| Cinquième
Partie- Et vous, o Père
Ne
voyez en elle que le Bien-Aimé, en lequel vous avez
mis toutes vos complaisances.
Je
ne suis plus que le bien–aimé de mon Père
des cieux dans le Fils bien-aimé de se complaisances
éternelles… Je le crois.. Mon âme est saturée
de cet amour qui règne en moi ; elle s’enivre
à la pensée que je suis aimé du Père,
autant que son Bien- aimée..
Ce
fut sa dernière prière, au bord du Cédron.
Les yeux au ciel, Jésus s’adressant à
son Père, lui disait : Père saint… Père
juste, faites que l’amour dont vous m’avez aimé
soit en eux et moi en eux (1).
Et lui, il est toujours exaucé, c’est donc bien
vrai ; je ne puis en douter.
Il y a quelques instants, dans le Supplices qui suit la consécration
(2), l’amour du Saint-Esprit
m’ a emporté élevé, avec la sainte
humanité du Christ, sur l’Autel sublime qu’est
le Verbe, en la Trinité qu’on adore. Cette humanité
est inséparable de ce Verbe; mais le geste sanctificateur
du Père reprend cette Hostie. S’il se peut dire,
pour en faire son oblation la repose sur le Verbe, autel du
ciel, le seul qui puisse sanctifier cette victime ; il la
repose dans le sein de son Père c’est-à-dire
dans l’essence de Dieu et l’abîme de ses
perfections infinies.
Offert
en Jésus, je repose avec lui sur ce autel, je viens
de pénétrer dans ce sein du Père, avec
lui conduit par l’Esprit du Père et du Fils.
Or, là dans ce Saint des Saintes, il ne peut y avoir
qu’un bien-aimé : Jésus, Jésus-Hostie.
Si je suis là, avec lui, c’est que je suis en
lui ; c’est que je suis aimé par Dieu, avec l’amour
dont il s’aime, dont il aime Jésus, dont il m’aime,
moi, sa créature !
Et,
le Père subit, à cette vue, ce qu’on pourrait
appeler l’extase divine de l’amour. Devant cette
oblation incomparable, qui lui est faite de son bien-aimé,
s’échappe de son sien le torrent de la volupté
aimé (3) que chante le
Psalmiste, le fleuve impérieux des complaisances éternelles
qui réjouit la cité de Dieu (4).
Entre
les trois personnes du Père, du Fils et du Saint-Esprit,
il y a comme un flux et reflux d’amour ; elles s’enivrent
à ce torrent, tandis que le Père, dans cet amour
et infiniment et mieux qu’au Thabor, redit de son Fils
: celui-ci est mon Fils bien-aimé, en qui j’ai
mis toutes mes complaisantes (5).
Et
ce torrent d’amour et de volupté divine, ce fleuve
des complaisances infinies s’épanche sur cette
humanité offerte sur l’autel sublime : elle y
est immergée, pour la gloire de celui qui contemple
le Fils de sa dilection (6),
Mais cette effusion ne se borne pas à Jésus-Hostie
; elle envahit et saisit l’âme communiant à
ce sacrifice ineffable ; elle l’abreuve, à son
tour, des délices d’amour qui fait le ciel de
la Trinité bienheureuse.
Et
c’est là la fin suprême du sait sacrifice
de la Messe, le but de la communion que fait participer à
cette oblation : le Père des cieux, ayant agrée
à cette oblation : le Père des cieux, ayant
agréé cette Hostie, nous la rend chargée
des complaisances dont, si amoureusement, il l’enveloppe
et la pénètre. Et l’Hostie, en revenant
à l’âme l’inonde de grâce ineffables
; elle achève de consommer en elle son titre et son
état d’enfant adoptive du Père, dans son
Fils, par l’Esprit- Saint. Il n’y a pas d’autre
sainteté.
Cette âme peut dire, alors, que, par Jésus, son
médiateur ; avec lui et en commun de ses mystères
; en lui, c’est-à-dire, en union avec tout les
membres de ce Corps mystique qu’est l’Église,
toute religion de toute gloire (4) sont rendues au Père
tout puissant, dans l’unité d’amour du
Saint-Esprit, aux siècles des siècles.
Le
soif de Dieu pour une âme, c’est en lui ce besoin
de mettre ses complaisances en elle ; pour lui, c’est
y trouver sa gloire . Une âme qui se perd éternellement,
c’est celle en qui il n’a pu réaliser ses
complaisances. Aimer, chez Dieu, c’est assouvir ce besoin-là.
Or, la communion d’un chrétien, c’est cela
: un acte par lequel une âme se fond pour ainsi dire,
dans le Christ, pour recevoir, en lui, le torrent de la volupté
divine. Alors, elle devient la complaisance même du
Père : elle devient, sa bien-aimée, en Jésus-Hostie |