Nous donnons aujourd'hui seulement cette deuxième Série des sujets d'adoration, extraits des écrits du T. R. P. Eyrnard (1). Nous nous étions promis de les produire plus tôt : les cruels événements qui, depuis un an déjà, remplissent de deuil notre patrie, nous en ont empêchés.
Nous ne répéterons pas ce que nous avons écrit en tête de la première série. Ces sujets de méditation sont comme la quintessence de la prédication du Père Eymard. Ils sont, ou bien extraits de ses notes manuscrites, ou bien la reproduction de notes prises au courant de la parole pendant que le Père prêchait.
Ils ont besoin d'être développés dans l'adoration aux pieds de Notre-Seigneur. Comme on l'a bien dit, le Père Eymard semble ne parler que par axiomes : il ne développe pas ; il ne s'arrête pas à prouver ; il énonce ; on croirait qu'il reçoit directement de l'Esprit-Saint tout ce qu'il dit, et qu'il n'a qu'à le transmettre fidèlement en l'appropriant à notre intelligence. Il avait reçu une mission du précurseur du règne de l'Eucharistie, il a tracé le plan et jeté les fondements d'une dévotion à l'Eucharistie, qui embrasse toute l'existence, qui soit le mobile dominant et le but suprême de la vie chrétienne : le bon Dieu lui a permis d'établir dans l'Église une société religieuse qui, par ses diverses branches, réunissant tous les états et toutes les conditions, tend à réaliser ce grand oeuvre du règne du Très Saint Sacrement dans les âmes et dans les sociétés humaines. Quand nous aurons publié ce que nous avons encore de lui (2), on verra que le P. Eymard a indiqué tous les points de la dévotion eucharistique, qu'il l'a traitée sous tous les aspects ; son oeuvre est admirable d'unité, bien qu'elle présente une foule de points de vue divers. Pour ce prêtre de l'Eucharistie, le Saint-Sacrement est tout : il est le Sacrifice par excellence, le Sacrement d'amour, la source de la sainteté, le but de la perfection chrétienne, l'aliment de la piété dans le monde, et le soutien en même temps que le modèle de la vie religieuse :
il est la paix des familles et le remède social ; le Saint-Sacrement est tout : Omnia et in omnibus Christus 3.
Ce volume contient plus de vingt méditations sur la sainte Communion. On y trouvera un directoire pratique pour se préparer à la Communion et pour faire l'action de grâces. Nous y avons joint plusieurs méthodes qui aideront à bien entendre la sainte Messe : il nous semble que c'était leur place, la Messe servant d'unique préparation à beaucoup de fidèles à qui les soins d'une famille ou des occupations impérieuses laissent à peine quelques moments libres.
La Communion est ensuite considérée dans sa beauté et sa bonté ; le Père nous montre comment elle nous relève, nous ennoblit, nous fait monter à une vie divine, à l'union avec Dieu.
L'union de vie, de pensées, de sentiments, de jugements avec Jésus-Eucharistie, l'union constante, inséparable, voilà bien le but de toute la direction du Père Eymard. Et nous n'avons pas cru mentir au titre de ce volume, en y insérant ce que nous avons trouvé, dans le Père, de plus expressif sur la vie d'union.
De la Communion sacramentelle nous passons, en effet, sans secousse et par une pente toute naturelle à la communion spirituelle. La vie chrétienne doit être une communion perpétuelle. Le matin, chaque matin autant que possible, nous venons à la Table sainte prendre l'aliment de l'Union à Notre-Seigneur, ce qui en fait la force et la douceur : il faut que notre Communion se prolonge dans la journée ; que sa bénigne influence nous domine, nous suive et nous mène jusqu'à la Communion suivante ; il faut vivre dans une atmosphère de communion. Croire que la Communion se termine avec l'action de grâces de quelques instants que l'on fait à l'église, c'est ne pas bien comprendre les intentions de Notre-Seigneur. Il nous donne son Corps à manger et son Sang à boire : le moment de ce festin divin est le plus beau, le plus doux de la vie sans doute, mais ce n'est qu'un moment. Que faut-il faire ? Il faut prolonger les effets salutaires de la Communion. Quand le Corps de JÉSUS-CHRIST a cessé d'être en nous, son Esprit nous reste ; le Père y est aussi ; il y est parce que nous aimons son Verbe ; la Trinité sainte habite en nous et se manifeste en nous avec plus d'amour, elle nous sanctifie avec plus de force. L'Eucharistie est une nourriture, ses effets doivent s'étendre au-delà de la manducation ; et comme l'aliment de la vie naturelle, après qu'il a été pris et consumé, nous soutient, nous fait vivre d'une vie plus forte, par la fraîcheur et la vitalité qu'il rend à notre sang, ainsi la Manne des cieux doit nous soutenir, nous faire ressentir ses effets divins, longtemps encore après que nous l'avons mangée : notre âme s'en est engraissée, elle doit en être plus forte et plus alerte au service de Dieu. Pour tout dire, la vie chrétienne nous paraît se resumer en ces deux termes : communier au Corps de JÉSUS-HOSTIE, et vivre d'union à l'Ame, à l'Esprit de JÉSUS-CHRIST ; et la Communion qui n'est pas suivie de la vie d'union à Notre-Seigneur, ne produit point ou produit peu de fruit.
Le fondement de la vie d'union est l'état de grâce, et toute âme enrichie de la grâce sanctifiante est une branche unie au cep divin, nourrie de la sève de l'Esprit-Saint ; la charité suffit à faire de nous ses temples et les membres vivants de JÉSUS-CHRIST. Mais l'état de grâce, comme toute habitude, a besoin, pour se conserver et pour croître, d'un aliment et d'un exercice. Cet aliment et cet exercice sont dans l'union actuelle, dans les aspirations de chaque instant ; les actes d'amour multipliés, les regards enflammés sur le Bien-Aimé sont la force de l'état de grâce, la garantie de sa durée et l'assurance de ses fruits. Sans l'union renouvelée souvent, rendue vivace et effective par la communion spirituelle, l'état de grâce languit, il ne produit rien ; et, avec ce fonds surnaturel si riche, puisqu'il est Dieu lui-même, le Saint-Esprit et tous ses dons, on ne rend que des fruits naturels.
Que d'âmes vivent pures de péché mortel, sont par conséquent la demeure de l'Esprit-Saint, peuvent se servir de lui pour mériter des trésors infinis de grâces, et le laissent inactif, et ne se doutent pas de ce qu'elles possèdent et de ce qu'elles sont par lui !
Cependant l'Esprit de Dieu est actif de sa nature ; il nous inspire de continuels mouvements d'amour ; les écouter dans le recueillement, y correspondre par un acte du coeur et de la volonté, c'est vivre d'une vie céleste, angélique, de la vie de Dieu même.
Dans la Trinité , le Père connaît son Fils et l'aime d'un amour incessant, continu, infini ; l'âme de JÉSUS-CHRIST, pendant la vie mortelle du Sauveur, était continuellement fixée en la Divinité , qu'elle voyait sans voile : l'Esprit-Saint l'assistait, et lui inspirait à tout moment les actes de l'amour le plus héroïque pour nous, et du dévouement le plus absolu pour la gloire de son Père.
La très sainte Vierge, dès le premier instant de sa conception, fut prévenue des douceurs de la bénédiction céleste, et chacune des minutes de sa vie fut marquée par un acte d'amour et du don de tout elle-même à Dieu.
Et saint Paul , pressé par les inspirations incessantes, ardentes et consumantes de l'Esprit de Dieu, s'écriait incapable de supporter leur violence sans mourir : Charitas Christi urget nos ! L'amour de mon Dieu me presse et m'étreint !
Tels ont été tous les saints : leur vie n'était qu'une suite non interrompue d'actes d'amour, toutes leurs actions un hommage à la volonté divine ; ils entretenaient une conversation continuelle avec Dieu présent en eux.
C'est là qu'il en faut arriver, quand on a le bonheur de communier souvent ; bien plus, c'est l'obligation de tous les chrétiens ; car si le Saint- Esprit, si la très sainte Trinité est en eux, ils ne peuvent négliger un si grand trésor, un moyen aussi puissant de sanctification, sans se causer le plus grand préjudice. Quand on pense que ces actes d'amour inspirés par l'Esprit-Saint au coeur fidèle, à chaque instant du jour, au milieu de toutes les occupations de la vie la plus laborieuse, sont des actes dignes du ciel, qu'ils augmentent notre gloire, et qu'ils brilleront à notre couronne comme des perles étincelantes, comment négliger d'écouter la voix de l'Esprit sanctificateur, comment ne pas se dévouer à la vie d'union ?
On verra ce que dit le Père Eymard de l'habitude du recueillement et de la prière qui est, avec l'état de grâce, la condition essentielle de l'union à JÉSUS-CHRIST. Et, qu'on veuille bien le remarquer, ces enseignements ne s'adressent pas seulement à des religieux ou à des religieuses abrités derrière le cloître, et voués par état à la vie de perfection. Le Père prêchait publiquement, et les fidèles recevaient ces instructions, qui s'adressaient à eux aussi bien qu'aux religieux présents.
Aussi, nous offrons ce volume à toutes les âmes pieuses qui prient, font la communion et visitent le Très-Saint-Sacrement. Elles sont nombreuses dans l'Église ; elles sont la fleur des bonnes oeuvres dans le monde
Et ces vierges chrétiennes à qui Notre-Seigneur n'a pas donné l'attrait de la vie religieuse, ou qui, l'ayant reçu, ne peuvent y répondre pour des raisons qui s'imposent à leur volonté et sont plus fortes qu'elle, ne doivent-elles pas vivre d'amour et d'union à leur Bien-Aimé ? Les attraits sont divers ; et le Seigneur, à côté des fleurs qu'il cultive avec un amour privilégié dans le parterre retiré de la vie monastique, a d'autres fleurs également pures et belles, qui lui plaisent dans le monde ; vrais lis entre les épines, qui exhalent un parfum de sacrifices, de combats soutenus et de victoires remportées, bien dignes de son regard et de son coeur ; anges de Dieu qui vivent dans le monde et ne sont pas du monde ; vivants témoignages que la grâce divine sanctifie les âmes comme il lui plaît et où il lui plaît.
Ce livre conviendra aussi à ces chrétiennes mères de famille qui élèvent leurs enfants pour le bon Dieu, et savent que leur tâche consiste à faire d'eux de nouveaux JÉSUS-CHRIST : pénétrées des pensées qu'il renferme, elles porteront leurs enfants à la dévotion envers le Très-Saint-Sacrement, à la communion fréquente ; elles les élèveront dans la pensée de l'Eucharistie, source de la pureté, de la sainteté, du courage et de l'honneur.
En un mot, nous offrons ces pages à quiconque veut vivre pieusement et se sanctifier, quels que soient son état, ses occupations et ses travaux. Le recueillement en la bonté de Jésus-Eucharistie s'allie à tout, il ne gêne rien que la paresse spirituelle : et nous ne comprendrions guère que l'on travaillât moins activement, que les labeurs de l'esprit ou des mains fussent moins parfaits pour les avoir offerts à Notre-Seigneur avant de les entreprendre, et pour avoir, en les faisant, renouvelé ce don avec plus d'amour encore.
Mais qu'on ne se méprenne pas sur la portée de ce volume ; ce n'est pas un traité de la vie intérieure. Il n'en touche qu'un côté, la Communion et le recueillement. De plus, ces méditations n'ont entre elles d'autre suite, que de traiter de sujets réunis par une certaine analogie ; telle méditation peut expliquer la précédente et en faire mieux comprendre le sens ; aucune n'est cependant le développement rigoureux et logique d'une autre.
Nous espérons que les âmes de prière goûteront les considérations du Père Eymard, si pleines d'amour, et ses conseils, dictés par une expérience consommée des voies de Dieu : elles y trouveront, nous aimons à le croire, quelques lumières pour leur direction spirituelle. Ce que nous voudrions par-dessus tout, c'est qu'elles comprissent bien que, pour se sanctifier, il faut vivre de l'Eucharistie, vivre pour l'Eucharistie, et que la sainteté ici-bas n'est que la Communion sacramentelle et spirituelle à Jésus-Hostie ; comme la béatitude au ciel n'est que la communion à JÉSUS-CHRIST glorieux.
Références
1. Béatifié le 12 juillet 1925 par S. S. le Pape Pie XI.
2. Ont déjà paru, outre la lre et la 2e série, la 3e : Retraites aux pieds de Jésus-Hostie ; un Mois de Marie de Notre-Dame du Très-Saint-Sacrement ; et un Mois de Saint-Joseph. Nous publierons encore deux ou trois volumes des écrits du P. Eymard.
3. coloss. in, 11. |