| Deuxième
Partie- Mon Christ Aimé Crucifié par amour.
N’est-elle
pas saisissante cette parole de l’Apôtre : Toutes
les fois que vous mangez ce Pain et que vous buvez ce Calice,
vous annoncez la mort du Seigneur, jusqu’à ce
qu’il revienne (1) ?
Ainsi,
chaque fois que je communie, je rappelle la Passion, c’est-à-dire
Gethsémani, la trahison de Judas, la maison de Caïphe,
le reniement de Pierre, le prétoire, la flagellation,
le couronnement d’épines, le chemin de la croix
le crucifiement, les dernières paroles, le dernier
soupir, la mort de Notre Seigneur Jésus–Christ
!
Combien
peu d’âme y pensent ! Qu’elles font bien
celles–là ,qui ayant assisté au Sacrifice
que renouvelle l’acte d’amour suprême d’augustes
Victime, restent plongées dans le souvenir d’un
Dieu qui souffrit et mourut pour elles, par ce qu’il
les aimait et jusqu’à cet excès ?
C’est
bonne la pensée qui remplissait l’esprit et le
cœur de Jésus, à la veille de sa mort,
lorsque ayant institué les saints mystères et
les ayant distribuées à ses disciples, il leur
disait : Chaque fois que vous ferez et recevrez ces choses,
vous le ferez en mémoire de moi (2).
En mémoire de Jésus Crucifié, le crucifié
par amour !... N’est-ce pas tout dire ?
Ma
communion de chaque matin devrait être cela, avant tout
: une union très intime, très intense à
la sainte Passion. Le prêtre, à l’autel,
vient de la renouveler ; il vient de me plonger dans le bain
de son sang précieux qui, en me purifiant, renouvelle
la jeunesse de mon âme.
Sang précieux de mon Christ aimé, crucifié
par amour, je vous adore, et je reste immergé dans
cet océan d’infinie bonté…
Vous
disiez, ô Jésus, à une âme : «Vois
donc, ce sang que je verse toujours, puisque je renouvelle
sans cesse le souvenir de son effusion, personne ne le recueille…
Serais-je, toi, cette âme reconnaissante, et qui sait
ce qu’elle doit à mon amour (3)
?…»
Cette
parole, en ce moment, il me semble que le Crucifié
me la redit ; il me semble qu’il mendie, si l’on
peut ainsi dire, ce retour de charité délicat
qui apprécie le don reçu et qui rend grâces.
Jésus
crucifiés! Science des sciences que celle qui le révèle
! Or, rien comme la sainte communion n’y initie davantage.
Mais pour cela, elle doit être reçue comme Jésus
l’a instituée, en plein sacrifice de la Messe,
comme le complément, sinon nécessaire, du moins
intégrant de cette même oblation.
Si, par la communion, Dieu nous rend la divine victime que
nous venons de lui offrir, victime que Dieu agrée infiniment,
c’est pour faire entrer en communion avec ce Dieu à
qui nous venons de l’offrir. Nous la rendre, nous la
donner en nourriture, en breuvage, c’est-à-dire
l’invitation qu’il nous fait de participer aux
complaisances ineffable qu’il y prend. C’est encore
une fois, nous introduire au sein de la Trinité et
« nous y combler de toute bénédiction
céleste et de grâce (4)».
Or, ce qui, en cet oblation sublime, force l’agrément
de Dieu le Père, c’est qu’il revoit, dans
le geste du prêtre qui lui immole et lui présente
Jésus, le Fils de sa dilection
(5) , c’est qu’il revoit la passion bienheureuse
de cet Agneau de Dieu qui efface les péchés
du monde. Et son cœur en est ému ; il déborde
de miséricorde et d’amour sur nous ; il pardonne
des crimes sans nombre et il nous rend sa divine amitié.
Communier,
alors, à la communion de l’offrant, avec le prêtre
qui opère, par la vertu de l’esprit du Fils,
de tels mystères. N’est-ce pas se mettre davantage
sous l’influence de cette dilection de Dieu ?
Sans
doute, toute communion, même en dehors du saint -Sacrifice,
est reçue toujours en fonction de ce dernier, que ‘on
y pense ou non. Mais, qui ne voit que communier à la
communion du prêtre, c’est y répondre vraiment,
au désir exprimé par l’Hostie elle-même.
Nous ne faisons plus qu’un hostie avec elle ; nous sommes
emportés, nous aussi dans le geste d’une oblation
qui nous confond avec la sienne.
En Jésus crucifié , nous venons l’agrément
du Père des cieux ; il nous enveloppe du même
regard d’amour dont il contemple son propre Fils en
croix. Et Jésus peut lui redire, en ce moment, du tréfonds
de son cœur, la prière qu’il faisait, à
la dernière Cène, après avoir nourri
de son Sacrement se disciples : Père Saint, gardez
dans votre Nom ceux que vous m’avez donnés, afin
que l’amour dont vous m’avez aimé soi en
eux, et que je sois moi-même en eux (6)…
Et cette prière le Père l’exauce infailliblement
; à la condition que nous aussi, en remémorant
la passion de son Fils très cher, nous consentions
à l’achever, pour ainsi dire, en nous-même.
C’est
à cette heure que nous devons, dans nos souffrances
et peines de tout genre, embrasser avec courage et soumission
la sainte volonté du Dieu et qui nous éprouve,
parce qu’Il nous aime. C’est à cette heure
qu’il nous fait nous dévouer généreusement
à accepter et à vouloir cette volonté
dans l’esprit et dans l’amour avec lesquels, le
Fils s’offrit comme hostie à son Père.
Peut-on jamais oublier que l’Eucharistie est le mémorial
vivant de la passion de Notre-Seigneur ?
O
Jésus, très doux Sauveur, daignez m’unir
à l’offrande de vos autels, et malgré
tout mon indignité, j’ose vous supplier d’agréer
que, par votre Fils, avec lui et en lui, je reste votre hostie
d’amour en portant ma croix d’aujourd’hui,
avec le désir ardent de glorifier votre Père,
qui est aussi le mien.
Vous, le crucifié par amour, gravez en mon âme
vos plaies sacrées, afin que le souvenir de votre passion
soit si profondément buriné en moi, que jamais
ni aucune douleur, ni aucune peine ne puissent pousser au
moindre murmure celui que vous daignes rassasier, chaque jour,
du mémorial de votre croix !
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