Sixième
Partie- O Mes Trois
En
béatitude.…
Je
ne puis encore voir mon Dieu, la Trinité que j’adore
: je ne puis la voir comme me le promet la vision du face
à face, lorsque, retourné a lui je lui deviendrai
pleinement semblable, le voyant tel qu’il est
(1), lorsque j’aurais réalisé en
plénitude ma filiation adoptive.
Mais
l’eucharistie, sacrement de la charité divine,
m’est donnée comme substitut sacré et
temporaire à cette vision qui reste ma fin suprême,
l’Osacrum convivium chante Jésus-Hostie comme
le gage de la gloire future ; et futurae gloira nobis pignus
datur… …Je possède dans ce mystère
de foi ce que je possèderai grâce à la
lumière de gloire. Parce qu’aime ce que je crois,
je jouis déjà de ma béatitude finale.
Rien
de plus vrai que ce que je dis là. Si je le veux, je
puis déjà me compter au nombre de bienheureux
de là-haut. Ils voient, eux qui ont rejoint le mystères
et sa révélation : mais, je vois aussi d’une
certaine manière, puisque l’objet divin de leur
vision , de leur ivresse, de leur repos éternel, c’est
celui-là même que j’adore dans Jésus-Hostie.
Si le ciel c’est Dieu ; si l’âme chrétienne
qui vient de communier est devenir, comme nulle autre, le
séjour de Dieu, je dois bien conclure que toute le
ciel est en moi. puisque je possède mon Dieu. Et voilà
qui est un de fus sans pareil de la sainte communion, je vis
déjà comme au ciel. Je pose, tout le jour, les
actes que l’on pose au ciel. Là-haut, ce sera
plus parfait ; mais sur terre, la charité la même
au moins en substance, me permit de vivre déjà
comme on vit au ciel.
N’est-il
pas vrai qu’au travers de ces espèces saintes
qui cachent apparemment mon Jésus, le Verbe du Père,
je le regarde ? Ne puis-je dire qu’en regardant l’Hostie,
je regarde celui qui en est l’unique substance ? En
regardant le Dieu de l’Hostie, en contemplant le Verbe,
je vois ceux qui lui sont indissolublement unis, le Père
du Verbe, l’Esprit-Saint de l’un et de l’autre.
Sans
doute, je ne vois pas, je ne contemple pas comme je le ferai
da la gloire, c’est entendu. Mais tout de même,
puis-je nier que je suis face à mon Dieu ? cette pensée
: je suis face à mon Dieu me ravit et m’arrache
à toutes les choses que voient mes yeux charnels, et
si je rentre en moi-même, en ce moment où je
sais qu’y règne Jésus-Hostie, ma foi me
jette à ses pieds ; et je le regarde, je le contemple,
je me baigne en cette vision anticipée, que déjà
m’est une béatitude, la plus vraie, la plus profonde
de toutes les béatitudes possibles ici-bas.
Je
m’en rends si bien compte ! En effet , si déjà
le cœur des deux disciples qui s’en allaient à
Emmaüs brûlait, en entendant Jésus, le pèlerin
inconnu, leur exposer les Écritures qui traitaient
de lui, que dire d’une âme que l’Hostie
envahit, qu’elle assimile, qu’elle fait approcher
du cœur de flammes qui la consume, parce que sa foi lui
fait regarder et contempler, authentique vision encore ou
’incomplète, le Dieu qui la possède ?
O bienheureux moments que ceux de la sainte Communion ! Moments
d’une béatitude où mon âme rejoint,
là-haut, mes frères en gloire, Anges et saints,
s’abîment en la Lumière de lumière,
livrés à toutes les joies qui les dilatent,
parfaitement, éternellement.
En
cette vallée de larmes, je puis donc communier à
leur bonheur. La même vérité qu’ils
comprennent, je la saisis pour ma part, au tréfonds
de mon être, quand je plonge mon regard de foi en le
Verbe-Eucharistie de mon Père.
Que me manque-t-il ici-bas, si vraiment je veux mettre ma
joie là où seule elle peut être ? Il ne
me manque rien. Ce Pain de la vie que je mange, ce Calice
du salut que je bois, ce corps ce sang cette âme, toute
la divinité de Jésus-Christ, que j’ai
reçus en moi contiennent toutes les délectations
: Omne delectamentum in se habetem.
Ne te plains plus, ô mon âme ! Ne regrette plus
rien. Qu’est-ce donc qui pourrait encore t’affliger,
te troubler ? Veux-tu goûter quelque chose de la félicité
du Paradis? Voilà : au ciel tu n’en auras pas
d’autre : seulement , elle y sera à une intensité
que tu ne peux mêmes pas te représenter, ni soupçonner
sur la terre.
Que
tu es donc sage, lorsque tu communies, de t’abandonner
à la joie de ton Seigneur, d’y enter toute entière,
d’oublier, au moins en ces instants du ciel, tout ce
qui t’alarme ici-bas ! Quelle force tu y puises ! Quelle
transformation tu y subis ! Tu deviens de plus en plus céleste,
et comme déjà ne vivant plus qu’au ciel
(2).
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