Prêtres du Monde

+ Sr Denise Christiaenssens

Ermite de la croix o.f.s.

Dans le diocèse de Rimouski.

Ermite franciscaine consacrée par voeux
public  par Mgr. Bertrand BLanchet 2007

Maintenant sous obéissance de  Mgr Pierre André Fournier  et ami de ma famille depuis quelques années

-Ma consécration est pour ma famille
-mes prêtres vivants ou décèdés du monde
-toute personne qui fait une demande

J'ai déménagé et Tellus ne donne pas le service, donc j'ai donc changer d'adresse  de @

voici la nouvelle

 

 

ermitedelacroixofs@live.ca

Livre d'or-Un petit mot fait du bien et cela vous permet aussi de lire les commentaires des gens.  Ne laissez pas de message personnel s.v.p.
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DU COMITÉ DIOCÉSAIN
DU MINISTÈRE PRESBYTÉRAL

AS-TU DÉJÀ PENSÉ À
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LE GRAND SÉMINAIRE, ÇA TE DIT QUELQUE CHOSE ? OUI REGARDE LE LIEN PLUS BAS
Titre de la série :
prière de vie_vie de prière
Titre de la page:

Prière et Componction

Nom de l'auteur:
P.Irénéen.Hausherr.s.j.

V
Prière et Componction

auteur -P.I.Hausherr.s.j.

Passé et avenir.

Ne chargeons pas notre prière des regrets du passé. Il y en a qui croient que s'ils n'ont pas de regrets, c'est preuve d'insouciance. Mais, une certaine insouciance est nécessaire à la vie chré­tienne, d'après l'Evangile 1. S aint Pierre , sainte Marie-Madeleine ne sem blent pas avoir perdu beaucoup de temps à regretter leur passé. L'Evangile insinue plutôt le contraire. En tout cas, huit ou dix jours après son reniement l'Apôtre rentre dans l'intimité de Jésus comme si de rien n'était. Il aurait pu dire : « Je ne suis pas digne... » et se retirer de la familiarité avec le Seigneur. Il ne le fait pas. Et saint Paul : « Ce qui est derrière moi, je l'oublie » Pourtant, son passé n'était pas de tout repos. Mais il tend son effort en avant pour « sai sir celui qui l'a saisi »2.

Telle est la condition de notre union avec Dieu Ces regrets, à moins qu'ils ne soient pure contri tion, pure charité et en ce cas ils ne sont plus tristesse , s'ils sont entachés d'une seule goutte lette d'amour-propre, ils font obstacle à la prière Ils empêchent l'union à Dieu d'être ce qu'elle devrait être. Si quelqu'un n'a pas renoncé à son amour-propre, il ne peut s'unir à la volonté de Dieu. Or, de tels regrets risquent d'être des symptômes d'amour-propre. Dieu n'a pas voulu que je sois ceci ou cela. Je ne le veux pas, moi non plus. Il a voulu que je sois ce que je suis : je le veux moi aussi. Il m'a voulu avec mon tempérament, avec mes habitudes prises dès l'enfance, etc.: moi aussi. Voilà qui vous délivre, car c'est la vérité. C'est aussi un effet de la prière. Si l'on s'obstine à prier, tôt ou tard on surmontera ces vains regrets.

Est-il donc défendu de penser au passé ? Non. Il est défendu de s'en plaindre : ce serait se plaindre de Dieu. Et se plaindre du prochain, c'est encore se plaindre de Dieu. Mais pensons-y pour remercier. Il est permis d'en vivre, et même d'en nourrir sa prière, mais pour autant qu'il est l'oeuvre de Dieu, pour autant que notre présent en résulte selon la volonté de Dieu. Je suis substantiellement, aujourd'hui, ce que j'étais hier ou il y a cinquante ans. Mais tout ce que j'ai vécu d'expérience a laissé sa trace en moi. Au lieu de m'en plaindre, si j'y reconnais l'oeuvre de la Sagesse, ma prière se fera reconnaissance. C'est le contraire du regret. Il faut cultiver la reconnaissance dans la même mesure où il faut éliminer le regret. La reconnaissance exprimée à Dieu dans la prière m'aide à vivre dans le présent. Si je suis content de mon passé, je me contente de mon présent qui en est le résultat. Je suis content de Dieu, et d'être ce que je suis.

Quant à l'avenir, Notre-Seigneur nous a défendu d'y penser. Ne vous préoccupez pas des cinquante années que vous avez à vivre. C'est si peu de chose, cinquante ans ! Défense de penser à ce que seront les dernières années de notre vie terrestre. Ma vieillesse à moi ! Je n'ai pas la force d'accepter dix années de décrépitude. J'aurai la force voulue au jour le jour. Plus fort encore : pas de préoccupation pour demain, dit Notre-Seigneur. Demain, c'est la chose qui ne vient jamais. Demain, c'est ce qui devient aujourd'hui. A chaque instant, un morceau de demain devient aujourd'hui. C'est si simple ! Pourquoi cela semble-t-il souvent si difficile à intégrer dans la pensée et dans la vie ?

Présent.

Que mon instant présent loue le Seigneur ! Que je consente de tout mon sentiment, de tout mon coeur, à ce qui est maintenant. Que je m'installe dans le moment présent, parce qu'il est la volonté de Dieu. Celui-là vit au-dessus du temps, qui s'installe dans la volonté de Dieu. Il transcende le temps par le moyen le plus humble : en s'attachant de toutes ses forces, intelligence, vouloir, coeur, à cette volonté de Dieu dans tous les détails, pour éliminer toute raison de se plaindre et accepter de toute son avidité cette chose infiniment bonne qu'est la volonté de Dieu.

Cela s'applique surtout au présent de la prière, en tant que circonscrite au moment donné. M'y installer dans la mesure de mes possibilités, parce que Dieu m'y a amené. Je veux prier, autant dire : je veux faire ce que Dieu veut que je fasse en ce moment. J'y emploie tous mes efforts puisque Dieu le veut. Mais je le veux comme il le veut. Si ma tête est fatiguée, je prierai avec mon mal de tête. Je prierai avec le degré de foi et d'amour que j'ai en ce moment-ci. Cela veut-il dire que je ne dois pas prévoir ? Non. Il est défendu seulement de se préoccuper. Ce n'est pas facile à distinguer, parce que nous avons des nerfs et pas assez de foi. C'est par la foi qu'il faut calmer ses nerfs. La préoccupation regarde quelque chose qui n'est pas encore et qui déjà nous tyrannise... Prévoir, c'est savoir que le moment à venir n'est pas encore et que nous n'avons aucune garantie de son existence future. C'est par la foi en la Providence qu'on maintient sa prévoyance en-deçà de la préoccupation. La Providence est au-dessus de tout. Il faut commencer par se reposer sur elle. Ce que nous envisageons pour demain est déjà son présent. Bien installé dans son repos, je redescends dans ma région à moi, et je prie paisiblement en prévoyant ce que je présume devoir faire ou subir.

Le cas échéant, je pourrais prévoir jusqu'à l'an deux mille ; mais je ne serai pas préoccupé même pour demain. Pas de soucis ni de désirs non abandonnés à l'amour du Père. Aucun désir n'est mauvais, du moment qu'il laisse intacte la foi en l'amour du Père. Plus un enfant croit à l'amour de son père, plus facilement il lui exprime ses désirs et lui avoue ses peines. Jésus se plaint de ce que ses disciples ne lui demandent rien. Marie se plaint de Jésus à Jésus, au Temple. Marie demande du vin pour une noce, et Jésus devance son heure pour l'accorder. Jésus, qui connaissait la volonté de son Père, par rapport à sa Passion, demande cependant que ce calice s'éloigne. Désirer avec soumission est un acte aussi filial que soumettre ses désirs. Ne pas tuer nos désirs, mais les pacifier par la foi en l'amour du Père.

La première préoccupation des moines était de faire du progrès dans l'oraison. Pour nous, les premières demandes à faire dans la prière, ce sont les demandes du Pater. Elles sont les plus parfaites, à coup sûr ; mais nous ne les disons pas avec la plénitude qu'elles comportent. Nous ne nous rendons compte de leur portée qu'après avoir fait beaucoup de progrès dans l'oraison et dans la foi. La première chose qu'Evagre nous recommande, lorsqu'il parle de la prière, c'est de demander le don des larmes, « afin, dit-il, d'amollir par la componction la dureté inhérente à ton âme, et en confessant contre toi ton iniquité au Seigneur, obtenir de lui le pardon » 3. Autrement dit : réfléchis bien, et quand tu auras le sentiment de la pureté nécessaire devant Dieu, tu ressentiras profondément combien tu es pécheur. Et alors tu pleureras. Il s'agit bien des larmes de nos yeux.

Nous avons là-dessus des habitudes différentes de celles des anciens. Les idées ont changé plus que la psychologie. Les anciens pleuraient plus que nous. Ils n'avaient pas le respect humain qui nous en empêche. Les Romains étaient de rudes citoyens ; et pourtant un poète comme Horace parle des larmes dans son Art poétique : « Si tu veux que je pleure...» — donc, un des buts des orateurs était de faire pleurer leur auditoire —« Toi, commence le premier ». Je ne dis pas que les anciens valaient mieux que nous à ce point de vue. En tout cas, ils ne rougissaient pas comme nous de leurs larmes. Quand nous parlons de componction, de quoi s'agit-il ? Il s'agit au fond du sentiment d'être pécheur. Ce sentiment convient surtout dans les débuts. La pénitence et l'humiliation intérieures redressent l'âme. Qu'est-ce qui nous empêche d'avoir le don des larmes ? L'acédie. Or, l'acédie détruit l'oraison 4. A travers toutes les vies des saints de jadis, il est parlé des larmes.

Devant la force infinie de Dieu, il n'est pas honteux d'être faible ni de se sentir impur devant son infinie sainteté. Pleurer ainsi est beaucoup plus profond qu'il n'en a l'air. Dans l'Histoire, ce sont surtout les hommes qui se font remarquer par le don des larmes. Saint Ignace de Loyola, un phénomène d'énergie, avait ce don dans une telle mesure qu'il a failli perdre la vue à force de pleurer. Il faut distinguer les larmes répandues devant Dieu des larmes puériles de ceux qui pleurent parce qu'ils doivent manger du pain sec. Mais les larmes versées devant la grandeur de Dieu tarissent les larmes puériles. L'oraison du missel pour demander le don des larmes présuppose la libération de toutes les larmes puériles. « Lourde est la tristesse et insupportable l'acédie ; mais les larmes devant Dieu sont plus fortes que l'une et l'autre » 5. Elles changent en larmes saintes et priantes les larmes de la tristesse. Quant à l'acédie, elle est morne et sèche et douloureuse et amère. Pleurer la guérirait. « Demande d'abord le don des larmes ». Cette vieille recommandation était passée en principe chez les anciens. Ils disaient : « Le commencement du salut, c'est de se condamner soi-même ». Et saint Augustin : « Condamne ton péché, et tu cesses d'être pécheur. »

Dans cette condamnation, il faut garder la juste mesure. Chacun se juge selon son tempérament. Il en est pour qui se juger, c'est condamner l'autre. Pour d'autres, c'est avoir toujours des idées noires sur eux-mêmes, et cela n'est pas du tout une source de bonnes larmes. La componction que recommandent les anciens est chose précise, ferme et courageuse. Ils tenaient que « le Seigneur se plaît fort à recevoir une prière faite dans les larmes » 6 :

— Dieu se plaît-il donc à nous voir pleurer ?

— Il se plaît à ce que ses enfants lui ressemblent.

— Et comment ? Dieu n'est pas capable de pleurer.

— Pleurer, c'est notre manière à nous d'approcher de la Vérité , qui est un attribut divin. Pleurer, c'est reconnaître la vérité sur nous-mêmes, même si elle ne nous est pas agréable. « Le juste est le premier accusateur de lui-même » (Prov. 18, 17). Il y a beaucoup de manières de se rappeler qu'on est pécheur. Il y en a qu'il faut exclure : se souvenir de ses péchés pour en rire ou pour regretter que l'occasion n'en existe plus ; ou, à l'extrême opposé, pour entretenir un sentiment de désespoir. Il y a des gens qui semblent ne pas pouvoir croire bonnement, simplement, que Dieu pardonne d'une façon totale. I l est bon de se souvenir de ses péchés, non de chacun en particulier, mais en général. Il est dommageable de revenir perpétuellement sur un péché particulier, de l'accuser à chaque confession. Cela peut être dangereux. Mieux vaut répéter : « Priez pour nous, pauvres pécheurs ». La douleur des péchés n'est pas salutaire quand elle devient affolante.
Sincérité dans la prière.

« Ne sois ni verbeux ni glorieux » 7 Ne te complais pas dans les belles phrases. Tâchons d'être vrais, tout simplement. Ce n'est pas très facile, parce que nous ne nous voyons pas, et parce que nous n'avons pas beaucoup envie de nous voir. Il y a des gens qui jouent la comédie... avec sincérité. Cette phrase est très dure. Il fallait la dire, cependant. Au point de vue moral, nous n'aimons pas qu'on nous connaisse tels que nous sommes.Mais le bon Dieu nous voit sans voile, sans fard, sans travertissement. Devant lui, rien à faire : inutile de singer, de grimacer, de mentir, de se parer des plumes du paon.

Au vrai, il n'est pas nécessaire que le prochain nous voie tels que nous sommes : nous avons des raisons de charité de ne pas montrer à autrui l'histoire de notre vie. Mais Dieu ! Il faut nous faire à cette idée que Dieu voit notre histoire telle qu'elle est. Nous en sommes épouvantés jusqu'à l'heure où nous aimons totalement cette vérité-là. Cette grande vérité-là, c'est l'amour de Dieu, la condescendance de Dieu. Disons mieux encore : c'est aimer à donner à Dieu par notre misère l'occasion d'être miséricordieux. Parfois l'âme est saisie du douloureux sentiment de son hypocrisie, à la vue du décalage entre les apparences et la réalité intime de sa vie. Alors, il y a pour elle une sorte de revanche de la vérité et une satisfaction profonde dans l'adhésion totale au jugement de Dieu, qu'aucune apparence ne peut tromper. Je dois me défaire de mes oripeaux de vaine gloire devant Dieu.

Nos mérites ne doivent pas entrer en ligne de compte dans nos rapports avec Dieu. Il faut que nous soyons tellement habitués à nous appuyer uniquement sur la Miséricorde et sur la Charité de Dieu, qu'au moment du jugement dernier nous allions de nous-mêmes, d'un élan spontané, de ce côté-là. Ceux qui n'ont pas commencé à se sentir pécheurs devant Dieu, ne sont pas dans le chemin traditionnel de la prière. La vraie dévotion commence par la componction. Pécheurs, nous ne le sommes pas toujours actuellement, mais toujours il sera vrai que nous l'avons été. Et pendant toute l'éternité, notre condition de pécheur pardonné nous inspirera des sentiments de reconnaissance et d'humilité en face de Dieu. Il nous faut comprendre que notre vie, vécue dans la volonté de Dieu, est une prière. Il s'agit d'accepter la volonté de Dieu dans la pratique : nous détacher de nous-mêmes, de notre envie de nous admirer nous-mêmes surtout en nous comparant aux autres. Or, c'est là notre démangeaison : nous voulons toujours dire à Dieu : « Je vous remercie de ce que je ne suis pas comme les autres » 8. S. Augustin dit de ceux qui parlent ainsi : « celui- là n'a pas prié ». Et ce publicain, là-bas, qui répète : « Ayez pitié de moi, pécheur », il prie. Evidemment, voilà qui ne répond pas du tout à la définition sublime de l'oraison extatique.

Cependant, c'est cela, prier sans cesse. — Mais alors, Notre Seigneur nous condamne à la médiocrité ? — Puissions-nous savoir nous contenter de cette médiocrité-là ! Allons ! confions-nous à Notre Seigneur, prions de cette prière très humble, elle nous conduira au sommet de la béatitude éternelle. Ainsi-soit-il. Ma prière, c'est cette vie que je mène. Elle est prière, à condition seulement qu'elle ne soit pas hic et nunc une offense de Dieu, c'est-à-dire un manquement conscient, volontaire, à mon devoir. Aussi longtemps que je fais mon devoir, je prie. Ma prière est « conversation », elle est la réalisation de cette demande essentielle : que votre volonté soit faite sur la terre comme au ciel. Le langage de mes actes fait entendre à Dieu que je veux l'accomplissement de sa volonté. Si cette prière-là nous fatigue, c'est que nous tenons à autre chose qu'à Dieu et à sa volonté. C'est peut-être que nous tenons à une prière d'un genre plus réputé, que nous ne voulons pas nous détacher de certaines choses qui ne sont pas Dieu. La prière qui se résigne à être pauvre nous détache de tout et nous attache à Dieu. Le plus grand acte d'amour que nous puissions faire envers Dieu, c'est d'être, en tout, heureux de lui. Notre bonheur n'est que là où il est ; et là, il faut le chercher sans restriction, de toute notre âme, de toute notre avidité de bonheur, qui n'est autre que notre avidité de Dieu. Aller toujours à ce qui est plus lui.

Tout est bien, et je suis heureux. Ita, Pater, en attendant de me voir en vous. Ainsi, la prière a deux temps : un sentiment, plein d'amour et de confiance de notre besoin illimité de Dieu, et des prises de conscience plus actuelles de ce besoin. La prière explicite doit être, et peut seule être, notre ciel sur la terre. Les humbles et humaines et chrétiennes et fortes supplications de la sainte liturgie ! Nous ne pouvons aimer Dieu qu'en pécheurs pardonnés, toujours en puissance de péché, toujours en instance de secours pour ne pas pécher. En un mot, loyalement, avant la toilette faite. Quand le temps donné à la prière ne sauverait que lui-même... Qu'est-ce que la vraie paix ? C'est une situation dans laquelle on a toute raison d'être content : on s'y trouve bien. La prière est une tension de l'intellect vers Dieu. Mais pas une tension nerveuse ! La prière, plus que toute autre chose, doit être paisible, parce qu'elle est à base de foi. La foi nous dit que Dieu vient à nous beaucoup plus que nous ne tendons vers lui. Donc, notre état, pour prier, doit être un état de patience.

C'est par notre vie que nous allons à Dieu, non par notre agitation ni par la tension de nos nerfs. Qu'y a-t-il de bon, si ce n'est Dieu ? Et voilà tout. Cette parole : Unus est bonus, Deus, est le premier principe de toute paix, aussi bien pour les raisonneurs que pour les passionnés. Se cramponner à cela. Alors, la vie prend un autre visage. Abandonnons-lui ce qui nous concerne. S'il est totalement bon, il ne peut donner que de bonnes choses. Sous le signe de l'intérêt propre, pas de paix possible. Nous voulons qu'il pleuve, et il fait beau. Le voisin veut le contraire. Dans un certain numéro de Punch, on voit des spectateurs aux courses. L'un d'eux est effondré : « J'ai misé sur ce cheval : il est le dernier, évidemment ! » Pas de paix, lorsqu'on mise sur quelque chose... Que faire ? Abandonner la considération de mes intérêts propres, m'élever jusqu'à la Sagesse de Dieu. Comprendre que Dieu est bon et fait tout pour moi selon sa bonté. De là, paix entière. Mais je ne l'aurai que quand j'aurai renoncé à mes petites idées particulières.Abandon à Dieu. C'est l'impératif de la condition humaine. Les stoïciens chantent la nécessité de l'abandon à la loi suprême (Ananké) : « Si je te suis, je suis sage ; si je refuse de te suivre, je suis un sot, je serai malheureux, et je te suivrai néanmoins » (hymne de Cléanthe

Dévotion.

Il est tout à fait naturel que dans notre prière, nous cherchions la dévotion, comme tout ce qui nous est utile. C'est une bonne chose que la dévotion, comme tout ce qui nous est utile. Elle est normalement un secours sur la voie de Dieu. Seulement, comme elle n'est pas nécessaire, il faut la chercher avec détachement. C'est là qu'intervient la foi en Dieu. Dieu peut vouloir que nous cherchions la réfection spirituelle, mais il peut aussi vouloir que, hic et nunc, nous ne la trouvions pas. Alors, il faut croire que c'est mieux pour nous de ne l'avoir pas trouvée. La dévotion n'est pas le but suprême de la prière. C'est « pour que tu cherches davantage » 9 que Dieu n'exauce pas ton désir de dévotion. La dévotion trouvée à travers beaucoup de détachements est bien plus sûre. Elle n'est pas à la merci du premier accident venu. Si Dieu tarde, c'est pour que nous possédions le don d'oraison avec plus de sécurité et d'humilité. Vous ne trouvez rien, parce que vous ne devez pas trouver ce que vous cherchez. Mais ce que Dieu veut que vous trouviez, c'est la prière même. Il est supposé partout, dans les Exercices de s. Ignace, que la désolation est aussi utile que ta consolation. C'est qu'à travers tous les événements Dieu veut nous conduire à ce qu'il y a de meilleur, l'accomplissement de son paternel dessein. Le premier bien que Dieu veut faire à la créature intelligente est de lui enseigner la contemplation spirituelle, but de toutes ses oeuvres.

Dès lors, pourquoi n'y a-t-il pas plus de contemplatifs ? C'est à cause de la volonté propre. Si nous voulons progresser dans la prière, il nous faut renier notre volonté, et demander que se fasse la volonté du Seul Bon, sûrs qu'elle nous mènera à « l'état désiré » à la « prière pure ».

Notre Dieu est un feu consumant.

Deutéronome, 4, 24 : Hébreux, 12, 1. Approchons de ce feu nos abcès et nos boursoufflures, il les consumera. Les ex-croissances, on les traite par des rayons. Exposons-nous aux rayons des exemples et des enseignements du Seigneur, pour guérir les nôtres. Il y faut du temps et du courage. Pourquoi ? Parce que nous pouvons être longtemps en prière, et même en prière facile, consolée, et ne pas subir ces radiations thérapeutiques qui viennent du Seigneur. Pourquoi ? Parce que nous nous cachons à nous-mêmes nos idées mondaines, égoïstes, vaines, ambitieuses... Les rayons existent, mais il ne faut pas mettre trois ou quatre épaisseurs de vêtements entre eux et nous. Il ne faut pas nous présenter à la contemplation du Seigneur avec des idées tou­tes faites : il faut désirer sincèrement, positive• ment, le redressement de tout ce qui n'est pas assez chrétien en nous. Cela ne se fait pas à coups de résolutions, mais à force de fréquenter la compagnie du Seigneur, de la Sainte Famille, de tous les Saints qui ont eu l'esprit du Seigneur. A Nazareth, avec la Sainte Famille, le mieux que nous puissions faire, c'est de rester là, et de subir l'action de cette ambiance. Mais pour cela, il faut y aller avec foi, avec amour, avec une sympathie avide pour chaque personne, pour leurs idées, leurs manières de faire et de sentir. Il faut exposer les nôtres au feu consumant de la Vérité qui en rayonne. Il est vrai, le feu de la Vérité ne rayonne pas toujours la consolation. Les voies de la désolation nous conduisent aussi aux fins voulues par Dieu. Certaines qualités de la prière ne s'obtiennent qu'au prix de douloureuses privations. Tout d'abord, Dieu nous force à pratiquer une prière persévérante, sans dévotion.

Avec le temps, il n'a plus besoin de nous y forcer : quand nous nous sommes détachés du multiple pour nous attacher à l'Un nécessaire, la prière devient un état habituel, et nous goûtons la vraie liberté du coeur. La consolation viendra, sûrement. Quand ? Peu importe ; mais elle viendra. La périodicité existe en tout. Ici, elle joue par une raison d'ordre psychologique et naturel ; puis, c'est un fait d'expérience. Mais il y a une raison théologique : Dieu ne s'amuse pas à nous tourmenter ; seulement, il fait notre éducation d'enfants de Dieu pour nous amener à l'âge adulte et nous faire vivre heureux, selon la vérité et dans la charité (Eph., 4, 14 sv.). Il faut se dire cela dans la désolation. Mais on l'oublie : on redevient des enfants au sens où, selon s. Paul, il ne faut pas l'être, des enfants pour lesquels le petit chagrin du moment est le condensé de tous les malheurs. Des auteurs anciens parlent d'un « sentiment de l'oraison spirituelle ». N'y a-t-il pas là une contradiction ? Ce qui est spirituel ne comporte pas de sentiment. C'est un problème. Des solutions très divergentes en ont été données. A une extrémité se trouve Saint Jean de la Croix : foi, renoncement à tout sentiment, nuit des sens et de l'esprit. Cela veut-il dire qu'il ne faut pas espérer quelque chose qui rende le contemplatif heureux ? Et le bonheur n'est-il pas un ensemble de sentiments ? Certes oui ! Mais par le renoncement. A l'autre extrémité, il y a de faux mystiques : les Euchites pour qui le sentiment est la réalité spirituelle. Tout ce qu'ils éprouvaient, ils le tenaient pour argent comptant, sans discernement.

D'une part, nous devons tendre à cette spiritua­lité de la prière, c'est-à-dire nous détacher de tout le sensible expérimental, et savoir nous en passer, sans croire que c'est le signe d'un mauvais état de l'âme. D'autre part, tout en visant à cet état spirituel, il est humain que nous éprouvions quelque chose dans la prière, parce que nous sommes des esprits incarnés. Mais pour résoudre ce problème pratique, il suffit d'une distinction : il y a un sentiment qui est la répercussion du spirituel, et celui-là est bien désirable. Mais quand l'est-il ? Dans votre vie passée, vous avez éprouvé des « consolations spirituelles ». Pensez-vous qu'elles étaient purement spirituelles ? Ne s'y mêlait-il pas des éléments humains, naturels ? Les personnes qui ne sont pas habituées à la vie de prière, s'il leur arrive de prier quelquefois, peuvent facilement tomber dans l'erreur à ce sujet. Je me souviens qu'un jour, quelqu'un vint avec moi au Sacré-Coeur de Montmartre, par simple curiosité. Forcé par la pluie à rester plus longtemps qu'il n'aurait voulu, il assista au Salut du Saint-Sacrement et il en fut tout ému. Il me dit qu'il n'avait jamais éprouvé pareille « émotion religieuse ». Cette émotion était-elle purement spirituelle ? Quand elle a été passée, cet homme a recommencé à vivre comme auparavant. Il y en a pour qui le Credo est chose étrangère, et qu'une cérémonie d'église fait pleurer. Ils appellent cela « sentiment religieux ». Oh ! un sentiment spirituel est bien autre chose ! « Prier avec sentiment », ce n'est pas rechercher les émotions suscitées par des causes extérieures : des gestes, des chants, des cérémonies, des souvenirs d'une ferveur passée, d'une personne qui nous a portés à la dévotion. Ce n'est pas cela que les anciens moines appelaient « sentiment ». C'est la condition profonde et personnelle de la prière. La routine, dans la prière, tient surtout à l'entourage : on se laisse porter par la communauté. Tandis qu'il faudrait aller à la prière même si l'on est tout seul. Il faudrait que la cause de nos gestes et de nos attitudes fût notre disposition profonde. « Psalmodie du fond du cœur, et ne te contente pas de remuer la langue dans la bouche » (Evagre, Ad Virg., 35). Quel sentiment ? « Une gravité respectueuse. » C'est tout à fait personnel. Cela ne dépend pas de notre « sentiment », au sens de dévotion sentie. On peut être très respectueux dans la désolation totale.

Quel sentiment encore ? La componction. Elle est toujours possible, parce qu'on peut toujours se rappeler les motifs qui la causent. Il faut prendre garde avec une vigilance extrême que la conversation profonde de notre âme et de notre coeur n'ait d'autres interlocuteurs que le Père du Ciel, le Seigneur Jésus, Marie Immaculée, les habitants du Ciel. On peut parler au Seigneur des absents, mais jamais à un absent. Puisque cet absent n'entend pas, il est vraiment absurde de lui parler. Il peut y avoir là un désordre du coeur. L'interrupteur le plus à réprimer est le moi psychique, l'attention à ses désirs, à ses plaintes, à ses complaisances, à ses sentiments et ressentiments. « Prier la tête découverte » (I Corinthiens, 11, 4), au sens spirituel, signifie, d'après les anciens, la liberté d'une âme arrivée à une parfaite familiarité avec Dieu, sans plus aucun empêchement devant lui, et qui lui parle en toute franchise et simplicité. Si l'on cherche la vaine gloire, on ne peut « prier la tête découverte ». D'anciens auteurs mettent les débutants en garde contre une fausse estime des émotions et des larmes ; on y trouve facilement le contentement de soi, et la vanité germe « grâce à cet arrosage ». Rodriguez parle quelque part de novices qui, après avoir versé péniblement quelques larmes, en sont tout fiers, et la fierté est d'autant plus facile qu'on a lu sur le don des larmes les éloges des anciens. Que faire contre ces pensées de vaine gloire ? Rien du tout. Assister en spectateur, et en rire. Si elles poussaient à faire quelque chose dans leur sens, refuser. Mais si elles ne sont qu'un « contentement de soi », laisser passer. Il est probable que jusqu'à la fin, nous aurons des retours de pensées de vaine gloire. Le meilleur moyen de les combattre, c'est de les ignorer. Si vous vous acharnez contre elles, elles renaîtront de votre victoire même. C'est comme un poussah que vous culbutez : il revient toujours sur son séant. Sans métaphore : mieux vaut renoncer à faire votre examen particulier sur la vaine gloire, car le jour où vous constaterez que vous en êtes quitte, vous risquez d'en être envahi ! « L'humilité, disait une bonne âme, c'est une sale vertu : quand tu crois que tu l'as, tu ne l'as plus. »

En cas d'attaque de la vaine gloire, il y a deux choses à faire : d'abord, accepter cet ennui (je suppose que c'est un ennui !) avec patience ; ensuite, faire une cure générale : réformer vos pensées, tâcher de mettre chaque chose à sa place dans la hiérarchie des êtres, et vous habituer à juger selon cette hiérarchie. Dans nos petits milieux, nous pouvons être des personnages. Mais il ne faut pas nous enfermer dans les idées de notre petit milieu. Nous devons vivre dans les espaces infinis de notre Credo. C'est là seulement qu'est notre véritable grandeur. Devant cette magnificence, la vaine gloire apparaîtra honteusement comme un signe de petitesse, d'inintelligence, et d'horizon borné. Un des plus grands hommes de l'antiquité, c'est Hannibal , la grande terreur des Romains : « Hannibal ante portas ». Quelques générations après, Juvénal l'apostropha à peu près en ces termes : « Va donc, espèce de fou, affronter les Alpes... Cela fera plaisir aux gosses et fournira un sujet de déclamation aux maîtres d'école »... Combattre la vaine gloire ? On ne surmonte la vaine gloire qu'en allant jusqu'à la vraie gloire. Quand on ne croit pas en Dieu, on a pour se consoler la vaine gloire. Pauvre Cicéron ! Pour la punition de sa vanité, on a conservé une lettre où il demandait à un historien de mettre dans son récit quelque beau mensonge à son sujet. Herriot a dit : « L'ambition secrète d'un homme politique est de laisser trois lignes dans l'Histoire Universelle ».

Pauvre ambition ! La véritable gloire est celle de Dieu, et pour nous, c'est la gloire d'être enfants de Dieu. Une remarque très importante de s. Ignace, d'ordre spirituel, mental, mystique, est celle-ci : il faut se reposer quand on a trouvé ce qu'on cherche, sans s'inquiéter de passer outre. Les Exercices doivent se faire posément, ou, pour mieux dire, reposément. Il faut qu'à la fin de l'exercice, l'esprit soit encore dispos. Cette remarque n'a pas seulement une importance utilitaire, mais proprement spirituelle. Il faut se reposer là où l'on trouve la satisfaction de son esprit. C'est un repos très efficace. Nous y sommes abouchés avec Dieu : alors se fait en nous un travail profond. Il ne s'agit pas ici de résolutions. Les résolutions sont comme des coups de pioche autour d'une plante ; mais ce repos de l'esprit est une rosée du ciel qui féconde. Vous ne devez pas quitter un goût spirituel que vous n'en ayez épuisé toute la moelle. La joie du Seigneur nous vient dans la prière et par la prière. « Quelqu'un de vous est-il triste ? qu'il prie ! » (Jacques, 5, 13). Le soir du Jeudi-Saint, Notre Seigneur a dit à son Père : « Maintenant, je viens à Toi, et je dis ces choses, étant encore dans le monde, pour qu'ils aient en eux-mêmes ma joie dans sa plénitude (Jean, 17, 13). Voilà le but de l'Evangile : que nous ayons la joie du Christ — la joie de son Coeur, de son intelligence. Pour lui, cette joie pleine était la vision béatifique, et pour nous ici-bas, c'en est cet avant-goût qu'est la vie de foi. Le don essentiel que nous apporte la foi, c'est de voir en tout la paternité de Dieu. Son corollaire est d'imiter Dieu en faisant du bien aux enfants de Dieu. Dieu veut pour nous sa joie plénière. Cette totalité est différente en ce monde et en l'autre ; mais elle est quand même totale dès ici-bas. « La joie en eux-mêmes », dit Notre-Seigneur : qu'ils n'aient pas à la chercher, parce qu'« ils l'ont ». Il faut que nous puissions porter partout avec nous la joie qui nous vient du Christ, et nous passer, le cas échéant, de tout secours extérieur. Toute autre joie manquant, il nous restera celle-là. Et nous en aurons le sentiment par la prière. La joie de la prière peut devenir à certaines heures, une véritable ivresse. Oui, dans la vie des plus humbles gens, des bons pécheurs de Dieu, on trouve des heures de véritable ivresse. Un Juif, Hans Lévi, a écrit un livre intitulé : « Sobre ivresse ». Ce mot, il l'a pris chez Philon. Déjà pour celui-là, telle était l'approche de Dieu. Et dans la vie des grands chrétiens, qu'ils soient ou non canonisés (la canonisation est un accident posthume), il y a eu de semblables moments de béatitude, et pas du tout morbides ! C'étaient souvent des gens de caractère et des réalisateurs. Saint Ignace de Loyola, une force de caractère extraordinaire, versait des torrents de larmes dans la prière parce que son organisme était subjugué par l'invasion de la béatitude. Un tel phénomène ne se produisait pas parce qu'Ignace était plus fort que ses semblables, mais parce que si fort qu'il fût, il était faiblesse devant Dieu. Et son contemporain, Philippe de Néri, le saint « joyeux » par excellence, fondait en larmes en célébrant la sainte Messe. Ne pas dédaigner ces moments. Un seul vaudrait toute une vie de peine et de sacrifice. Son souvenir peut transformer une existence... Présence de Dieu. Dieu à moi présent.

Tout ce qui est factice, tout ce qui a une paille, tout ce qui n'est pas de bout en bout vrai, tout cela cassera au premier choc de la réalité. Le moyen d'être le même, d'une seule tenue, au prie-Dieu et après déjeuner, ce ne peut être que la persistance d'un sentiment dominant tous les autres. Non pas une pensée abstraite, parce qu'elle n'a pas assez prise sur la vie et sera vite submergée, éliminée ; non pas un sentiment « pieux », parce que la grêle des petits événements terre à terre aura tôt fait de le refroidir ; mais la conscience tenace d'une omniprésence réelle, actuelle, attentive, prépondérante sur tous les phénomènes passagers : « Les choses visibles sont passagères, mais l'Invisible est éternel » (Cfr. II Cor. 4, 18).
Notes

(1) Matth., 6, 31.
(2) Philippiens, 3, 13.
(3) Antirrhétique, Acédie, n. 10. Voir Penthos, p. 96.
(4) Voir Penthos, p. 11.
(5) Exhortatio ad Virginem, Ed. Gressmann, p. 146-151, n. 35.
(6) EVAGRE, Traité de l'oraison, ch. 6 ; Leçons d'un con templatif, p. 20.
(7) Ibid. ch. 148 ; éd. cit. p. 180.
(8) Luc, 18, 11.
(9) Leçons..., p. 46. VI

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