| Deuxième
Partie- Mon Christ Aimé Je
voudrais vous aimer, jusqu’à en mourir.
Seigneur
Jésus, ne suis-je pas prétentieux et même
victime de ma présomption ?
Vous
aimer, jusqu’à en mourir ! Que vos saints et
vos saintes aillent jusqu’à formuler de tels
désirs, aspirer à ce qu’on appelle volontiers,
chez d’autres, des excès de langage, aux heures
de la ferveur ; qu’on formule cette prière, quand
tout sourit et qu’on n’expérimente pas
encore l’épreuve des aridités et des sécheresses
; je le comprends. Mais que moi, je puisse émettre
ce souhaite, exprimer ce désir !
Si j’ose vous parler ainsi; si j’ose vous prier
et vous dire : Je voudrais vous aimer, jusqu’à
en mourir, c’est que je ne veux omettre aucune phrase,
aucun membre ou mot de phrase de l’admirable prière
que faisait une sainte enfant du Carmel ; c’est que
je ne veux pas ravir à quiconque lira ces pages, l’occasion
si belle de vous répéter un cœur intime
que vous exauçâtes en elle, quand votre grâce
il donna de vous aimer jusqu’à en mourir …Mais
moi !…
Et
pourtant, Seigneur ! en ces instants si précieux de
ma sainte communion, n’est-ce pas le souhait, le votre
ardent qui s’échappant de votre propre cœur
à vous ; n’est–ce pas votre désir
très intime que je puisse, en retour et comme en la
meilleure action de grâces, vous aimer jusque là.
En définitive, qu’es–ce qui vous aime en
moi, sinon vous–même? Si la sainte eucharistie
c’est vous en moi, pour que je sois en vous ; si c’est
le ferment d’une union sacrée, qui peut et doit
aller jusqu’à une union d’épouse
à l’Époux ; mais alors, c’est vous,
bien plus, bien mieux que moi, qui priez en moi et qui priez
pour moi.
C’est à cette prière, à la vôtre,
que je suspends mon âme tout entière ; c’est
par cette prière que je laisse envahir mes puissances,
pour pénétrer en les puissances du Seigneur
(1) , m’abîmant dans
cette oraison de Dieu, quand la nuit, sur les montagnes, vous
répandiez votre cœur devant la face du Père
(2).
Cette
oraison de Dieu, poursuivez-la, Seigneur, au dedans de mon
âme, que vous inondez des grâces de votre présence.
Diffusez en cette âme quelques gouttes de cette charité
éternelle, qui suffira à la constituer en un
état d’amour, capable d’y grandir toujours
de plus grands accroissements et jusqu’à en mourir.
Et
puisque l’eucharistie est le mémorial de votre
passion bénie ; puisqu’elle en remémore
efficacement tous les actes, toutes les détails ; puisqu’elle
traduit, à qui la reçoit dignement, cet amour
en excès, qui vous poussait à vous immoler et
à mourir pour nous, pour moi ; faites mon Dieu, qu’elle
m’inocule cette ferveur et cette générosité
qui me pressent à désirer, à souhaiter,
de toutes mes énergies, d‘aller jusque là,
jusqu’à en mourir…
«Je voudrais
vous aimer jusqu’à en mourir,» disait votre
épouse du cloître. Cela peut vouloir signifier,
aimer jusqu’au don suprême de soi-même,
jusqu’au don de la vie, puisqu’il n’y a
pas de plus grand amour que de la donner pour ce qu’on
aime (3). Aimer, ainsi, c’est
comme s’épouser, jusqu’à tomber
et rendre l’âme pour le Bien-Aimé ; cela
signifier aussi et surtout, aimer au point de mourir, en mourir
d’amour ; et comme s’écriait Thérèse
d’Avila : «Je meurs de ne pas mourir ,»
tant j’aspire à rejoindre celui que j’aime.
Les
saints vont jusque là, jusqu’à l’immolation
pour l’amour, comme les apôtres, le martyrs et
tous ceux et celles qui, confesseur, vierges et autres encore
traînent de longs martyres, pour l’amour.
Seigneur
Jésus, je voudrais leur ressembler, les imiter, quand
ce ne serait que de loin, de très loin. Si je savais
user de la grâce eucharistique l si je comprenais jusqu’
où cette grâce creuse en moi des capacités
d’aimer, j’espérerais en cette grâce,
je n’hésiterais pas à la demander, avec
la certitudes que vos m’exaucerez.
Si
l’Hostie, immolée à la sainte messe, me
rappelle l’amour qui alla jusqu’à la mort
et la mort de la croix ; si elle me crie aussi qu’aujourd’hui,
elle s’offre, une fois de plus, pour l’amour de
mon Amour, alors pus-je vraiment croire que je présume
de moi-même, lorsque pour répondre, ô Jésus,
à vote invitation si pressante : Faite ceci en mémoire
de moi (4), j’ose vous
répéter, après tout d’autres :
« Je voudrais vous aimer.. jusqu’à en mourir
?…» |