Prêtres du Monde

+ Sr Denise Christiaenssens ermite de la croix o.f.s.


Série 3- À la Trinité par l'hostie 46/52

La vision anticipée

Don-Vanadeur

Sixième Partie- O Mes Trois

 En béatitude.…

Je ne puis encore voir mon Dieu, la Trinité que j’adore : je ne puis la voir comme me le promet la vision du face à face, lorsque, retourné a lui je lui deviendrai pleinement semblable, le voyant tel qu’il est (1), lorsque j’aurais réalisé en plénitude ma filiation adoptive.

Mais l’eucharistie, sacrement de la charité divine, m’est donnée comme substitut sacré et temporaire à cette vision qui reste ma fin suprême, l’Osacrum convivium chante Jésus-Hostie comme le gage de la gloire future ; et futurae gloira nobis pignus datur… …Je possède dans ce mystère de foi ce que je possèderai grâce à la lumière de gloire. Parce qu’aime ce que je crois, je jouis déjà de ma béatitude finale.

Rien de plus vrai que ce que je dis là. Si je le veux, je puis déjà me compter au nombre de bienheureux de là-haut. Ils voient, eux qui ont rejoint le mystères et sa révélation : mais, je vois aussi d’une certaine manière, puisque l’objet divin de leur vision , de leur ivresse, de leur repos éternel, c’est celui-là même que j’adore dans Jésus-Hostie.

Si le ciel c’est Dieu ; si l’âme chrétienne qui vient de communier est devenir, comme nulle autre, le séjour de Dieu, je dois bien conclure que toute le ciel est en moi. puisque je possède mon Dieu. Et voilà qui est un de fus sans pareil de la sainte communion, je vis déjà comme au ciel. Je pose, tout le jour, les actes que l’on pose au ciel. Là-haut, ce sera plus parfait ; mais sur terre, la charité la même au moins en substance, me permit de vivre déjà comme on vit au ciel.

N’est-il pas vrai qu’au travers de ces espèces saintes qui cachent apparemment mon Jésus, le Verbe du Père, je le regarde ? Ne puis-je dire qu’en regardant l’Hostie, je regarde celui qui en est l’unique substance ? En regardant le Dieu de l’Hostie, en contemplant le Verbe, je vois ceux qui lui sont indissolublement unis, le Père du Verbe, l’Esprit-Saint de l’un et de l’autre.

Sans doute, je ne vois pas, je ne contemple pas comme je le ferai da la gloire, c’est entendu. Mais tout de même, puis-je nier que je suis face à mon Dieu ? cette pensée : je suis face à mon Dieu me ravit et m’arrache à toutes les choses que voient mes yeux charnels, et si je rentre en moi-même, en ce moment où je sais qu’y règne Jésus-Hostie, ma foi me jette à ses pieds ; et je le regarde, je le contemple, je me baigne en cette vision anticipée, que déjà m’est une béatitude, la plus vraie, la plus profonde de toutes les béatitudes possibles ici-bas.

Je m’en rends si bien compte ! En effet , si déjà le cœur des deux disciples qui s’en allaient à Emmaüs brûlait, en entendant Jésus, le pèlerin inconnu, leur exposer les Écritures qui traitaient de lui, que dire d’une âme que l’Hostie envahit, qu’elle assimile, qu’elle fait approcher du cœur de flammes qui la consume, parce que sa foi lui fait regarder et contempler, authentique vision encore ou ’incomplète, le Dieu qui la possède ?

O bienheureux moments que ceux de la sainte Communion ! Moments d’une béatitude où mon âme rejoint, là-haut, mes frères en gloire, Anges et saints, s’abîment en la Lumière de lumière, livrés à toutes les joies qui les dilatent, parfaitement, éternellement.

En cette vallée de larmes, je puis donc communier à leur bonheur. La même vérité qu’ils comprennent, je la saisis pour ma part, au tréfonds de mon être, quand je plonge mon regard de foi en le Verbe-Eucharistie de mon Père.

Que me manque-t-il ici-bas, si vraiment je veux mettre ma joie là où seule elle peut être ? Il ne me manque rien. Ce Pain de la vie que je mange, ce Calice du salut que je bois, ce corps ce sang cette âme, toute la divinité de Jésus-Christ, que j’ai reçus en moi contiennent toutes les délectations : Omne delectamentum in se habetem.

Ne te plains plus, ô mon âme ! Ne regrette plus rien. Qu’est-ce donc qui pourrait encore t’affliger, te troubler ? Veux-tu goûter quelque chose de la félicité du Paradis? Voilà : au ciel tu n’en auras pas d’autre : seulement , elle y sera à une intensité que tu ne peux mêmes pas te représenter, ni soupçonner sur la terre.

Que tu es donc sage, lorsque tu communies, de t’abandonner à la joie de ton Seigneur, d’y enter toute entière, d’oublier, au moins en ces instants du ciel, tout ce qui t’alarme ici-bas ! Quelle force tu y puises ! Quelle transformation tu y subis ! Tu deviens de plus en plus céleste, et comme déjà ne vivant plus qu’au ciel (2).

 
Références
1-Joan., III, 2
2-., Philip., III,20
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