Prêtres du Monde

+ Sr Denise Christiaenssens ermite de la croix o.f.s.

Série 3- À la Trinité par l'hostie 19/52
L' identification à Jésus
Don-Vanadeur

Deuxième Partie- Mon Christ Aimé

 Je vous demande d’identifier mon âme à tous les mouvements de votre âme.

En ce moment tout divin, où mon âme vit, non plus elle, mais Jésus en elle, que puis-je faire de plus saintement agréable au Dieu, Un et Trine, que d’unir les mouvements de mon âme à ceux de l'âme de mon Sauveur ?

Cela me paraît aussi simple que naturel. Sans doute, mon âme reste bine mon âme ; il n’y a pas confusion de substances, encore qu’ineffable fusion des esprits et des cœurs. Mais l’Apôtre vient d’affirmer que c’est bien Jésus, l’Homme-Dieu qui vit en moi. Il y vit ; il y adore, remercie supplie; il y demande miséricorde. Il y a aspire, surtout, vers Dieu dans un amour indicible, dont je ne puis exprimer la mesure, lui, qui vient sans mesure, de se donner à moi.

Identifier mon âme à tous les mouvements de son âme, c’est bien cela âme laisse remporter là, où son âme est emportée ; identifier ma pensée à sa pensé, mon cœur à son sœur, ma volonté à sa volonté ,mes désirs à ses désirs : en un mot, en m’oubliant moi-même, passer en lui et embraser, en plénitude, ses sentiments à lui.

Je ne suis rien, moi ; mes pensées, mon amour, mes désirs, c’est rien ou quasi rien. Mais lui, c’est tout, c’est le Tout, Lui seul importe, à raidire, ici-bas, comme au ciel. Et c’est en tout vérité que je fait bien de répéter le mot si profonde son humble. Précurseur : Il faut que je diminue, moi, mais lui, il dit croître (1). Qui suis-je, moi qui suis indigne de me prosterner à ses pieds pour délier le cordon de sa chaussure (2) ?

Seigneur Jésus, que j’adore au plus profond de mon âme ; en cette mémoire, qui ne veut plus que se souvenir de vous ; en cette intelligence, qui ne veut plus s’user qu’à pénétrer vos grandeurs ; en cette volonté qui se lire, autant qu’elle le peut, à la vôtre ; en ce cœur, qui ne sait plus l’aimer qu vous seul ; Seigneur Jésus, c’est à vous de vous emparer de mes puissances pour les identifier à chacun des mouvements des vôtres.

En ces instants, les plus précieux de ma journée, enfermé dans ce silence impressionnant du recueillement, où vous me jetez, livrez-moi, à votre prière secrète, et laissez-moi faire de votre âme l’oratoire où, me recueillant en vous, je puisse avec vous et par vous, passer sans l’oraison de Dieu (3), dans cette oraison à vous, dans l’oraison qui m’arrache à la mienne, si je ne la confonds pas dans la vôtre.

Qu’est-ce que passer dans l’oraison de Dieu ? comment donc s’y prennent vos saints, à l’heure de l’eucharistie, quand vous les nourrissez du pain de sainteté, du pain de la vie éternelle ; quand vous les désaltérez au calice du salut perpétuel (4) ? Ils passent en l’oraison de Dieu comme d’instinct ; ils ne font pas eux-mêmes leurs oraisons ; ils ne conçoivent pas leurs pensées ; ils ne font ni considérations, ni méditations, ni études ni examens profonds ; ils ne forment point de raisonnements pour se convaincre, pour animer leur cœur à aimer : c’est-à-dire qu’ils ne font point leur propre oraison, non, et même, dans leurs «nuits» et aridités douloureuses, ils se laisser n aimer ; ce qui est toute leur activité, bien profonde.

Au lieu de tirer de bonnes lumières de leur profonde fond, ils s’appliquent à prier plus en Dieu. Que font-ils ? Ils s’attachent uniquement à l’opération mystérieuse de la grâce de Dieu ; ils s’appliquent à ce que leur Dieu fait éternellement en lui-même, à la contemplation de ses ineffables perfections, à l’amour de sa bonté infinie ; c’est là son admirable Oraison.

Or, c’est ce que fait Jésus-Hostie en mon cœur, quand je viens de le recevoir à la Table Sainte. Il s’élève à son Père très aimé ; il contemple la beauté du Verbe, sa personne elle-même ; il s’enivre au torrent de la volupté divine ( 5), dans l’Esprit du Père et du Fils.

Identifier mon âme aux mouvements de son âme, c’est faire cela, rien que cela, mais tout cela. Qui découvre ce trésor éprouve moins de distractions, d’ennuis, de langueurs dans la réception du sacrement d’amour.

L’âme du communiant voit bien que l’unique affaire, au moins la principale car ici, chacun suit le mouvement de l’Esprit c’est de s’attacher à cette oraison de l’Homme- Dieu ; c’est d’y passer, de s’y reposer, et ne rien faire que d’empêcher son esprit et son cœur de faire autre chose que ce qui est déjà fait ; oui, s’y attacher fermement, s’y abandonner, et s’y complaire.

L’eucharistie est vraiment un ciel où, tout-à-coup, Dieu nous transporte pour nous empêcher d’être encore sur la terre parmi les enfants des hommes qui l’ignorent et ne l’aiment pas.

N’est-ce pas, en effet, ce que font les Bienheureux, là-haut, passant le grand jour de leur éternité dans l’oraison de Dieu ? Qu’il nous soit donné, à nous, misérables enfants d’Éve, de passer la coutre nuit de notre exil en cette sorte d’oraison .(6) ! Nous le pouvons, identifiés dans l’âme-là l’âme de Jésus-Hostie.

 
Références
1- Joan., III,30
2-Mc., I,7
3-Luc., VI,12
4-Expression du Canon de la Messe
5-Px., XXX,7
6- Cf. D'Agenton, Conférences surls Grandeus dela Vierges, II,Nous vous en inspirons ici.
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