Première
Partie-Trinité que j'adore
Que
je ne vous y laisse jamais seul, mais que je sois là
tout entière..
N’est-ce
pas la véritable et sincère «action de
grâces» à la sainte communion que cette
donation absolue ?
Dieu,
Père, Fils, Esprit-Saint sont en moi ; ils font de
mon âme leur ciel, leur demeure, le lieu de leur repos
; ils sont eux-mêmes sont ciel, sa demeure, le lieu
de son repos. C’est une si grande grâce que de
le savoir, que de le comprendre !
Nous ne le savons, nous ne le comprenons jamais assez. Si
la faveur de l’expérimenter nous était
accordée de plénitude, nous subirions les plus
enivrantes extase ; il nous serait impossible de nous arracher
à Dieu ; impossible de nous occuper d’autre chose
que de lui ; impossible de retourner encore à la créature,
que nous sentirions infiniment au-dessous de tout ce qu’est
notre Dieu.
Cette
grâce, faveur toute gratuite, oui, Dieu nous l’offre
cependant chaque matin, à chaque communion eu nous
renouvelons avec lui, par et en Jésus-Hostie. Pourquoi,
plongés en lui, comme il nous est donné de l’être
alors, faut-il que trop souvent, notre imagination s’égare,
notre intelligence s’émousse et se distraie,
que notre cœur reste si froid ?
Mystère
de l’indifférence ! Être en Dieu, être
déifié en Dieu, être en Jésus et
Jésus en nous, devenus son ciel, sa demeure, son repos
; et le laisser seul, tant de fois ! Que fait-il là,
alors, en nos âmes, mais apparemment sans elles ?
Sans aucun doute, et malgré notre déficience,
il opère en nous ; il communique sa vie de Père
engendrant, de Fils engendré, d’Esprit -Saint
procédant du Père et du Fils. Ils se connaissent,
Père et Fils ; ils s’aiment dans l’Esprit
d’amour, là, dans ce réduit obscur d’une
âme qu’ils sont venus illuminer de leur présence.
Et notre âme, encore une fois, est sous l’opération
de cette présence divine, qui la transfigure. Cependant,
n’arrive-t-il pas que parfois, livrée à
ses faiblesses, elle semble n’y point faire attention
et comme s’en désintéresser ?
C’est
vrai, mon Dieu ; je vous laisse parfois seul, dans ce ciel
où il vous a plus d’établir votre demeure
et le lieu de votre repos. Je ne suis pas vigilant, je ne
communie pas au vrai sens de moi ; je ne me sens pas, activement
et pratiquement, en union avec vous.
Il faudrait que ma mémoire ne sût plus, alors,
que se rappeler qui et ce que vos êtes, ô Dieu
qui êtes celui qui est (1) ;
ce que vous êtes surtout pour moi, à cette heure
où vous daignez me marquer, si miséricordieusement,
ce que je suis pour vous.
Mon intelligence devrait communier à cette ineffable
génération, qui est votre vie, lorsque de votre
sein paternel vous engendrez ce concept adorable de vous-même,
votre Verbe, l’Unique qui habite ce sein
(2) en l’éternel amour.
Ma volonté devrait être
toute tendue vers vous en un acte ardent de charité
mue par l’Esprit- Saint, qui crée les enfants
de Dieu, pour les faire crier : Père, Père (3)
!
Mon
cœur devrait ainsi se fondre d’amour vrai et sincère,
c’est-là -dire sans mélange d’aucun
autre ; sans retour sur n’importe quelle créature,
fût-elle la plus aimée ; sans retour sur lui-même,
afin d’aimer purement comme Jésus, comme Marie,
comme les anges de Dieu qui célèbrent, dans
un concert ininterrompu, leur dilection pour vous.
Je
ne sera tout entier à cette union que lorsque se sera
accomplie de détachement qui donne des ailes à
une âme ; qui lui suggère et maintient en elle
des élans vigoureux qui l’aident à se
séparer de tout ce qui la retient et l’empêche
d’être la chose totale de Dieu.
Seigneur
Jésus, que là encore, dans mon cœur, en
ce moment béni, je ne constate plus que je vous laisse
seul, sans cette commun de mon âme aux mouvements sacrés
de votre propre âme.
Tenez-moi bien, alors sur votre cœur, que la force des
ses battements rendre impossible les retards ou l’arête
des miens. Serrez-moi étroitement sur cette poitrine,
où reposera la tête de l’apôtre.
Que l’élan de mon amour soit rythmé au
gré du votre ; et qu’ainsi Dieu seul soit glorifié
, loué, aimé dans le ciel de mon âme,
comme en une demeure où vous ne puissiez trouver que repos. |