| Troisième
Partie- O Verbe Éternel
Je
veux vous fixer toujours et demeurer sous votre grande Lumière.
Mon action de grâces, après la sainte communion,
doit tendre à glorifier Dieu, Père, Fils et
Esprit-Saint, bien plus qu’à me procurer des
consolations, légitimes sans doute, des forces et des
lumières : ce sera plus parfait ; je chercheras davantage
l’intérêt de Dieu.
Ce que j’offre à la Trinité sainte, à
cet instant le plus précieux de ma journée,
c’est Jésus, le Verbe incarné. Je le donne
au Père, pour qu’il y retrouve l’objet
de ses complaisances infinies ; je le rends au Verbe lui-même
qui embrasse, ineffablement, son humanité glorieuse
; je le livre à l’amour éternel, à
son étreinte vivante et rassasiante à jamais.
En ce moment-là, j’éprouve le besoin tout
particulier de m’exposer à la Lumière
de Lumière, au Verbe du Père ; le besoin d’être
pour lui ce que son humanité sainte, qui vit en moi,
lui reste, éternellement. C’est elle que je dois
imiter et réaliser, surtout aux heures, où je
ne me sens plus que ténèbres, vide et impuissance.
Cette
humanité sacrée fut et reste comme un veilleuse
devant la face de Dieu. Je devrais être, dans mes actions
de grâces, la petite veilleuse de cette même face,
que j’adore. Celle qui brûle , nuit et jour, dans
nos églises et nos chapelles, devant le tabernacle
de sa gloire, ne rappelle-t-elle pas cela ? Quelle leçon
que la sienne ! Elle ne dit rien, elle ne peut rien dire.
Mais son silence parle pour elle. Il lui sied mieux de se
taire que de parler. Sa parole, c’est l’acte par
lequel elle se consume lentement devant le Saint des Saints.
Ne connaît-elle pas assez, cette veilleuse, la monotonie
des jours et la longueur des nuits profondes où, seule,
elle veille devant Dieu ? Peu lui importe; il lui suffit d’être
là, une petite lumière de joie pour le Bien-aimé,
qu’elle fixe toujours, demeurent sous la grande lumière
de sa face.
Elle reste là où placée, sans désirer
d’être ailleurs. Quand l’ouragan l’agiterait
et la ferait souffrir, elle se tarait encore. Elle sait que,
lui, il la regarde. Elle ignore l’exaltation ridicule,
la sentimentalité décevante ; sa dévotion
est clame, répandu dans tout son être. Elle se
donne à tout instant ; c’est là sa grande
adoration, son acte de parfait amour.
Elle
brille d’autant plus que les nuits sont plus épaisses
dans le vde immense du sanctuaire, que sa persévérance
si généreuse, illumine comme une étoile.
Elle n’est occupée que de lui, de celui qu’elle
aime, pour qui seul elle use toute ce qu’elle est, et
tout ce qu’elle a. Toute sa force, elle la tire de cette
conviction qu’elle brûle pour lui.
À
certaines heures, l’autel s’illuminera ;les cierges,
les flambeaux jetteront leurs flammes joyeuses. Qui, alors
remarquera la toute petite clarté de la veilleuse et
s’occupera d’elle ? Combien j’aime sa modestie,
sa ténacité à brûler toujours et
à s’effacer devant d’autres lumières,
apparemment plus favorisé qu’elle, plus ferventes,
plus zélées !
Son beau et vrai nom est : Fidélité . Son verre
route la fait paraître comme une coupe de sang, remplie
d’huile, symbole de l’amour. On dirait sa mèche
allumée au feu de la Lumière de Lumière,
qui entretien sa perpétuelle clarté. Ainsi, mon âme, doits-tu
sans cesse, dans le silence forcé de ton action de
grâces, fixer cette face du Verbe qui t’illumine
l’esprit, qui t’embrase le cour, et rester ainsi
sous sa grande lumière, sans rien dire, puisque tes
puissances s’y refusent. Tes nuits, tes vides, tes faiblesses
te rendrent muette. Qu’importe ! Ce n’est pas
ce que tu sens, ce que tu dis, ce que tu fais qui compte ici
; c’est toujours ce que tu es. Te taire, ainsi, n’est-ce
pas bien plus sanctifiant que parler partout ailleurs ?
Reste veilleuse aimante de
Jésus-Hostie. Que le vacillement de ta flamme soit
le chant secret qui charme son oreille divine, aux heures
où souffrent sur toi les tentations, les découragements,
les envies de t’en aller et d’écouter ton
adoration !
Seigneur Jésus, soyez
le gardien de ma veilleuse ! Elle s’éteindrait
si souvent, si je ne savais, Hostie qui me nourrit, que vous
êtes là, pour purifier la mèche de sa
foi, pour lui verser l’huile d’amour qui, seule,
lui permet de vivre.
Soyez, Homme-Dieu, humanité
sacrée de mon Dieu, soyez vous-même ma vie flamme,
celle à laquelle, unit la mienne, quand , avec vous,
je contemple le Verbe, votre personne ; quand je reste sous
votre lumière infinie, possédant, en moi-même,
celui qui peut dissiper mes ténèbres, combler
mes vides et abîmer, dans sa force, toutes mes impuissances….
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