| Troisième
Partie- O Verbe Éternel
O
Verbe éternel !…
Je
vous adore en mon âme, Verbe du Père, uni aux
adorations infinies que vote sainte humanité vous rend,
en cette Hostie qu,elle st et qui me nourrit.
Vous
n’êtes pas seulement l’image du Dieu invisible,
vous en êtes la pensée éternellement vivante.
Pour
me représenter ce qu’est la pensée en
Dieu, je puis me rappeler que mon esprit est capable de concevoir
un nombre presque infini de pensée, si pas à
la fois, au moins successivement. Si je savais, comme Dieu,
les ramener à une seul pensée, une seul pensée
qui les contiendrait toutes.
Imagine-toi,
mon âme, que dans une pensée, une seul, tu puisses
voir, d’une seul vue, toutes les pensées qu’un
cours de ta vie et de ton éternité tu pourras
concevoir ; et non seulement les tiennes, mais elles que pourraient
concevoir l’esprit de tous les hommes. Et que serait-ce,
si cette seul pensée pût ramasser en elle la
multitude, comme infinies, des pensées qu’ont
jamais conçues, que conçoivent et concevront
éternellement tous les esprit, non seulement des hommes,
mais même des anges ?
Et
cependant, qu’est-ce que tout cela, comparé à
l’Esprit de Dieu ? Peux-tu comparer une petite étincelle
de feu, atome de lumière d’un instant, avec le
plein soleil, dardant tous ses feux ? Dieu n’a besoin
que d’une seule pensée pour connaître,
scruter, pénétrer en leurs multiplicités
et profondeurs toutes les pensées des hommes, non seulement
de ceux qui vivent à présent, mais qui furent
et qui seront dans les siècles à venir. Cette
pensée, c’est son Verbe.
Il
y a plus ; dans cette seule Pensée conçue par
le Père inlassablement, il connaît toutes les
pensées des hommes et anges qui pourraient être
et qui ne seront jamais ; et non seulement ces pensées,
mais tous les êtres créés, jusqu’au
dernier brin d’herbe, jusqu’au dernier atone.
Il sait, dans cette seule Pensée, toute ce qui aurait
pu se passer dans des milliards de monde plus beaux, plus
riches que le nôtre, s’il lui avait plus les créer.
Et toute cela, ces à peine un grain de sable, un atome
imperceptible comparé à la seul Pensée
du Père, et qui est son Verbe.
Disons
davantage encore : dans cette seule Pensée qui est
son Verbe, le Père se connaît infiniment, avec
toutes les perfections de son essence, de son immensité,
de sa toute-puissance, de son éternité: il voit
tout, il aime tout, lui et toutes choses, en cette seul Pensée.
Que doit être le ravissement, la joie, la complaisance
de ce Père, dans la production de la pensée
qui occupe ineffablement tout son esprit ! Pensé qui
est Dieu, autant que celui qui la conçoit.
N’imiterais-tu
pas ton Dieu, ô mon âme ; ne te livrerais-tu pas
à la plus sublime des contemplations si, toi aussi,
tu ne t’appliquais plus désormais qu’à
penser attentivement à Dieu, sans vouloir d’autre
pensées que la sienne, sans en chercher une ou plusieurs
autres, sans multiplier la tienne, sans distraire ton esprit
de celle-là, la pensée personnelle de Dieu,
du Verbe ? C’est qu’en ce moment, au dedans de
toi-même, Jésus-Hostie contemple, pour toi, le
Verbe du Père qu’il est.
Que
peux-tu comparer, dis-je, à cette occupation-;à?
Même le gouvernement d’un État ne peut
être qu’un jeu d’enfant, comparé
à cette unique attention à la pensée
de Dieu. Quand te passeraient par la tête toutes les
pensées des hommes et des anges, il n’y aurait
là que bagatelles méprisables, si tu as Dieu
seul dans ton esprit, qui celles est grand ! Mon âme,
tu n’es rien moins, en ce moment, que le trône
de la majesté d’un Dieu qui, se pensant en toi,
y engendre une pensée qui dit le tout de Dieu et le
tout de toutes choses.
Seigneur Jésus, emportez-moi dans cette contemplation
et cette adoration du Verbe-Pensée du Père,
que vous êtes. Permettez que rien ne puisse, en ces
instants précieux, m’en distraire. Même
au cours de cette journée qui commence, arrachez-moi
à l’obsession de tant de pensées, soucies,
tracas, désirs ; je crois, de toute mon âme,
que votre Pensée est une lampe à mes pas (1)
: je crois qu’en allant, qu’en marchant avec elle,
je verrai en toutes mes obligations ce que je dois faire ;
il ne me manquera rien ; j’accomplirai tous mes devoirs
en perfection ; car , je serais illuminé, continuellement,
par cette Face de Dieu, ou je lirai ce devoir et aussi la
façon la plus parfaite de l’accomplir.
O Pensée du Père, flambeau divine, ne permettez
pas que je m’égare aujourd’hui dans les
ténèbres où sont, nécessairement,
ceux et celles qui ne s’établissement pas dans
le rayonnement de vous-même… |