| Cinquième
Partie- Et vous, o Père
Et
vous, ô Père…
La
plus sainte, la plus parfaire des âmes, c’est
celle qui sait le mieux dire à Dieu : Père,
mon Père à moi ! Notre Père qui êtes
au cieux ! Cette prière contient toute prière
; c’est la prière de l’âme qui réalise,
en fin, son titre d’enfant, de fille du Père
et Notre-Seigneur Jésus-Christ.
De
mon cœur, où vit le Fils de la dilection paternelle
(1), s’élève à cette heure
la voix de Jésus, le bien-aimé. Et elle crie
vers son Dieu et notre Dieu ; Père, Père!…
Elle ne lui crie que cela, mais tout cela. Il suffit, un enfant
ne sait-il pas ce qu’il exprime quand il crie à
son Père, à sa Mère : «Père!
Mère!».
Or,
le Père de Jésus, c’est mon Père,
à tant de titres. Le baptême me l’adonné
pour tel, en me revêtant, en me pénétrant
de Jésus. Il m’a assimilé à mon
Seigneur, au Fils de Dieu.
Si
je me recueille bien au dedans de moi-même, dans ces
instants précieux de ma sainte Communion, il me semble
ne plus entendre que la voix de mon Jésus, murmurant
sa prière, qu’il veut, plus que jamais mienne,
et disant : Père, Père ! Mon Père à
moi ! Notre Père à nous tous !
Je
n’ai que cela à faire dans mon action de grâces.
C’est si simple, si naturel à un enfant de Dieu
! Ne dites pas que c’est difficile, lassant, ennuyeux.
L’avez-vous jamais prononcée cette élévation
si brève, si pleine ?
Répétez
doucement, vous arrêtant de temps en temps, ces mots
: Père ! mon Père à moi ! … notre
Père à tous, qui êtes aux cieux ! …
Goûtez donc et voyez combien le Seigneur est doux (2)…
Laissez-vous aller à cette douceur… Recueillez
la tendresse du Père de Jésus, du meilleur des
Pères, du Père éternel du Père
des miséricordes infinies (3)…
Si
vous éprouvez quelques fatigues tant de causes y concourent
parfois entrez aussi profondément que possible dans
le Cœur de Jésus, le Fils du Père qui vit
sa vie en vous. E t vous vous rappelant sa divine leçon,
poursuivez avec lui, l’oraison du Seigneur, l’oraison
de Dieu qu’il faisait, la nuit, sur la montagne, et
qui reste son véritable «traité d’oraison».
Redites, lentement, mais avec lui, par ses lèvres bénies,
par son cœur plein du feu d’amour qu’il apporte
sur terre, redites votre Pater.
Épelez
chaque mot de cette ineffable Élévation au Père
des cieux. Que votre âme soit bien consciente de ce
qu’elle dit à Dieu ; qu’elle veille à
fond, ce qu’elle demande. Votre action de grâces
entière peut se passer à redire cette prière
que Tertullien appelle l’a« abrégé
de tout l’Évangile». Vous ne l’épuiserez
jamais, Dieu vous inspirât-il de la réciter tous
les jours de votre vie, à cet instant sacré
de votre journée.
Quel profit, pour vous, à méditer cette Prière
du Seigneur en la priant. « Dieu seul dit le même
Docteur, a pu enseigner comment il voulait être prié.
. Réglé par lui, animé de son Esprit
dès le moment qu'elle sort de la bûche divine,
la religion de la prière s’élève
de droit jusqu’au ciel, pour recommander a Père
ce que le Fils a enseignée. (4)
Notre Père qui êtes aux cieux ! « Jésus
le Fils Unique, n’a pas voulu être seul à
la proférer; car, il a daigne avoir des frères.
A qui dit-il : vous direz : Notre Père qui êtes
aux cieux? A qui veut-il que nos donnions le nom du Père,
si ce n’est à son Père ?…ceux qui
furent avant nous l’on dit ; ceux qui seront après
nous le diront (5). »
En
répétant cette prière, je reste unie
à tous ceux qui ont été, qui sont et
qui deviendront en Notre-Seigneur Jésus-Christ les
enfants adoptifs de son Père. Quelle pensée
réconfortante ! comme elle accroît la ferveur
de ma charité et dès lors, la puissance de cette
oraison, par laquelle Dieu veut être prié, veut
êtres forcé et comme vaincu par une espère
d’importunité!
Père
! Mon Père a moi !… Notre Père qui êtes
aux cieux ! Je ne veux plus que la glorification de votre
nom de Père : J’appelle, à grands cris,
le règne futur et glorieux de votre Fils. Je ne veux
plus, ni en moi, ni en tous ceux que j’aime, que l’accomplissement
de votre volonté sainte. Oui qu’elle se fasse
aussi bien en la terre de mon cœur que dans le ciel de
votre gloire ! Ainsi soit-il.
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