| Quatrième
Partie-O Feu consumant
Afin
qu’il se fasse, en mon âme, comme une incarnation
du Verbe.
Le
Verbe du Père, engendré éternellement
de la connaissance amoureuse que ce Père a de lui-même,
est en moi, en moi si indigne, véritable, si pauvre,
si misérable. Il est donc dans mon être tout
entier, dans mon âme qu’il inonde de sa lumière,
dans mon corps qu’il purifie et ressuscite comme par
avance, selon sa promesse.
Je vous adore, mon Dieu, Dieu de Dieu, Lumière de Lumière,
vrai Dieu de vrai Dieu, qui vous êtes fais chair et
avez habité parmi nous, afin que la chair que je suie
devînt comme le Verbe et habitât en lui.
Si
vous n’avez pas seulement pris ma chair, mais encore
mon âme, mon intelligence, ma volonté, tout ce
qui est propre à nature n’est-ce pas afin de
pouvoir vous unir à tout mon être ? N’avez-vous
pas voulue, par là, m’arracher à tout
le reste, me fondre en vous, s’il se peut dire, en vous
adaptant tout entier à tout ce que je suis ?
Je
le sans bien : il n’y a eu, il n’y aura jamais
qu’une seul et parfaite incarnation du Verbe. Mais,
cependant, si l’eucharistie existe, n’est-ce pas,
avant tout, pour rapprocher Dieu de moi, autant qu’il
est possible à une créature de se rapprocher
de Dieu ?
Ne
puise-je pas appeler comme une incarnation du Verbe cette
communion que je réalise, chaque matin, au corps, au
sang, à l’âme et à la divinité
; de Notre-Seigneur Jésus-Christ ? L’effet principal
de l’eucharistie, n’est-il pas de réunir
l’home au Christ ? Cette union n’a-t-elle pas
pour terme direct l’humanité sacrée, et
indirectement sa divinité, c’est-à-dire
la personne du verbe ? N’y-a-t-il pas là comme
une espèce d’incarnation ?
Sans
doute, faut-il appeler cette union, une union plus morale
encore que physique avec le Christ. Et pourtant, qui osera
nier que cette union on dit si bien communion soit physique
aussi, encore que spirituelle, et proprement dire mystique,
c’est-à-dire cachée, mystérieuse,
ineffable, en un mot, une union morale crée en quelque
façon par ce bien corporel ?
Il
vent de descendre sur terre pour m’élever jusqu’au
ciel ; il se fait homme, diront-on, en moi, pour me faire
comme un Dieu. Il s’unit si bien à ma nature,
il se donne lui-même si parfaitement à moi que
je reçois Dieu même dams mon âme en communiant
à son corps et à son sang.
N’est-il
pas vrai que s’il n’avait été que
Dieu, il n’aurait pas pu s’unir ainsi à
moi, se faisant ma nourriture ? Et s’il n’avait
été qu’un homme, comment aurait–il
pour m’unir à Dieu ?
Ce
faisant, il manifeste sa force, une fois de plus ; le feu
semble consumer le fer qu’il dévore, mais que
faut-il dire de celui qui est la forme qu’on adore,
quand il daigne s’emparer de la faiblesse et l’unir
à cette force ?
Je
n’apparais vraiment plus qu’un goutte d’eau
dans cet océan divin, immense, infini. Mon être
est tout saturé de lui, S’il vient à moi,
c’est afin que ma vie ne soit plus que la bonne odeur
de ce parfum qu’il est, ainsi que l’Apôtre
écrit : Nous sommes en tout lieu la bonne odeur du
Christ (1)
Quel mystère ! Ce sacrement est véritablement,
grand (2). C’est celui
des noces mystiques de âme avec le Verbe
d'être. Et c’est à propos de celles-ci
qu’on peut dire encore : Ils ne feront plus qu’une
seul chair (3).
Cette espèce de mariage sacre-saint associe deux êtres
devenus semblables et les fond en une vie commune. Je suis
le pain de vie (4), a-t-il dit,
déclarant que quiconque le mange vit par lui (5)…
N’est-ce pas tout dire ?
La
chair vivante de mon Dieu répare, à tous instant,
dans cette communion, ce vase d’argile que je suis.
Devenu à ce point le membre du Christ, je me soumets
à lui, m’obéis, je m’abandonne à
l’impulsion de mon Chef sacré. Le pain de vie
me change me transforme. M’assimile à celui que
je mange.
Esprit-Saint, Feu consumant, Esprit d’amour, survenez-donc
en moi, afin que s’accomplie plus pleinement ce mystère
de foi. Il ne tend à rien de moins qu’à
me disposer, toujours mieux chaque jour, à cette communication
de Dieu en moi, à ma fusion merveilleuse en Dieu. On
dirait quelque chose de ce commerce admirable qui s’établir
entre vous et la Vierge des vierges lorsque l’ombrageant
de votre vertu très haute, vous produisiez en elle
le Fils du Père.
C’est
votre ouvrage à vous, Esprit –Créateur.
Recréez moi en Jésus-Christ ; faite de moi la
créature nouvelle (6)
qui prolonge, pour ainsi dire, l’Incarnation de celui
qui daigne renouveler en moi tout son mystère ! |