Immobile
et paisible, comme si déjà mon âme était
dans l’éternité.
Il
me semble que là soit la grâce suprême,
que l’âme recueille du contact avec Dieu, en
la sainte communion. Si elle consent à s’oublier,
quelques instants et totalement, pour s’établir
en Dieu, elle participe, à une espèce d’immobilité
divine; j’entends par là cette fixité
de l’esprit et du cœur en celui qui la saisit
et l’emporte au sein du Père.
Dieu
ne se meut pas, encore qu’Il soit l’universel
Moteur, qui donne le branle à l’universelle
activité des créatures invisibles et visibles.
Il ne serait plus Dieu s’il devait passer, continuellement,
de la puissance à l’acte. Il est, au contraire,
l’Acte pur, sans aucun mélange de potentialité
; car, il contient, en la simplicité adorable de
son être la raison même de sa propre activité,
de sa propre actualité.
Mais,
je le répète, cette activité sublime
et toute-puissante, si sage et si amoureuse, ne le meut
pas lui-même. Il se possède tout entier, lui,
et toutes choses en lui. Il n’a pas à se mouvoir,
pour aller, pour acquérir, pour atteindre. Il n’a
d ‘autre principe de lui-même que lui-même,
encore que sans commencement ni fin.
En
ce moment, où je reçois Jésus, mon
Seigneur et mon Dieu, je suis comme entraîné
en cette immobilité divine ; en ce sens que, me reposant
en l’adorable immobilité si active du Dieu,
qu’il est, je communie à une perfection insondable,
qui m’établit comme en l’être de
Dieu même.
Quelle
grâce, oui, et quel repos! Quel paisible séjour,
quelle tranquille possession de Dieu et de tout en lui !
Je ne deviens pas Dieu, ce que je ne pourrais même
pas concevoir sans blasphème ; mais si l’eucharistie
me déifie, me divinise ; elle m’inocule quelque
chose de «mœurs divines».
Mon
Dieu, ô Trinité, au sein de laquelle m’introduit,
en ce moment, l’heure la plus solennel, la plus précieuse
de ma journée ; Unité adorable en la quel
me plonge l’union à Jésus–Hostie,
que je me sens heureux !
Que
je me sens paisible ! Si cela pouvait durer toujours comme
si déjà mon âme était dans l’éternité
! Comme si, en jouissance, déjà de sa fin
dernière, en possession de cette vision du face à
face, où, dans la lumière, je verrai la lumière
(1) où dans l’amour,
je serai enivré, saturé d’amour, mon
âme possédait cette gloire, dont l’eucharistie
et le gage assurée !
Comme déjà ans l’éternité
!… C’est si vrai. Que me manque-t-il, en cet
instant, pour que mon âme, que Dieu comble de sa lumière
et de son amour, pousse jouir déjà, mobile
et paisible, de son éternité, de l’éternité
qui est Dieu même, puisque cette perfection est inséparable
de son être ?, ce que je verrai, un jour, ce qui me
rendra , quand je le contemplerai, tout semblable à
lui parce que je le verrai tel qu’Il est (2)
; je le possède, je suis ineffablement uni à
lui, dès cet exil, quand Jésus me nourrit
de sa chair et quand son sang me désaltère.
Qui
m’empêche de jouir tout le jour, toute la nuit,
de cette vision anticipée, de cette participation
à l’immobilité et à la paix divine
? Tout à l’heure, lorsque les saintes espèces
auront disparu, quand la présence de l’humanité
sacrée aura cessé au-dedans de moi-même,
il restera encore le principal effet de l’eucharistie
; il me restera sa vertu, sa puissance, son énergie,
sa vitalité ; ce je ne sais quoi qui s’échappait
de Jésus, voire même de la frange de son vêtement
et qui guérissait, qui apaisait , qui fortifiait,
qui consolait.
Pour une âme qui communie souvent, qui communie sur
tous les jours, c’est cette puissance, ces énergies,
qu’elle accumule au-dans d’elle-même.
Peu à peu, si elle ait dignement profiter du don
de Dieu, elle se confirme à l’immobilité
de Dieu : toujours plus, elle échappe à la
fiévreuse mobilité de ses facultés;
toujours mieux elle renonce aux soucis exagérés
et aux inquiétudes si nuisible à la vie intérieur,
peut à peu, cette âme s’abandonne à
Dieu ; elle lui permet de l’assumer comme à
lui-même, à l’associer à son activité
immobile, à son immobilité si active.
O même, laisse-toi emporter ainsi en celui qui est
ta paix souveraine ; en celui qui seul peut t’arracher
au monde qui t’agite, à tes mouvements inquiets,
à tes sollicitudes inutiles.
Mon Dieu, vous, l’immobile et le pacifique, ordonnez
bien mon âme, soumettez-la, pliez-la à l’ordre
de vos perfections insondables que j’adore.
Seigneur Jésus, agissez en moi, sans moi si je vous
résistais ; mon âme a tant besoin de jouir
d’un tel don, d’une telle grâce, st si
gratuite !