Troisième
Partie- O Verbe Éternel
Puis,
à travers toutes les nuits, toutes les vides, toutes
les impuissances…
Certains
diront : «Mon action de grâces à la saint
Communion n’est pas, hélas ! cette présence
sente du Seigneur Jésus, Verbe éternel, Parole
de o Dieu… Il me serait si doux de l’entendre
me parler, au fond de l’âme !… Sais-je même
toujours ce que je fais à cette heure, où il
semble que je devrais être comme au ciel, abîmé
en la contemplation de lui qu’engendre le Père,
dans l’amour du Saint-Esprit ?… Si l’on
savait ce que l’on peut souffrir de sa propre faiblesse
et de l’aridité, en ce moment où Dieu
a envahi nos puissances où il les pénètre
d’une grâce, que l’on n’expérimente
pas!…»
C’est
vrai, tout cela. L’Eucharistie est, par excellence,
le mystère de foi, ce n’est pas sans raison que
l’Église lui donne ce nom qu’en pleine
consécration le prêtre, chaque jour, doit redire.
Seul en effet, la foi peut soutenir et encourager ma ferveur
aux jours où Dieu sèvre mon âme des consolations
que devait provoquer sa présence.
L’action
de grâces à la sainte Communion, chose moins
compréhensible encore, est parfois plus aride que n’a
été sa préparation. On a fait effort
pour se rendre plus digne du don inénarrable ; et lorsqu’on
l’a reçu, on dirait que le ressort se brise et
qu’on ne sait rien dire à Dieu, rien faire, rien
écouter… L’Âme languit et l’esprit
se dissipe, le cœur se refroidit ; on épreuve
une lassitude indicible. Vraiment, il y a lieu de se demander
ce que l’on est devenu…
Seigneur,
c’est alors que la parole du prophète me revient.
Je répète avec lui : Je suis devant votre face
comme une bête de somme (1).
Quelle es donc cette nuit si noire où je me sens jeté,
palpant, pour ainsi dire, les ténèbres, tant
elles me semblent épaisses ? Quel est ce vice affreux
dans le quel je descends et m’abîme ? Quelle est
cette impuissance ligotant tous mes facultés, mes énergies
et brisant tous mes élans ?
Et
cependant, j’ai si bonne volonté ! Je m’étais
si bien préparé !… Ma sainte messe, que
je célébrais ou entendais, m’avait soulevé
transporté au sein de votre Père, avec vous,
dans l’embrasement de votre feu divin. Quelles désolations
je subis, parfois, en ces moments d’actions de grâces,
qui devraient m’enivrer au torrent de votre volupté
sainte (2) !
Ces
nuits, ces vides, ces impuissances, ici comme en tant de périodes
de la vie spirituelle, ne sont pas souvent que l’épreuve
de l’amour. S’Il y a un danger, très grands,
dans la réception de l’auguste sacrement, c’est
celui de se rechercher, de trop se replier sur soi-même
; le danger de vouloir sentir Dieu et expérimenter
une grâce, qui cherche l’aide de notre foi, bien
plus que de toute autre impression, fût-elle surnaturelle.
Celui qui est dans mon cœur, c’est le Verbe-lumière.
J’y crois, malgré les nuits, parfois terribles,
où il me délaisse : nuits des sens, épreuves
varies, maladies du corps, maladies de l’âme,
soucis accablants, angoisses inquiétantes, scrupules
invincibles ; nuits de l’esprit, où il paraît
à mon âme que Dieu n’est pas, n’est
plus avec moi ; nuits où, effrayé de cette obscurité
même, je commence à douter de lui ; où
monte, à mes lèvres le plus reproche ; où
l’enfer, qui me persécute, voudrait me souffler
a révolte, le blasphème et même, oserait-je
le confesser, un sentiment de haine… J’ai cependant
si bonne volonté ; je ne veux pas ces choses ; je ne
les voudrai jamais, par sa grâce… Mais que ces
secousses–là font frémir l’âme
qui titube dans ses nuits noires !…
Seigneur
Jésus, je crois en votre lumière… Il suffit
que celle-ci trouve louange et gloire dans mes ténèbres…
Je le crois. Mais fortifiez donc ma foi !
Celui
qui est dans mon cœur, c’est la plénitude
de la grâce, la plénitude de laquelle nous recevons
tout (3), la plénitude
de Dieu (4) et du Christ
(5), en un mot, la plénitude de la divinité
habitant corporellement dans l’Hostie- Jésus…
Ma foi le croit. Mais quel vide de l’âme qui ne
jouit pas de ce que lui dit la foi !
Je
ne vois plus, en moi-même, que l’abîme sans
fond de ma misère. Et quand Dieu descend en cette déficience
universelle, il me semble que l’abîme de cette
plénitude n’arrive pas à se laisser saisir
par mon âme, qui ne voit plus de limites au vide de
son néant !…
Seigneur
Jésus, je crois en vous, Plénitude infinie !
Mais soyez aussi mon espérance. Soyez-moi, plus que
jamais, l’ancre qui, coûte que coûte, m’accroche
à vos promesses, et ne doute jamais de votre secours…
Remplissez mon âme, encore que je ne le sache pas :
mon vide est un grand cri qui implore votre miséricorde.
Seigneur
Jésus, vous êtes la Toute-Puissance. Je crois
que vous opérez en mon âme des choses merveilleuse,
que vous y déposez de énergies inouies. Mais
ayez piété de mes impuissances sans nom ; pitié
de ma faiblesse, incommensurable ! Donnez à mon amour,
aux heures où cette faiblesse m’écrase,
donnez le sursaut qui poursuit l’effort et veut répondre
à vos avances.
Nuits vides, impuissances…Leur sentiment est une grâce
de choix ; et Dieu, nous l’accorde souvent, malgré
nous, tant il sait l’utilité, pour chaque âme,
de ne vivre ici que foi, d’espérance de la charité.