| Deuxième
Partie- Mon Christ Aimé
Je
vous demande de vous substituer à moi, afin que ma
vie ne soit qu’un rayonnement en votre vie.
Où
va me conduire l’oraison de Dieu ? Ni plus ni moins
qu’à cet admirable commerce entre Jésus
et moi, entre Jésus, qui me communique toute ce qu’il
est, tout ce qu’il a ; et moi, qui le revête de
plus en plus au pointe de devenir comme une même chose
avec lui.
C’est
là, la grâce profonde qu’infuser en mon
âme Jésus-Hostie Elle ne réalise pas cette
merveille en un jour, au moins d’ordinaire; mais, peu
`a peu, lentement, sûrement. Pour me servir de l’expression
familière à l’Apôtre, je dirai qu’elle
me situe et me stabilise dans le Christ : in Christo Jesu.
Le baptême, déjà, est une initiation à
cette substitution sublime l’eucharistie est chargée
de l’accentuer sans cesse et de la parfaire.
Nous entendons encore tant elle nous, impressionne cette parole
que nous adressait une âme pleine de Dieu : «Dites-vous
souvent : je vous, comme toute âme chrétienne,
répétez-vous : je suis Jésus…Pénétrez-vous
de cette ineffable vérité, à tout instant,
où que vous soyez, sur la place publique ou dans vote
chambre, dans le métro de la ville immense ou dans
le salon où vous recevez. Pensez cela, pénétrez-vous
de cela, à la prière ou au travail, dans vos
joies ou dans vos peines, quand vous parlez ou quand vous
faites silence : Je suis Jésus»
Un
baptisé, un chrétien oui, c’est un autre
Christ ; mais un communiant ? qui dira jusqu’où
va cette substitution de Jésus à lui ? Si nous
avions nous prêter à cette opération de
Dieu en nous ! Si nous avions foi en la sainte eucharistie
! Si nous croyons à sa vertu de transformation, de
transfiguration en Jésus-Christ !
Sur
le Thabor, Pierre, Jacques et Jean enveloppés dans
la nuée, symbole de l’Esprit- Saint et qui recouvrait
Jésus, Moise et Élie entendaient la voix du
Père disant de son Christ : Celui-ci est mon Fils,
le très cher, en qui je me complais (1)…
Puis,
ils ne virent plus que Jésus (2).
Ils
ne virent plus que Jésus. Tout le reste avait disparaître
eux-mêmes semblaient disparaître en lui. La révélation
du Seigneur, la fulgurance de sa face et la neige de ses vêtements
les avaient transfigurées en lui. Toute communion,
c’est cela : une transfiguration, mais une transfiguration
bien autrement opérante que celle accomplie sur la
sainte montagne.
Si
saint Pierre, devant ce grand miracle, avertit ceux auxquels
il le rappelle, d’y prêter attention, désormais,
comme à une lampe qui brille dans un lieu obscur, en
attentant que vienne à poindre le jour de la parousie
finale ; et qu’il se lève, lui Jésus,
comme l’étoile du matin dans leurs cœurs
; que devons-nous penser, nous autres, de cette transfiguration
quotidienne que procure la communion ? Elle ne nous laisse
pas seulement son souvenir, ainsi que Jésus le demandait
à la dernière Cène, mais elle le fait
passer, tout entier, en notre être.
Il
est en nous, il demeure en nous.(3)
Et quand les saintes espèces auront disparu, l’essentiel
qui demeurera, ce sera la vertu ou puissance de l’eucharistie.
Elle continuera à pénétrer nos moëlles
intimes, celles du corps, celles de l’âme surtout.
Nous serons devenus le rayonnement actif de Jésus-Christ
Notr–Seigneur.
Et
nous nous lèverons, et nous irons à notre tâche,
à notre labeur, à nos affaires. Porteurs du
Christ, Christophores, comme disaient les Pères, nous
le porterons partout où nous serons, où nous
nous présenterons, où nous agirons. Alors, mais
alors seulement, commencera notre véritable apostolat,
celui qui dépasse toutes les autres, celui sans lequel
tous les autres sont voués d’avance à
un misérable échec ; alors commencera ce qu’on
a appelé si profondément, si justement «l’apostolat
de l’être».
Avant d’agir, il faut être» ; il vieil axiome
qui, peut-être, ne réalise nulle part mieux qu’ici
sa vérité. Avant de pouvoir prêcher Jésus,
avant de pouvoir donner Jésus, il faut avoir commencé
par l’être, être Jésus.
La
puissance des saints est là, n’est que là
: qu’on ne l’oublie jamais. C’est quand
une âme est imprégnée du Christ, qu’elle
déborde de sa sève divine, c’est alors
que nécessairement, sans même le savoir, elle
agit. Il est impossible qu’une âme replie de Dieu,
et comme changée en lui, ne livre a dehors sa vertu
de rayonnement.
Elle devient lumière dans le Seigneur
(4), celle qui éclaire les ténèbres
; elle devient le charbon ardent qui enflamme et brûle
de son propre feu quiconque l’approche.
Peut-on,
timidement, avancer ceci : il y a trop d’œuvres,
il n’a pas assez d’âmes intérieures
pour les diriger ? Et c’est pourquoi, trop souvent,
le succès répond si peu a l’effort.
C’est Dieu qui fait nous oeuvres. Nous ne sommes que
des instruments. Encore faut-il que ceux-ci soient adapté
à l’usage qu’on doit en faire. Ils ne le
sont que lorsque ceux qui travaillent, dussent-ils se fatiguer
beaucoup, ne recherchent que la pure gloire de Dieu. Ce n’est
qu’en lui et pour lui, en son fils Jésus que
travaille bien, pour le salut, celui que s’applique
à ses œuvres : c’est qu’alors elles
sont faites en Dieu (5).
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