Sixième
Partie- O Mes Trois
Je
me livre à vous comme une proie.
Dieu
se donne à moi : n’est-ce pas justice que je
me donne à lui ? Il se donne toute entier, Père,
Fils, Esprit-Saint ; il se livre en Jésus –Hostie,
dans l’humanité sacrée du Verbe, sans
réserve, gratuitement. N’est-il pas parfaitement
équitable que je m’abandonne, en plénitude,
à celui qui se donne cœur que je me donne, à
mon tour ?
Seigneur
Jésus, daignez donc, en cette heure bénie de
ma journée, daignez vous faire le prêtre de mon
oblation! Tout à l’heure, au moment solennel
du sacrifice, vous m’avez emporté, avec vous-même,
sur l’autel sublime du Verbe que vous êtes, vous
m’avez introduit dans le sein du Père pour m’y
cacher à jamais et me rendre participant des complaisances
que la Trinité sainte prend en vous. Celle-ce n’attend
plus en moi que la réciprocité d’un amour
que, par l’Eucharistie, vous confondrez s volontairement
dans le vôtre. Je désire devenir la proie de
son amour, la proie qu’elle daignera saisir, pour se
l’assimiler, condition suprême de mon bonheur
sa fin.
On
ne peut se donner à Dieu, un et trine, que par votre
sacrifice éternel. Par vous, je me donnerai au Père
: avec vous, je me lierais à son Verbe; en vous, je
m’abandonnerai à l’Esprit de l’un
et de l’autre, votre amour.
Père, mon Père à moi, je suis votre toute
petite créature, celle à qui vous daignez demander
son amour. Le don inénarrable (1),
que vous lui faites en Jésus-Hosties, en reste la preuve
la plus évidente autant que la plus touchante. Votre
Cœur, si délicat, supposer bien que je l’aime
compris et, qu’en retour, je ne puis vous dire plus
sincèrement mon action de grâce qu’en me
livrant à vous.
Je
le sais trop, et l’expérience me l’a confirmé,
vous aimez tant qu’o s’abandonne ! L’abandon,
n’est-il pas la forma plus authentique de l’amour
? Il semble bien que s’abandonner, c’est donner
tout, c’est se séparer de soi-même, c’est
se laisser prendre et prendre sans retour.
N’est
ai-je, dure reste, tout à gagner ? L’Enfant que
sa mère prend dans ses bras, qu’elle presse sur
son cœur où elle le garde jalousement pour le
réchauffer de son amour, n’est-t-il pas le plus
heureux de tous? Que peut-il craindre là? Plus rien.
Son sort est lié, désormais, au sort de celle
qui le porte : c’est son plus grand, c’est son
unique trésor. Elle ne le lâchera jamais.
Père,
je me livre, je m’abandonne ainsi à vous, comme
si j’étais Jésus lui-même. Vous
le savez bien ; je suis devenu tout sien, puisque par sa chair,
son sang, son âme, sa divinité, il est devenue
tout mien.
.
Saisissez votre pire arrachez-la à elle-même;
rompez tous les fils qui la rattacheraient encore à
quelque créature. Vous avez tous les droits ; car,
vous êtes mon Père, en Jésus votre bien-aimé.
Verbe de Dieu, je m’abandonne à vous aussi. Aigle
divin, fondez sur votre proie, facile puisque vous la possédez
déjà par votre Eucharistie. Elle le désire
tant ! faits mourir en elle, ce qui est encore charnel, terrestre,
humain. Vous êtes descendu jusqu’à moi
pour me transformer, me changer en vous. Saisissez-moi, enlevez-moi
à moi-même, pour que m’élevant de
vous, cette chair que je suis se spiritualise de plus en plus
en imitant votre nature; c’est-à-dire que mon
être réalise, enfin l’idée que vous
êtes de moi, dès l’Éternité
; idée que fut et qui reste éternellement en
vous, quand le Père vous engendre. Que mon être
réalise ce plan ineffablement beau de ma prédestination,
conçue en votre pensée que contemple et aime
votre Père dans les cieux, souhaiter cette grâce,
n’est-ce pas aspirer à toute sainteté?
Esprit-Saint,
Amour infini du Père et du Fils, je m’abandonne
à vous aussi, comme une proie d’amour, je me
laisse faire par vous, vous surtout ; car, vous êtes
la Charité divine, sans laquelle je ne puis être
l’enfant du bon Dieu. Je m’abandonne à
l’amour. Qu’il accomplisse sa volonté en
moi, sur la terre comme au ciel ! Qu’il m’introduise
et me garde au sein de Père et du Fils ; que là,
il me serre dans l’étreinte de la divinité
pour me fondre en l’unité, dernier mot de toutes
choses !
O
mon Dieu, Trinité que j’adore, je m’abandonne
à votre action par Jésus-Hostie, avec lui et
en lui. Je sais que c’est là votre honneur et
toute la gloire que je puisse vous rendre. Je la cherche,
je la veux, maintenant et toujours, aux siècles des
siècles. Ainsi soit-il.
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