Première
Partie-Trinité que j'adore
Faites-en
votre ciel, votre demeure aimée et le lieu de votre
repos.
Ici,
dans mon action de grâce, à cette heure solennelle
où toute chose en moi sont réduites au silence
; où mon âme se sent comme immobilisée
et pacifiée, comme si, déjà, elle était
dans l’éternité ; où l’Hostie
l’emporte au sein du Père, dans l’amour
même du Père et du Fils ; à cette heure
où la terre semble ne m’être plus rien,
pour que je me sens si loin d’elle, si loin de toute
créature, si lion de moi-même, je demande à
Dieu, avec tant d’insistance : Mon Dieu, faites de mon
âme votre ciel.
Qu’est-ce que le ciel, sinon vous-même, Père,
Fils, Esprit-Saint ? Le ciel, c’est, le lieu du bonheur
et vous êtes votre propre béatitude. Vous habitez
dans les cieux ; le ciel du Père qui engendre, le ciel
du Fils engendré ; le ciel de Esprit d’amour
procédant de l’une et de l’autre ; et cela
n’est qu’un ciel , celui de l’unité
des trois personnes en Dieu.
Si vous daignez faire de mon âme votre ciel, vous seriez,
à elle-même, son bonheur, sa béatitude
infinie, sa demeure aimée et le lieu de son repos.
Mon
âme ne devient pas Dieu, non ; mais, en vous suppliant
de faire d’elle votre ciel, votre demeure et le lieu
de votre repos, je ne veux qu’exprimer l’ineffable
communion que vous daignez, en ce moment, réaliser
avec elle.
Habitez
donc en moi, Seigneur ! Vous le voulez puisque, par Jésus,
et avec tout votre amour de Dieu, vous êtes en moi.
Vous
êtes partout, puisque vous contenez toutes choses pour
votre essence, votre présence et votre puissance. L’atome,
le grain de sable fouetté par le vent sur les grèves,
la terre entière, sont, ainsi s’exprime le Psalmiste,
rempli de votre possession (1).
Mais vous vous complaisez infiniment mieux dans une âme
; dans une âme à qui vous donnez non seulement
de vous connaître et de vous aimer, mais de vous posséder
substantiellement, d’une manière inconnue, certes,
supérieure de toute manière.
Vous
êtes le ciel lui-même; et dire que vous faites
son ciel, c’est souligner, à sa plus profonde
expression, le degré dépossession où
vous l’établissez.
Seigneur,
soyez heureux dans ce ciel de mon âme ! Peut-être
vous déplaît-elle, hélas, encore ; car
elle n’est pas sainte encore, quoi qu’elle aspire
de toutes ses forces à la sainteté. Ne voyez
pas son indignité n’appréciez que l’amour
qui vous porte aujourd’hui à descendre jusqu’à
elle.
Faites de mon âme vote demeure aimée, une demeure
d’amour, où Père, Fils et Saint Esprit,
vous puissiez vivre votre mystère d’un Dieu,
Un et Trine, en profondeur sans fond.
Faites d’elle le lieu de votre repos, où vous
puissiez vous dédommager des blasphèmes, insultes,
sacrilèges, irrévérences et profanations,
négations et crimes de l’impiété
; où vous puisiez rencontrer un cœur avide de
vous rendre ce que l’on vous refuser ailleurs.
Qu’elle
soit votre ciel, votre paradis, un paradis retrouvé
et d’où vous ne serez jamais chassée pour
mon ingratitude et ma lâcheté ?
Qui
mange ma chair et boit mon sang, avez-vous dit, demeure en
moi, en moi en lui (2), Réalisez
en plénitude cette promesse. D’autant plus que
vous me suppliez et répétez :.Demeure dans mon
amour (3). C’est réciproque
et, pour cela même, identifiant.
Quelle
communion que celle d’un Dieu faisant d’une créature
sa demeure ; que celle d’une créature faisant
sa demeure de son Créateur ! Quel repos que celui-là
et quel rafraîchissement ! Quelle anticipation de l’éternel
repos, dans l’indéfectible lumière que
vous me permettez d’attendre, si je l’espère
de vous !
Ne
me quittez pas : restez avec moi, tout ce jour, toute cette
nuit qui viendra… J’attendra, par votre vertu,
la rencontre renouvelée de demain, pour me cacher,
toujours davantage, dans votre ciel ; pour vous contenir toujours
plus dans le mien. Le vôtre est le mien, on, c’est
plus simple que cela : c’est un même ciel, une
même demeure, un même lieu de repos, puisque cette
hostie vous faire demeure en moi, et moi en vous.
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