Troisième
Partie- O Verbe Éternel
O
verbe éternel
Celui
que j’adore, ici, dans mon âme, avec Jésus-Hostie,
c’est la pensée du Père, Pensée
immense infinie, c’est aussi la Pensée, l’éternelle,
qui doit durer toujours : la pensée qui n’a jamais
commencé, qui ne finira jamais.
Ici-bas,
les choses du temps passent, les unes après les autres.
La Pensée, elle, parce qu’elle contient tous
le temps est une présence actuelle, s’étant
au-delà de tous les temps. Elle ignore, dès
lors, le passé, le futur, rien n’échappe
à l’œil de cette petite présence.
Qui pourrait-elle apprendre de nouveau, que pourrait-elle
oublier?
Verbe
éternel de mon Dieu, et Dieu que j’adore, la
création des six jours vous est aussi présente,
que si elle se faisait en ce moment. La chute de l’homme,
le sacrifice d’Abraham, le Calvaire, les combats des
saints, des martyrs et des confesseurs, l’histoire de
l’Église ; toute cela, c’est du passé
pour l’histoire de l’Église ; toute cela,
c’est du passé pour nous, mais non pour vous,
et ce qui doit venir, notre mort, mon jugement, les joies
du ciel ou les tourments de l’enfer, toute cela vous
est actuellement présent.
Que
suis-je devant vous ? Je n’ai que le moment qui passe,
seconde par seconde, pour penser plus ou moins clairement
les choses, et encore ? Ma vie est remplie de regret du passé,
de désire du futur ; pourquoi perdre un temps si précieux
? Que de chose oubliées déjà, comme si
elles n’avaient jamais été ! Quant à
demain, j’ignore absolument ce qui m’arrivera.
Pauvres lumières que celles de l’homme, qui n’est
qu’une pensée qui disparaît sans cesse
!
Oh!
Si je pouvais arriver à ne plus avoir m’occuper
que de la Pensée de Dieu ! Quelle vanité que
celle d’un esprit, qu’accablent d’innombrables
et si inutiles pensées! Au contraire, quelle stabilité
cette image de l’éternité procure à
celui qui communie sa cesse à la Pensée du Père,
au Verbe éternel !
Verbe
de Dieu, vous connaissez en ce qui me regarde toute le passé,
tout le futur, et cela dans une vue présente. M’unir
à vous, c’est participer à vos divines
lumières. Car, touts les moments de ma vie passée,
présent et future , vous, Éternel, vous le tenez
présents, dans votre pensée.
Vous savez tous mes péchés passés; vous
connaissez tous ceux que je pourrais commettre si votre grâce
ne m’en préserve. Moi, je n’y pense pas
assez, par ce que je les regarde comme passées. Si
je savais pénétrer dans votre pensée,
je les verrais présents et j’en concevrais une
légitime et extrême horreur.
Je
suis relativement fort peu touché de ma mort et de
ton jugement, parce que mes pensées ne les regardent
que comme encore biens éloignés. Mais, si je
les considérerais dans votre pensée, ils m’apparaîtraient
présents comme ils les sont à vous-même,
et je tremblerais.
Quelle
consolation et quelle force ce me doit être, ô
mon Dieu, que le souvenir de votre pensée éternellement
présente ! Qu’il m’est précieux,
en particulier, quand je prie pour tous ceux que j’ai
aimés, et qui, depuis si longtemps sont retournées
vous ! Parce que vous êtes et viviez sans l’instant
très présent, ces prières leur sont utiles
et bienfaisantes, comme s’ils expiraient en ce moment
même.
Je célèbre vos mystères, ceux de l’incarnation
et ceux de la Rédemption ; les mystères de Marie,
ses fêtes et les fêtes des saints de Dieu : tout
cela, par rapport à moi, est passé, mais pas
pour vous, ô Pensée du Père. Pour vous,
ils sont aussi présents que s’ils vivaient à
cette heure.
Je
célèbre la saint Mess`j’y communie ; c’est
aussi présent pour vous, mon Dieu, que si vous agonisiez
sur la Croix et rendiez l’esprit. Je puis dire que je
suis à la dernière Cène, avec vous et
vos apôtres ; je pus croire que je suis au pied du gibet
du Golgotha , à côté de votre sainte Mère
et de saint Jean.
Quelles grâces amènerait cette pratique d’être
attentif, sans cesse, à sa Pensée éternelle
du Père ! Ce serait entrer vraiment en participation
de son éternité, de sa stabilité. Je
ferais comme immobile, immuable, toujours le même au
milieu des vicissitude et changements d’ici-bas, je
demeurerais suspendu à la pensée du Dieu qui
sait tout, mon passé mon avenir, du Dieu à qui
je m’abandonne, en plénitude de foi et d’amour,
à tout instant.
Seigneur
Jésus, qui êtes cette Pensée éternelle
de Dieu, introduisez-moi en ce secret adorable, où
il fait si bon d’habiter. Que j’y suspende ma
pensée et ne l’en détache jamais. Que
ma pensée en rejoignant la vôtre, m’établisse
pour toujours en l’idée que vous avez conçue
de moi, depuis les siècles des siècles, et que
vous concevrez toujours, quand le Père vous engendre,
c’est-à-dire inlassablement.
Je
m’abandonne à ce plan éternel de Dieu
sur moi, Il se réaliserait, sans doute, même
si je ne le voulais pas. Mais en y acquiesçant ; en
m’y prêtant, en le volant, il semble que je coopère
en quelques façon à son développement.
Mon Père travail jusqu’à présent,
disiez-vous, et moi j’agis sans cesse (1).
Il semble qu’en pensant avec votre pensée, je
réponds à votre action constante sur moi ; et
ainsi vous m’établissez à jamais en vous.
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