, une route sûre vers le Christ. Les hésitants et scrupuleux s’y perdent. Les médiocres et les sceptiques s’en amusent gênés ou dédaigneux.
On se doute bien d’ailleurs, que pour entrer dans un Ordre religieux, il faille accepter pour l’habillement et le train de vie une norme de juste milieu. Il est également nécessaire que la Règle y fasse allusion et prescrive des limites capables, sans mesquineries, de maintenir un état d’âme en dehors et au-dessus du matériel.
Ce qu’il faut éviter en étudiant ces prescriptions, c’est de s’y appesantir outre-mesure ; c’est de leur donner une proportion telle, que les lois plus importantes, plus orientées vers l’âme, y disparaissent comme une fleur au milieu des broussailles ; c’est d’oublier que le Fondateur n’a voulu cette loi qu’en fonction du Christ à qui, en définitive, elle doit conduire.
Demandons à François le pourquoi de ce point de Règle sur le train de vie et l’habillement.
La réponse est simple : c’est que pour lui l’homme, le chrétien surtout, « vaut non par ce qu’il a, mais par ce qu’il est ». Et dès le début, ce Maître, spécialiste dans l’appréciation des valeurs, a montré à son disciple que ce que l’on possède ne doit pas être une obstacle à devenir ce qu’il faut que l’on soit. Tout le grand moyen franciscain de la Pauvreté est là.
À la lumière de ce principe, voyons rapidement le sens immédiat, puis le sens spirituel de ce paragraphe de la Règle.
Celle-ci poursuit le chrétien qui veut y trouver moyen de perfection, jusque ans les détails de sa vie matérielle.
Comme nos goûts naturels nous inclinent vers le luxe, a parure, la toilette, elle nous impose, jusque là, cette modération qu n’est autre que la simplicité tant recommandée par le Apôtres aux chrétiens de leur temps.
Le goût du luxe, le désir de paraître, le désir de jouir, sont instinctifs à la nature humaine blessée par le péché; il est nécessaire que le Tertiaires gouvernement et dominent en eux ces entraînements.
Il est impossible d’allier avec l’Amour de Dieu, la pratique de la pauvreté et de l’humilité franciscaines, quand il y a recherche prononcée de vanité dans la toilette, l’ameublement et l’ensemble de la vie.
Nous pouvons suivre les modes, mais sans exagération et chacun selon condition, son âge. Ce qui importe, c’est de ne pas se singulariser dans un sens ni dans l’autre et de donner l’exemple de la simplicité et de la modestie.
Faisons pénétrer l’esprit de pénitence et de sacrifice en supprimant quelques raffinement de coquetterie, ou en restant un peu en deçà de nos possibilités dans l’élégance et le prix d’une toilette ou d’un objet d’ameublement, et nos maintiendrons l’Esprit de liberté spirituelle qui doit nous guider.
Au spirituel, cette question d’habillement et de logement, dans la mesure où on a su les réduires à un moyen de vire un esprit, se transpose jusqu’au delà de l’humain, jusqu’au surnaturel.
Si je pense que je suis «l’habitat du Seigneur» et une mon entrée dans l’Ordre n’est que pour m’en faire prendre conscience davantage, toutes les conclusions d’une mystique solde et centrée sur une Présence celle du Christ en moi et chez moi, sont permise.
Dans l’Évangile le Christ m’affirme à deux reprises que je le contiens si je suis vraiment disciple : «Celui qui fait ma volonté j’établies en lui ma demeure». «Qui mange ma chair et boit mon sang, demeure en moi et moi en lui.» ( Jo. VI)
Saint Paul confirme en précisant, que nos sommes «temples de l’Esprit-Saint et de la divinité »
Léonide, en rentrant de son labeur, le soir, découvrait la poitrine dé son enfant, la baisait avec amour, et se mettait à genoux devant la Présence réelle de Dieu dans l’être de son fils.
Avec la même foi, la question du vêtement de mon corps est simple : beauté, même coquetterie naturelle toujours dans la décence, pour Lui présent en moi, m’habituer à voir en mon propre corps, comme un «surcroît d’humanité» pour le Corps du Christ. Toutes inspirations d’ordre sanctifiant sont dès lors utilisables.
Pour les uns la grâce de la Présence, demandera, par suite de situation, de vocation, d’action, d’Influence, d’avoir un habillement élégant dans la décence et la beauté.
Pour d’autres, un habilement toujours dans la ligne de l’époque que nous traversons, mais plus calqué sur la pauvreté matérielle du Christ, sur la simplicité qui mélange à tous et qui permette de mettre «le cours plus près des uns des autres», dans la compréhension et la charité active.
Si l’habillement et l’habitat extérieur a des limites pour les chrétiens consacrées par la Profession c’est pour permettre un tabernacle et un vêtement d’âme, j’allais dire une coquetterie et une luxe d’âme plus prononcés.
Pour l’habitation, en effet, toutes sortes de degrés peuvent être envisagés aussi, en raison de la situation de vie dans laquelle je puis me trouver : seul ou en communauté familiale.
Seul, je puis m’imposer ce que je n’ai pas le droit de demander à d’autres. Mais, en famille, je ne pus le faire qu’en respectant l’harmonie du foyer et son épanouissement réel.
Le Christ-Jésus a vécu à Nazareth, Bethléem, Capharnaüm, mais il a fréquenté aussi la villa de son ami Lazare. On lui a reproché d’aller chez les riches et chez les pauvres.
Des Tertiaires rigides, figés à la lettre, reprocheront à leurs frères et sœurs, tantôt leur bien-être, tantôt leur pauvreté.
Pas de loi absolue. Que chacun pense à la Présence en jeu et dans son propre corps et dans celui des autres, à la Présence aime dans sa mansarde, ou dans sa belle propriété. Qu’il mette tout en accord et dans son être physique et dans sa demeure avec cet hôte intime et tout ira bien.
En consultant saint François et un Directeur de conscience à l’âme franciscaine, les erreurs seront évitées et la charité en bonne marche.
N’oublions pas que tout ceci converge vers la copie du Christ évangélique à la manière de François d’Assise.
Relisons l’oraison de la vêture :
« Seigneur Jésus-Christ, vous avez daigné vous revêtir de notre chaire mortelle, et dans la crèche être enveloppé de langes… Voici cet habit que le bienheureux François, ses compagnons et compagnes d’armes dans le Tiers-Ordre, comme un insigne de pénitence, et comme une armure résistante contre le monde, la chair et le démon; daignez le bénir et le sanctifier. Puisse votre serviteur ou votre servante, en le prenant avec dévotion se revêtir de vous…»
Nos avons là, l’esprit de sa prescription que nous venons d’étudier, l’esprit qui féconde la lettre.
François s’est habillé du Christ. La Règle ne veut pas donner moins à son disciple
b) Délassements et loisirs
Il n’est pas nécessaire auprès des disciples de François d’Assise, de faire l’apologie de la joie.
La «joie franciscaine» est devenue proverbiale.
Le Poverello était porte par nature à cette qualité ou à cette vertu, comme on voudra.
Il a commencé par un mélange de joies factices et de joies saines, celles-ci rarement élevées au-dessus de l’humaine. Il a bu ce mélange à pleines coupes, s’en et grisé, remplie, jusqu’au jour où, tout à coup, il se trouve devant un vide affreux.
Une sorte d’abîme sans fin, le happe. Tout est noir, sans vibration, sans un seul rais de lumière ; même la belle nature chante aux à se boucher les oreilles et à faire la grimace.
Oh! Sans doute, avant cette épreuve, la plus pénible de sa jeunesse humaine, il était passé comme nous par ce spleen, cette morosité, ce vague à l’âme qui nous enveloppes à certains jours d’un brouillard impénétrable.
Mais sa nature fougueuse, un instant décontenancée, avait vite fait, dans ses fêtes nouvelles, de «remonter» le ressort. Et, la folle jeunesse repartait enquête de nouvelles aventures.
Sans tant d’extravagances, n’arrivons-nous pas, nous aussi, à «dépasser» le nuage…
Mais, cette fois, rien… Est-ce lui qui ne voit plus, ou est-ce la vie autour de lui que ne sait plus chanter ? Il reste inerte, plus malade de ce vide que de toutes la fièvre qui vient d’anémier son corps pendants plusieurs mois et de le rendre exsangue et méconnaissable.
Jusque dans sa bouche l’amertume de son âme l’écœure. Le monde se ferme. Le «vertige du noir» l’envahit.
Lorsqu’il se réveille, de l’autre côté de ce mur de ténèbres, il se remet à chanter. Il n’a pas perdu sa joie, ni sa voix, ni ses élans poétiques, ne même ses transports amoureux, mais ce n’est plus comme auparavant. Tout est nouveau, tout est simple, vrai, beau… Autrefois, ça ne devait pas l’être.
Et François , fou d’un autre amour, le crie partout, le chante et le fait chanter.
Il y a eu transposition. Avant, il était à tout, en tout, partout. Maintenant, ce n’est plus lui du tout, c’est un autre dans lequel il s’est perdu, il se perd encore, de plus en plus, pour s’extasier avec lui, pleure, jouir, pâtir ou se pâmer avec lui.
Et François souhait l’épreuve qui l’a conduit là, à tous ceux qui veulent le suivre : «Il n’y a pas plus grande grâce que celle de se vaincre soi-même». affirme-t-il.
Se laisser transposer des ténèbres jusqu’à la Lumière. On croyait voir, on croyait être joyeux, ce n’était pas réel. La joie, la vraie, est de l’autre côté de celle que nous avez maintenant. Demandez au Seigneur de tomber dans le vide humain, vous vous réveillez dans la plénitude du Christ.
Tout ce préambule pour parler de quelques points de règle bien ennuyeux !
Et oui, ami lecteur, continuons de demander à François ce qu’il nous veut au juste.
Ce texte un peu rigide, si on le regarde avec nos yeux à nous, s’éclaire lorsque nous le voyons avec ses yeux à lui et je suis persuadé que vous vous y laisserez prendre.
En effet, la Règle semble bien indiscrète dans ses prescriptions de contrôle, jusqu’à nos délassements et nos loisirs.
Ceux qui n’auraient pas encore rencontré la maison, ceux qui en lisse pour la première fois l’enseigne avec l’intention d’y enter, même parfois ceux qui sont dedans, sont souvent réfrigérés. Les premiers, facilement, font demi-tour ; les seconds, sont tiraillés d’hésitations nouvelles; les troisièmes, ne réussissent qu’à augmenter le nombre de leurs cas de consciences.
L’épouvantail de loisirs et de joies surveillés, arrête, décourage, fait hausser les épaules .- «C’est regrettable, mais vraiment saint François nous était apparu plus gai, plus exubérant. Ici c’est étroit, il y a des barrières, des limites. A notre époque il faut pourtant tout avoir, tout éprouver…. C’est vieux jeux… au revoir»
Les malheureux ! Ils regardent la façade du logement, ils oublient de gai chanteur qui l’habite et les secrets de sa joie et de ses épanouissements.
C’est que là, comme partout, la lettre tue, seul l’esprit vivifie.
Pour nous, en recommençant notre visite si nous l’avons déjà faire, ou en entrant dans la maison pour la première fois, prenons bien la main du guide et François va tout nous révéler.
Le texte de la Règle est là. Lisons-le tel qu’il sonne.
« les membres du Tiers-Ordre devront fuir avec la plus grande vigilance les danses, et spectacles dangereux et les repas licencieux .» Chan.II.par.2)
« Ils observeront la frugalité dans le boire et dans le manger. » Chap. II. par.3).
« Ils ne laisseront pas entrer chez eux les livres et journaux qui peuvent porter atteinte à la vertu et ils en interdiront la lecture à leurs subordonnés. » Chap. II, par.8).
« ils éviteront les paroles bouffonnes et déshonnêtes. » Chap. II. par.10)
En toute loyauté, qu’y a-t-il de si compliqué?
Pour gens sincères, c’est du christianisme équilibré. On sait bien qu’il est prudent de ne pas s’arrêter à toutes les devantures dans une rue, si on veut arriver à l’heure au rendez-vous.
Parmi les vierges de l’Évangile, il y avait des sages et des folles. Elles allaient toutes ensemble aux noces et aux réjouissances, qui les accompagnaient. Mais, précisément, il n’y eut que les sages à participer à cette grande joie. Les folles s’étaient attardées à des bavardages, ou à des « muguetteries » et en oublièrent les vrais moyens d’arriver à temps.
Il ne s’agit pas ici, de reprendre l’inévitable procès sur la valeur des bals, des réjouissances et des lectures, et c…etc….
La vraie question est de savoir si on est pressé ou pas de rencontrer le Christ.
Il ne s’agit pas de déterminer ce qui est permis ou défendu dans la poursuite du plaisir et de la joie. Il ne s’agit surtout pas de discuter si on a le droit d’être joyeux.
Le problème est tout autre et ses données sont celles-ci :
1- Qu’est-ce que la joie ?
2- Est-ce que le plaisir donne la joie ?
3- Le Tiers-Ordre n’est –il pas une route directe vers la grande joie, alors que les autres routes proposées, ne seraient que des chemins détournées vers les petits plaisirs ?
Question d’appréciation , me direz-vous ?
2- Il reste que le terme « joie franciscaine » est consacré par la langage, il est parfois dans le dictionnaire. Qu’on ne peut pas parler de saint François ans parler de joie en même temps, Qu’à l’occasion, la littérature elle-même dans son genre le plus couru, le roman, s’en empare, comme dans «Les lettres à mon cousin,» de Marus Gonin; dans «l’homme de l’offrande», d’Yvonne Estienne; de même que la poésie avec Chancerel, ou l’hagiographie avec « Soleil d’Assise », d’Yvonne Romain, sans parler de l’art, de la musique, du théâtre, etc…
Chesterton dans sa vie si curieuse du Saint d’Assise, va jusqu’à prétendre que le Tiers-Ordre se définit par la joie : «C’est, dit-il un Ordre institué pour aider les personnes ordinaires, à réaliser des choses ordinaires avec une extraordinaire allégresse».
Tout le débat est là au fait.
Il y a une joie qui conduit au Christ et une autre qui en détourne.
Alors, c’est clair ! ai-je rendez-vous chez lui, oui chez un autre ?
Si c’est ailleurs, c’est-à-dire chez cet autre, excusez-moi ,je ne suis pas compétent, sauf pour vous vivre, après confidences, que l’enseigne est trompeuse.
Si c’est chez lui, je vous assure que le Tiers-Ordre, bien compris, engendre des tempéraments joyeux, chantants, heureux et au dedans et au dehors.
Question de rendez-vous, encore est-il qu’il fallait s’en rendre compte.
À la lumière de ces précisions, tout est simple.
Bals, spectacles, repas avec compagnies et mets plus ou mois recherchés, lectures, conversations et plaisanteries, sont permis dans la mesure où ils conduisent vraiment vers ou chez le Christ.
Ils sont défendus à partir du moment où ils arrêtent sur la route, où ils en écartent, où ils en détournent, où ils font «marcher à l’envers».
Saint Paul avait déjà donné la directive : «Tout a été crée pour nous, dit-il, mais nous pour le Christ…»
Conclusion : dans ce qui a été crée pour nous, tout ce qui vient nous aider à aller vers le Christ, est à prendre ; tout ce qui devient un obstacle pour poursuivre le Christ est à laisser à d’autres, à supposer qu’ils y trouvent un moyen pour eux, ou à mettre dans le fossé, car cela devint poids lourds et inutile, Sagesse profonde de la Règle.
Beaucoup prétendent qu’ils n’ont pas besoin de toutes ces limites et qu’ils sauront bien éviter les dangers du plaisir, ils se disent d’ailleurs invulnérables ; «il faut bien expérimenter les dangers pour pourvoir discuter avec ceux qui les courent et leur tendre la main au moment où ils vont sombrer. Si personne n’est là, ne sommes-nous pas responsables de leur perte définitive?»
Ces rasons peuvent avoir une certaine valeur, comme celles qui prétendent moraliser les centres de vices. Elles expriment même une sorte d’angoisse apostolique. Apparemment au moins, tournée vers le Christ.
Disons de suite qu’il est louable de tout tenter pour changer le plaisir en joie réelle.
Mais pour entreprendre ce travail, quelles âmes trompées à blanc dans le feu de la joie crucifiée du Christ, la seul vraie, profonde et durable, ne faut-il pas !
Et si ce ne peuvent être aux des âmes forgées pour cela, ne leur fait-il pas aussi le marteau et l’enclume qui vont permettre de leur donner la «forme» . Ne leur faut-il pas un esprit tout centré sur le Christ est une Règle qui les oblige à y rester fixé, pour qu’en tendant la main à ceux qui tombent dans le gouffre, ce ne soit pas eux qui soient attirés, mais au contraire qui puissent les retenir, par ce que rivés à la Force même qui engendre la joie.
Et, précisément, le Tiers-Ordre est la Règle, ce rivet, ce lien à la Force invincible.
Quant aux autres, rappelons-nous que les plus forts en affirmation sont souvent les plus faibles en vérité.
La loi des cristaux st instructive or monter à ceux qui se prétende invulnérable, qu’ils succomberont au moment où ils d’y attendent le moins.
Dans un liquide rempli de ces corpuscules, mais en quantité supportable, ceux-ci n’apparaissent pas du tout. Ils sont dilués dans ce liquide et identifiés à lui, ils paraissent n’y avoir aucune action. Mais sitôt qu’ils sont en nombre pour le saturer, ils s’agglomèrent sur un pôle central et ils appariassent au point de faire oublier le liquide lui-même.
Spectacles, réjouissances, lectures, plaisanteries, bals sont des cristaux dilué dans la vie humaine.
Séparément, peut-être, ils n’ont pas tellement de force et ne font-ils guère trébucher un tempérament par ailleurs assez solide. Mais, dans un moment de fatigue physique ou morale dans une épreuve pénible à traverser, ces tempéraments affaiblis sont plus vulnérable et l’on voit alors des géants tomber sous la moindre de pression, des chutes morales lamentabled, des divorces, des haines, des crimes dont on se croyait incapables dix ans auparavant. La saturation est arrivée. Si une Règle avait organisée ces vies, la déchéance ne serait jamais venue.
Une petite histoire ! … Une jeune Tertiaire connaissant le Christ et l’aimant efficacement est invitée à un bal par des amies. Pour obéir à sa Règle, elle demande avis au Directeur de sa Fraternité.
- «Bal dangereux», dit la Règle. L’est-il ?
- Je ne sais, répond la demanderesse.
-Alors, ce n’est pas de moi qu’il faut obtenir l’autorisation.
-De qui donc, mon Père ?
- De votre propriétaire
- Je ne saisis pas ? Mon propriétaire, M.Y… mais il se moquait de moi !
- N’avez-vous pas un autre propriétaire ?…
Quelques instant de silence, puis l’enfant se met à réfléchir tout haut.
Ah! Oui,, vous nous avez prêché, en effet, que le Christ est «Roi» c’est-à-dire propriétaire de toute la création et ainsi de ma vie…, « Rédempteur» et il me possède parce qu’il m’a «rachetée»… , «Baptiseur» et il est entré en moi (corps et âme) comme dans «sa maison» .., «Employeur», parce qu’il m’a appelée par ma «Profession» dans le Tiers-Ordre à un emploie particulier… alors, Père, c’est à Lui qu’il faut demander ?
- Oui. S’il vous permet, allez-un, il a plus d’autorité que moi : s’il vous défend, c’est à Lui que vous appartenez..
Perplexe, elle finit par déclarer : «Puisque je ne puis m’assurer de la moralité du bal, je n’irais pas, car je ne sais si je ne devrais pas laisser le «propriétaire» à la porte de la salle de danse et surtout je ne sais si je le retrouverais à la sortie ».
Et elle perdit son petit plaisir pour garder sa grande joie. Heureuse Règle quand elle éclaire ainsi.
Incidemment, je rencontrais un jour un religieux franciscain qui, avant d’entrer dans l’Ordre, dans sa vie de jeune mondain, aimait passionnément le bal et ne s’en privait guère. J’ai pu lui demander ce qu’il en pense en toute sincérité, faisais totalement abstraction de sa vie actuelle. Sa réponse est catégorique : «La Règle du Tiers-Ordre est sage et juste…»
Autre témoignage.
Une jeune Tertiaire, passée de la mort, des plaisirs du monde à la joie de la vie du Christ, se voit autorisés et même encouragée à participer à un repas licencieux, les invités étant ses anciens camarades de folies.
Forte de son expérience nouvelle avec le Seigneur, capable de Le porter avec elle dans ce lieu dangereux, elle y va pour cela.
Poussée à bout par ses commençaux, curieux de trouver la source de la joie nouvelle et toute différente qu’elle leur présente, elle parle avec tant de conviction à ces jeunes tempéraments tout centrés sur eux-même, du Christ devenu son centre unique à elle, qu’elle les empoigne et les trouve vers cette Lumière insoupçonnée.
En résumé, la Règle est là. C’est la route avec ses poteaux indicateurs, ses signaux.
En principe, il ne faut pas la quitter ; en pratique non plus.
Mais laissons toute de même le droit d’une autorisation passagère, contrôlée par l’autorité compétente, pour se jeter à l’eau quand on sait nager pour sauver des naufragés, comme le droit d’interdire de s’y lancer si le résultat était de se noyer avec les autres.
Se délasser, se récréer, c’est nécessaire, c’est une volonté divine.
Mais, comme tout volonté divine, c’est pour procurer au fils de Dieu, que nous sommes, au frère ou à la sœur du Christ que chacun de nous est devenue à son baptême, un moyen d’épanouissement vers eux.
Tout ce qui réalise cela est permis, tout ce qui l’entrave est défendu.
Croyez-moi, ne vous cassez pas la tête à chercher.
Votre Règle l’a fait pour vous.
En elle est par elle, vive notre sœur la joie !
c) La nourriture
Vu du monde, la vie de cloîtres revêt toujours un caractère mystérieux. Surtout dans les esprits formalistes et chez les Chrétiens de surface.
On s’imagine la vie religieuse remplie d’austérités, de supplices, de régimes alimentaires, vestimentaires de sommeil, bizarre plus ou moins effrayants.
Et avec cette vison tout imaginaire, ou bien on ose moque de ses «pauvres d’esprit» qui en savent pas profiter de la vie, ou son s’extasie dans une admiration horrifiée, accompagnée d’un soupir de reconnaissance vers le Seigneur pour n’avoir pas été prédestiné à l’offrande d’un tel sacrifice.
Cette conception sotte et sans fondement n’est-elle pas parfois le point de départ de vocations manquées et surtout, de la part de parents inconscients, de vocations détournées.
Qu’il y ait une part de pénitences corporelles et alimentaires dans la vie religieuse, c’est tout à fait vrai.
Mais, on en étonnerait beaucoup en leur affirmant que c’et le petit côté de cette belle vie; que c’est celui dont on dispense le plus et le plus facilement, précisément parce qu’il est le moins important ; que dans les communautés même les plus sévères sur ce point, comme les Clarisses, on sait très bien que «qui voudrait trop faire l’ange finirait par faire la bête».
Le péché «d’angélisme» a beaucoup plus cours dans certaines têtes de vieux garçons déroutées ou de bigottes invétérés, que dans les communautés ou le Seigneur est aimé dans la joie.
N’a-t-il dit Lui-même, tout en pratiquant le coucher sur la dure, ou le jeûne des quarante jours du désert, la pénitence de la Passion et de la Croix, ces paroles d’un équilibre profondément humaine au milieu du plus authentique spirituel : «manducate quae apponuntur vobis» , «manger ce qu’on vous présente».
Phrase que saint François a remise dans sa Règle, ce qui lui a permis d’apprécier les bons gâteaux aux amandes de frère Jacqueline !
N’a-t-il pas demandé de se parfumer en jeûnant !…
Ceci dit, pour marquer a passage, en étudiant tout ce qui dans le Règle paraît austère, que le Tiers-Ordre lui-même, tout en restant dans le monde, provoque parfois les mêmes réactions de crainte au d’admiration éliminatrice.
C’est regrettable pour les âmes qui veulent aimer, commode pour celles dont l’humilité fausse se traduit en médiocrité généralisée.
Parce q’on sait que cet Ordre pour personnes du monde est plus ou moins assimilé à la vie ou à l’état religieux, on le criant et il participe à l’éclaboussement de toutes les idées erronées qui hâlent la vie des choisis de Dieu.
Laissons les erreurs d’interprétations d’où qu’elles viennent et regardons ce qui nous intéresse en tant qu’engagées par notre Profession.
Les exposés précédents ont mis en face de réalités heureusement animés d’un esprit : l’habillement et l’habitation, les délassements et les loisirs.
En traitant ces deux points, nous avons fait allusions déjà, bien que d’une façon plutôt négative, aux prescriptions alimentaires de la Règle : «Il faut fuir les repas licencieux, il faut rester sobre et frugal».
Celle-ci cependant va plus loin encore dans son soucie de fournir aux Chrétiens montant vers le Christ des moyens de la suivre et de l’imiter de plus près.
Et elle ajoute :
«Avant et après les repas ils invoqueront Dieu avec piété et reconnaissance» ( Chap. II. Par.3.)
« Ils jeûneront la veille des fêtes de l’Immaculée Conception et du Patriarche saint François et ils auront en outre un grand mérite, si, d’après l’ancienne discipline des Tertiaires, ils jeûnent et vendredi font abstinence le mercredi.» Chap. II. Par.4.)
La sanctification des repas est une coutume chrétienne qui rappelle à l’homme sa supériorité sur l’animal et surtout le sens de toutes la vie physique et spirituelle qu’il a en lui.
«Mon Dieu, bénissez la nourriture que je vais prendre, pour m’entretenir ; à votre service» Magnifique prière, intelligente prière, qui d’un acte animal fait une acte de service et d’amour.
«Je veux, Seigneur, manger pour te servir et te montrer par là, et je t’aime».
On dit que personnaliser une action c’est en prendre pleine conscience et en vouloir toute la responsabilité. Le «Benedicte» fait de l’homme un Chrétien intelligent.
C’est du simple christianisme, me direz-vous.
C’est vrai. Mais combien alors parmi les Chrétien; oublient d’être Chrétien même jusque là et j’en tire gloire pour le Tertiaire de s’engager à toujours l’être sur ce point, pour avoir plus de chance de l’être plus loin.
Ce contact d’amour avec le Christ, pensé trois fois par jour en toute conscience, ne peut qu’être avantageux à la vie spirituelle.
Une rencontre voulue avec le Christ, à ces moments où les forces physiques vont se refaire et où elles peuvent si facilement dévier vers le charnel et le sensuel et sensuel si on ne les a orientés vers le «beau service» du Seigneur, est importante.
Faut-il dire cette prière intérieurement ou extérieurement, avec ou sans signe de croix, au restaurant comme à la maison ?
Je vous en prie, ne réduisions pas la question à cela . S’il fallait descendre dans le détail de chaque cas particulier, s’il fallait tenir compte de trente-six états d’âmes, de conditions, de situations changeantes la l’infinie, je renonce à répondre. Je vous supposer grandes personnes, je vous crois capable de prendre votre nourriture pour aimer notre Christ par vos forces physiques renouvelées et cela me suffit.
Pour le reste, le Règle n’en parle pas, moi non plus.
À chacun de juger sa situation personnelle. Il est certain cependant, qu’il vaut mieux une bonne prière intérieure, qu’une prière extérieure distraite par la routine ou l’angoisse du qu’en dira-t-on.
Il y a «les grâces» après les repas.
Tous et toutes je vous entends vos plaindre : «on les oublie..»
La formule est bien belle pourtant : «Mon Dieu, soyez remercié de la nourriture que nous venons de prendre, faites que nous sachions l’utiliser uniquement pour votre gloire». Heureusement, elle n’est pas tout.
Oubliée ! … et après !… Qu’y a-t-il de perdu ?
Sans doute, il est mieux de la dire, celle-là ou une autre, à condition qu’elle soit pensée elle aussi, Mais si l’oublie est constaté ne nous troublons pas trop.
Réfléchissions quelques secondes, en effet. Votre «benedicite» bien voulu, bien dit, n’est-il pas déjà une action de grâce. Aimer c’est remercier, or, c’est pour cela, avez-vous affirmé au Seigneur que vous mangiez.
Pas de formalisme, pas de scrupule, de l’affection et tout est en ordre.
Il reste que la Règle demande prie;`re avant et après les repas. Si nous y sommes arrivés, tant mieux ; sinon tendons-y.
Je ne blâmerai cependant pas la ruse ingénieuse d'une bonne tertiaire disant un jour dans une retraite, où la plupart constataient avec humiliation leur manquement sur ce point : «Moi, je n’oublie jamais mon action de grâces après les repas».
Comme on lui demandait sa recette, elle affirma en toute simplicité : «Je les dis en même temps que mon benedicite».
L’éclat de rire qui l’accueillit dans sa répartie, ne la décontenança pas et elle se défendit par la logique : «Quand on vous offre un cadeau, attendez-vous une heure avant de dire merci à la personne qui vient de vous l’offrir ? Le Seigneur me donne mon pain quotidien et quand je vois la bonne soupe fumante, je lui dis déjà merci en lui demandant de savoir l’utiliser, quand par le et les autres mets j’aurais repris des forces, pour son service» .
Le raisonnement se tient et la méthode peut être adoptée concrètement, en toute sécurité de conscience.
Tout le paragraphe suivant, le quatrirème du deuxième chapitre aborde une question importante, mais à bien comprendre…
Oui, il y a des jeûnes et des abstinences prescrits ou recommandés dans la Règle.
Le profane qui lit ces textes pour la première fois, s’il n’est pas solide dans sa recherche de la perfection, avant même de voir le contexte exact, se laisse impressionner par le mot jeûne et fuit épouvanté.
La vision imaginaire de la vie religieuse dont je parlais au début et la figure de Tertiaires qui ont résolu de donner une fausse notion de l’Ordre en ne sachant pas «parfumer leur jeûne» de joie et d’eau de Cologne, les repousse à jamais.
Est-ce dommage ? Pour un grand nombre probablement non ; mais pour quelques-uns, oui.
De grâce, lisons de près.
Deux jours de jeûne par an, pour mieux fêter deux personnages facile à aimer ; la Vierge et saint François. Vraiment ?…
Et puis, pensons de près aussi.
Dans les moments de vie matérielle difficile, nous savons bien tous que l’Église en bonne Maman qui veut nos forces physiques suffisantes nous dispense de tout.
Et oui ! même la veille de saint François, même la veille de l’Immaculée, comme pendant le Carême. Vous n’est pas obligés d’utiliser la dispense, mais vous en avez le droit absolu tant qu’elle durera. Alors !…
Dans les périodes de vie facile, l’obligation remise en vigueur par l’autorité, nous trouvera soumis et généreux et ce sera pour notre bien et celui de beaucoup d’autres.
Il reste que la Règle parle de jeûne le vendredi et l’abstinence le mercredi de chaque semaine.
Notons bien qu’ici a parle n’est qu’un conseil. Dès lors, pas d’obligation.
Vous êtes craintifs, scrupuleux, Ne faites rien sans l’avis d’un Directeur de conscience et son autorisation. Quelle simplification !
N’oubliez pas d’ailleurs que si vous ne pouvez déjà réaliser les deux jeûnes de Règle, à plus forte raison N’avez-vous pas à vous préoccuper de ceux-là.
Il faut aussi tenir compte des possibilités familiales. Que ceux de chez vous, ne s’aperçoivent pas de ce qui vous concerne exclusivement, a plus forte raison, devons-nous éviter d’imposer aux autres, ce que nous sommes seuls a avoir pris en obligation personnelle.
Allez-vous conclure de tout cela que, momentanément au moins, et pour beaucoup de santés, définitivement, ce paragraphe de Règle n’est plus qu’un souvenir.
C’est un fait, personne ne jeûne plus effectivement à l’heure actuelle dans la sainte Élise et probablement ne verra-t-on plus dans l’avenir le jeûne reprendre place dans la Chrétienté sous sa forme d’avant –guerre.
Même s’il était rétabli, il y avait déjà tant de dispenses autrefois multipliés à l’infini pour toutes sortes de catégories de Chrétiens du monde et même des cloîtres, qu’elles auront encore plus d’ampleur à l’avenir.
Laissons d’ailleurs à l’Église cette question à traiter. Cela ne nous regarde pas.
Mais, et ici je réponds à ceux qui croiraient que tout est fini dans ce domaine, : N’oublions pas que le jeûne est esprit, le « jeûne spirituel », ne doit jamais être et ne sera jamais supprimé.
Jeûner c’est «s’imposer à soi-même des moyens physiques ou spirituels de mieux aimer Dieu.» Le jeûne du Christ a été cela, celui de François aussi, Le jeûne physique réduit, doit intensifier le jeûne spirituel. Et la Règle are alors toute sa valeur.
C’est-à-dire en langage clair : La veille de l’Immaculée, de saint François obligatoirement ; les vendredi et mercredi de chaque semaine, librement, le Tertiaire doit penser à trouver un ou deux moyens supplémentaires de mette son âme plus en communauté avec celle du Christ.
Je traduis encore :
Ces jours, pour ma part, comme Directeur de Fraternité, je demande aux Tertiaires deux actes de charités positifs, vrais et contrôlés, à l’égard du Christ a aimer dans le prochain.
L’esprit a remplacé la lettre défaillante. Croyez-vous qu’on puisse perdre ? |