Prêtres du Monde

+ Sr Denise Christiaenssens

Ermite de la croix o.f.s.

Dans le diocèse de Rimouski.

Ermite franciscaine consacrée par voeux
public  par Mgr. Bertrand BLanchet 2007

Maintenant sous obéissance de  Mgr Pierre André Fournier  et ami de ma famille depuis quelques années

-Ma consécration est pour ma famille
-mes prêtres vivants ou décèdés du monde
-toute personne qui fait une demande

J'ai déménagé et Tellus ne donne pas le service, donc j'ai donc changer d'adresse  de @

voici la nouvelle

 

 

ermitedelacroixofs@live.ca

Livre d'or-Un petit mot fait du bien et cela vous permet aussi de lire les commentaires des gens.  Ne laissez pas de message personnel s.v.p.
  Donnez moi votre url et @ pour que je puisse vous répondre
DU COMITÉ DIOCÉSAIN
DU MINISTÈRE PRESBYTÉRAL

AS-TU DÉJÀ PENSÉ À
DEVENIR PRÊTRE?


LE GRAND SÉMINAIRE, ÇA TE DIT QUELQUE CHOSE ? OUI REGARDE LE LIEN PLUS BAS
Titre de la série :
Les Prêtres- la vie au quotidien
Titre de la page:

Menu- Préface

Nom de l'auteur:
Mgr Georgres Gilson Évêque du Mans
2ième édition 8milles exemplaires

© Desclée de Brouwer, 1990
76 bis, rue des Saints-Pères,
75007 Paris
ISBN 2-220-03159-4

Achevé d'imprimer le 20 octobre 1990
dans les ateliers de Normandie Impression s.a. à Alençon (Orne)
pour le compte des éditions
Desclée de Brouwer.
Dépôt légal : octobre 1990.

Imprimé en France

Au cardinal François Marty qui déclarait le 18 février 1981
alors qu'il quittait son ministère parisien :
« Je vous confie le Concile... »

Avec ma vive gratitude
Lettre
Critique de Mgr.Georges Gilson évêque français, pour dans l'Église Canadienne.

Mgr Georges Gilson, évêque français, s'adresse aux prêtres de son diocèse, Le Mans. Il leur parle d'eux-mêmes, de leur engagement pastoral comme de leur vie personnelle, avec les défis et les enthousiasmes qui leur sont proposés et avec les inquiétudes qu'ils portent. La vie au quotidien, lit-on en sous-titre. Une réflexion concrète, très concrète même, richement nourrie à la sève de Vatican II.

Mgr Gilson fait une bonne analyse de la situation actuelle des prêtres de France, avec une attention spéciale pour ceux du Mans. Sur beaucoup d'aspects, les prêtres d'ici se retrouveront. Les mêmes questions peuvent se poser sur ce qui est vécu chez nous. Les diagnostics de là-bas éclairent ceux d'ici. Les pistes d'avenir pourraient se ressem­ bler. De tous les livres parus dernièrement sur la vie du prêtre, cet ouvrage est l'un des plus pertinents, sinon le meilleur. A conseiller non seulement aux prêtres et aux évêques, mais aussi aux laïcs qui portent avec eux le souci de nos Églises locales.

Denis Gagnon, O.P.
Introduction

Vendredi saint 1990

C'est la coutume. Dans la vieille cité mancelle, les chrétiens de la cathédrale et les paroissiens des églises environnantes font une marche de la Croix. Marche silencieuse dans les rues étroites aux pavés bossus. Des hommes portent une longue croix de lourd bois. Plusieurs centaines de fidèles montent ainsi vers la première église du diocèse, plantée au sommet de la ville. L'évêque et les prêtres sont au milieu d'eux.

Et tous les autres habitants ?

La question, ce soir, ne m'a pas quitté pendant tout l'office. Elle est lancinante. Elle est crucifiante. Oui,

où sont toutes celles et tous ceux, très nombreux, qui s'endormiront en cette nuit du grand silence ? Ils auront regardé la télévision et auront été submergés par les spectacles d'un monde bousculé... Ils ne sauront rien du récit de la Passion du Fils de Dieu. La Croix, au Golgotha ! L'office est terminé. Les croyants, avec une rare intensité spirituelle, ont vécu la grande Liturgie. Ils sont, eux aussi, rentrés chez eux.

Et les autres habitants de la terre ?

Je ne peux effacer cette question de mon esprit. Elle est inscrite comme une blessure. Jusqu'à l'angoisse.

L'angoisse de l'apôtre. Elle fut celle de Pierre et de Paul. Elle est celle des prêtres, de tous les prêtres. Car ils ont été saisis par la tendresse de Dieu, la beauté de la création, la grandeur de l'humanité et son drame. Ils ont appris de Dieu à aimer. Ils ont reçu le message évangélique. Or la distance entre ce message de paix et de fraternité, de vie et d'éternité, et le grand silence de l'immense foule, apparemment enfermée dans l'indifférence, est pour eux Gethsémani. Dans la lumière pascale ! Eux pour qui la clarté de Pâques illumine d'une beauté éblouissante le chemin des hommes (cf. Luc 24).

Amis lecteurs, si vous comprenez cela, alors je me réjouis que vous ouvriez ce livre et que vous preniez connaissance des pages qui suivent. Sinon, vous ne pourrez rien comprendre à la vie des prêtres de France.

Car c'est des prêtres que je veux parler. Des prêtres et des évêques. Pour moi, c'est tout un.

Un coup de sang m'y a poussé... En effet, à lire ou à entendre certains, nous serions pris dans le tourbillon d'une tempête qui détruirait notre Église en

France. Nous ne manquons ni de censeurs ni d'analystes. On nous sonde de toutes parts. On nous juge. On exige de nous d'être plus ceci et moins cela. On nous condamne. On nous appelle.

Et il est rare de nous bien connaître.

Les prêtres de France ne sont pas ce que l'on dit d'eux. Ils portent leurs misères, certes. Ils travaillent beaucoup et parfois sont fatigués par des journées de labeur, des soirées de rencontre et d'échange. Ils sont souvent heureux, même s'ils peuvent se montrer inquiets de l'avenir. Ce que je sais bien, c'est qu'ils ont une foi chevillée au coeur : la foi au Christ crucifié et ressuscité. La foi en l'Esprit qui fait d'eux des témoins et des apôtres. La foi en Celui qu'ils nomment « Notre Père qui es aux cieux... donne-nous, aujourd'hui, notre pain... ». Les prêtres ne sont pas un problème. Ils vivent une crise, celle de l'Église tout entière. Devant un problème, il est possible de mettre sur la table les éléments et les cartes, et une bonne analyse permet alors d'élaborer des solutions. Par contre, la crise est un moment complexe et vital de l'existence. Elle peut être une crise de croissance. Elle peut révéler une maladie grave. Elle est toujours un défi. Dans l'univers de la vie spirituelle, elle doit être un temps de purification et un moment de conversion, une catharsis qui favorise le surgissement de nouvelles énergies. Elle demande « la prière et le jeûne » (cf. Actes 13,3). C'est la Pâque.

Encore faut-il s'efforcer d'avoir une juste intelli­ gence de la situation, de savoir lire les « signes des temps » (cf. Gaudium et Spes n° 4). Essayons de ne pas vivre comme au temps de Jérémie : « même le prêtre, même le prophète qui parcourt le pays ne com­ prennent pas » (Jr 14,18). Essayons de comprendre.' Ce livre veut permettre un débat, ouvrir un chemin, renouveler les discussions et les réflexions sur la vie et le ministère des prêtres diocésains. Et des évêques ! Je me propose de le faire d'une manière originale et particulière.

Ce livre est un essai, un témoignage et n'entend pas présenter une théologie du sacerdoce catholique. Il ne veut pas être une étude sociologique sur les prêtres français. Il est le fruit d'une expérience : celle du prêtre et de l'évêque que je suis. Depuis des années, je vis mon sacerdoce avec les autres ordonnés, comme moi, au service de l'Évangile. A Paris, d'abord et après mon arrivée au Mans, en 1981, auprès des catho­ liques de la Sarthe. J'ai beaucoup circulé sur les routes du département. J'ai rencontré des femmes et des hommes qui m'ont dit, à temps et à contretemps, que l'Église ne pouvait pas vivre sans prêtres. Parce que les chrétiens ne peuvent pas vivre sans l'Eucharistie : « Prenez et mangez... faites cela en mémoire de moi » (cf. Mt 26,26 ; 1 Co 11,23-25). Nous avons eu la grâce de célébrer un synode diocésain à la Pentecôte 1988. J'ai admiré les prêtres qui vivent avec vaillance les changements assez extraordinaires de notre Église, dans un monde qui est bousculé de toutes parts. Ils sont fidèles.

Aujourd'hui, je veux parler de nos vies d'hommes consacrés. Je me risque à partager avec les lecteurs quelques passions et quelques convictions. Je vais m'efforcer de le faire d'une manière concrète, plus par des images que grâce à un exposé abstrait. Le parcours sera narratif. La méthode sera descriptive. Il faut réapprendre à « dessiner » ce que l'on est et ce que l'on fait, risquer des chemins neufs et laisser jouer son imagination.

Nous avons longuement parlé de ces choses avec Charles Chauvin. En collaboration avec Marc Leboucher. Ils m'ont beaucoup aidé à mettre sur le papier les réflexions et les confidences. Je les en remercie vivement, et souhaite qu'à travers ces pages et au-delà des réflexions et des confidences, soit dévoilée une passion. Mieux, un amour : celui de ce sacerdoce catholique que, comme tout évêque, j'offre à de jeunes hommes qui se présentent aujourd'hui pour devenir les prêtres des temps nouveaux.

Qui sont donc ces évêques et ces prêtres ?

— Ils sont nés quelque part, portent un nom, ont appris une langue, vivent une culture... Bref, ils ont des racines. Ce qui veut dire qu'ils ont une famille ; des parents, des frères et des soeurs, des amis... Et parfois même quelques ennemis ! Tout ce réseau de relations n'est pas effacé parce qu'ils sont devenus disciples du Christ. Le prêtre diocésain, avant d'être incardiné dans un peuple chrétien particulier, est d'abord enraciné dans un monde, dans un milieu. Et de ce monde et de ce milieu, ils sont solidaires.

— Ils sont baptisés et confirmés dans l'Esprit Saint. Ils ont tendu les mains pour recevoir l'Eucharistie. Des chrétiens — presque toujours leurs parents — les ont initiés au mystère de Dieu en ouvrant avec eux le livre des évangiles, en les introduisant dans la communauté ecclésiale. Ils ont dû, à un moment de leur jeunesse ou plus tard..., faire un acte de foi personnel et s'engager, confirmant ainsi leur baptême. Comme le font nombre de jeunes aujourd'hui qui écrivent à leur évêque pour demander le sacrement de confirmation, afin d'être confortés dans le don de l'Esprit. L'Esprit de Pentecôte a tracé une route ; ils ont grandi dans la foi, ont découvert le monde qui, aujourd'hui, fait de chacun un citoyen de la planète terre. Et c'est dans ce monde qu'ils ont pris conscience que Dieu les appelait à servir. La vocation est un mystère. Dieu appelle en inscrivant dans l'âme de chacun un poème évangélique de bonheur et de béatitude. « Si tu veux... Viens » (cf. Jn 1,35 ; Lc 18,18). Aujourd'hui encore Dieu appelle, nous en sommes témoins. Et II appelle pour le service de son peuple : le prêtre est un appelé.

— Jouons le paradoxe. Cet homme baptisé et confirmé en l'Esprit, qui vit de l'Eucharistie du Christ, a d'abord été ordonné diacre. Prêtres et évêques, nous restons diacres toute notre vie. Certes, il est important, comme l'a voulu le concile Vatican II, que des hommes — mariés ou non — soient diacres perma­ nents dans chacune des communautés chrétiennes. Mais l'Église n'a pas pour autant renoncé à demander aux futurs prêtres de recevoir, d'abord, l'ordination diaconale ; l'enseignement spirituel en est très fort.

Le prêtre, appelé à présider la communauté, à dire avec autorité la Parole de l'Évangile, à accueillir pour les sacrements et à participer à la responsabilité magis­ térielle de l'évêque, doit d'abord exercer le ministère de l'amour selon le Christ. Le diacre est celui qui réalise, dans le concret de la vie quotidienne, l'ensei­ gnement de saint Paul aux chrétiens de Corinthe : « Quand je parlerais la langue des hommes et des anges, si je n'ai pas la charité, je ne suis qu'airain qui sonne ou cymbale qui retentit... La charité est longanime, la charité est serviable, elle ne se réjouit pas de l'injustice, mais elle met sa joie dans la vérité. La charité ne passe jamais » (cf. 1 Co 13, 1-13). Le diacre est celui qui rappelle, à temps et à contretemps, que la mission de l'Église est d'aimer : « Aimez-vous les uns les autres, comme je vous ai aimés » (cf. Jn 15,12). « La charité du Christ nous presse » (cf. 2 Co 5,14). Et l'Église a ce besoin urgent d'apprendre et de réapprendre le témoignage de la charité qui est communion et unité, engagement et service, présence aux petits et accueil des plus pauvres (Mt 18,20 ; 25,1 et suivants). Tout prêtre doit vivre cette dimension diaconale dans l'exercice même de l'autorité pastorale à laquelle il participe.

— Diacre, cependant il devient prêtre, par l'impo­ sition des mains de l'évêque et le don de l'Esprit. Il ne le devient pas seul. Il ne le devient pas non plus pour vivre seul. Il entre dans l'ordre des prêtres et participe au presbyterium diocésain.

Qu'est-ce donc que le prêtre ?

Il est un homme consacré par l'Esprit, pour le service du Peuple de Dieu en l'Église du Christ, afin que ce monde devienne le royaume évangélique de la paix et de la fraternité. Évidemment, nous puisons aujourd'hui la doctrine du sacerdoce catholique à la bonne source du concile Vatican II, dans ses textes fondamentaux. L'enseignement conciliaire est notre sécurité car il est ferme et solide.

Pourtant, la grande diversité d'approches de l'Évangile dans un monde sécularisé et les transfor­ mations économiques et sociales qui marquent notre époque exigent de mieux définir le caractère propre du ministère diocésain. Notamment, de celui qu'exerce le prêtre, incardiné dans son propre pays et qui fait promesse d'obéissance entre les mains de son évêque, successeur d'apôtres. L'évêque pasteur d'une Église particulière et membre du collège épiscopal universel — en communion avec le premier d'entre eux, le pape — a la tâche de convoquer le Peuple de Dieu dispersé. Il le fait par l'annonce de la Parole et pour la célé­ bration de l'Eucharistie. Ainsi, il rend visible et mani­ feste ce qu'est, en vérité, l'Église du Christ, ici et maintenant : l'Église elle-même est portion d'huma­ nité et elle signifie, au coeur du monde, la présence libératrice du Dieu invisible. Pour accomplir cette tâche, Dieu a voulu que, dans chaque Église diocé­ saine, un groupe sacramentel d'hommes forme un presbyterium, avec l'évêque, et la présence nécessaire des diacres permanents.

Ma conviction est ferme. C'est au coeur des réalités quotidiennes d'une vie consacrée à une communauté chrétienne, concrètement présente dans un lieu et dans un milieu, que le prêtre diocésain peut qualifier et alimenter sa vie spirituelle personnelle. Il est le pasteur de cette communauté. Il la préside et avec elle, d'une manière originale, il est apôtre au sein d'une popu­lation qu'il n'a pas choisie et à laquelle il est envoyé. Il ne part pas au désert pour y accueillir une force spirituelle qu'il découvrirait en prenant une certaine distance d'avec son monde. C'est dans ce monde, heureusement créé par Dieu et aujourd'hui profon­ dément sécularisé, que le prêtre diocésain accueille la grâce de son Seigneur dans les événements de chaque jour. Là est son milieu spirituel. Celles et ceux qui le portent à la sainteté, ce sont les femmes et les hommes qui lui sont confiés'. Ainsi, il permet à l'Esprit Saint de donner aux baptisés la grâce de professer leur foi et de chanter le symbole des apôtres.

1. « Quand je veux savoir si quelqu'un est chrétien, je n'écoute pas d'abord comment il me parle de Dieu mais comment il me parle de l'Homme » (Simone Weil).

Chacun, dans sa propre langue, chante le Credo et le prêtre chante avec tous. Il offre à la communauté d'exercer la fonction sacerdotale qui est propre à tous les baptisés et laisse monter la louange vers Dieu, par le Christ, en son Esprit. Il redit, au nom du Seigneur et sans se décourager, le commandement évangélique : « Allez dans le monde entier... » La communauté accomplit alors sa mission prophétique.

Si un homme accepte d'entrer, au jour de son ordi­ nation sacerdotale, dans ce groupe d'hommes consacrés à Dieu et liés entre eux par une fraternité sacramentelle dont le Concile a souligné la grandeur et la force, c'est bien pour exercer, au coeur du monde, le service de l'Évangile. L'ordination presbytérale fait qu'il est configuré au Christ-pasteur. Il reçoit la grâce de la charité pastorale. Là est la source et le don. Là est sa vie.

Le prêtre est donc consacré par le sacrement de l'ordre. L'Esprit se saisit de lui, afin de finaliser toute son action, et donc toute sa personnalité. Il est fait serviteur de la Parole pour que le monde croie. Non pas fonctionnaire d'un culte religieux, mais bon pasteur d'un peuple tout entier sacerdotal. C'est pourquoi son ministère est plus que le lieu de sa sanc­tification, il est plus que l'occasion de sa prière eucha­ ristique ; il en devient la matière et l'offrande : « Ce n'est pas moi qui vis, c'est le Christ qui vit en moi », dit l'apôtre. Et ce Christ continué aujourd'hui, c'est le peuple de Dieu tout entier, c'est l'Église. Le prêtre peut dire avec l'évêque : « Ce n'est plus moi qui vis, c'est le peuple de Dieu habité par l'Esprit qui vit en moi » (cf. Ga 2,20). D'une certaine manière, il « réca­ pitule » en lui le mystère du Corps du Christ (cf. Ép 4 et 5).

Ce mystère est grand. Saint Paul le dit à propos du sacrement de mariage et il ajoute : « Ce mystère est grand : je déclare qu'il concerne le Christ et l'Église » (cf. Eph 5,32). Nous le disons alors à propos du sacrement du sacerdoce ministériel, mystère de foi... Le prêtre réalise sa consécration et soutient le rythme même de sa vie quotidienne, par sa vocation accomplie — consumée ! — dans un amour vécu en étant fidèle à son devoir d'état. Son agenda est un de ses livres de spiritualité. Il l'inscrit en quelque sorte sur son livre de la Prière du Temps Présent que lui confie l'Église au moment de son ordination diaconale 2 . Le prêtre est un homme de la prière, d'une prière particulière et originale, d'une prière vécue et eucharistique.

Voilà. Il me fallait écrire ces lignes. Le lecteur ne les oubliera pas en lisant les chapitres du livre. Nous y essaierons d'abord une relecture critique des années qui viennent de s'écouler et qui furent temps de grâce et moments d'action de grâce, années d'épreuves et heures de déchirures. Puis nous ouvrirons une deuxième partie sur les conditions de vie et d'exercice du ministère des prêtres, demain. Nous ne pleurons pas sur le passé. Nous pouvons tracer l'avenir.

Faut-il proposer une clé de lecture de notre histoire ? Une des clés de lecture des événements et des situa­ tions est essentiellement la suivante : le concile Vatican II est un don de Dieu pour le monde du troisième millénaire. Il est oeuvre de l'Esprit ; et par là même,

2. Ce qu'on appelle aussi le bréviaire ou la liturgie des Heures. Le service de la prière publique et quotidienne du Seigneur fait partie intégrante du ministère de prêtre diocésain.

il nous déroute encore. Sa puissance d'énergie spiri­ tuelle a, peu à peu, envahi et irrigué tout le corps ecclésial. Et plus largement encore... Beaucoup ont changé leur manière d'être et de vivre, de penser et de prier. C'est pourquoi des institutions et des systèmes qui, hier, sécurisaient et encadraient le catho­ licisme en France, sont souvent aujourd'hui comme les vêtements usés et trop étroits d'un adolescent qui a grandi et dont la psychologie s'est modifiée. Il reste le même. Et pourtant il est autre... Il en est ainsi pour la vie et le ministère des prêtres et des évêques français. Je crois qu'aujourd'hui ce sont les structures qui sont inadaptées. Essayons de le montrer. Essayons d'esquisser des lignes maîtresses du statut social des « prêtres dans le siècle ».

Cependant, je ne veux pas conclure cette intro­ duction sans faire une longue citation. Il me faut donner la parole au cardinal François Marty. Ceux qui me connaissent n'en seront pas étonnés. Je lui dois beaucoup... et même un peu d'humour ! Ce qu'il disait en 1976, tout prêtre le dit aujourd'hui. A sa manière et avec son expérience.

•  J'aime l'Église. Elle ne m'a pas déçu.

•  J'aime l'Église au soir de ma vie, comme à l'heure où ma mère m'apprenait à faire le signe de la Croix.

•  "Parlez-nous de Dieu", me disent les censeurs des temps modernes. Pourtant je parlerai de l'Église. Non en apologète mais en témoin, non en évêque d'abord mais en chrétien qui a une longue expérience. Parler de l'Église, c'est retrouver des hommes et des femmes aux visages innombrables et secrets. Car l'Église n'est pas un objet qu'on peut saisir, tel le propriétaire qui pèse et soupèse son bien dans le creuxde ses mains. Elle n'est pas même un objet d'art dont la valeur grandit le regard de l'admirateur. Le chrétien n'est pas le spectateur de son Église. Il est l'Église. Nous sommes l'Église. Nous ne voyons pas notre visage sinon, par malheur, lorsque nous nous perdons dans la contemplation du miroir, tel Narcisse. Il n'y a aucune distance entre l'Église et nous. Nous sommes au Christ-Jésus, le Ressuscité et Celui-ci est à Dieu.

« J'aime l'Église. Je le dis avec une joie intense, celle de l'homme qui est allé au bout de son sillon et constate, au premier mois de l'été, qu'il ne s'est pas trompé. Je n'ai pas été trompé.

« Je suis entré dans la vie ecclésiale en venant à la vie dans mon village natal. J'ai balbutié les premiers mots de Dieu en regardant ma mère et mon père faire leurs prières. J'ai appris la vie, j'ai appris la mort, j'ai su ce qu'était aimer, au rythme des jours et au contact des voisins et des proches. Je les ai regardés avec mon regard d'enfant, mes questions d'adolescent. J'ai découvert Dieu dans leurs attitudes d'hommes. Je ne connaissais pas l'Église par les journaux, les doctrines et les hiérarchies, mais je la touchais avec mes mains, en serrant les mains de ceux qui m'entouraient. J'ai pris conscience de sa présence comme l'enfant saisit son corps et y découvre sa force et ses limites. Je n'ignorais pas les défauts et les péchés de ceux-là mêmes qui m'apprirent que j'étais baptisé. Mais je n'ignorais pas non plus ces pages d'Évangile vécues avant de m'être lues. La vie et la foi se mélan­ geaient quotidiennement. J'ai vécu l'Église avant de prendre conscience de ce qu'elle est. J'ai aimé l'Église comme j'ai aimé ma mère, cette femme dont je n'ai pas eu à apprendre qu'elle m'avait donné la vie et me révélait l'amour.

« Cela ne s'oublie pas.

« Plus tard, j'ai eu mission de gouverner l'Église. Jamais je n'ai oublié qu'elle était faite d'hommes et de femmes ; qu'elle était habitée par leurs misères et leurs richesses, qu'elle était bouleversée, animée par l'Esprit. L'Église est faite chair. Divers sont les gens qui viennent constituer le Corps du Christ dans la célébration eucharistique. Divers leurs visages qui me révèlent l'immense tendresse de Dieu dans l'incar­ nation de son Fils. Le prêtre est l'un d'eux. Pas meilleur. Pas pire. Consacré à résumer en lui cette étrange affirmation que l'Église c'est tous les croyants en Christ'. »

3. Cf. L'Évêque dans la Ville , Éditions du Cerf, 1979, p. 101.

Table des matières
INTRODUCTION
Vendredi saint 1990
Un débat
Évêques et prêtres

Ministères et sainteté
Une clé de lecture

« J'aime l'Église »

I. LES CHEMINS

DE L'HISTOIRE

1. Ruptures et fidélité

Au temps de la formation
La blessure algérienne
L'annonce du Concile

La perte d'un statut social
2. Les temps conciliaires
La réception du Concile
Un certain malentendu
Le nouveau chrétien
Au coeur des Masses
Mai 1968 et après
« Échange et Dialogue »
Célibat et mariage
Aimer
3. Sel et lumière
Entre mission et épiphanie
Une démarche pragmatique
Les limites d'une méthode
Mouvements
Courants dans le catholicisme
Prêtres et courants nouveaux
L'urgence de l'appel
II. MAIS OÙ HABITENT-ILS?
III. LECTURE D'UN AGENDA
CONCLUSION : HOMMES INSTITUÉS PAR L'ESPRIT

1. Prêtres « dans le siècle »

1. La présidence

1-Une reconnaissance statutaire

Quand l'espace se transforme

Le Christ, lumière

Tenir debout

Ministère presbytéral et vie religieuse

Sacerdos oportet praeesse

L'incardination, un lien mystique

Le pasteur connaît les brebis

La paroisse nouvelle

Envoyé par l'évêque en mission

2. « Chez nous, chez moi »

Équipe d'animation pastorale

Le statut social

La maison des chrétiens

Des laïcs à part entière

2- Pour que se lèvent des prêtres spirituels

L'appartement privé

3  Presbytères

2. Mission prophétique

Bibliographie

Les maisons presbytérales

L'annonce de la parole

La convocation du presbyterium

Enfouissement et annonce

Annexes : extraits de textes conciliaires

4.  L'Église et les églises

Le catéchuménat

Voir et entendre l'Église

Communauté missionnaire

Restaurer les églises

Aumôniers

L'art sacré

3. L 'Eucharistie

La célébration du Seigneur

Édifier

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tel que dans le livre et non pas en ordre alphabétique suivre les chiffres.

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