Deuxième
Partie- Mon Christ Aimé
Enfin,
je suis à vous, Seigneur Jésus !… J’avais
hâte d’arriver à vous, d’entrer
en communion plus étroite avec vous, l’Homme-Dieu,
objet direct de la sainte eucharistie. Resserrer cette union
avec vous n’est ce pas, encore et toujours, me laisser
emporter en la bienheureuse Trinité ? Mon Christ
aimé, je vous possède, comme jamais je ne
pourrais posséder quelqu’un : je suis possédé
par vous, comme jamais je ne pourrais être possédé.
En
ce moment même, je réalise la parole adorable
que vous nous disiez à la dernière cène
: Qui mange ma chair et boit mon sang, celui-là demeure
en moi, et je demeure en lui (1).
Comprendrais-je jamais semblable langage ? Est-ce vraiment
possible? Suis-je en vous, mon Christ aimé, et êtes-vous
en moi ? Oui, c’est la vérité même
; j’y crois, je l’adore. Je ne la comprends
pas, certes : mais n’est-ce pas une raison de plus
pour rendre plus pur mon acte de foi?
Et
si c’est vrai, ce qu’il y a de plus vrai, peut-on
imaginer quelque chose de plus mystérieux que cette
fusion mutuelle, sa confusion, de vous en moi et de moi
en vous ?
Si
je pouvais, par impossible, avec mon esprit, avec mon cœur
habiter réellement dans un autre ; si plus encore
je pouvais pénétrer, vivre et respirer en
lui, avec lui, ne faudrait-il pas avouer qu’il vit
de moi comme je vis de lui ? Que dis-je, il n’y aurait
plus apparemment qu’un être, si distincts que
nous restions l’un de l’autre.
Cela ne s’est pas encore vu ; cela ne se verra jamais,
non, jamais. Et pourtant, c’est ce qui arrive par
la communion à votre corps, à votre sang,
à votre âme, à votre divinité.
Je suis réellement tout entier en vous et vous êtes
tout entier en moi.
L’amour,
ici-bas, qui a ses folies, peut s’imaginer fusion
pareille avec une créature; il peut en rêver
longuement. Une mère, pour dire son amour à
l’enfant de son sein , ne sait qu’inventer dans
ce domaine de l’impossibilité. Mais vous, mon
Christ aimé, vous avez résolu le problème.
L’Amour, enfin ici-bas comme au ciel, est réalisé.
Mon
Christ aimé, aimé par-dessus tous les aimés,
mon amour vous adore, ici, au tréfonds de moi-même
; car, je vous sais là, avec une certitude telle
que je serais prêt à mourir pour l’affirmer,
je vous adore, Amour unique, devant qui palissent misérablement,
tous les autres amours ; car, aucun d’eux n’est
l’amour d’un homme qui est un Dieu.
Je
me prosterne devant vous, Amour de Dieu incarné,
Amour revêtu de ma chair, Amour informé d’une
âme semblable à la mienne et, par tout cela,
capable de venir à moi, créature humaine,
faite d’esprit et de chair; Amour qui est Dieu même
et le seul qui ait pu accomplir un si grand miracle.
Les
instants que je vis en vous possédant sont les plus
heureux de mon existence. Car, je ne me trompe pas, je ne
puis me tromper ;je dis en toute vérité, que
je vous aime, puisqu’en définitive, en moi
je neveux aimer que vous-même.
Maintenant
que vous m’envahissez totalement ; maintenant que
je puis dire, dans toute la mesure où la foi me le
permet, que ma chair est devenue la vôtre, mon âme
la votre, puisque votre Eucharistie me nourrit de vous,
Seigneur ; maintenant que jusqu’à un certain
point, sa confusion, sans que je cesse d’être
moi, sans que vous cessiez d’être vous, je puis
me croire, autant que votre grâce peut le donner à
une simple créature, en participation de votre divinité,
que je saisis ici-bas même dans votre être adorable;
maintenant, que je puis dire que je vous aime, puisque l’amour
n’est et ne peut être qu’une fusion de
deux êtres ; mon Christ aimé, que vous rendra-je
pour toutes les biens que vous me communiquez de la sorte
? votre amour les contient tous en lui seul ; il me suffit
à moi qui aime. Que peuvent-elles m’être
encore toutes les autres créatures à moins
que je ne les voie, que je ne les aime dans votre amour
?
Là,
je le confonds, et elles me deviennent amour dans l’amour
de vous, mon Christ aimé. Recevez, Seigneur Jésus,
en ce jour, en ce moment, ce témoignage de ma gratitude,
nécessairement déficiente, tant il me semble
que votre don, l’inénarrable
(2) dépasse toute expression de la reconnaissance.
Puisque
nous ne sommes plus qu’un en deux, remerciez-vous
vous-même ; aimez-vous vous-même pour celui
qui ne sait, et ne saura jamais vous aimer assez.
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