| Troisième
Partie- O Verbe Éternel
O
verbe éternel !
Tandis
que Jésus-Hostie vit en ce moment dans mon âme
qu’il éblouit de sa lumière, qu’il
embrase de ses ardeurs, la grâce eucharistique m’unit
à la vie qu’Il est comme Verbe du Père
; elle me mêle à ce principe d’activité
immanente qui s’appelle en Dieu la vie, elle me fait
participer aux actes vitaux d’intelligence et d’amour
qui sont la vie de Dieu, en lui.
Le
Verbe est la Pensée vivante d Père; elle est
toute vie. Je suis la vie, disait Jésus (1).
Sa vie, c’est d’être engendré au
Père par la connaissance que celui-ci a de lui-même
; et c’est, avec le Père, et de faire procéder
de lui, Pensée éternelle, l’éternel
Amour.
Il
est la Pensée vivante du Père, parce que cette
Pensée porte, depuis les siècles infinis, en
elle-même, le dessein de cet immense univers crée,
formé dans ses idées éternelles, monde
exemplaire où tout ce qui existe vit et subsiste :
Ce qui a été fait était vie en lui
(2).
Par
ma création, je suis sorti de la Pensée vivante
que Dieu avait de moi-même. Je suis né dans cette
vallée dont le péché a fait un lieu d’exil
et de larmes. Je ne plus ce que Dieu avait conçu de
moi. Mais, au baptême, mon âme reçut le
privilège de pouvoir revenir à sa pensée,
abîme de vie; retour, dans l’effort moral, et
qui constitue l’activité de ma propre vie, ici-bas,
en attendant de ne plus vivre que de la sienne, là-haut.
J’ai
été touché comme par un aimant ; je n’ai
plus de mouvement de vie qui ne me porte à rechercher
sa vie. En vain, je m’agite et je m’inquiète
continuellement pour retrouver cet aimant, mon bien. C’est
Dieu, bien suprême, que je recherche désormais,
tant je me sens fait pour lui ; fait pour vivre de sa vie,
pour penser et aimer avec lui, pour le connaître, pour
l’étreindre à jamais.
O
Verbe éternel, j’étais impuissant à
réaliser ce retour à la vie. Votre bonté
s’inclina jusqu’à moi, vous vous êtes
anéanti, comme dit l’apôtre, vous qui étiez
Dieu (3) pour me chercher , pour
me retrouver, brebis errante qui périssait (4),
vous êtes venue me découvrir les sentiers qui
mènent à la vraie vie.
Tous
les exemples que nous laisse cette sainte humanité,
exemples de religion profonde, d’adoration ,d’action
de grâces, de supplication et d’expiation sont
vie pour moi ; sans cesse ils accroissent ma dépendance
à l’égard de mon Dieu.
Exemples
de sa pauvreté, de son humilité, de sa souffrance,
de sacrifice ; ils sont vie pour moi, en donnant la mort à
mes sentiments naturels, travaux de sa vie cachée,
labeurs de sa vie apostolique, ses fatigues, ses douleurs,
ses épines, ses fouets, les outrages inouïs faits
à sa sainteté, ils sont vie pour moi ; sa mort
est ma vraie vie.
Sa
résurrection, son ascension, sa gloire dans les cieux,
tout cela est vie, sa vie éternelle, pour moi, je m’y
abreuve, comme à des sources intarissables de vie,
au fleuve de la vie qui est la Pensée vivante de Dieu.
Or, c’est vous, Jésus-Hostie, Eucharistie saturée
de cette vie, qui me donne communion à la Pensée
qui vit dans le Père et dans vote humanité sacrée,
Pensée incarnée. Votre sacrement pour lequel
sont institués toutes les autres a précisément
comme effet propre de me la communiquer, N’est-ce pas
vous, Seigneur, qui disiez : si vous ne mangez la chair du
Fils de l’Homme, si vous ne buvez son sang, vous n’aurez
pas la vie en vous (6) ?
Le Canon de la sainte Messe vous appelle le Pain saint de
la vie éternelle. Combien de fois, dans le saint-sacrifice,
ne fait-on pas allusion à cette vie éternelle
que vous êtes? Et lorsque le prêtre de Dieu dépose
sur mes lèvres votre corps sacro-saint ne demande-t-il
pas à cette chair vivifiante de me garder en vue d
la vie éternelle ?
Pensée vivante du Père, et qui s’est faite
ma chair, afin de vous unir à moi ; qui, en vous unissant
à moi, me fait communier à votre vitalité
éternelle, arrachez-moi à ma propre vie si naturelle
encore, si vaine en ses pensées frivoles et inutiles
; enlevez-moi à ces pensées qui doivent mourir
sa cesse, pour river mon âme à votre pensée
qui vit !
Ce
matin, où j’ai le bonheur d’être
nourri, encore une fois, de toute ce que vous êtes,
ô Jésus, oriente cette âme vers vous, vie
qui demeure, principe adorable d’actes vitaux qui, en
moi, en connaîtra ont plus la déficience des
pensées infécondes. Établissiez-moi en
vous, Idée éternelle de mon être, et en
qui j’ai vie, la vôtre. Ainsi soit-il !
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