| Qui
mange ma chair et boit mon sang demeure en moi et moi en lui
(1)
Ainsi disait Jésus.
Or, Jésus qu’est-il, sinon celui qui s’affirme
Dieu, quand, face aux Juifs qui, pour cela même, veulent
le lapider, il répond ; Moi et mon Père, nous
ne sommes qu’un (2)
Celui qui, en ce moment,
vit dans ma poitrine, c’est don lui, un Dieu ; c’est
mon Dieu. Un Dieu est en moi, et moi, je suis en Dieu…
Est-ce possible ? Est-ce vrai ? Oui, c’est possible;
ma foi me le répète à satiété,
et il n’y a rien de plus vrai que cette vérité-là
(3)
Ce Dieu qui est en moi,
je puis et je dois, à tous les titres, l’appeler
mon Dieu, un Dieu qui est mon Dieu à moi… Et
c’est cette pensée-là, la pensée
d’un Dieu, et de mon Dieu, en moi qui, en ce moment,
m’arrache à moi-même et m’abîme
en lui.
O mon Dieu ! .. Qui
puis-me vous dire, en ce moment, que puis-je vous exprimer
avec plus de respect, de crainte et d’amour, à
la fois, que ce cri de mon âme : Mon Dieu !..
Je m’oublie totalement,
à l’extrême où une créature
peut perdre le sentiment d’elle-même, pour penser
à mon Dieu, pour y croire, pour m’y a attacher
exclusivement, en cet instant, le plus sacré de ma
journée, lorsque conscient de votre présence
en moi, je ne sais que vos dire : Mon Dieu !… Mon Dieu
!
Que s’éloignent
donc de moi, à cette heure, toutes autres pensées,
tous autres soucis, tracas, peines et joies elles-mêmes
; qui fuient, loin de mon cœur, souvenir agréables,
délectations légitimes, satisfactions permises
; que le silence de toutes choses envahisse mon être
; que mes puissances intimes des taisent et se recueillent
!
Je suis
en Dieu, Dieu est en moi… Mon Dieu !.. Oui, je crois
que vous Êtes là, dans ce fond très intime
de mon être…Mon Dieu !
Je possède Notre
Seigneur Jésus-Christ en moi ; sa chair me nourrit,
son sang m’abreuve, son âme s’unit si profondément
à la mienne; sont humanité se fond en mon humanité,
un peu comme une cire qui en s’échappait se même
à une autre cire. Mais cette humaine sacrée,
c’est celle du Verbe, du Verbe qui était au commencement
(4) ; c’est celle de Dieu, du Dieu, que j’adore
dévotement, Dieu caché.. Mon Dieu !…
Mon Dieu !… Que
puis-je dire de plus ? Je suis devant vous sans voix ; car
je suis en vous, et vous êtes en moi ; votre silence
s’impose irrésistiblement à mon âme.
Quand l’éclair
illumine le monde, précédant d’un instant
le tonnerre, la terre s’émeut et tremble (5)
.Ici, c’est le calme absolu, c’est la douce
paix, celle que vous êtes Seigneur (6)
; c’est le silence impressionnant, qui marque toute
manifestation de vote amour. Lumière de Lumière,
vous pénétrez les dernières fibres de
mon être entier, sans eu mes ténèbres
y fassent obstacles. Mon Dieu!..
J’adore
en vous la splendeur de la lumière éternelle,
le miroir dans tache de la majesté de Dieu et l’image
de sa bonté (7). Et je
ne suis pas ébloui, je ne devins pas aveugle ; au contraire.
Je me sens dans le rayonnement de la vie éternelle,
celle qui s’échappe à profusion, de l’éclat
sans pareil de votre visage, brillant comme le soleil, quand
il darde à midi (8) ;
je suis enveloppé de la fulgurante neige de votre vêtement,
et comme et dans la nuée divine de l’Esprit,
où va parler votre Père (9)…
Mon Dieu !…
Oui,
c’est une grande vision dont je jouis en ce moment,
quelques chose de celle qui reste la fin de ma rédemption,
au jour où je vous contemplerai, enfin, face à
face, dans votre gloire, qui sera la mienne. Ici , toute est
dans la foi, dans l’espérance ; tous est amour
secret (10) et brûlant
aux entrailles de mon âme. Je ne puis en parler ; vous
le voulez, jusqu’à ce que vous ressuscitiez en
moi, au jour de votre dernière triomphe.(11)
Mon
Dieu, mon Dieu !… Je me tais, j’impose silence
même à mes facultés, à ma mémoire,
à mon imagination, à mes raisonnements…
Mon amour seul, en paroles inexprimables, vous parle au tréfonds
de mon cœur : il ne sait que vous dire ; Mon Dieu ! ...
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