Prêtres du Monde

+ Sr Denise Christiaenssens ermite de la croix o.f.s.

Série 3- À la Trinité par l'hostie 04/52
La paix éternelle
Don Vanadeur

Première Partie-Trinité que j'adore

Immobile et paisible, comme si déjà mon âme était dans l’éternité.

Il me semble que là soit la grâce suprême, que l’âme recueille du contact avec Dieu, en la sainte communion. Si elle consent à s’oublier, quelques instants et totalement, pour s’établir en Dieu, elle participe, à une espèce d’immobilité divine; j’entends par là cette fixité de l’esprit et du cœur en celui qui la saisit et l’emporte au sein du Père.

Dieu ne se meut pas, encore qu’Il soit l’universel Moteur, qui donne le branle à l’universelle activité des créatures invisibles et visibles. Il ne serait plus Dieu s’il devait passer, continuellement, de la puissance à l’acte. Il est, au contraire, l’Acte pur, sans aucun mélange de potentialité ; car, il contient, en la simplicité adorable de son être la raison même de sa propre activité, de sa propre actualité.

Mais, je le répète, cette activité sublime et toute-puissante, si sage et si amoureuse, ne le meut pas lui-même. Il se possède tout entier, lui, et toutes choses en lui. Il n’a pas à se mouvoir, pour aller, pour acquérir, pour atteindre. Il n’a d ‘autre principe de lui-même que lui-même, encore que sans commencement ni fin.

En ce moment, où je reçois Jésus, mon Seigneur et mon Dieu, je suis comme entraîné en cette immobilité divine ; en ce sens que, me reposant en l’adorable immobilité si active du Dieu, qu’il est, je communie à une perfection insondable, qui m’établit comme en l’être de Dieu même.

Quelle grâce, oui, et quel repos! Quel paisible séjour, quelle tranquille possession de Dieu et de tout en lui ! Je ne deviens pas Dieu, ce que je ne pourrais même pas concevoir sans blasphème ; mais si l’eucharistie me déifie, me divinise ; elle m’inocule quelque chose de «mœurs divines».

Mon Dieu, ô Trinité, au sein de laquelle m’introduit, en ce moment, l’heure la plus solennel, la plus précieuse de ma journée ; Unité adorable en la quel me plonge l’union à Jésus–Hostie, que je me sens heureux !

Que je me sens paisible ! Si cela pouvait durer toujours comme si déjà mon âme était dans l’éternité ! Comme si, en jouissance, déjà de sa fin dernière, en possession de cette vision du face à face, où, dans la lumière, je verrai la lumière (1) où dans l’amour, je serai enivré, saturé d’amour, mon âme possédait cette gloire, dont l’eucharistie et le gage assurée !

Comme déjà ans l’éternité !… C’est si vrai. Que me manque-t-il, en cet instant, pour que mon âme, que Dieu comble de sa lumière et de son amour, pousse jouir déjà, mobile et paisible, de son éternité, de l’éternité qui est Dieu même, puisque cette perfection est inséparable de son être ?, ce que je verrai, un jour, ce qui me rendra , quand je le contemplerai, tout semblable à lui parce que je le verrai tel qu’Il est (2) ; je le possède, je suis ineffablement uni à lui, dès cet exil, quand Jésus me nourrit de sa chair et quand son sang me désaltère.

Qui m’empêche de jouir tout le jour, toute la nuit, de cette vision anticipée, de cette participation à l’immobilité et à la paix divine ? Tout à l’heure, lorsque les saintes espèces auront disparu, quand la présence de l’humanité sacrée aura cessé au-dedans de moi-même, il restera encore le principal effet de l’eucharistie ; il me restera sa vertu, sa puissance, son énergie, sa vitalité ; ce je ne sais quoi qui s’échappait de Jésus, voire même de la frange de son vêtement et qui guérissait, qui apaisait , qui fortifiait, qui consolait.

Pour une âme qui communie souvent, qui communie sur tous les jours, c’est cette puissance, ces énergies, qu’elle accumule au-dans d’elle-même. Peu à peu, si elle ait dignement profiter du don de Dieu, elle se confirme à l’immobilité de Dieu : toujours plus, elle échappe à la fiévreuse mobilité de ses facultés; toujours mieux elle renonce aux soucis exagérés et aux inquiétudes si nuisible à la vie intérieur, peut à peu, cette âme s’abandonne à Dieu ; elle lui permet de l’assumer comme à lui-même, à l’associer à son activité immobile, à son immobilité si active.

O même, laisse-toi emporter ainsi en celui qui est ta paix souveraine ; en celui qui seul peut t’arracher au monde qui t’agite, à tes mouvements inquiets, à tes sollicitudes inutiles.

Mon Dieu, vous, l’immobile et le pacifique, ordonnez bien mon âme, soumettez-la, pliez-la à l’ordre de vos perfections insondables que j’adore.

Seigneur Jésus, agissez en moi, sans moi si je vous résistais ; mon âme a tant besoin de jouir d’un tel don, d’une telle grâce, st si gratuite !

 
Références
1- Ps., XXXV,10
2- J, Joan, III.2


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