| Troisième
Partie- O Verbe Éternel
O
Verbe éternel !…(1)
Le
Verbe éternel !… Le verbe du Père !…
Le miroir sans tache de l’activité de Dieu (2)
!… rien que ce mot : le Verbe… Il me ravit
en Dieu, en Dieu Père, en Dieu Fils, en Dieu le Saint–Esprit.
Et
ce Verbe est en moi. Il est là, je le crois, je le
sains; je pourrais presque dire que je le sens, tant il m’abîme
en le silence où le Père l’engendre, au
tréfonds de mon âme.
L’état
de grâce, déjà, me le donne et le fait
demeurer en moi. Mais la réception de la sainte Humanité
en l’hostie accentue, au suprême degré
et selon mes dispositions intérieurs, cette présence
du Verbe éternel.
Quand
je me recueille bien, quand mon action de grâces se
fait plus intense à raison de mon silence, il faut
bien l’avoir : c’est une chose formidable que
celle qui se passe en moi. Le Verbe est en moi, mais il ne
peu y être que s’il est engendré par son
principe, par son Père, en qui il demeure à
jamais. Par conséquent, tandis que le Verbe est en
moi, le Père l’engendre en moi, et sans cesse,
il lui redit, en l’engendrant, en moi : Tu es mon Fils,
le très cher, le Fils de mes complaisances (3)
… en ce disant, chose plus étonnante,
par ce que je suis en Jésus, et Jésus en moi,
il redit ces paroles surmoi, devenu, en le Verbe, son bien
aimé.
Je
crois à ce premier et le plus sublime des mystères.
J’y crois fermement, sans pouvoir le connaître
clairement : un Dieu qui engendre un Dieu, sans faire pour
cela deux dieux, et l’engendrant éternellement,
jusque dans les siècles infinis. Qui racontera et exposera
cette génération (4)
? C’est le mystère des mystères ; et il
vit en moi!..
Quoi
de surprenant en cela ? On me poserait cent questions sur
ma propre naissance au sein de ma mère; sur l’infusion
de mon âme et sa manière à elle d’informer
mon corps, là dans ce secret maternel ; je serais sans
réponse ; je n’y connais rien, je n’y puis
rien savoir, qui d’étonnant qu’il me soit
plus impossible de surprendre quelques petites choses de cette
génération éternelle du Fils de Dieu,
au sein de son Père ! … Et celle se fait en moi..
C’est un ensemble de mystère infinis, se résolvant
dans l’ineffable simplicité de Dieu. Qui est
capable de scrute les abîmes si ce n’est l’esprit
de Dieu lui-même ?
Dirai-je,
de ce Verbe, qu’il est né dans l’éternité
? Mais sa naissance n’est point passée. Va-t-il
naître éternellement ? Mais cette naissance n’est
pas future. Je ne pourrai même pas dire, vraiment, qu’elle
se produit dans le présent, comme si elle devait s’achever.
Saint Thomas assure «qu’il faut mieux dire que
le Verbe est toujours né (5).»
Le Verbe était avant tous les temps (6), dans sa perfection
totale, infinie, éternelle. C’est en se contemplant
lui-même que le Père l’engendre et le produit.
Ce faisant, le Père se dépeint, s’il se
peut dire, se reproduite dans une image qui est sont Fils
unique, et comme un autre lui-même : façon de
parler, car, en Dieu, tout est simple, immédiat, acte
pur.
Moi
aussi, je me reproduis ; par exemple, je réalise une
image parfaite de moi-même, quand je me regarde dans
un miroir. Sans être un peintre, ne fais-je pas, en
un instant, le portrait le plus accompli ? Quel artiste pourrait
faire mieux, sans pinceau, sans couleurs ? On ne m’a
pas vue commencer mon tableau, et il est déjà
a achevé. Regardez donc comme cette image, encore que
sans vie, sans sentiment, reçoit de l’action
comme elle entre en les divers mouvements que je lui imprime.
Est-ce moi qui suis la ? Non, Je n’y suis pas, mais
mon image. Je n’y suis pas et toutefois nierez-vous
que ce soi moi?
Le
physicien vous expliquera cet apparent prodige. Mais cette
comparaison du miroir, encore que déficiente, m’aide
singulièrement, et par sa déficience même,
à me faire comprendre quelque chose de celui que l’écriture
appelle l’Image de Dieu (7)
et de son activité en dedans de lui-même, c’est-à-dire
de la génération éternelle du Verbe.
Père,
c’est en vous regardant, dis-je, que vous vous dépeignez,
à merveille, dans votre image, en celui que vous appelez
votre Fils, et qui est comme un autre vous-même. Le
miroir où je me regarde, moi, ne peut être qu’en
dehors de moi, ainsi que le portrait que j’y produis
de moi. En définitive vous n’avez d’autre
miroir que votre propre essence; l’image que vous y
formez est immanente à vous. Que puis-je envoyer dans
cette glace où je me mire, sinon quelque apparence
de moi-même, inanimée et morte, d’ou ne
peut résulter qu’une image morte. Mais vous,
on Dieu, vous communiquez votre propre substance à
votre image, et donc toute sa vie, à la fois et en
un instant.
Si
je quitte mon miroir, mon image disparaît irrémédiablement
; mais vous, vous restez éternellement présent
à votre essence ; toujours, dès lors, vous ne
cessez de produire votre image, oui, toujours aux siècles
infinis. Vous y reproduisez une image non en raccourci, et
limitée comme un portrait dans un miroir ; mais une
image infinie, immense, comme vous-même, dont les perfections
sont sans mesure.
Verbe
éternel du Père, je vous adore au-dedans de
mon âme ; je vous adore et je vous loue, Image du Dieu
invisible (8)… Le Père
des cieux vous admire et s’enivre à vous admirer,
parce que vous êtes tous beauté, la beauté
de Dieu, la splendeur de sa gloire, la figure de sa substance,
la pure émanation de sa puissance et de son souffle
(9).
Vous
êtes en moi. Je le crois de toute mon âme. Image
de Dieu, refaites-moi à vote image. Qu’en les
regardants, votre Père et le mien, puisse retrouve
quelques choses, en moi, de votre beauté, de votre
lumière.
Que
je vous sois une ressemblance. Certes, elle restera toujours
infiniment lointaine ; et cependant, vous la voulez aussi
belle et plénière que possible, puisque vous
êtes venu à moi, ce matin, comme chaque, pur
accentuer, un peu plus, les traits divins de votre incomparable
splendeur. Verbe du Père, Image de Dieu, je vous adore
et vous bénis !.. |