| Chapitre
unique.
Base
de la vie individuelle et de la vie social du Tertiaire.
Nous
venons de l’exposer, la Règle de l’Ordre
de la Pénitence fournit dans des prescriptions les
éléments formateurs, de la vie spirituelle du
Chrétien : purgatif, illuminatifs, unitifs.
Bien réalisé, elle conduite le « consacré
au Christ dans le monde », sur la route de la perfection,
Elle lui assure l’organisation
des étapes, des repose et du ravitaillement, spirituel
nécessaires.
Elle
a fait ses preuves et la sainteté éclose dans
le Tiers-Ordre jusqu’à nos jours, proclame hautement
qu’elle ne trompe pas et négare pas ceux qui
se fient à elle.
Très
nettement, elle fait profession de vie
intérieure, de communauté et de conversation
intime avec le Christ et implicitement, par le fait, elle
crée dans l‘âme qui s’y lie, besoin
de solitude au milieu de l’action, d’heures et
de jours de séparation du monde, par la récollection,
la retraite. Ceci indépendamment ou l’occasion
de la «Visite canonique,» dont il sera question
plus loin
(1)
Mais
«enveloppant» tout ce travail « reliant
» tous les points déterminés par la Règle,
une obligation implicite s’y ajoute sur laquelle on
insiste peu-être trop peu à l’ordinaire.
Et
pourtant, il semble bien qu’il soit difficile, pour
ne pas dire impossible, à une âme franciscaine
de se former en Christ, sans être en fréquentations
permanente à la manière de François (c’est-à-dire
en le traduisant le plus rapidement possible en faits de vie
journalier ) avec le Livre de la «Vie» l’Évangile.
La
vie spirituelle de François, à fait devenir
lui-même un Évangile vivant, concret, en «chair
et en os», un Évangile «réincarnée»
(Pie XI)
C’est
à contre-cœur que François a écrit
ou dicté les Règles de ses trois Ordres.
Il ne voulais pas plus de lois, ni surtout d’autre Règle,
que celle du Christ : L’Évangile.
Il
sentait amèrement que tout ce qui se codifie meurt,
au moins en partie, brise l’élan, l’initiative,
l’enthousiasme, a de la peine, à laisser passer
la vie à plein.
IL
n’ignorait pas, bien sûr, la nécessité
des limites des prescriptions, des plans de vie, mais il les
voulait tellement centrés sur une foi vivante, sur
une «Personne» qui se fait «exemple»
pour entraîner, qu’Il ne saisissait plus très
bien pourquoi les hommes ajoutaient tant et tant à
ce que le Maître a vécu en programme de vie devant
nous.
Tous
les plans, spirituels les mieux agencés, lui semblaient
insipides en face de ce « bouillonnement de vie qu’est
la vie du Christ pour nous.
«Je
vous ai montré l’exemple afin que vous fassiez
comme j’ai fait moi-même.»
Le
Christ se fait «Règle», pourquoi modifier,
ajouter, retrancher, interpréter, codifier. L’Évangile
n’a pas été écrit par le Christ,
il a seulement été vécu.
Ceux-là
même l’Esprit, il lui ont donné une toute
autre forme que celle d’une Règle, d’un
code, d’une loi sèche et rigide.
Ils
le présentent comme «Vie», un «courant
d’amour», atteignant un peu à l’aventure
les êtres rencontrés : hommes, événements,
peines, richesses, joies, humiliations, et les entraînant
à travers le Christ, en
qui tout se transforme, se transsubstantie comme à
Cana, à la Cène, au Clavaire et à la
messe, vers le Père, en hommage de témoignage,
d’adoration, d’amour.
Comme
on comprend le refus de François en face de tous les
Règles religieuses existences avant lui et qu’on
lui propose. Il insiste avec véhémences : «Non
et non, notre seule Règle sera l’Évangile».
À
la lumière de ces précisions, on comprendra
que nos insistions pour expliquer la Règle du Troisième
Ordre, comme nous l’aurons fait pour les deux autres
sur cette volonté de n’y voir qu’un
rayonnement d’Évangile en toutes ses prescriptions.
À
la fin du Noviciat, le novice de quelque catégorie
qu’il soit, devrait être beaucoup plus savant
en Évangile vécu et connu,
c’est-à-dire en amitié active avec le
Christ évangélique qu’en science de Règle.
Cette dernière ne devrait être que la barrière
qui empêche dans les moments d’affaissement et
de dépression de reculer et non pas la barrière
qui se met devant la vie pour l’empêcher de se
lancer vers la folie de l’Évangile.
On craint peut-être les écarts d’une telle
méthode. Il y en aura toujours, mais ne vaut-il pas
mieux les voire en avant qu’à reculons !
Les écarts de François, ses extravagances ont-elles
fait plus de mal que le lenteur, les interprétations,
les hésitations, les explications, adaptations des
commentateur en fauteuil.
De
grâce, donnons à l’Évangile, à
ses ferments, à son levain, et à sa fraternité,
le droit de pénétrer à plein dans notre
vie, et que la Règle ne soit vraiment qu’un moyen
supplémentaire de nos ouvrir
encore plus aux influences du Christ et de son Esprit.
L’Évangile
pris comme ligne de conduite, ou si vous voulez comme «ligne
de vie», devra se traduire en
faits, en actes, en réalités vitales, dans
la trame journalière de l’existence d’un
Tertiaire.
Il
devra éclairer, s’infiltrer dans chaque réunion
de l’Ordre, dans chaque rencontre fraternelle, qu’elle
soit communautaire, ou individuelle, dans chaque prescription
de vie intérieure ou de vie sociale de la Règle.
Et
quand je dis l’Évangile, traduisez : Le Christ
en personne, communié dans sa pensée, en complément
de la communion eucharistique, traduisez aussi ; la présence
réelle de cette «Parole» de Dieu, «parole
odoriférante» disant saint François, chez
moi, sur moi, à la maison, dans la rue, à l’atelier,
dans mon esprit, dans ma main travailleurs quelque soit la
forme du travail en cours.
«La
Règle de Vie de l’âme franciscaine, c’est
d’observer (cela veut dire : regarder, essayer, introduire
dans la vie) le Saint Évangile. de N.S.J.C.».
(Saint François Règle des O.F.M).
Ce
qui vient ensuite ne se lit et ne s’étudie qu’en
fonction de cette observation.
Il
faudrait s’en convaincre un peu plus.
Qu’on
ne puisse plus , même à tort, nous jeter à
la figure des mensonges qui ont parfois malheureusement de
vague apparences de vérité :«Vous, Chrétiens,
vous avez la théorie du Christianisme, nos Communistes,
nous en avons la technique». Ou encore plus dure:«Le
communisme c’est l’utilisation des forces inemployés
de ‘Évangile. ».
Le
Tertiaire se trouve là devant la pensée exacte
du Fondateur : il lui faut vivre l’évangile.
Et en face de ce livre, s’il est totalement vrai avec
lui-même, il se trouvera au point d’intersection
de la vie intérieure (dont les pages précédentes
viennent de faire l’étude d’après
la Règle) et de la vie extérieure, sociale,
rayonnement de la flamme intérieure qu’est le
Christ en lui (dont les chapitres à venir traiteront
d’après la Règle aussi).
L’Évangile
connu et vécu équilibrera l’intérieur
et l’extérieur en lui, comme en saint François.
C’est-à-dire, on pas d’un équilibre
humain fait d’installation, de succès, de situation,
de fortune, de renommée, etc… mais d’un
équilibre spirituel, vu de Dieu, envers qui les plus
grands folies d’amour surnaturel ne sont encore rien,
en face de la folie d’amour qu’Il a eu en nous
donnant l’existence, son Fils, et par Lui, ce qu’IL
est lui-même.
La
logique spirituelle franciscaine conduira donc le Tertiaire
à être un passionné
d’Évangile pour connaître et vivre
sa vraie Règle, celle qui à travers les trois
petits chapitres, rejoint la pensée de François
en son amour pour le Christ et le Père.
Dès
lors, pas de Tertiaire sans référence journalière
à la lettre de l’Évangile et à
«l’action» d’Évangile.
Pas
de réunion de Tiers-Ordre : postulants, novices, profès
, sans traduction d’Évangile en famille, pour
s’enrichir d’espérances d’Évangile,
pour les emporter et les vire à notre tour, sans apporter
aux autres, nos expériences personnelles, qu’ils
puissent eux aussi copier après nous, les points d’Évangile
où nous les avons dépassés.
Cela
n’empêche ni conférence, ni cercle d’étude
mais cela empêche toute idée spirituelle, si
éloquemment exprimée soit-elle, de toute discussion
de cercle, d’être en dehors du rayonnement et
de l’imprégnation de la vie d’exemples
du Christ évangélique.
Le
Tiers-Ordre fabrique des «copistes
d’Évangile» en actes d’Évangiles,
où il n’est rien.
Des faits : Une jeune Tertiaire vit tellement le livre du
Christ qu’elle en imprègne jusqu’à
les «Christifier» vingt filles perdues, un communiste
acharné, une prostitué, un foyer communiste.
Des
Tertiaires de tous milieux vibrent tellement à la souffrance
d’un jeune foyer- frère, venant de subir un deuil
de bébé, que des larmes d’affection sont
versés après des mamans comme s’il s’agissait
de leur propre enfant. Des réactions immédiates
de secours, de visites fraternelles aux parents a affligés,
par des gens très occupés mais pour qui l’Évangile
est la Règle, provoquent chez le porteur de faire-parts
le désir de découvrir la source d’une
telle fraternité. Il entre immédiatement au
Tiers-Ordre pour se remplir de cette eau vive dès qu’il
en découvre le point de départ.
Une
Tertiaire célibataire malade est soutenue non pas seulement
par les sœurs de sa Fraternité qui la veillent
jour et nuit pendant deux mois, mais par les frères
de la fraternité voisine qui pendant tout ce temps
aient tous les frais de docteurs et médicaments, par
les jeunes (garçons) qui font le ravitaillement et
les courses (l’un d’eux vient même sur un
quart d’heure de loisir jouer du violon à la
malade friande de musique), par les jeunes encore (filles),
qui font le ménage matin , midi, et soir.
Une
Fraternité fait une collecte pour une sinistrée
dans toute une commune et redonne à la Chrétienne,
sœur en Christ, (mais non Tertiaire) a qui on a volé
tout son argent, la somme exacte qu’on lui avait subtilisées,
seule ressource pour elle et ses trois enfants.
Une
autre Fraternité redonne, par un dévouement
fraternel propagé sur plusieurs communes, à
un jeune frère dont un incendie a détruit la
ferme où il soutient sa mère et ses petits frères
et sœurs, tout le blé, la paille, le foin, les
instrument de labour nécessaires pour repartir.
Des Fraternités, sans se connaître de vue, mais
unies dans le Christ, s’entraident par des expéditions
matérielles de denrées et produits différents
qu’elles peuvent échanger. Envoient à
des malades non connues d’elles, liées par l’esprit
franciscain seulement, des aliments fortifiants, depuis plus
d’un an, sans vouloir se faire connaître.
C’est là la formule, celle
de l’Évangile, celle de François.
Dans certains courants de vie actuels n’y-a-il pas un
souffle d’évangile ? Ne serait-ce que dans ces
essais de «vie communautaire» claqués sur
les premiers élans des disciples de l’Évangile,
signalés dans les «Actes de Apôtres».
Essais où la fraternité réelle se fait
plus proche de la pensée et de la volonté du
Christ. Essais qui font tant penser parfois à l’organisation
d’une Fraternité de Tiers-Ordre.
L’Ordre
de la Pénitence va-t-il fermer portes et fenêtres
pour rester dans un air confiné et malodorant à
tout ce qui s’ouvre à la Lumière, ou va-t-il
comme il le doit, exciter, enfler ce souffler pour aérer
le monde et chasser ses miasmes ?
Il n’y a pas à hésiter.
Nous sommes d’Évangile autant et plu que d’autres.
Et
aujourd’hui, sous peine de mourir, Tiers-Ordre doit
le penser et l’aimer, pour le «Vivre».
|