| Troisième
Partie- O Verbe Éternel Parole
de mon Dieu !
Père
des cieux, vous qui engendrez la Pensée renfermant
toutes les pensées, en la produisant vous ne proférez
qu’une Parole, votre Verbe éternel ; une Parole,
qui n’est pas, comme chez moi, à raison du caractère
finie et discursif de ma nature, une longue suite d’entretiens
avec moi-même ou avec d’autres, votre Parole est
recueillie en un point un seul, un point infiniment simple
, indivisible.
Seul,
vous pouvez la prononcer ; seul aussi, vous pouvez l’entendre.
Pour énoncer une seule de mes pensée, j’ai
besoin de plusieurs paroles. Mes lèvres n’y suffisent
même pas; tant de mes pensées resterons étouffées
en mon esprit qui les concevrait ; car, qui peu dire tout
ce qu’il a pensé? Vous seul, mon Dieu, pouvez
dire tout ce que vous pensez ; car, pour le dire, il vous
suffit de votre seul Parole, l’unique que vous proférez.
Vous ne savez bien la dire qu’à vous-même,
et personne ne vous répondre : elle exprime, en effet,
toute l’étendue de votre science infinie.
Mais, vous m‘aimiez tellement que, malgré mon
indignité et mon incapacité à vous entendre,
vous n’avez pas voulu tenir pour vous seul, les secrets
de vote cœur de Dieu, de Père, et qu’avez-vous
fait ? vous avez envoyé votre Parole à ma nature
corporelle (1) ; vous l’avez
revêtue de quelque chose de sensible, vous accommodant
à ma nature. Vous l’avez enveloppée d’une
chair mortelle, l’exposant à tous les yeux :
Et la Parole s’est faite chair et habita parmi nous
(2). Et nous l’avons entendue,
cette Parole, qui se disait depuis l’éternité
; nous l’avons vue de nos yeux, nous l’avons dévisagées,
nos mains ont touché la Parole de la vie (3).
Et
quand elle remonta au ciel, revêtue de ma chair, elle
ne m’a pas laissé orphelin, elle s’est
perpétué, elle se perpétue dans Jésus-Hostie
afin de me le donner à manger, afin de me fortifier,
afin de féconder, par elle, mon âme assoiffée
de connaître et d’aimer Dieu.
Jésus-Hostie
est la Parole eucharistique du Père ; la Parole capable
de s’insinuer en moi, de me remplir d’elle-même
et de révéler à mon âme tant de
merveilles qu’elle énonce au cœur de ce
divin Père.
O
Parole admirable, qui faites taire toute les pensées
et les paroles de l’homme, quand il veut parler de vous
! Parole infinie qui, à vous seule, exprimez en plénitude
la science infinie, de Dieu, le Père, je vous adore,
faisant silence absolue en mon être muet d’admiration
et d’étonnement…
C’est
vrai, Seigneur, je ne vous comprend pas… Dirais-je que
je le regrette ? Non, certes; car si je vous comprenais, vous
ne seriez plus l’Infinie que j’adore.. Mais alors,
comprenez-moi, et il me suffit. Submergez-moi, ensevelissez-moi
en l’abîme insondable de vos secrets divins. Faites
cesser toute parole humaine sur mes lèvres, en mon
cœur, les paroles inutiles surtout, et que je ne sache
plus que parler par vous.
Seigneur Jésus, Eucharistie et Parole de vie, parlez-moi
le propre langage de Dieu. Dieu n’entend, au vrai, que
votre Parole, puisqu’il se la dit, éternellement.
Quelle grâce et quel bonheur ! Pour parler à
mon Père des cieux j’ai, dans son incapacité,
votre Parole. Elle est véritablement mienne, puisqu’en
cet instant de ma communion, elle prend domicile en ma chair,
y créant comme une nouvelle incarnation. Elle m’appartient
donc, je puis en disposer totalement.
Oui, c’est l’heure e dire avec le Psalmiste :
Mon cœur a exhalé une bonne parole (4).
Mon Die, Père de Jésus et mon Père, j’ignore
vos infinies grandeurs ; mais il suffit que votre Verbe éternel,
Parole de mon Dieu, les connaisse parfaitement. J’ai
l’intention, en ce moment, d e vous dire, par cette
Parole de la vie, toute ce que, dans l’unité
de la Trinité, elle vous exprime ineffablement. Là,
Dieu comme vous-même, elle est votre égal ; incarnée
dans mon cœur, il a profère comme Homme-Dieu,
Hostie d’un sacrifice et dans ma communion, avec tous
les respects, toutes les hommages les plus profonds, les humbles,
par lui et en lui, je vous dis ce que je suis incapable de
vous dire.
Oui,
mon cœur exhale une bonne parole. C’est la sienne.
Écoutez-la, exaucez-la; la sienne, vous ne la repoussez
jamais ; elle vous charme; car, c’est une parole douce
(5), plus douce que le ciel qui
découle des rayons (6).
Je vous la redis, en lui, par lui et avec lui, avec la sainte
intention de redire à Dieu toute ce que lui dit son
Verbe adorable, Parole devenue la mienne, par le don gratuit
qui vient de m‘en être fait. |