Dans l’Ordre de la pénitence, «la vie communautaire» est donc une des caractéristiques de la «manière de vivre» des Tertiaires. Cependant, cette vie communautaire pour «chrétiens consacrés» dans le monde nécessairement, par suite d’une existence en permanence au milieu du siècle très souvent en ménage, est extrêmement, réduite. Les quelques heures de rencontres fraternelles au siège à la Fraternité, dans les récollections ou retraites à l’occasion de la visite canonique, deviennent ainsi et surtout le moyen de rénover, d’entretenir et de renforcer «l’esprit». C’est lui, en effet, qui va devoir continuer à souder tous les membres séparés physiquement, «en un seul corps et une seul âme» à travers les rues de la cité, au-delà des frontières de quartiers, de paroisses souvent et des devoirs d’états immédiats. «L’Esprit communautaire» continue en la prolongeant la «vie communautaire». N’est-ce pas là ce qui faisait la force des premiers chrétiens? Groupés en petites fraternités pénétrés de la vie, de la présence du Christ, ils se dispersaient après leurs réunions fraternelles sans desserrer leurs liens spirituels. Ce Christ à la pensée et à l’eucharistie duquel ils aiment communié, ils l’emportaient et le vivaient en faits et gestes dans leurs milieux respectifs de vie, et de travaux, d’activités diverses. Les Tertiaires dans la cité sont une communauté dispersée, mais unie partout par un esprit. Ils sont «dans le monde avec l’esprit du Christ», réunis par Lui et agissant sous l’influence de sa lumière et de ses poussées excitantes au bien, dans la justice et par la charité. «Être dans le monde avec l’esprit du Christ», méthode qui marque un homme, le façonne, l’imprègne d’une Présence, l’oblige à présenter plus cet esprit que lui-même, à s’effacer pour lui, à solliciter les hommes qui sont autour de lui mais avec une nature mentalité, à regarder, à juger, à choisir pour un contre l’esprit qui l’anime. Témoins d’un esprit. «Ils ne sont pas la lumière, mais ils sont là pour rendre témoignage à la lumière». Et ainsi, de la communauté à la vie dans le monde et de celle-ci à ces réunions fraternelles, il n’y a pas pour Tertiaire de discontinuité. Son style de vie puise à une source unique et «sa manière de vivre» demeure un choix définitif qui le fait adhérer continuellement et partout à la volonté du Seigneur. Que ce soit au moment des réunions des Fraternités, que ce soit dans la vie courante et journalière d’une commerce, d’une usine, d’un bureau, d’un foyer aux berceaux vivants, d’un lit de malade, ou de toutes autres occupations, il a sa «manière».
Cette méthode va se préciser, se codifier en des prescriptions simples, nettes, peu nombreuses, toutes centrées sur la transformation du sujet pour l’identifier au modèle.
Avant de les étudier en détail, voyons biens, en effet, dès le point de départ, qu’elles veulent réaliser un disciple du Christ dans le monde, au milieu des disciples de toutes philosophies, qui aussi sont dans le monde.
Au milieu, c’est-à-dire, mélangés, en contact, en opposition sans mépris, en refus sans parti-pris, en «aimers» même sans être aimés, en «lumière» sans espérer convaincre toujours, en «sel spirituel» pour conserver et donner de la saveur.
Une prière attribuée à saint François et qu’en tout cas il adopterai volontiers, mon très bien l’imprégnation de «l’esprit» qui doit animer le «consacré-franciscain» au milieu du monde :
«Seigneur, apprenez-nous à vous voir, aimer et servir en tout homme quel qu’il soit;
Seigneur, faites de moi un instrument de votre Paix ;
Là où est la haine, que je mette l’Amour ;
Là où est l’offense, que je mette le pardon ;
Là où est l’erreur, que je mette la Vérité ;
Là où est le doute, que je mette à Foi ;
Là où est le désespoir, que je mette l’espérance ;
Là où sont les ténèbres, que je mettre la lumière ;
Là où est la tristesse, que je mette la Joie.
O Seigneur, faites que je ne cherche pas tant d’être consolé que de consoler, d’être compris que comprendre, d’être aimé que d’aimer, par ce que c’est en se donnant que l’on reçoit, c’est en s’oubliant soi-même que l’on se trouve soi-même, c’est en pardonnant que l’on obtient le pardon, c’est en mourant que l’on ressuscite à l’éternelle Vie»
«Communautaire», la manière de vivre du Tertiaire est donc encore caractérisée par un «Christo-centrisme» d’esprit absolu.
Et c’est là qu’il se différencie dansa doctrine, dans ses méthodes et dans son esprit, du monde qui a sa manière, ses manières de vivre, bien détermines et incompatibles dans l’ensemble avec celles du troisième Ordre Franciscain.
Le monde est centré sur lui ; le Tertiaire sur le Christ.
Deux points de vue : ou bien partir de soi-même, pour aboutir à soi partout, c’est de l’égocentrisme ou bien partir du Christ en soi, pour aboutir au Christ partout, c’est du christocentrisme.
Le Tertiaire a choisi entre l’égoïsme qui envahit tout, pénètre comme un cancer toutes les fibres d’une vie et en ronge l’âme, entre cette rage de décomposition où l’égoïsme vient mettre sur la plaie du «cafard», du marasme, du dégoût de la vie, le soi-disant remède de l’argent, du plaisir, de l’impureté, de la haine, il a opté pour la Vie qui se construit en Christ et qui aide les autres à faire de même.
Il a choisi, Entre son moi et le Christ, la décision est prise, c’est le Christ qui compte. Comme saint Jean-Baptiste, il proclame : Il faut qu’il grandisse et que moi je diminue».
Au fond, explique Chesterton, il est devenu un «ex-centrique», à la manière du Poverello.Et le biographe du saint explique que François n’est devenu «excentrique» aux yeux du monde, que parce qu’à l’encontre de celui-ci, il est toujours «centré» sur un autre que lui-même, sur le Christ.
Le Tertiaire a choisi d’être «centré» en dehors de lui-même, comme François, uniquement sur le Christ-Jésus.
Il a choisi : c’est-à-dire, qu’en pratiquer, il veut prendre des méthodes, des idées, des allures, des principes détermines, non pas d’après lui mais d’après le Christ. C’est ce que s’appelle «vivre» «dans» et «par» et «pour» un autre.
Le contraire du type commun qui se rencontre partout, modèle standard, qui vit «en soi» et par tout ce qui «girouette» autour de soi et pour soi.
Il a choisi : entre ceux qui se ventent d’être toujours «naturel» et qui s’en font gloire et ceux qui veulent toujours être «surnaturels» et qui craignent de ne pas savoir l’être pleinement.
Les premiers ont leur manière tout à fait à eux et ils ne sont, en effet, qu’eux-mêmes. Ils tournent en rond d’un petit plaisir à un autre petit plaisir, d’une douceur à un repas fastidieux, d’une affection pour eux à une autre affection pour eux, parce que la première, disent-ils, n’est plus pour eux, d’un «cafard» à une folie et d’une folie à découragement.
Les fils de François ont «leur manière» et ils ne sont plus eux-mêmes. Ils sont pris la manière d’un «autre» et ils deviennent peu à peu cet «autre» .
C’est ainsi qu’a travaillé François. C’est ainsi que se «fabriquent» les saints. Ils ont vécu dans un «Autre». Leur vie avance, les découvertes de la route les font marcher vers d’autres découvertes, ils vivent leur Joies ou plutôt «Ses joies», «Ses peines», «Ses soucis». Ils sont «Lui» de plus en plus et comme tout aboutit dans le Christ à la Joie de Dieu, même les soucis, les peines et les souffrances vécus en Lui, les font avancer vers la Joie, la plénitude, l’amour perpétuel.
Tertiaires, «votre manière» vaut l’autre tous les jours, elle est même la seul vraie, puisque la première est un rond fastidieux autour soi, tandis que la seconde est une ligne droite vers un horizon splendide ; l’Amour infini.
François, après avoir vécu l’Évangile, s’est vu contraint de codifier dans une Règle a manière de le vivre et il eut peur, peur que cette codification ne vint ternir, diminuer ou tuer la flamme, l’esprit qui l’animait, dans sa poursuite directe de la a forme Évangélique.
L’homme est tellement porté à s’arrêter pour se reposer, dans une installation toute construite, qu’il ne se rand plus compte qu’il se détruit ainsi. La vie ne s’achève qu’en découvertes continuelles, qu’en sève qui part de la racine pour atteindre les extrémités des branches, qu’en départs fatiguant mais enrichissants vers le cimes toujours plus hautes.
François a codifié non pour figer, mais simplement pour poser des poteaux indicateurs.
Comme lui, ayons peur des arrêts, des installations et en étudiant les éléments de codification de la «manière de vie» qu’il veut pour les Tertiaires, que ceux-ci le fassent pour y trouver uniquement des moyens pour tendre vers le but : le Christ-Jésus. |