Deuxième
Partie- Mon Christ Aimé
Mais
je sens mon impuissance, et je vous demande de me revêtir
de vous-même.
Seigneur
Jésus, que j’adore en moi, prosterné devant
votre face glorieuse qui me pénètre au dedans
de mes rayons de sa gloire, je voudrais vous en couvrir davantage
comme si ne vous suffisait pas celle que, dès l’éternité,
votre Père vous assura. Excusez mon amour ; il ne sait
trop ce qu’Il doit dire, ce qu’Il peut dire, tant
ce qu’ il se reconnaît impuissant à vous
exprimer ce qu’il sent .
Que
c’est dure, écrasant pour l’âme,
cette impuissance à penser, à vouloir, à
souhaiter, comme il faudrait, pour permettre à l’amour
de rejoindre l’Amour éternel!…(1)
Que
je sente mon impuissance ! Mais, une continuelle expérience
me l’apprend. Puis-je dire seulement : Seigneur Jésus
!…. Sans une grâce et motion spéciale de
l’Esprit- Saint ? : Non : et penser le contraire serait
contre la foi. Alors, quoi ? Comment m’élèverai-je
à lui, et cela en plénitude d’une donation
telle, qu’elle aille jusqu’à ce qu’on
pourrait appeler et par excès d’amour, le couvrir
de gloire, et l’aimer jusqu’à en mourir
?.. Ne faut-il pas, pour cela, qu’il m’élève
lui-même, qu’il me saisisse, m’arrache à
moi-même, me détache de tout et de tous choses,
pouvoir être sincère, quand je souhaite d’aller,
envers lui, jusqu’à l’extrême de
mes puissances d’aimer ?
Et
c’est pourquoi je lui demande de me revêtir de
lui-même. L’Apôtre m’assure que lors
de mon baptême, il l’a fait (2)
. Je suis devenue comme Jésus. Un chrétien est
un autre Christ. Je le sais bien ; je tâche de vivre
de cette connaissance-là, afin d’apprendre, par
elle, à aimer Jésus-Christ.
Revêtir
Jésus, qu’est-ce donc, sinon être comme
changé en lui ? Qu’est-ce avant tout, et comme
préparation immédiate à cette transformation,
sinon me dépouiller absolument de mon «moi»
? Jésus la place de «moi», dans la mesure
où je me viderais de moi-même ; dans la mesure
où je renoncera à vivre ma vie, pour vivre la
sienne.
C’est
encore l’Apôtre qui nous en supplie : Renouvelez-vous
dans vos pensées, et revêtez l’homme nouveau,
crée à l’image de Dieu dans une justice
et une sainteté véritable (3)
et pour qu’on ne croie pas qu’il s’agisse
simplement d’un revêtement extérieur, fût-il
la pourpre du précieux sang de Jésus. Le même
Apôtre ne apprend à renoncer au mensonge, sous
toutes ses formes (4) c’est-à-dire
à être vrais au dehors mais surtout au dedans.
On ne l’est au dehors qu’à ce prix.
Or, la vérité qui constitue le fond du chrétien,
c’est la charité : Soyez, dit-il, des imitateurs
de Dieu, comme des enfants bien-aimé ; et marchez dans
la charité, à l’exemple du Christ qui
nous aima et se livra lui-même à Dieu pour nous,
comme une oblation et un sacrifice d’agréable
odeur (5).
Revêtir Jésus, c’est donc revêtir
sa charité.
Quelle
charité ? Cette charité qui le poussa à
se faire la victime de son Père pour l’amour
de nous ; à se faire encore, toutes les jours. L’Hostie
un sacrifice de nos autels. Jésus crucifié par
amour.
Aussi
bien, saint Jean nous rappelle-t-il bien, que c’est
à ce signe-là, que nos avons reconnu l’amour
; c’est que lui, Jésus, a donné sa vie
pour nous. Et quelle conséquence en tire-t-il? C’est
que nous aussi nous devons donner notre vie à Dieu,
pour nos frères. (6) C’est
là, au fait, le couvrir de gloire ; c’est là,
l’aimer jusqu’à en mourir. Car, nous le
savons trop, il l’a répété à
satiété : le prochain, c’est lui.
En définitive, n’est-ce pas la lui rendre amour
pour amour ? Ou plutôt, n’est-ce pas le revêtir,
en sincérité de vie, et l’aimer, par lui-même,
au-dedans de nous ?
Que je comprends bien le saint apôtre Paul s’écriant
: J’ai été crucifié avec le Christ
; et si je vis, ce n’est plus moi qui vis, c’est
le Christ qui vit en moi. Ce que je vis maintenant dans la
chair, je le vis dans la foi au Fils de Dieu, qui ma aimé
et s’est livré lui-même pour moi. Donc
ma vie, c’est la sienne en moi. Elle m’impose
le plus grave, mais aussi le plus doux des devoirs : c’est
que je l’aime et me livre moi-même pour lui ;
n’est-ce pas le plus sacré retour d’amour.
Or, je vous le demande , âmes qui lisez ces choses,
n’est-ce pas l’Eucharistie, que vous venez de
recevoir, qui les réalise en vous ? L’Eucharistie,
c’est lui, c’est Jésus, c’est l’hostie
du Clavaire ; il est en vous, il y vit, il y renouvelle tout
son mystères le grand mystère de la piété
donc parle ailleurs, l’Apôtre, celui qui a été
manifesté dans sa cher, qui a été exalté
en gloire (7).
Maintenant,
vous pouvez, sans crante et sans crante et sans présomption,
vos pouvez vouloir le couvrir de gloire encore, comme achevant
, chaque jour un peu mieux, sa Passion et sa Résurrection
(8). Vous pouvez souhaiter l’aimer
jusqu’à en mourir… Votre impuissance se
commue en sa force à lui ; vous pouvez souhaiter l’aimer
comme il s’aime, puisque vous vivez, non plus vous,
mais lui en vous.
O
Jésus, aimez-vous, pour moi, en vous !.. |