Ne crois pas, ô
mon âme, ces expressions apparemment extravagantes, cette
idée d’une submersion en Dieu, d’un envahissement
de Dieu en toi, ce qui est la même chose ; car, Dieu ne t’envahit
jamais que pour te submerger, s’il se peut dire, en l’océan
de lumière et d’amour qu’il est.
L’eucharistie de Jésus
te conduit directement à cette grâce, ne redoute pas
quelque fosse prétention ou quelque irrévérencieuse
présomption. Elle te donne, elle, des ailes assez fortes
pour t’élever, si haut, oui, en le Très-Haut
Seigneur Jésus.
Retiens donc que, comme ce
n’est plus toi qui vis, mais lui qui vit en toi, ainsi ce
n’est pas tellement toi qui prie : c’est lui qui prie
en toi.
Je t’en supplie, laisse-là
tes raisonnements ; ne fatigue pas ton esprit à cette philosophie.
Bien au contraire : empêche-toi de te tourmenter ; tiens-toi,
simplement et en toute paix, attentif à l’oraison que
Jésus fait en toi. Peut-on imaginer une activité comparable
à cela d’une âme qui s’élève
à son Dieu par l’activité même par laquelle
Jésus-Christ s’élève à son Père,
dans l’amour du Père et du Fils ?
C’est alors que tu te
trouves comme immergée en Dieu, envahie par Dieu. Et c’est
L’Eucharistie, qui vit en toi, qui t’accorde e privilège
ineffable !
Ce que faisait Jésus,
sur la montagne, lorsqu’il passait la nuit en l’oraison
de Dieu. Il le répète en toi, qu’à cette
heure il constitue comme une montagne de Dieu, une montagne grasse
et fertile, une montagne sur laquelle il met ses complaisances à
habiter (1).
Et que faisait-il? Priait-il
quelqu’un plus grand que lui ? Oui, certes, en tant qu’homme.
S’humiliait-il, sollicitait-il quelque grâce ? L’évangile
n’en dit rien. Il semble plutôt insinuer quelque chose
de sublime par ces mots : en l’oraison de Dieu.
Qu’est-ce que cette
oraison ? C’est la contemplation éternelle de Dieu,
de sa beauté, de son amour infini. Peut-on se figurer une
oraisons plus sublime que celle que Dieu fait éternellement
en lui-même, lorsqu’il contemple et aime sa majesté
souveraine ? C’est là que l’âme de mon
Sauveur passait se jours et ses nuits ; c’était son
oraison. Il eut t’apprendre à t’y adonner de
toute ta propre âme.
Sans doute, ici-bas, Jésus
vivait de son âme à la fois comme au ciel ; il était
toujours en possession de la claire vision du face à face,
de la vision du Verbe et, par ce Verbe, de la Trinité toute
entière; Jésus seul pouvait , dès cette terre,
jouir en plénitude de oraison de Dieu.
Seul, il était ainsi
dans le plein midi de la gloire divine, dans le sein de ce Père,
dont il faisait son oratoire sacré. Parce que Dieu, il était,
lui-même, dans sa propre oraison ; il se contemplait, Verbe
du Père et s’aimait éternellement, comme homme
son âme passait en l’oraison de Dieu qu’il était.
Il passait en Dieu, il s’y abîmait. Les grandeurs de
Dieu, ses bontés infinies, il les contemplait, il les aimait
dans la contemplation que Dieu en fait de ses propres grandeurs
et dans l’amour infini que Dieu, nécessairement, leur
porte. Qu’est-ce cela, sinon entrer dans l’oraison de
Dieu ? Emportée dans le mouvement d’amour de l’Esprit-Saint,
son âme bénie allait au Père, au Verbe qu’il
était, au Saint–Esprit, en même temps qu’elle
s’immergerait en l’abîme des perfections divines.
Qui a jamais entendu parler
d’une telle oraison ?
Peut-elle devenir la nôtre
? Et, si oui, que ne peut-elle nous obtenir ?
L’Eucharistie, vivant
en l’intime de notre âme, nous introduit en cette oraison-là.
A ce moment, ne faisant plus qu’un avec Jésus-Christ,
entrant en une mystérieuse participation de tout ce qu’il
est, de tout ce qu’il a, nous sommes emportés par lui,
dans les mouvements, de son âme. Immergés en elle,
envahis par elle, nous participons à son oraison de Dieu
? Y pensons-nous ?
Où nous conduit-elle
? Dans les trésors de la sagesse et de la science de Jésus,
dans les richesses des lumières et des ardeurs divines. C’est
son privilège à lui, sans doute; mais, dans la mesure
de notre attention silencieuse, de notre recueillement et de la
donation de notre âme, à cette heure si précieuse,
cette oraison nous inonde des grâces du Sauveur.
Quels moment célestes,
oui, moments bienheureux où , ravis à nous-mêmes,
nous jouissons, autant qu’il est permis de la désirer
ici-bas, d’une communion, la plus intime, à Dieu,
Père, Fils, Esprit d’amour ; c’est le prélude
et le gage de la vision.
Référence
01-Ps.LXVII.16