Clarification d'une équivoque de base
Le sens des mots
Un mot désacralisé
L'amour, selon ses dimensions divines
L'amour, selon ses dimensions humaines
Contraste d'origine
Contraste de durée
Contraste d'altruisme
Cardinal Léon Joseph Suenens
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| Le sens des mots |
Un sage chinois, interrogé sur ce qu'il ferait, s'il était maître du monde, répondit : « Je rétablirais le sens des mots. » Immense service, en effet, à rendre à l'humanité.
C'est un fait, classique et courant, que les mots ont leur histoire et qu'ils se chargent au fil du temps, comme des accumulateurs d'électricité, d'une philosophie latente plus ou moins avouée. Le mot amour est de ceux-là. Il est employé dans le monde contemporain en un sens tout imprégné de l'érotisme ambiant. L'accueillir sans plus, avec sa philosophie immanente, c'est accepter d'avance une vision tronquée des choses. Nous, catholiques, nous avons bien de la peine à rester levain dans la pâte, sans nous laisser entamer par cette pâte. Il en va de même pour notre vocabulaire. Il faudrait que, de temps en temps, nous en fassions la révision et au besoin le nettoyage. Nous parlons d' « orthodoxie », d' « union des églises », de « mariage civil », pour ne citer que ces exemples, parce que nous adoptons le langage courant. Il nous faudrait être très aux aguets pour rectifier la terminologie et ne pas en être dupes. L'orthodoxie n'est pas l'orthodoxie, l'union des églises est proprement le retour à l'unité de l'Église, et le mariage civil, pour un baptisé, ne vise que la formalité civile du mariage religieux, seul valable pour lui. Ce redressement des mots, il importe de l'opérer, tout particulièrement lorsqu'il s'agit du mot amour, qui nous arrive chargé d'une telle résonance affective et d'une telle noblesse. A nos éducateurs de veiller sur ce vocabulaire, et aussi à nos dirigeants d'Action Catholique et à nos écrivains ! « Aujourd'hui, me disait un journaliste, nous appelons, comme tout le monde, « crimes d'amour », ce que hier encore nous étiquetions « drames de l'inconduite ». Le glissement est visible. Il indique un gauchissement de la pensée. Principiis obsta, dit la sagesse antique : il faut résister dès le début. On pourrait transposer et dire : il faut mener la lutte à partir du vocabulaire inclusivement.
Les adversaires de la morale prétendent que l'Église est ennemie de l'amour. Certes, l'Église rejette l'amour tel qu'ils le conçoivent. Mais il faut que le chrétien ne soit pas dupe de leur vocabulaire et qu'il voie nettement l'équivoque initiale : de quoi parle-t-on, de part et d'autre, lorsqu'on se réclame des « exigences de l'amour » ? Le mot a-t-il le même sens pour eux et pour nous? N'y a-t-il pas, dès le point de départ, un brouillage qui égare, une erreur d'aiguillage? Ce n'est pas par une vaine querelle, mais c'est par une indispensable clarification qu'il faut ouvrir le débat. Une concession verbale est déjà une compromission. Il ne faut pas se battre sous le drapeau ennemi : le mot amour a un sens humain et chrétien, qu'il ne faut pas laisser galvauder. Le mot amour a dévié de son sens originel, au point qu'il couvre de son pavillon les marchandises les plus frelatées. |
| Un mot désacralisé |
« Les mots, dit un jour un général célèbre, sont aujourd'hui des batailles ; les mots justes sont des batailles gagnées, les mots faux sont des batailles perdues. » Le mot amour est pour le chrétien d'aujourd'hui une bataille perdue à regagner.
Nul mot, en effet, n'est plus galvaudé dans la littérature courante et dans le langage du cinéma, de la radio, de la T.V ., de la publicité. Les journaux et les magazines en sont pleins : on nous décrit avec force détails ses coups de foudre et ses crimes. La radio chante « l'amour » à toute heure du jour et sur toutes les ondes. Le cinéma livre des scènes « d'amour » à longueur de pellicule. Le théâtre y consacre une bonne part de ses représentations et la publicité se charge de renouveler son image. L' « amour » est présenté comme l'excuse majeure qui innocente tout, qui porte en soi sa justification. Lorsqu'un homme s'éprend de passion pour une femme qui n'est pas la sienne, il revendique sa liberté au nom de « l'amour ». C'est comme un voile jeté sur les pires turpitudes. En réalité, ce n'est pas l'amour qui le fait agir, mais la passion physique qui l'aveugle. L'amour est un alibi qui masque l'égoïsme le plus cynique, l'inconduite, l'adultère, la luxure. Il serait bon que le publiciste catholique ait le courage de mettre entre guillemets le mot amour chaque fois que la réalité qu'il couvre en est la négation. Et qu'il appelle, autant que possible, avec Boileau « un chat un chat et Rolet un fripon » ! Ce serait, du coup, une sorte de décantation, la magie d'un mot ramené à la brutalité du réel. « Amour, que de crimes n'a-t-on pas commis en ton nom ! » En réalité, on tente ainsi de présenter l'adultère ou la fornication comme un instinct incontrôlable, comme une force supérieure que l'on subit. En fait, cet « amour »- là est lâcheté et trahison, rupture de serment et déni de justice envers les siens. La noblesse du mot ne doit pas cacher la laideur de la chose. On n'appelle pas une grimace sourire, on n'appelle pas amour sa contrefaçon. Mais même lorsque le mot amour ne camoufle pas sa négation pratique, il a pris dans le monde contemporain un sens qui le réduit à une de ses composantes ou du moins qui met l'accent abusivement sur un aspect. Lorsqu'on parle d'amour, il s'agit le plus souvent de la jouissance sexuelle. On la confond perpétuellement avec l'amour tout court. La substitution est à ce point générale que trop souvent les chrétiens eux-mêmes ne la remarque plus. Ce glissement de sens nous aurons à y revenir fait toucher du doigt la laïcisation de l'amour dans notre monde contemporain. L'amour paraît à ce point profane, qu'on suscite une gêne auprès de certains chrétiens en leur parlant de la pensée de l'Église sur l'amour. Il leur semble que l'Église n'a rien à y voir et que la spontanéité même de l'amour s'oppose à toute loi et à toute intrusion du dehors. On a pris l'amour à son niveau inférieur et on l'y cantonne de propos délibéré. Il nous faut, au contraire, pour situer chaque chose à sa place et hiérarchiser les valeurs en présence, partir d'en haut et refaire un pèlerinage aux sources. Comme l'écrivait très justement Charles Moeller : « Le mal de l'impureté est d'être une des formes majeures du refus de l'amour vrai ». On reconnaît là l'oeuvre sournoise de celui que l'Écriture nomme le Père du mensonge. Il faut exorciser ce mensonge initial que les enfants des Ténèbres imposent trop souvent aux enfants de la Lumière , et restaurer le sens sacré de l'amour véritable.
C'est pourquoi ce chapitre veut clarifier l'équivoque de base, concentrée dans l'emploi même du mot. |
| L'amour, selon ses dimensions divines |
L'amour est le plus pur reflet de Dieu : il est l'insertion même de Dieu dans un coeur d'homme.
« Dieu, nous dit saint Jean, est amour. » C'est le fond de son être, sa définition, sa respiration.
Tout part de l'Amour comme de sa source, et tout y tend comme à son terme final. En nous créant « hors » de Lui, Dieu a imprimé en nous, simultanément, une impulsion qui nous porte à retourner vers Lui. Les enfants connaissent le jeu qui consiste à lancer un cerceau au loin en lui donnant l'élan qui le ramène à son point de départ. Ainsi en va-t-il de l'homme entre les mains de Dieu.
En nous créant, Dieu nous a faits à son image et à sa ressemblance ; il a modélé notre coeur sur le sien. L'expérience humaine confirme étonnamment cette vérité de foi, et montre à quel point l'homme tend vers l'Amour.
Il suffit d'interroger les hommes sur leur aspiration pro fonde. Que veulent-ils vraiment ici-bas, que cherchent-ils ? En surface, les objets qu'ils poursuivent sont multiples et apparemment disparates : ils s'occupent d'affaires ou de politique, d'art ou de littérature, de labourer le sol ou de franchir les mers ou l'espace aérien. En réalité, ce qu'ils cherchent tous, en commun, sous la variété de ces activités professionnelles, c'est une chose infiniment simple et émouvante : aimer et être aimé. Chez tous les hommes on trouve cette faim et cette soif d'amour vrai, d'un amour hors de l'emprise du temps, de l'usure, des limites. Ils cherchent une raison de vivre à la dimension de leur coeur. Les chansons des hommes sont pleines de la nostalgie de l'amour infini, éternel. En quête d'amour, ils le cherchent parfois au sein de la pire déchéance, mais ils le requièrent inlassablement. Sans le savoir, ils poursui-. vent l'Amour dans l'amour, le seul Amour infini et éter ! nel ; ils réclament Dieu de la créature humaine. N'est-il pas normal qu'un fleuve se souvienne de sa source ? L'homme n'est-il pas né de cet Amour, qu'est Dieu, avant d'être né de son père et de sa mère ? La paternité créatrice de Dieu n'est-elle pas première dans l'oeuvre de la génération humaine ?
Et cette paternité est plus riche encore que nous ne le soupçonnons, puisqu'elle est source d'un Amour trinitaire. Du coup, l'horizon des dimensions divines de l'amour créé s'élargit encore à perte de vue.
Dieu n'est pas un Dieu solitaire : cette révélation ouvre un monde de joie. Un Dieu unipersonnel serait difficile à comprendre. La foi, qui nous révèle la Trinité , nous plonge dans un mystère infiniment éclairant, si paradoxal que cela paraisse. Dieu est société de personnes. Dieu est connu infiniment comme il mérite de l'être, dans son Fils. Il est aussi infiniment aimé, à la mesure de sa Bonté, dans l'Esprit-Saint. En Dieu, il est un triple élan mutuel, qui porte le Père vers le Fils, le Fils vers le Père, le Père et le Fils vers leur commun Esprit. Ce triple élan, personnel et subsistant, les unit dans le don de soi le plus pur, l'oblation extatique la plus transparente. Rien n'entrave cet élan : un poète a dit, en parlant des trois personnes divines toutes relatives les unes aux autres, qu'elles sont chacune « comme l'oiseau qui ne serait que vol ». Dieu est communion totale et vivante, ouverture réciproque. Il est élan et accueil à la fois Père et Fils , et il est l'Amour réciproque, vécu et goûté dans sa réciprocité même, Il est Esprit.
Il arrive que les simples comprennent mieux que les doctes : « L'amour est tellement quelque chose dans notre vie, disait un brave chrétien, que je comprends qu'en Dieu il puisse être quelqu'un ». Pareille réflexion aide à comprendre que c'est à la ressemblance de la Trinité même que le coeur humain est créé : il en porte les vestiges, il y puise ses lettres de noblesse.
Faut-il s'étonner dès lors que l'Église se présente au monde comme la gardienne incorruptible de l'amour, et qu'elle veille jalousement sur son caractère sacré ? Elle est là, de plein droit, dans son domaine propre ; le chrétien, moins que personne, ne peut oublier que l'Église a découvert le secret de l'amour véritable dans le coeur même de Dieu.
Mais quels assauts ne doit-elle pas subir « pour garder le dépôt » !
De toutes parts elle est entourée d'un déluge de publications, qui profanent l'amour à longueur de journée, qui légitiment le divorce, qui tentent de submerger de leurs flots boueux sa pureté originelle. Pareille au peuple juif, suscité par Dieu pour garder intacte au milieu des nations idolâtres la notion du Dieu unique, l'Église apparaît comme le suprême refuge de l'amour authentique, un et 1 indissoluble. En un monde qui renie l'amour comme il blasphème Dieu, elle s'avance telle l'arche du salut domi nant les flots, qui déferlent en vagues rageuses. On a parlé à bon droit de la mission prophétique des foyers chrétiens dans le monde : il leur appartient d'être les témoins de l'Amour parmi les hommes et de leur apprendre comment aimer.
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L'amour, selon ses dimensions humaines |
L'amour doit être compris selon sa dimension divine, en partant d'en-Haut. Il doit l'être aussi selon toutes ses dimensions humaines. Car, là aussi, il y a tendance à en rétrécir la portée et l'ampleur. L'amour est une réalité complexe, et il faut que le vocabulaire couvre et respecte cette complexité. Les éducateurs n'insisteront jamais assez sur l'équilibre qu'est l'amour, sur l'harmonie qui en unifie les aspects multiples et sans laquelle l'amour est tronqué, mutilé, trahi.
L'amour vrai entre époux implique une communion d'âme, d'esprit, de coeur et de corps. Communion d'âme, c'est-à-dire mise en commun et partage de la vie profonde, de ce que chacun se dit tout bas quand il est seul. Communion d'esprit, c'est-à-dire orientation de pensée identique sur les problèmes fondamentaux de la vie, optique commune, dans laquelle on regarde l'ensemble. Communion de coeur, c'est-à-dire affection réciproque, oblation mutuelle, « pure attention à l'existence de l'autre ».Communion de corps, c'est-à-dire union physique, traduction corporelle de cette transparence d'âme et de cette fusion affective. Le monde moderne ne respecte pas assez cette harmonie nécessaire. On minimise les deux premiers aspects, on majore les deux derniers. On met l'accent à ce point sur la communion corporelle et physique que l'on parle d'« amour» même quand les trois autres dimensions sont absentes. C'est un abus de mot, une tricherie verbale. Mais il y a plus grave encore : cette communion physique ne vise le plus souvent qu'un secteur déterminé le secteur génital. Si bien que, en fin de compte, l'amour n'est plus que la jouissance sexuelle, la recherche directe ou indirecte de l'orgasme. Le terme amour atteint ainsi la limite de la désacralisation. Remarquons que sexuel et génital ne sont pas synonymes. Le sexuel est ce qui caractérise l'homme et la femme dans leur spécificité, au physique comme au moral. En ce sens, le sexuel fait corps avec l'être tout entier et l'imprègne intégralement : l'analyse d'une seule goutte de sang suffit pour en déceler l'origine masculine ou féminine. Le génital, au contraire, ne se rapporte qu'à une partie de cet ensemble ; il désigne exclusivement ce qui a trait à la reproduction sexuée. En disant que la communion physique ne vise le plus souvent que le secteur génital, nous ne prétendons nullement que l'intention porte toujours, en visée directe, sur cet acte ultime, fruit d'un cheminement plus ou moins long et enrobé d'affectivité, mais que la recherche de ce plaisir obsède au point qu'on lui donne en fait la prépondérance. L'homme moderne canonise trop souvent le besoin d'aimer de la sorte, et lui attribue une souveraineté qu'il revendique comme un droit absolu, à l'abri des « intrusions » de la morale de l'Église. De cet « amour » là, il voit l'expression suprême dans la jouissance génitale.
Cette confusion est grave. Elle mérite de retenir l'attention de tous ceux qui ont à jouer un rôle dans l'éducation de l'amour vrai. Il est urgent de clarifier cette ambiguïté, et de dissocier l'amour et la jouissance génitale, laquelle, dans des circonstances déterminées, peut, mais ne doit pas nécessairement en être le corollaire légitime. Il importe de présenter correctement la position catholigue en tenant compte de ces précisions. Tout énoncé n'est pas toujours heureux. Récemment un hebdomadaire catholique résumait maladroitement, comme suit, la doctrine attribuée à l'Église : « Tandis que ses adversaires veulent l'assouvissement sans risque des instincts, l'Église exige que les instincts restent dominés par la volonté, la conscience, l'intelligence. Elle ne peut en aucun cas admet tre qu'on dissocie l'amour de la procréation. Sur ce point il est vain d'attendre d'elle un changement quelconque d'attitude. Elle ne le peut pas, pas plus qu'elle ne peut admettre le divorce ou l'avortement ».
Ce texte est malencontreux. L'auteur veut dire qu'on ne peut dissocier la jouissance génitale de la procréation, ce qui est fondamentalement vrai, mais il a le tort d'employer le mot « amour » pour désigner cette jouissance. Pris dans son sens plein, l'amour est une chose, la procréation en est une autre. Il est capital que les éducateurs et les publicistes chrétiens réagissent contre les confusions qui trompent et leurrent les consciences, et qu'ils fassent clairement comprendre que la jouissance dont il s'agit, n'est pas, contrairement à l'idée si répandue, l'expression suprême de l'amour, ni sa seule manifestation, ni sa manifestation essentielle et nécessaire. C'est méconnaître, en effet, l'amour humain que de l'enfermer trop étroitement dans le cadre des gestes physiques du rapport conjugal final. Par réaction contre le Manichéisme et le Jansénisme, qui méconnaissaient le rôle du charnel, une littérature récente cherche à présenter cette union comme le sommet de la vie conjugale, comme le dernier mot de l'amour. C'est là une simplification inadmissible de la réalité complexe de l'amour conjugal : cette erreur de perspective fausse la vue d'ensemble.
Marquons donc, par une série de contrastes, la distintion très nette à établir entre l'amour d'une part et la jouissance génitale de l'autre. Cela nous aidera à dégager d'autant mieux leur dépendance et leur indépendance relatives. La prise de conscience de cette diversité aidera les éducateurs à garder au terme amour tout son caractère sacré et humain.
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Contraste d'origine |
Prenons, à leur origine, les premières apparitions de l'amour et de l'instinct sexuel chez l'adolescent. Chez le jeune homme, il est de règle que cet instinct s'éveille avant le sentiment de l'amour. Toutes les enquêtes faites à ce sujet montrent que l'adolescent a souvent de la peine à se délivrer de lui-même, à sortir de ses tentations d'auto-érotisme et de narcissisme, c'est-à-dire à briser le cercle où l'enferme son égoïsme inconscient, pour s'ouvrir à l'altruisme de l'amour authentique. Souvent c'est la ren contre de l'amour vrai, qui l'arrache définitivement à lui-même et parfois à ses fautes.
Par contre, chez la jeune fille l'instinct sexuel reste, normalement, plus longtemps endormi : le sentiment de l'amour apparaît avant le plein éveil du « désir ». C'est ce qui explique pourquoi la jeune fille non avertie méconnaît facilement et interprète souvent erronément la psychologie des jeunes gens. Les psychologues nous disent que chez elle, normalement, ce ne sera que la vie conjugale qui fera éclore progressivement un désir sexuel, jusque-là plus diffus et latent, et qui lui donnera peu à peu sa pleine résonance. Ce double rythme est un premier indice qui indique déjà la disjonction que nous voulons souligner.
Le contraste s'accentue, si l'on analyse les caractères propres de l'amour et de l'impulsion sexuelle. En voici quelques traits |
Contraste de durée |
L'amour est un sentiment continu et durable, qui lie les conjoints l'un à l'autre pour la vie. Ils ont à s'aimer à longueur d'années et sans interruption. L'amour doit croître et mûrir avec eux. Le geste terminal de l'union physique répond à une tout autre perspective. Sa durée est courte ; il ne peut avoir lieu pour diverses raisons pendant des périodes assez longues. L'instinct sexuel, une fois satisfait, perd de son acuité, et la vie même finit par l'atténuer et par l'éteindre. Il est esclave du temps. Un foyer qui ne s'appuierait que sur lui est menacé du seul fait que le temps passe et que chacun des conjoints évolue. Ce qui le nourrissait hier, disparaîtra demain ; au nom de quoi l'instinct obligerait-il à la fidélité ?
L'amour, au contraire, triomphe du temps et s'approfondit avec lui. « Il est vrai que le mariage est effet d'amour, écrit J. Guitton, mais il est plus vrai encore que l'amour est le fruit du mariage. Et l'art d'aimer n'est point du tout, comme l'ont pensé Ovide, Catulle et la tradition libertine, l'ensemble des recettes de la volupté, mais la science de faire durer et grandir au cours d'une longue vie humaine l'amour si rapide de la jeunesse. C'est que l'amour, malgré cette identité profonde, qu'exprime le voeu de fidélité, est, comme tout sentiment normal, en transformation continue » (L'amour humain, p. roi). C'est bien cela : l'amour est une victoire remportée sur le temps et même sur la mort ; à sa manière il anticipe l'éternité. Permanence et fidélité font partie de son essence vitale. « La fidélité, a écrit Zundel avec une rare profondeur, est le choix toujours plus libre d'un amour toujours plus fort. »
Qui ne voit la différence ? |
Contraste d'altruisme |
Sans doute, on ne peut dissocier l'instinct sexuel et l'amour, au point de fonder l'instinct sur l'animalité de l'homme et l'amour sur sa spiritualité. Ce serait oublier que l'homme est un et que son animalité même est tout imprégnée de spiritualité humaine. Mais il reste que l'instinct sexuel, par lui-même, plonge ses racines dans la partie inférieure de l'homme et en subit l'attraction.
En soi, l'instinct sexuel se replie sur lui-même, se recherche et tend à asservir les autres sans les respecter dans leur altérité comme personnes propres. Il fait d'eux des instruments, vise à la possession, à la captation L'amour, au contraire, est à base de respect enyers la personne d'autrui : le respect lui est aussi essentiel que l'air aux poumons. « Je ne pourrais t'aimer autant, écrivait un poète à sa femme, si je ne te révérais plus que je ne t'aime. »
L'amour n'est jamais égoïsme à deux ni recherche de soi à travers l'autre. Il n'est jamais « cet égoïsme capable de tous les désintéressements », dont on a parlé. L'amour est offrant, non possessif, ou du moins introduit-il dans la possession même une donation. L'amour est un engagement à se donner dans la mesure même de sa réussite, de sa maturité. Le « désir », au contraire, cache sous un déguisement psychologique de type affectif, une très faible dose de donation, que l'amour aura à dégager si l'acte veut être pleinement humain et se situer au niveau de l'âme. C'est parce qu'il y a tant d'égoïsme caché sous l'étiquette de « l'amour » qu'il y a si peu d'amour au sein de tant de foyers. C'est atrophier l'amour que de le réduire à une recherche de jouissance sexuelle. Ce n'est pas d'abord au nom des exigences de sa doctrine, mais au nom des exigences de l'amour même, que l'Église lui impose comme première norme la fidélité à lui-même, le respect de son essence. Ce que l'Église reproche à la littérature de nos jours, c'est non pas de prôner l'amour, mais d'ignorer le véritable amour, de ne pas même franchir le seuil de ce royaume, de rester lamentablement en deçà de la noblesse et de la condition humaines.
Amour et jouissance génitale sont à ce point distincts, qu'on les trouve dissociés dans un certain nombre de cas. Au niveau inférieur, un type de dissociation se trouve dans la débauche elle-même. La prostitution, cette contrefaçon de l'amour, montre à elle seule que la satisfaction organique est une chose et que l'amour en est une autre. Dans un rapport sur « le rôle des hommes dans la prostitution », le Dr René Biot écrivait très justement : « Tout le problème est de savoir si la sexualité est, chez l'homme, une force identique à celle qui pousse les animaux à s'accoupler ou si elle est essentiellement chargée d'un coeffitient spirituel qui en modifie radicalement la nature. Si la première hypothèse est vraie, rien ne s'oppose à ce que le mâle recherche une partenaire, tantôt ici, tantôt là, et puisse en trouver aux carrefours ou dans les maisons spécialisées. Mais si, comme nous le croyons de toute notre conscience, la sexualité humaine est nécessairement incorporée à un ensemble beaucoup plus complexe, si elle est requise, par la nature même de l'être humain, de « se spiritualiser en amour », alors un acte sexuel accompli par un homme en dehors de l'amour unique et définitif, con sacré dans le mariage, est non seulement une faiblesse qui diminue l'homme dans sa dignité morale, mais une cari cature de la sexualité humaine intégrale. Et c'est là la malfaisance intrinsèque de la prostitution ; c'est qu'elle convie l'homme à perdre de vue que ses puissances sexuelles ne doivent jamais être dissociées du sentiment d'amour ; ne disons pas seulement de l'attrait, nous resterions sur le plan sensoriel, mais marquons fortement le sens total et sans repentance du mot amour. La maison de prostitu tion concrétise et propose incessamment la dissociation entre sexualité et amour ».
Voilà le contraste éclairé du dessous. Il est encore plus frappant si on l'éclaire du dessus.
Au niveau supérieur, la dissociation entre amour et jouissance génitale apparaîtra dans tout son éclat au ciel. On connaît le passage de l'évangile où le Maître nous dit que là-haut il n'y aura plus d'union conjugale : neque nubent, neque nubentur. L'amour conjugal de ceux qui s'aimaient ici-bas aura-t-il disparu? Non. Cet amour, pour être dégénitalisé, restera au ciel ce qu'il fut ici-bas ; bien plus il y trouvera sa plénitude. Tout comme il y aura des cieux nouveaux et une terre nouvelle, il se manifestera une sensibilité neuve et affinée. La vision béatifique, joie fondamentale du ciel, aura une résonance corporelle, un resplendissement dans la chair. A la résurrection, le corps épousera l'âme avec autant de souplesse que de puissance. Les propriétés nouvelles du corps glorifié ne seront rien d'autre que le reflet de l'acceptation sensible des exigences spirituelles, de l'obéissance de la matière enfin affranchie mais non supprimée. Si l'acte conjugal est sans raison d'être au ciel, les manifestations sensibles de l'amour conjugal auront leur place dans l'au-delà.
Arrêtons-nous, pour terminer, à l'exemple le plus haut qui illustre tout ceci : le mariage de la très sainte Vierge et de saint Joseph.
Cette disjonction apparaît, en effet, dans tout son éclat, dans le plus pur et le plus noble mariage humain que la terre ait connu : l'union de la très sainte Vierge et de saint Joseph. Le temps n'est plus, heureusement, où par une pudeur mal conçue on représentait saint Joseph comme un vieillard effacé, l'ombre d'une ombre. On reconnaît, de plus en plus, dans cette union l'image la plus relevée de l'amour, malgré l'abstention totale des rapports charnels proprement dits. La théologie catho lique insiste à bon droit sur le caractère véritable de ce mariage, qui exprime, dans une synthèse unique, la tendresse virginale au sein de l'amour. L'abstention, qui en est la base, ne diminue en rien l'amour qui unit Marie et Joseph, mais porte leur puissance conjugale d'aimer à sa plus haute potentialité.
Lorsqu'ils abordent ce sujet, certains auteurs spirituels ont coutume de dire que l'absence de rapports charnels rendait leur union plus « pure ». Cette expression implique une idée inadmissible et dans son fond hérétique, car elle laisse entendre que l'acte conjugal est quelque chose d'imparfait, voire de peccamineux. Pour des époux qui aiment Dieu et qui s'aiment d'un amour légitime, cet acte est en lui-même aussi pur que n'importe quelle autre manifestation d'amour. Ce n'est pas dans une pureté plus haute qu'il faut chercher la grandeur de cette abstention mais dans l'accomplissement d'une vocation supérieure. Cet exemple souligne à sa manière que ce n'est pas le célibat comme tel, mais le célibat consacré à Dieu, qui l'emporte sur l'état de mariage, parce que cette consécration suppose une donation plus universelle aux autres, parce que la liberté, qu'elle implique, permet d'être au service de toutes les familles. Non pas mépris, mais préférence. Non repliement sur soi, mais ouverture au monde. L'abstention est l'envers d'un amour à la dimension du monde. Le mariage de Marie et de Joseph à lui seul oblige à repenser l'authentique amour conjugal en une perspective chrétienne.
Ces considérations rapides suffisent pour clarifier l'équivoque de base, qui compromet constamment, dans le monde d'aujourd'hui, la vraie grandeur de l'amour. Le terrain ainsi déblayé, on comprendra plus aisément pourquoi la maîtrise sexuelle s'impose au nom même de l'amour authentique, et on dégagera, plus commodément, les lois de l'éducation indispensable pour conquérir cette maîtrise. |
IV. L'INDISPENSABLE MAÎTRISE SEXUELLE
Continuité de vie-Une lacune à combler-Conditions de réussite-Œuvre surnaturelle-Péché originel
Recours aux sacrements-Œuvre naturelle -L'homme moderne à la conquête de soi
Cardinal Léon Joseph Suenens
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CHAPITRE IV
Continuité de vie
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La maîtrise de soi dans le domaine sexuel s'impose à tout homme, tant avant que pendant le mariage ou, pour les non-mariés, en dehors de celui-ci. Le mariage n'inaugure pas une période nouvelle où cette maîtrise cesserait d'être de mise. S'il en modifie les modalités, il ne la supprime pas. On croit, trop communément, que le mariage met fin au devoir de chasteté requis du célibataire ; qu'il est une levée d'interdit, en vertu de laquelle ce qui était mauvais hier est toléré aujourd'hui ; qu'il est, en somme, une permission de « pécher sans pécher ». Je force à peine la note, tant, dans le subconscient de beaucoup de gens, il y a rupture de continuité entre les deux états de vie. Phénomène de brouillage et de confusion morale ! On semble admettre, comme allant de soi, que le terme de « chasteté parfaite » ne peut convenir qu'au célibat. L'idée de chasteté au sein même du mariage étonne, comme s'il y avait quelque contradiction dans les termes. Pie XI intitule pourtant par ces mots sa grande Encyclique sur le Mariage Casti Connubii: la chaste union conjugale. Cette alliance de termes est normale. S'en étonner, c'est oublier que la chasteté a, pour ainsi dire, deux visages, selon qu'elle est vécue dans le mariage ou en dehors de l'union matrimoniale.
Pour le célibataire, elle règle la vie sexuelle en lui imposant l'abstention de tout acte contre la chasteté ; tandis que dans le mariage elle règle la vie sexuelle en la mettant au service de l'amour conjugal. On ne le dira jamais trop à ceux qui se figurent le mariage comme une rupture totale avec les contraintes du passé, comme un blancseing donné à l'instinct sexuel. Les choses ne sont pas si simples, et la réalité impose, après comme avant, des devoirs d'austérité, bien qu'il y ait en outre, comme nous le dirons, une maîtrise sexuelle à deux à acquérir, qui, tout en répondant à d'autres exigences, s'avère impérieusement nécessaire elle aussi. C'est dans cette perspective qu'il faut aborder le problème de l'indispensable maîtrise sexuelle et chercher les voies et les moyens pour rendre celle-ci de plus en plus accessible aux hommes. Sans doute, qui dit « maîtrise sexuelle » dit maîtrise de soi tout court, et tout ce qui est valable pour l'éducation de cette maîtrise en général peut être repris ici.
Pour le chrétien, cette maîtrise est une œuvre de volonté et de grâce, d'une volonté soutenue et animée par la grâce et fortifiée par la pratique des sacrements. La conception chrétienne de la vie est à la base de cette éducation loyale et virile : cette recherche atteint la totalité de la vie et se situe dans le climat d'ensemble chrétien. Mais, si la maîtrise sexuelle fait partie de cette maîtrise tout court, elle obéit aussi à certaines lois spécifiques, qui supposent et complètent les lois générales. C'est sur cet aspect précis qu'il nous faut à présent porter notre effort de réflexion. D'autant plus que l'Église demande aux hommes une maîtrise sexuelle sans compromission ; ce qui est une gloire pour elle, mais aussi une responsabilité à porter et à faire accepter.
Car nous n'avons pas le droit de nous contenter d'imposer aux hommes un commandement de la part de Dieu, sans leur dire en même temps comment le mettre en pratique, sans les aider, pas à pas, sur la route de l'obéissance filiale. Quand l'Église dit aux fidèles qu'ils sont obligés d'aller à la messe le dimanche, elle s'engage du fait même à leur bâtir des églises à proximité de leurs demeures et à rendre ces lieux du culte accueillants pour faciliter les sacrifices que les fidèles ont à s'imposer pour s'y rendre. Selon la même logique, il nous faut ici aussi faire connaître la volonté de Dieu et aider à l'accomplir avec précision. Les péchés d'inertie et de paresse de tous ceux qui portent, à divers titres, une responsabilité dans l'éducation sexuelle, pèseront plus lourd au jour du jugement que les fautes de ceux et de celles qui n'auront pas été préparés à remplir leurs devoirs. Dans la seconde partie de ce livre nous ferons le partage des responsabilités en indiquant le rôle respectif de chaque catégorie appelée à intervenir. Pour le moment il s'agit de prendre conscience d'une lacune, hélas, trop visible. |
Une lacune à combler |
Cette lacune est l'absence de préparation sérieuse et adéquate au mariage. Sans doute, depuis quelques années, des efforts sont faits et des oeuvres sont nées, qu'il faut saluer avec joie ; sans doute rencontre-t-on un certain nombre de prêtres chargés d'âme qui tentent courageusement de pallier cette carence. Mais si l'on regarde la situation dans son ensemble et à l'échelle des besoins de la masse, il faut dire que nous ne sommes quasi nulle part.
Pour s'en convaincre, il suffit de comparer le soin mis à préparer la réception d'autres sacrements avec ce qui se fait en vue du sacrement de mariage.
Pour l'Eucharistie, on a sagement institué les leçons de catéchisme : la préparation à la communion solennelle dure deux ans et l'on exige à bon droit l'assiduité. Pour le sacerdoce, le contraste est plus frappant encore. On requiert un long cheminement à travers deux années de philosophie et quatre années de théologie ; ce qui représente une belle somme de prières et d'efforts, d'études et d'initiation. Le mariage, au contraire, est laissé à l'improvisation du moment ou tout simplement à l'abandon. Dans l'immense majorité des cas on se marie sans préparation aucune. Le mariage est considéré comme une chose allant de soi, presque banale. Puisque c'est requis, les fiancés viennent se présenter au curé quelques jours avant la date fixée pour les fiançailles. Ils arrivent chez lui, la tête pleine de soucis matériels, préoccupés des derniers préparatifs de la cérémonie. Ils viennent remplir une ultime formalité qu'on leur dit indispensable. Vaille que vaille, ils répondent à un questionnaire, et s'en vont nous présentons les choses au mieux après avoir entendu quelques mots rapides sur le sens du mariage. Mettons en regard de ce manque de préparation, la doctrine de l'Église sur ce sacrement. Qu'enseigne-t-elle, sinon que ce sacrement va lier les époux pour la vie, indissolublement ; qu'il exclut le divorce avec remariage, quoi qu'il advienne ; qu'il a comme fin primaire la procréation des enfants et que la fraude conjugale est une faute mortelle ; qu'il y va non seulement de l'avenir des deux conjoints, mais d'une famille à fonder, de la société à servir, du ciel à peupler. Voit-on la gravité sacrée de l'engagement d'une part, et la légèreté, la frivolité parfois, avec laquelle tant de couples vont au devant de ce geste d'alliance sacramentel d'autre part?
Il est urgent que nous réagissions contre cette carence de la pastorale et que nous tendions nos efforts pour résoudre ce vaste problème. Que ce ne soit pas facile, on en convient, mais est-ce une raison de ne pas le tenter? En certains diocèses des États-Unis on impose l'assistance, pendant quelques semaines, à des cours de préparation au mariage. C'est un progrès appréciable. Déjà les efforts sporadiques, faits en vue de revaloriser les fiançailles ou en vue de préparer les fiancés au mariage par des retraites ou des récollections, sont accueillis avec avidité et gratitude par les bénéficiaires. L'élite en éprouve le besoin, mais il faut que les masses en prennent conscience. On ne peut oublier les multitudes qui sont dans le désert et qui ont faim sans le savoir. Ces multitudes qui doivent être éduquées sexuellement, ce ne sont pas seulement les fiancés à la veille du mariage, mais ce sont aussi tous les autres, ceux qui ne se marieront pas ou qui ne le feront que très tard, et aussi ceux qui, mariés, se posent mille problèmes et voudraient qu'on leur donne à manger la parole de vie, le pain de Dieu. De ces multitudes monte un immense appel.
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Conditions de réussite |
Dans la seconde partie nous chercherons comment conjuguer pratiquement les efforts pour répondre à cet appel. Il nous faut à présent rechercher comment réussir, sur le plan personnel, cette éducation à la maîtrise sexuelle.
Il est important de noter au départ que ce n'est pas, comme nous l'avons dit, au nom des exigences de l'Église que le problème de la maîtrise de l'instinct se pose, mais au nom des exigences mêmes de l'amour. C'est pourquoi il importait de clarifier l'équivoque de base et de distinguer nettement l'instinct sexuel de l'amour. Loin de brimer l'amour, l'Église veut au contraire le respecter et l'épanouir. Mais cela ne peut se faire sans une lente éducation : si l'amour doit se situer au coeur de l'instinct pour en prendre possession et l'animer du dedans, il y a lieu d'éduquer l'homme à cette croissance dans l'amour, à cet investissement de l'instinct par l'amour. Cette maturation mesure le degré de maîtrise sexuelle auquel l'homme est parvenu, mais elle doit être guidée et menée à terme. Pour réussir cette éducation indispensable, il faut que le chrétien sache qu'elle est oeuvre à la fois surnaturelle et naturelle, et qu'il fasse converger vers un même but la double série de moyens dont il dispose.
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Œuvre surnaturelle |
Commençons par jeter un regard vrai sur la nature humaine telle qu'elle s'offre à nous : il faut la considérer avec le réalisme surnaturel de la foi, qui nous dit que l'ordre naturel n'existe pas comme tel ; car, en fait, il n'existe qu'un ordre surnaturel, à l'intérieur duquel se déploie la nature. Cet ordre surnaturel, c'est l'ordre en vertu duquel Dieu n'est pas seulement le Créateur des hommes mais aussi leur Père, et nous, non seulement des créatures mais aussi des fils de Dieu. Nous sommes appelés à participer à la vie divine elle-même : dès ici-bas Dieu nous y invite et nous y introduit. Les sacrements sont les gestes de Dieu venant au devant de l'homme pour le sanctifier, le vivifier, le nourrir par anticipation de la vie éternelle qui déjà commence au baptême. Vouloir vivre une vie pleinement humaine sans la grâce est une utopie ; pour le chrétien, une vie uniquement humaine est une vie infrahumaine : il n'est pas fait pour cela ; elle le conduirait hors de sa voie. S'il veut répondre pleinement à sa vocation d'homme, le surnaturel doit le pénétrer jusqu'à la moelle des os. La maîtrise sexuelle, tout en étant maîtrise de l'âme sur le corps, est d'abord maîtrise de Dieu sur l'âme. Dieu maître de l'âme, l'âme maîtresse du corps, tel est l'équilibre humain dans la pensée créatrice de Dieu. Tout ce qui renforce l'emprise de Dieu sur l'âme renforce l'emprise de l'âme sur le corps : c'est à partir de cette donnée qu'il faut envisager tout travail d'éducation en profondeur.
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Péché originel |
Cette nature humaine, insérée dans l'ordre surnaturel, n'est pas une nature intacte. Il faut le savoir, et ne jamais l'oublier, sous peine de fausser toute éducation. J.-J. Rousseau continue à nous faire beaucoup de mal, et le péla gianisme cette hérésie qui proclame que, pour observer la loi naturelle, la nature se suffit à elle-même, sans le concours de la grâce envahit la littérature et la mentalité même des chrétiens. Le christianisme croit au péché originel, au mystère qui, selon Pascal, rend moins mystérieux le mystère même de notre condition humaine. Il professe que, sans la grâce, nous ne sommes pas capables de respecter intégralement et durablement la loi naturelle elle-même, dans le domaine sexuel moins encore qu'ailleurs. L'éducation à la maîtrise de soi implique donc, à toutes les étapes, le recours à la prière et à la grâce et, pour le fils loyal de l'Église, le recours à la vie sacramentelle. Quelle que soit notre faiblesse naturelle, il reste vrai que la grâce de Dieu, abondante et surabondante, nous est donnée, si elle est humblement demandée dans la prière. A saint Paul, se plaignant d'avoir à souffrir, Dieu répondit : « Ma grâce te suffit ». C'est vrai pour chaque homme, mais il faut qu'il ait conscience de cette indigence et qu'il accepte de tendre la main au Sauveur. L'homme moderne sent tellement peu le besoin de rédemp tion et de salut !
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Recours aux sacrements |
Trois sacrements jouent un rôle spécial dans l'éducation surnaturelle à la maîtrise sexuelle.
L'Eucharistie, que la liturgie nomme « une sauvegarde de l'âme et du corps », gage de résurrection corporelle et de triomphe de l'âme sur la matière, est spécialement le sacrement de cette harmonie et de cette maîtrise.
Le sacrement de la pénitence, qui fraie la route à la com munion eucharistique, achemine, lui aussi, le chrétien vers une purification croissante et un épanouissement plénier. Il offre par ailleurs l'aide spirituelle du prêtre pour éclairer et guider les consciences.
Le sacrement du mariage lui-même vient vivifier, au jour le jour, le déroulement de la vie conjugale et l'amour humain par l'afflux même de l'Amour de Dieu, « jeune et éternel ». Comme Pie XI, dans Casti Connubii, le rap pelait, à la suite de Bellarmin, le sacrement de mariage est semblable au sacrement de l'Eucharistie, qui n'est pas seulement « sacrement au moment où il s'accomplit, dans la consécration, mais qui le demeure aussi longtemps que les espèces saintes perdurent ». Analogie qu'il ne faut pas pousser à l'extrême sans doute, puisque le sacrement de mariage, au sens strict, est l'acte transitoire du consentement contractuel. Mais il ne reste pas moins vrai qu'on puisse dire, avec Pie XI, que le mariage est « un sacrement dont la vertu efficace... dure perpétuellement », puisqu'il réalise le lien matrimonial, la société des époux. Ceux-ci vivent, non pas une fois pour toutes, mais à longueur de journées, de la réalité sacramentelle qui les unit « for better and for worse ». La grâce du sacrement anime de l'intérieur tout effort de bonne volonté comme chaque élan de tendresse. C'est elle qui transfigure l'amour humain naturel en amour surnaturel de charité et fait en sorte que les époux s'aiment non seulement de tout leur coeur forcément faible et fragile mais du Coeur même de Dieu, opérant en eux. Cette élévation surnaturelle de l'amour n'est pas diminution mais guérison, restauration, intensification. Elle purifie, non pas en éliminant le charnel, mais en le chargeant d'une qualité d'amour qui le dépasse naturellement ; elle survolte sans abaisser. Au sacrement de mariage s'appliquent aussi les fortes paroles de Péguy :
« La grâce s'élèvera de toute sa hauteur au-dessus de la nature, sans que la nature ait été frauduleusement abaissée.
La haute température ne viendra pas de ce qu'on aura abaissé le zéro.
L'éternel s'élèvera de toute sa hauteur au-dessus du temporel et ce n'est pas le temporel qui aura baissé. »
Cette grâce sacramentelle unit les conjoints au mystère rédempteur du Christ et les entraîne dans une participaetion toujours plus plénière au sacrifice du Sauveur. Elle prépare au sacrifice de soi en l'assumant dans le sacrifice de l'autel.
La grâce sacramentelle enfin sacre les conjoints en vue d'une fonction propre dans l'Église : le foyer fondé devient, comme tel, foyer de charité, cellule d'Église, centre de départ d'un rayonnement apostolique. « Home is where one starts from », disait Eliot : le foyer est là d'où l'on part.
Car il ne faut pas oublier qu'un foyer chrétien, pour s'épanouir et s'équilibrer, doit être non pas un foyer clos, replié sur lui-même, mais un foyer ouvert, accessible aux grands appels du monde et de l'Église. L'engagement apostolique et social du foyer fait partie intégrante de la vie chrétienne, dont on ne néglige impunément aucun aspect. L'ordre est tributaire de l'ordre, la vie se nourrit de la vie, et l'amour de Dieu et des hommes équilibre et oriente du dedans l'amour conjugal qui relie les époux l'un à l'autre. La maîtrise de soi est liée par d'indissolubles liens à l'oubli de soi au service des autres. Vouloir équili brer une nature, que le péché originel a déséquilibrée, sans recourir aux grandes ressources convergentes de la grâce surnaturelle, c'est manquer de réalisme et aller au devant d'un échec.
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Œuvre naturelle |
Pourtant, si la nature humaine est affaiblie, elle n'est pas foncièrement viciée. Il n'est pas vrai que les hommes sont voués au péché, qu'ils ne sont qu'à demi adultes ou à demi responsables. Pour être blessée, la nature n'est pas privée de ses pouvoirs propres. Le même réalisme, qui oblige à prendre appui sur la grâce, qui vivifie et guérit, contraint de croire aux possibilités, aux énergies latentes de l'homme. D'où l'importance, au départ de toute édu cation sexuelle, de la foi dans les ressources de l'homme.
La foi dont il s'agit, est une conviction raisonnée, motivée, persistante, que cette maîtrise peut s'acquérir.
On connaît l'histoire de l'amiral Dupont expliquant à l'amiral Farragut, lors de la guerre de Sécession aux États-Unis, pour quelles raisons il n'avait pu réussir à entrer dans le port de Charleston avec sa flotte de guerre. Farragut, après l'avoir écouté jusqu'au bout, lui répondit :
Dupont, il y a une raison encore.
Laquelle donc ?
Vous n'avez pas cru que vous pouviez le faire. Cette histoire est brûlante d'actualité dans le domaine qui nous occupe.
Il est essentiel de croire à la possibilité d'aboutir ; cette foi fait partie du succès même. Il en va ici comme de l'art de conduire une voiture ou de nager : la confiance en soi est la clef même de la réussite. Elle commande l'usage et l'efficacité des techniques ; elle est la technique pri mordiale, animatrice des autres. Que d'apprentis chauffeurs ou nageurs ont abandonné le volant ou la mer non parce que la technique était trop compliquée, mais parce qu'ils n'ont pas osé croire « que cela irait », que l'auto épouserait leur volonté et que la mer les porterait allégre ment.
Dans le domaine sexuel, tant de connivences intérieures, secrètes ou avouées, viennent souffler à l'oreille le mot « impossible » et décourager les volontés hésitantes. Il faut revenir sans cesse à cette persuasion de base et ne pas se laisser entraîner par toute la littérature ambiante, qui admet comme un postulat jamais mis en cause, le caractère fatal de l'anarchie sexuelle. C'est donner, d'entrée de jeu, partie gagnée au péché que de le déclarer inévitable ou même de nier son existence. Satan a tout à gagner à cette politique du pire. C'est d'ailleurs une vue inexacte du réel. Nul ne méconnaît la force de l'instinct sexuel, pas plus que le nageur ne méconnaît l'impétuosité des vagues. Mais il ne faut pas oublier que cette force est, dans une certaine mesure, dépendante de l'ambiance qu'on lui offre et qu'on crée de ses mains.
Parmi tous les instincts, un des plus violents est certainement l'instinct sexuel, mais il est moins violent qu'on ne le croit, si on le réduit à l'état pur. Ce qui le développe et l'exaspère, c'est le milieu sociologique, la civilisation érotique dans laquelle nous vivons ; la convergence de ce jeu, sans cesse renouvelé, d'images, de lectures, d'émis sions, de films, finit par créer une obsession. Mais cette obsession est le fruit de procédés artificiels : l'instinct laissé à lui-même est bien moins violent que ne le donne à penser notre civilisation contemporaine.
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L'homme moderne à la conquête de soi |
C'est dans cette perspective, surnaturelle et naturelle, qu'il faut à présent avancer, et chercher à tirer profit de ce que la science la plus moderne apporte au domaine de la maîtrise sexuelle. Sans en exagérer l'importance, et tout en se gardant d'y voir une technique à bon marché ou moins encore une recette, il faut se garder de minimiser ce qu'elle offre de pratique et de concret pour aider, sur un plan si partiel soit-il, à réaliser de plus en plus cette indispensable conquête de l'homme sur l'homme lui-même.
La science a fait d'admirables progrès dans la conquête du monde. Elle a pénétré au coeur de la matière pour en dégager l'énergie nucléaire ; elle a franchi l'espace par ses fusées et ses luniks ; elle a exploré les terres inconnues et plongé dans les océans. Elle a découvert mille secrets pour lutter de vitesse avec la maladie et avec la mort. Mais on est tout surpris de constater qu'elle ait si peu encore sondé l'homme lui-même et ses ressources propres, qu'elle n'ait pas encore découvert le moyen de le rendre autant qu'il est possible maître de lui-même et capable de se gouverner. L'homme, cet inconnu, disait Carrel. Nous sommes encore au seuil de la découverte de cette maîtrise humaine, de l'emprise de l'homme sur lui-même, et plus particulièrement de la maîtrise sexuelle, qui est vitale pour son équilibre. Le « connais-toi toi-même » de Socrate pose en ce domaine, plus qu'ailleurs, un problème épineux. Si tâtonnante qu'elle soit encore, la science avance pourtant dans la bonne direction. La psychologie moderne souligne chaque jour davantage l'influence de l'âme sur le corps, du psychique sur le physique. Dans le domaine médical, la mise en jeu de cette interaction compte d'étonnantes réussites. On savait depuis longtemps combien le moral influe sur la santé, combien les troubles fonctionnels sont tributaires du comportement intérieur. On le sait aujourd'hui de mieux en mieux. « La prétendue impulsion sexuelle physiologique, écrit Wittkower, quelque étrange que cela puisse paraître, joue un rôle mineur dans la plupart des cas de promiscuité sexuelle, de même que la soif n'a que peu de rapport avec l'alcoolisme chronique. »
La psychanalyse, de son côté, a révélé combien les facteurs d'introversion et de stagnation égocentrique jouent un rôle important en cette matière. La science s'écarte de plus en plus des prétendues impulsions irrésistibles, par lesquelles tentait jadis de se justifier le dévergondage, baptisé d'« amour libre ».
La biologie actuelle classe les réflexes génitaux parmi les réflexes « les plus modifiables par un entraînement volontaire et progressif ».
Une science relativement nouvelle, la psychophysiologie, est venue agrandir encore le champ de ces conquêtes de l'esprit sur le corps. Pie XII n'a pas craint d'y faire allusion et de dégager cette science et ses découvertes du revêtement philosophique que lui donnent certains de ses promoteurs.
Ce progrès même des sciences, surtout celui des sciences biologiques, a rendu caduque une certaine manière d'être matérialiste et mécaniciste. Pavlov et d'autres ont dégagé davantage les rapports du cerveau et de la pensée, et ont précisé les lois régissant les interactions des divers réflexes innés et conditionnés. La réflexologie a mis à jour une psychologie de la conscience qui tend à montrer le rôle actif de l'individu devenant progressivement maître de son destin, à l'encontre d'une psychologie qui insistait trop fortement sur la passivité et sur l'interaction subie de l'hérédité et du milieu. Quel que soit le cadre philosophique qui enrobe ces découvertes, elles vont dans le sens d'une spiritualisation croissante de l'homme, et ce sens est libérateur.
On insiste aujourd'hui, dans le monde des psycho-physiologues, sur quelques assertions, qui sont de nature à stimuler l'effort vers la maîtrise sexuelle. Tout d'abord on marque fortement que la sexualité humaine, à l'encontre de la sexualité animale enchaînée à certains automatismes, a une malléabilité bien plus grande, une éducabilité plus large qu'on ne le croyait. Le sexe de l'homme se situe dans le cerveau plus encore que dans les hormones. Le cerveau peut orienter et contrôler bien plus qu'on ne le pense couramment. L'homme n'a pas d'instincts au sens animal, niais des réflexes physiologiques pénétrés d'humanité. La sexualité humaine est cérébralisée, et dès lors dépendante du centre de commandement des réflexes. Le comportement sexuel de l'homme dépend, pour une très large part, de réactions non innées mais acquises, de réflexes conditionnés, d'habitudes reçues du milieu et transmises. La réflexologie est venue montrer, par l'exemple de l'accouchement sans douleur, que la maîtrise sur les réflexes va plus loin qu'on ne l'imaginait communément. Si la physiologie du plaisir n'est pas la même que celle de la douleur, l'analogie mérite pourtant d'être relevée, et incite à poursuivre les recherches dans une direction sinon identique du moins parallèle.
Dans son livre La Maîtrise sexuelle, le Dr Paul Chau chard écrit : « L'animal peut exercer d'emblée ses possibilités dès qu'il est adulte, l'homme ne peut y parvenir que dans la mesure où il apprend à se servir de son cerveau. L'animal n'a qu'à suivre ses instincts, l'homme doit inventer ce qu'il doit faire ; ses instincts sont peu développés et il peut les mortifier et les maîtriser dans une large mesure » (l. c. p. 9). Et encore : « A l'inverse de l'animal, qui, d'instinct, sans apprentissage, exerce parfaitement sa sexualité, l'homme est dans ce domaine, on l'oublie trop, totalement tributaire de l'éducation » (l. c. p. 13). « Le transfert au cerveau de la commande sexuelle principale a pour conséquence, par rapport à l'animal, une diminution considérable des comportements automatiques de l'instinct... On peut dire que l'homme n'a pas d'instinct sexuel au sens animal de ce mot... Pratiquement, sauf le cas des réactions purement réflexes élémentaires, tous nos comportements sexuels sont des réflexes conditionnés. Ce conditionnement peut aller très loin... On peut ainsi dire que nous sommes présents à nous-mêmes dans notre cerveau, que nous avons notre sexe dans notre cerveau... Quelque chose n'est sexuel que dans la mesure où il provoque l'activité des structures sexuelles cérébrales latentes et leur prise de conscience ; si un message sensitif ou une pensée même normalement sexuelle sont pris par le cerveau dans une autre signification, ils ne sont plus sexuels cérébralement et n'auront plus de pouvoir sexuel » ( 1 . c. P. 4 2 ). 1
Il y a place pour une hygiène du cerveau au service de la maîtrise sexuelle, comme il y a place aussi pour d'autres hygiènes.
C'est faire preuve d'un puritanisme bien déplacé que de dédaigner « ces moyens pauvres », sous prétexte de haute spiritualité. L'Église, tout en étant divine, est aussi humaine et faite pour les hommes tels qu'ils sont en chair et en os. Et c'est cette humanité-là qu'elle doit conduire à Dieu. Or, cette pauvre humanité est, on ne le redit pas assez, la proie facile du fléau de l'alcoolisme.
Les ravages en matière d'anarchie sexuelle de ce fléau, ils doivent être rappelés avec constance et, preuves à l'appui, combattus vigoureusement. Le danger de certaines réu nions mixtes n'est pas tant la rencontre elle-même que l'alcool absorbé, l'abus des cocktails, la griserie artificielle, qui diminuent dangereusement le contrôle de soi. L'ascèse que les sportifs s'imposent pour réussir leurs performances, est un exemple à suivre, comme d'ailleurs l'entraînement judicieux aux exercices physiques, qui sont une école de volonté et de maîtrise de soi.
Ces quelques considérations n'ont rien d'exhaustif. Elles invitent simplement à mie convergence naturelle et surnaturelle des efforts, qui s'avère indispensable.
.Reste à examiner les conditions dans lesquelles cette maîtrise nécessaire et possible, possible puisque nécessaire, pourra et devra se déployer.
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Références
1. Voir du même auteur :
— Les voies nouvelles de la psychophysiologie, dans: Revue des
Questions scientifiques, 20 janvier 1955, pp. iio-118.
— Aspects neurophysiologiques des conduites humaines, dans :
Revue des questions scientifiques, 20 janvier 1958, p. 127.
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