XXV
1. Nécessité de prier par l'Esprit-Saint.
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La prière par l'Esprit-Saint |
Toute notre vie de prière doit être l'oeuvre de l'Esprit-Saint. Nous n'y pensons pas suffisamment. D'après l'enseignement même du Christ, la vie de prière est un des plus grands moyens d'obtenir des grâces, non seulement la prière vocale, mais encore et surtout la prière mentale dont la méditation est un des principaux éléments.
Si l'importance de la prière est moindre que celle de la sainte messe, la communion ou le sacrement de pénitence, elle est néanmoins d'une nécessité absolue.
Ses effets dépendent des dispositions qu'on y apporte.
Sans la prière, et plus particulièrement sans la méditation, nous pouvons réciter l'office, entendre la messe, écouter les sermons, recevoir l'absolution, et n'obtenir cependant que des grâces très ordinaires. C'est par la méditation que nous en obtiendrons une plus abondante mesure; c'est la méditation qui maintient vivant en notre âme le feu qu'une étincelle suffira à faire flamber.
Qu'est-ce donc que l'oraison ?
L'oraison est l'entretien d'un enfant de Dieu avec son Père sous l'influence du Saint-Esprit. L'homme charnel est incapable de le comprendre : nous sommes devenus enfants de Dieu par le Christ et par sa grâce, et c'est ainsi que nous allons au Père. Cette connaissance nous élève hors de nous-mêmes, et transforme notre vie de prière par le nouveau fondement qu'elle lui donne. Le Sauveur nous recommande de prier « en esprit et en vérité ». Qu'est-ce que cela veut dire ? « Seigneur, apprenez-nous à prier », suppliait un jour l'apôtre saint Pierre. Jésus ne lui dit pas de s'adresser à Dieu en l'appelant le Dieu saint, le Dieu fort... « Quand vous priez, dites : notre Père ».
« L'Esprit-Saint, nous dit également saint Paul, aide notre faiblesse, car nous ne savons pas que demander en priant; mais l'Esprit lui-même demande pour nous avec des gémissements inénarrables » (Rom., VIII, 26). Sans l'influence du Saint-Esprit, nous ne savons donc pas comment prier. « Mais vous avez reçu un Esprit d'adoption, en qui nous crions : Abba! Père! » (Rom., viii, 16).
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2. Ne point suivre servilement une méthode.
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Comment faut-il prier ?
Lorsque nous parlons à quelqu'un, nous écoutons et nous répondons. Dieu aussi nous parle : que devons- nous donc lui dire ?
Tout simplement ce que peut dire une âme aimante à celui dont elle se sait aimée.
Aussi le choix d'une méthode importe-t-il assez peu. A vrai dire, tous les maîtres de la vie spirituelle se récusent à prescrire l'une ou l'autre formellement; s'ils nous donnent certaines directives à ce sujet, ils ne prétendent rien imposer.
Et les saints, comment faisaient-ils ? C'est leur secret.
La meilleure méthode est celle qui nous permet le mieux d'entrer en rapport avec Dieu. Je vous conseille de n'opter pour aucune définitivement, de vous contenter d'en suivre une jusqu'au jour où vous aurez découvert votre propre voie. L'Esprit-Saint dirigeant toutes les âmes, c'est à chacune de se laisser guider par lui.
Chacune à la mesure de grâces que le Christ, Notre-Seigneur, lui accorde. Cette mesure, il la fixe à son gré selon ses desseins sur nous. Il est absolument libre, et nous devons être satisfaits de la part qui nous est attribuée. Une âme est encore dans la voie purgative, une autre est rendue à la voie illuminative, une autre à la voie unitive. Le tempérament et les circonstances sont également variables. Mais enfin et surtout, c'est d'après sa libre volonté que Dieu nous distribue sa grâce.
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3. Conditions pour prier par l'Esprit-Saint.
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La méditation suppose au préalable une certaine formation ascétique. Pourtant simplement réfléchir n'est pas prier. La méditation commence seulement à devenir une prière lorsque nous commençons à parler à Dieu.
Seigneur, enseignez-nous à prier. Si notre coeur est aride, Esprit-Saint, maître de la prière, venez nous apprendre à prier comme Jésus l'apprit à ses apôtres.
Prions de coeur, avec une foi aimante. Notre titre d'enfants de Dieu ne nous fait pas oublier en présence du Père l'abîme qui nous sépare de lui, et n'atténue aucunement l'humble respect que nous commande notre indignité. Mais ce titre nous donne cependant droit à la confiance, il nous donne droit à nous faire entendre de Dieu. « Si vous demandez quelque chose au Père en mon nom (donc, appuyés sur moi), il vous le donnera », dit le Sauveur.
Adressons-nous à Dieu, exposons-lui nos besoins spirituels et temporels avec cette conviction et notre prière sera certainement bonne. Elle ne nous sera pas une charge, mais un plaisir : « Priez en mon nom, dit encore Notre-Seigneur, et que votre joie soit parfaite ».
Après la sainte communion, entamez une sorte de dialogue avec lui, très humblement et très simplement. Inutile encore une fois de vous astreindre à une méthode. Toute la question est de lui parler de notre mieux.
L'esprit de prière est l'oeuvre du Saint-Esprit. J'ai souvent pu le constater : personne ne peut l'acquérir par soi-même.
La souffrance de l'amour contribue à l'action du Saint-Esprit : l'âme est accablée d'une telle sécheresse qu'il lui semble impossible de la supporter. Puissions-nous éprouver cette aridité! Par elle s'accroît l'amour.
L'esprit de prière n'a pas d'autre but que de nous mettre en rapport avec le Père, appuyés sur Jésus-Christ. L'âme doit lui dire combien elle l'aime. N'omettons pas cependant de prier Dieu de nous préserver des illusions. La marque essentielle de l'esprit de prière est de ne rien lui refuser. Attendons et cherchons humblement jusqu'à ce que nous trouvions la voie qui nous a été déterminée par l'Esprit-Saint.
Bien des âmes se plaignent de n'avoir rien à dire à Dieu. Ceci provient de l'insuffisance de leur formation ascétique et de leur ignorance du monde extérieur. Leur vue se limite à l'étroit horizon de leur « moi ». Les intérêts de l'Église sont ceux du Sauveur. Il est bon d'en savoir quelque chose et d'y penser pour prouver à Dieu notre amour en lui en parlant.
Récapitulons pendant la sainte messe les points principaux de notre oraison.
Conservons pendant toute la journée notre recueillement du matin, condition indispensable pour avoir l'esprit de prière.
Prêtons une délicate attention à tout ce que nous inspire l'Esprit-Saint. La plus grande injure que nous puissions lui faire est de fermer l'oreille à ses appels parce qu'il nous en coûterait de nous y conformer. « N'attristez pas le Saint-Esprit », comme le recommande saint Paul (Eph., tv, 3o).
Or, sans recueillement, il nous est impossible d'entendre sa voix, de remarquer ses mouvements, et telle est bien la raison pourquoi on peut se confesser et communier depuis quarante ans sans cesser de retomber dans les mêmes fautes. Sans recueillement, il nous est impossible de découvrir nos imperfections et de connaître les sacrifices que nous devrions accomplir.
Tâchons de pratiquer le recueillement de telle sorte que nos exercices de piété, la récitation de l'office par exemple, ne constituent que des étapes sensibles dans notre état d'oraison habituel. C'est un vrai tour de force que cette continuité étroite et subtile. Beaucoup de saints y ont excellé. C'est un don du ciel, mais essayons de notre mieux, et le Saint-Esprit bénira nos efforts.
Ne refusons rien à l'Esprit-Saint. Si nous sommes fidèles à ce principe fondamental de la vie spirituelle, nous ne manquerons pas de progresser régulièrement de jour en jour. Non, ne refusons rien à l'Esprit-Saint de ce qu'il nous demande.
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La pratique habituelle de la Présence de Dieu |
XXVI
LA PRATIQUE HABITUELLE DE LA PRÉSENCE DE DIEU |
Vous avez toutes le noble désir de vous élever dans la vie spirituelle. Voici, très succinctement, quelques principes sur le moyen de vivre en union intime avec le Sauveur.
Conformément à votre Règle vous vous acquittez de la récitation de l'office, je le sais; je prétends néanmoins que ceci ne saurait suffire à qui tend à la perfection. Vos sujets d'oraison, les instructions qu'on vous fait entendre, tout concourt à l'oeuvre de votre sanctification, à vous maintenir constamment en présence de Dieu. Tous les maîtres de la vie spirituelle sont unanimes à l'affirmer : l'âme ne peut progresser que dans le recueillement, sans lequel elle tombe dans le péché. Ne le constatons-nous pas nous-mêmes tous les soirs en nous examinant ? Si nous avons péché, c'est toujours parce que nous n'avons pas été suffisamment unies à Dieu.
Le secret de la perfection consiste donc à vivre constamment en présence de Dieu. Mais comment Y parvenir ? Comment nous y maintenir jusque dans les plus petits détails de la vie ? — Voici, après y avoir longtemps réfléchi, les deux moyens que j e vous propose. |
1. La pensée de l'Eucharistie. |
« Mon Sauveur, devez-vous dire dès votre réveil, je vous remercie de m'accorder cette nouvelle journée. Je vais donc pouvoir vous contempler et jouir de votre présence en votre Saint-Sacrement. Peu m'importe le reste ».
Votre journée étant ainsi eucharistiquement commencée, vous vous préparez à bien faire votre prière du matin et à recevoir la sainte communion. Vous vivez toute la matinée de l'Eucharistie que vous avez reçue.
Vous vous rendez à votre travail. Tâche bien monotone, vous semble-t-il : « Jusques à quand ce perpétuel recommencement! » soupirez-vous peut-être, mais vous vous ressaisissez immédiatement : « Seigneur, depuis deux mille ans que vous êtes au tabernacle, jamais vous n'avez prononcé semblable parole ».
Si vous vous sentez portées au découragement : « Seigneur, direz-vous encore, que n'avez-vous enduré et supporté ! Sans cesse vous priez au tabernacle, et qu'obtenez-vous ? Et moi, je serais incapable de rien souffrir ?... »
La matinée passée, voyez pendant votre examen particulier comment vous avez entretenu en votre esprit la pensée de l'Eucharistie. L'après-midi, vous continuerez. De nouvelles tentations surviendront : « Mon Dieu, consentirais-je à vous offrir un coeur souillé? Non, non, je ne vous ferai point cet affront ».
Voici enfin quelle sera, le soir, votre dernière pensée : « Seigneur, je vous remercie de cette journée, de tous les instants passés devant votre tabernacle et en union spirituelle avec vous. Si vous le permettez, il en sera de même demain. Je ne veux vivre que pour vous contempler et vous recevoir dans la sainte Eucharistie ». |
2. L 'union au Sauveur dans toutes nos pensées et tous nos actes. |
Jésus aurait pu prendre notre nature humaine sans en adopter les faiblesses, sans connaître la fatigue, la faim et la soif. Mais il voulut être notre égal en tout, hormis le péché. Il a accepté ces humiliations pour nous, pour nous procurer des trésors de mérites. Ces trésors nous sont ouverts; nous pouvons y puiser et nous les approprier.
Dès le matin, unissez-vous par la pensée au Sauveur en vous levant très promptement : « En faisant ainsi autrefois, Seigneur, vous m'avez procuré des mérites infinis. Donnez-moi d'y prendre part ». Cette pensée vous aidera à bien vous recueillir et vous préservera des distractions. Au moment de descendre à la chapelle, vous serez déjà riches en mérites.
Commencez vos prières. Toujours en union avec Jésus, mais surtout durant la sainte messe. Quel torrent inépuisable de grâces à votre disposition pendant cette demi-heure ! Il ne tient qu'à vous d'en bien profiter. Principalement dans l'intervalle qui sépare la consécration de la communion, ranimez votre foi, unissez- vous à l'immolation du Sauveur, joignez vos supplications à toutes celles des anges, des prêtres, des religieux et religieuses. « Mon Dieu, je veux vous adorer autant que je le puis et le dois. Je veux vous présenter mes faiblesses, mes négligences et infidélités pour vous rendre hommage. Soyez remercié de m'avoir appelée à la religion catholique, soyez remercié de toutes les grâces, de toutes les bonnes pensées, de toutes les tentations, des souffrances et des peines que vous m'avez envoyées.
O mon Sauveur, que vous offrirai-je pour l'expiation de mes péchés ?
Que ne puis-je vous faire dix fois l'immolation de ma vie entière. Que ne puis-je aussi réparer les fautes d'autrui ! Je vous offre à cette intention votre Sang précieux, tout ce que vous avez souffert et endurez encore. J'y ajoute mes petites peines et mes petites souffrances. Augmentez-en le prix par les mérites de toutes vos vertus ».
Vous n'oublierez pas de prier pour le Souverain Pontife afin que Dieu lui accorde force et consolation; pour tous les évêques, pour les prêtres et les religieux, pour votre communauté, pour son fondateur afin que Dieu lui accorde l'honneur des autels, pour votre sanctification à toutes, pour les pécheurs, pour les malheureux, pour vos parents, pour les âmes qui vous sont confiées, sans omettre vos propres intérêts.
En prenant votre petit déjeuner après la messe, demandez de nouveau au Sauveur de vous faire participer à ses mérites.
Au début de votre tâche quotidienne ayez encore soin de la lui confier : « Mon Sauveur, j'unis mes travaux aux vôtres. Veillez sur mes paroles, mes regards et mes actes ». Il vous suffira désormais d'un regard vers le ciel, rapide comme un éclair, pour renouveler à toutes les heures cette intention. Et cette recommandation vaut autant pour vos récréations, et même pour votre sommeil.
Si vous vous réveillez la nuit, unissez-vous encore au Sauveur par la prière. Unissez-vous à lui par toutes vos souffrances physiques ou morales. Résultat merveilleux! Votre capital spirituel s'accroît, les appels du Seigneur se multiplient sans cesse : à tout instant vous entendez sa voix vous parler. Avec Jésus la vie est un paradis. |
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