Les quatorze chapitres qui composent ce livre ont paru en presque totalité dans la Vie Franciscaine, revue mensuelle du Tiers-Ordre el des Missions franciscaines, publiée par les Frères Mineurs de la Province de France, durant l'année 1926; mais antérieurement, ils avaient été donnés en instructions catéchistiques à trois auditoires différents à quelques années d' intervalle ; c'est même l'intérêt qu'ils avaient obtenu comme instructions qui a suggéré la pensée de les rédiger en articles.
L'entreprise pouvait paraître ardue el même imprudente de mettre à la portée d'un public étendu les difficites enseignements de la théologie concernant Notre-Seigneur Jésus-Christ, sa Personne, sa Fonction et son Œuvre. Nous ne devions pas espérer trouver dans notre auditoire la préparation technique assurément désirable; mais le sens chrétien, les facultés surnaturelles d'âmes baptisées et pieuses ne suppléeraient-elles pas celle préparation? Grâce à Dieu, celle espérance n'a pas été déçue et nous avons trouvé parmi nos lecteurs l'attention intelligente et bienveillante que nous avaient accordée nos auditeurs. C'est' à leur sollicitation que nous réunissons ces articles en volume.
Nous les reproduisons sans modifier leur structure, malgré le reproche que s'attirera celle manière de faire. Nous avons bien vu qu'elle entraînait des redites : la réunion en un volume semble rendre inutile, en effet,
la mise en place dans l'ensemble de chaque sujet particulier, que la séparation en articles exigeait pour la continuité de l'intérêt et l'intégrité de l'enseignement. Mais ce reproche est plus spécieux que fondé; dans une telle matière, les répétitions ne sont jamais inutiles, inculquant des vérités difficiles au sens humain, montrant d'un point de vue changeant l'unité et la complexité de la doctrine.
Aux onze chapitres publiés par la Vie Franciscaine, le présent volume ajoute trois chapitres sur la connaissance et l'imitation de Notre-Seigneur. Ils exposent les conséquences pratiques immédiates de la doctrine franciscaine de l'Incarnation.
Nous avons conservé au livre le litre antérieurement imposé à la série des articles : Le Christ de l'âme franciscaine.
Nous n'avons pas cru qu'il nous fût interdit de déterminer par ces deux mots l'angle doctrinal auquel nous nous sommes placé dans notre élude, plus qu'il ne l'a été à l'éditeur d'un livre paru sous ce litre similaire : Le Christ d'après saint Thomas d'Aquin. Il est clair pour tout esprit de bonne foi que le divin objet n'est pas changé par le point de vue dominicain ou franciscain d'où il est contemplé : Il reste le Christ de toute l'Eglise : l'âme franciscaine, selon le motd'ordre du séraphique Patriarche, ne veut être, ne doit être que chrétienne, et s'il se peul meilleure chrétienne.
Cependant, il existe une doctrine franciscaine du Christ qui, pleinement conforme à l'enseignement de l'Eglise et à cause même de celle plénitude de conformité, dépasse la doctrine de certaines autres écoles théologiques; non dans ce que la nôtre af firme aussi, mais dans ce qu'elles nient, contestent, mettent en discus sion. Conduits, croyons-nous, par une plus complète appréciation du « dessein d'amour de notre Père des cieux » 1 , par une « intelligence plus compréhensive de la charité du Cœur de Jésus » 2 , nos théologiens ont accepté ce principe que dans la louange du Christ et de sa Mère, comme il est impossible d'excéder, il vaut mieux dire plus que moins. Ils sont parvenus ainsi à une science du Christ où rien de ce qu'enseignent l'Ecri turc et les Pères n'est sacrifié aux exigences logiques d'un système humain, où toutes les acquisitions de la pensée chrétienne sont pieusement accueillies, recueillies, coordonnées, synthétisées dans un ensemble plus digne de Dieu notre Père et de son Fils Jésus.
Guidés par les deux maîtres de la pensée franciscaine, saint Bonaventure et le bienheureux Jean Duns Scot, éclairés par les commentaires de leurs émules et de leurs disciples, nous avons essayé d'instruire nos lecteurs louchant Jésus-Christ et Jésus-Christ crucifié; mais aUssi selon les vues particulières non point encore une fois restrictives mais plénières convenables aux enfants du Stigmatisé de l' Alverne dont la devise répond pleinement au mot d'ordre de l'Apôtre : « A Dieu ne plaise que je me glorifie sinon dans la croix de Jésus » 3 .
Celte intention suf fil à justifier notre litre : Le Christ de l'âme franciscaine.
Notre but toutefois étant d'édification et non de spéculalion ou de polémique, nous épargnons à nos lecteurs les discussion,s d'écoles qui sont plus propres à fomenter des disputes qu'à avancer l'oeuvre de Dieu 4.
D'autant plus que nous ne faisons pas honneur à nos Maîtres de joui l'enseignement de l'Eglise, comme s'ils avaient seuls inventé ou compris le Credo. Leur première gloire est d'être dociles à la Foi. Nous n'envoyons pas non plus nos lecteurs consulter (par un étalage d'érudition qui pourrait sembler dérisoire à leur simplicité) les inabordables infolio latins des théologiens 5. Mais nous indiquons toujours fidèlement, selon notre capacité, les passages des Evangélistes et des Apôtres qu'ils peuvent trouver, pour les lire et les méditer plus à loisir et à preil, dans un Nouveau Testament, dans un Manuel du chrétien. Il serait même très bon qu'ils acceptassent de s'y astreindre. « Ignorer les Ecrilures, dit à peu près saint Jérôme, c'est ignorer le Christ ». Noire travail leur serait alors un guide dans celte lecture, et n'eût•il d'autre résultat ce résultat serait appréciable et excellent. Car la « Parole de Dieu écrite est comme un autre Saint Sacrement » 6 , par lequel nous pouvons communier au Verbe de Dieu et à la Vie divine c'est-à-dire, pour revenir par là à l'énoncé de notre sujet : « à la connaissance de Notre-Seigneur Jésus-Christ ».
Nous sollicitons humblement qu'on nous fasse crédit de notre bonne volonté d'orthodoxie. Nous n'avons d'autre souci et d'autre honneur ici-bas que d'être un fidèle et docile enfant de la sainte Eglise catholique romaine. Il semble à noire simplicité que le témoignage en est clair dans ces pages. Si malgré notre vigilance, nourrie de prière et d'élude, une expression, une idée nous était échappée qui ne fût pas pleinement conforme au véridique enseignement de celle Eglise, sans partipris d'école, nous la désavouons et la condamnons selon qu'elle mérite de l'être.
Les gens du métier savent que la doctrine de l'Incarnation est traitée dans le commentaire du III e Livre des Sentences, par tous les scolastiques.
Mais si notre dessein d'ouvrir à nos frères les trésors de leur croyance ne fut pas téméraire; si par noire modeste apport ci l'instruction de la foi, quelque âme connaît mieux, aime davantage, sert plus diligemment Notre-Seigneur Jésus-Christ, qu'elle daigne en rendre le mérite à sa divine grâce et recommander à sa miséricorde l'auteur de ce petit travail.
Ajoutons ce conseil :Nul ne vient à Jésus qu'attirés par sa grâce, nul ne peul le connaître qu'éclairé au dedans. N'abordons pas celte élude dans un esprit de curiosité scientifique, mais dans un esprit de piété, d'humilité, de soumission 7 .
D'un coeur docile et pieux, invoquons l'Esprit Saint par l'intercession de Marie : Pour vous l'onction que vous avez reçue (du Père) demeure/en vous et vous n'avez pas besoin que personne vous enseigne; mais comme son onction vous enseigne sur toute chose, cet enseignement est véritable et n'est point un mensonge 8 . Ainsi parle l'Apôtre bien-aimé pour nous encourager dans la méditation des vérités de noire foi. Il entendait résonner dans son coeur la promesse de son Maître : L'Esprit de vérité que mon Père vous enverra en mon Nom vous enseignera toute chose et, vous remémorera tout ce que je vous ai dit 4 .Il nous dit au même endroit : « Nous savons que le Fils de Dieu est venu et qu'il nous a donné l'intelligence (littéralement : un sens nouveau) pour connaître le vrai Dieu; et nous sommes en ce vrai Dieu, étant en son Fils Jésus-Christ : c'est lui qui est le Dieu véritable et la vie éternelle 9 ». N'est-il pas encore le fidèle écho de la parole divine : « La vie éternelle est de vous connaître, vous le seul Dieu vrai, et Celui que vous avez envoyé Jésus-Christ... 10 »
Forte de ces assurances, l'âme fidèle a le droit d'espérer que la grâce fécondant son désir et son effort, la vérité révélée lui sera une nourriture de vie et non un piège, qu'il s'agisse de s'en sustenter elle-même, ou de la distribuer d ceux qu'elle a reçu mission d'instruire et d'édifier.
Nous n'avons pas eu d'autre espoir dans noire travail. Daigne leur divin Maître bénir l'humble écrivain et ses diligents et pieux lecteurs 11 .