Première
Partie-Trinité que j'adore
Que
rien ne puisse troubler ma paix, ni me faire sortir de vous,
ô mon Immuable !
Quand c’est Jésus-
Hostie, actuellement présent dans mon cœur, qui
entraîne en la stabilité divine, pour m’y
tenir, immobile et paisible, comme si déjà mon
âme était dans l’éternité
: c’est–ce donc qui pourrait me troubler ?
Et si je reste sous
l’action de cette eucharistie, sous la bienfaisante
vertu du sacrement que je viens de recevoir ; si j’exerce,
sans me laisser, à garder contact avec une vertu qui
a dessein de me régir et d’orienter toutes mes
forces vers Jésus ; qu’est-ce donc, encore une
fois, qui pourrait troubler ma paix et me faire sortir de
vous, mon Dieu, Trinité que j’adore, vous, mon
immuable, mon éternelle sécurité ?
Rien ne peut plus me
troubler que moi-même. Je ne me trouble, je ne m’agite
jamais, je ne perds jamais contact avec cette vertu divine,
que parce que je me regarde. Je suis, alors, occupé
de moi-même choses qui encombrent l’esprit et
le cœur de ceux pour qui Dieu n’est pas l’immuable,
le Dieu qui ne s’émeut pas, qui se trouble pas.
Pourquoi es-tu triste,
ô mon âme, et pourquoi me troubles-tu
(1) Jésus que tu possèdes, mais qui te
possède bien davantage, t’emporte, ce matin,
en ton Dieu, Père, Fils, Esprit d’amour. Il t’emporte
en le lieu de la Trinité bienheureuse, en une retraite
profonde, en une forteresse imprenable.
C’est si bon de
se fier à Dieu ! Est-il toujours prudent de se fier
à l’Homme ? L’Esprit- Saint ne déclare-t-il
pas que tout homme est menteur (2)
; qui donc peut, toujours compter sur de dernier ? Mais Dieu,
mon Dieu ?…
Seigneur Jésus,
agissez librement en moi ; emparez-vous de tous mes puissances
et triomphez de mes sens ; établissez-moi dans le sein
des Trois, où, vous–même, vous habitez
toujours.
Donnez-moi, je vous
en supplie, cette grâce inappréciable, de ne
me troubler jamais, pour n’importe quoi et n’importe
où.. C’est une grande imperfection que de se
troubler, de s’agiter lorsqu’on a Dieu en soi
; lorsqu’on vit sou l’action puissante invincible
d’un Dieu qui remplit l’âme vraiment confiante.
Que rien ne me trouble,
que rien ne me fasse sortir de vous, du Père, du Fils
et du Saint–Esprit ! Comment en une telle compagnie,
divine essentiellement, ne pas me complaire uniquement ? Comment
penser seulement à sortir de vous, mon Dieu, vous qui
m’habitez à ce point ?
L’eucharistie est comme un envahissement en moi de l’Être
suprême, quand il s’empare ainsi de toutes mes
puissances cognitives et volitives, de mes sens inférieurs,
de mes sens extérieures ; je deviens comme l’éponge
de la mer que pénètre jusqu’à la
dernière fibre, l’immensité de Dieu venue
à moi, en moi.
Comment
peut-il se faire que je sorte encorde de ce Dieu, de cette
immensité, qui ne m’abandonne pas, du reste,
mais dont je perds le souvenir, lorsque je sors de celui qui
est l’immuable ?
Perdre
le souvenir de Dieu, se distraire de Dieu, cesser de luire
devant sa Face, comme la veilleuse qui brille face au tabernacle,
c’est cela sortir de Dieu, s’échapper de
lui, et retomber dans la vanité de soi et de toutes
choses.
Sortir
de Dieu, c’est s’attarder aux niaiseries de la
vie ; c’est s’amuser des frivolités de
l’existence ; c’est attacher de l’importance
du ridicule des choses d’ici-bas.
Au
contraire, rester en Dieu, c’est participer à
son immutabilité ; c’est s’affranchir du
changement perpétuel, par ailleurs si naturel à
l’âme humaine ; c’est communier au clame,
à la possession de soi-même, à la stabilité
de celui qui sait que ma perfection c’est d’imiter
la sienne.
Seigneur Jésus, que rien ne puisse troubler ma paix
; immergez-moi en la vôtre, si pleine, à l’infinie
! Que je sorte pas de vous, humanité sacrée
pour que je ne sorte pas votre divinité, ô Verbe
; pour que je ne sorte du milieu et du sein de Père
et du Fils et du Saint-Esprit ! |