IX
1. Zachée, image de la grâce prévenante |
Peut-être vous êtes-vous demandé, les unes ou les autres, la raison du choix de l'évangile de Zachée pour la fête de Dédicace ? Quel rapport y a-t-il entre cette fête et ce chef de publicains, riche comme tous ses collègues ?
Zachée fut touché par la grâce et courut à la rencontre du Seigneur. Avant qu'il ne montât sur le sycomore, Jésus l'avait déjà cherché, l'avait déjà vu. Zachée est pour nous un symbole de la grâce prévenante. Il est appelé. « Nul ne vient au Père que par moi » (Jean, xiv, 6). Il est attiré par Jésus. Avant de nous voir et de nous appeler, le Seigneur nous envoie sa grâce. « Zachée, hâtez-vous de descendre, car aujourd'hui c'est dans votre maison que je dois demeurer » (Luc, xix, 5). Quel dut être l'empressement de Zachée à le suivre!
Zachée est l'image de l'âme docile à l'appel du Seigneur. Que la foule pense de lui ce qu'elle veut, il ne s'en inquiète pas. Telle est la diligente obéissanc e que Dieu attend aussi de nous. Quel bonheur de pouvoir recevoir le Seigneur chez soi ! Jésus est également présent dans nos églises, au tabernacle, dans la Sainte Eucharistie.
Zachée ne peut contenir sa joie. « Seigneur, dit-il, si j'ai nui à quelqu'un, je lui restitue le quadruple » (Luc, xix, 8). Remarquez cet aveu, cette confession publique. Un tel acte d'humilité, sans souci du dédain et de la dérision, ne peut demeurer sans pardon. « Aujourd'hui, déclare le Sauveur, le salut a été accordé à cette maison, parce que celui-ci est aussi un fils d'Abraham. Le Fils de l'homme est venu chercher et sauver ce qui était perdu » (Luc, xix, 9).
Le temple du Seigneur est un lieu rempli de paix et de bonheur. Le même Dieu qui regarda Zachée y vit réellement et véritablement pour nous.
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| 2. Zachée, notre modèle. |
Le Seigneur l'a appelé par son nom : « Zachée, descends et viens ! » (Luc, xix, 5). Mais, auparavant, il l'y avait intérieurement préparé.
Dieu, de même, vous avait depuis longtemps préparées à votre vocation, avant que vous ne le remarquiez. Des milliers de liens mystérieux vous attachaient déjà à lui lorsque vous l'entendîtes vous appeler par votre nom : « Mon enfant, viens à moi! » Puisque vous lui avez répondu, imitez aussi Zachée par votre persévérance. Chaque communauté est une petite oasis dans le grand jardin de Dieu, dans le monde. Si les grâces qu i vous y sont offertes sont les mêmes qu'à tous, il n' en est pas moins vrai que Dieu cultive ce petit coin avec un amour, un soin et un plaisir tout particuliers. Sachons profiter de ces faveurs. Dieu a une tendresse spéciale pour les âmes qu'il appelle à la vocation religieuse : il en fait son séjour de prédilection.
« Vous êtes le temple du Dieu vivant » (II Cor., VI, 16). Un coeur humain habité par Dieu est un sanctuaire infiniment plus noble que la plus vaste cathédrale édifiée à sa gloire par la main des hommes. C'est un privilège d'une infinie grandeur pour un coeur humain de pouvoir recevoir Dieu! Nous avons malheureusement trop l'habitude du sublime ! Ah! si nous le comprenions ! Oui, notre vraie grandeur, c'est que le Dieu infini et éternel du ciel et de la terre daigne habiter dans notre coeur souillé par le péché. En lui, nous trouvons la source de toutes les grâces et la source de toutes les vertus que nous devons pratiquer. De cette source découlent toutes les vertus, l'amour, la joie, la patience, la douceur, la bonté, la mansuétude, la fidélité, la sobriété, l'abstinence, la pureté. De ces fruits de l'Esprit-Saint, la moindre drachme est toujours l' oeuvre de Jésus. Le secours de l'Esprit-Saint nous étant indispensable, prêtons l'oreille à ses inspirations; ceci est, en effet, un principe fondamental pour la pratique de la vie spirituelle. |
3. Zachée, image de la vocation des saints, de leur coopération
à la grâce et de leur amour du silence. |
Les saints, nous semble-t-il trop souvent, étaient des êtres d'une autre chair, d'une autre nature que la nôtre. Ils avancèrent à travers la même poussière que nous, mais ils la dominèrent au lieu de s'y vautrer comme nous. Ils avaient, comme nous, le saint sacrifice de la messe, ils avaient les mêmes sacrements, mais aussi, plus de fidélité et d'esprit de sacrifice. Ils furent choisis et appelés comme Zachée, mais ils s'attachèrent beaucoup plus résolument à la tâche de leur sanctification que nous, ne capitulèrent pas si facilement, résistèrent plus énergiquement. Voilà, entre eux et nous, la grande différence!
Quel intérêt avons-nous à étudier leur vie ? C'est un réconfort pour nous de constater comment ils ont lutté et triomphé, et jusqu'où nous pourrions aller si nous voulions. Mais comment parvenir à une telle intimité avec Dieu ? Considérez un ruisseau dès la source. Voyez-le commencer à couler sur les cailloux, à travers champs. Voyez l'enfant y établir son petit moulin parmi les petites vagues; voyez le jouet se mettre en marche. Puis, le ruisselet devient un ruisseau, puis une rivière capable de transporter de lourds fardeaux. Image de la vie des saints! Au début, c'est le rayon de la grâce dont Dieu touche leur âme. Où commence, par exemple, la vie de la grande sainte Thérèse ? Dans une simple et silencieuse cellule où l'ardente religieuse ne cherche que Dieu. Telle est la façon d'agir de Dieu, de ce même Dieu qui déposa les gemmes parmi les sables des déserts, de ce même Dieu qui voulut venir au monde dans la profondeur de la nuit, qui fut adoré par des bergers et vécut trente années dans l'obscurité. Il dirige les âmes dans le silence. Comme Zachée dans sa maison, il conduit les saints dans la retraite : c'est par la solitude et l'esprit de sacrifice qu'il les forme. Revenez à l'exemple de sainte Thérèse, de cette âme si simple en son admirable docilité. Où la grande réformatrice du Carmel puisa-t-elle la force de résister à toutes les difficultés de son entreprise ? — Elle ne cherchait que Dieu. Chercher Dieu! Chose facile à dire, mais quelle attention, quels sacrifices et quels renoncements cela suppose! Mes chères soeurs, lorsque vous aurez appris à rompre les mille liens qui vous attachent au monde, vous serez des saintes. Pensez à tout ce que dut supporter sainte Thérèse ! Une tempête de colère s'élève contre elle, déchaînée par ses propres compagnes. Elle reste inébranlable; rien ne l'émeut, rien ne l'effraie. Tout appui humain est aussi fragile qu'un genévrier desséché. Sainte Thérèse s'abîme dans l'amour de Dieu. Les âmes qui, comme elle, ne recherchent que Dieu, sont remplies d'une telle charité qu'elles ne peuvent se secourir elles-mêmes. « Au plus profond de mon coeur, s'écriait- elle, je sens un aiguillon; le glaive de Dieu m'a transpercée ! »
Sa vraie grandeur n'est pas d'avoir correspondu avec un roi, d'avoir vu des prêtres et le pape lui-même recourir à elle; c'est son immense amour de Dieu. Elle avait fait voeu nous tremblons d'y penser d'accomplir en toute occasion ce qui lui semblait le plus parfait. Certains saints, comme le rapporte saint Alphonse de Liguori, reculèrent devant l'héroïcité d'un pareil serment. Sainte Thérèse en eut le courage. Son seul désir était d'être à Jésus-Christ.
Que notre souci soit de progresser d'un petit pas tous les jours. Plus on avance dans la conformité à la divine volonté, plus vite on parvient à la perfection. « Que votre volonté soit faite! » Si nous arrivons à prononcer cette prière du fond du coeur, nous sommes déjà sur la voie de la véritable union à Dieu. Employons le reste de notre vie à lutter contre nous-mêmes.
Ce qui sur la terre m'attache aux hommes, je vous l'offre, ô mon Dieu! Dès lors, je puis dire avec l'Apôtre : « Le Christ est ma vie, et la mort m'est un gain » (Phil., i , 21).
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| La Sainte Messe |
1. La sainte messe est comme une fontaine dans le désert. |
« Nous vous en conjurons au nom du Christ, écrit saint Paul dans la seconde épître aux Corinthiens, réconciliez-vous avec Dieu. Celui qui n'a point connu le péché, il l'a rendu pécheur polir nous, afin que nous devenions en lui justice de Dieu » (II Cor., y, 2o).
Si le Christ nous a ainsi rachetés en se chargeant de tous les péchés du monde, comme s'il n'était lui-même qu'un immense péché, pour notre justification devant Dieu, quel peut être le sens de cette exhortation saint Paul ?
Ne sommes-nous pas réconciliés avec Dieu ? Les mérites du Christ ne sont-ils pas suffisants, ne sont-ils pas inépuisables ? Si certainement. Avons-nous alors besoin de nous réconcilier avec Dieu? Oui pourtant, sans aucun doute.
Pourquoi ? Une comparaison va nous permettre de le Comprendre. Il n'est pas suffisant, en effet, que le Christ, que le Sauveur soit mort, que les méritesincommensurables de sa Croix soient à notre disposition; ces mérites, il nous reste à nous les approprier. Une caravane dans le désert est en grand danger de périr de soif. Désespérant de pouvoir poursuivre leur marche beaucoup plus loin, les gens s'abandonnent à leur sort. Or, voici qu'ils rencontrent une oasis avec une source pleine d'une eau fraîche et excellente. C'est le salut; mais encore faut-il, pour éviter la mort, que chacun s'agenouille pour y puiser. Les mérites qui nous ont été acquis par le Sauveur, il nous reste de même à nous les appliquer par la réception des sacrements et l'assistance à la messe.
La messe! Dieu soit remercié de nous avoir donné ce trésor, et heureux ceux qui en comprennent les avantages !
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2. Nature, nécessité et sublimité du saint sacrifice de la messe. |
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Le Sauveur est mort sur la Croix par la séparation qui y fut faite de son corps et de son âme.
Quatre femmes se trouvaient près de lui sur le Calvaire, et je suis un peu confus de le reconnaître un seul homme. Ces cinq personnes furent-elles les seules à profiter directement du sacrifice du Sauveur ? Grâces à Dieu, le Sauveur dans son amour anticipa, le Jeudi saint, en s'offrant d'une manière non sanglante, le sacrifice sanglant qu'il devait accomplir le lendemain, lorsqu'il prononça : « Ceci est mon corps, qui est donné pour vous » (Luc, xxri, 19). — « Faites ceci en mémoire de moi », ajouta-t-il. Ce que vous me voyez accomplir, faites-le en mémoire de moi pour que je ne sois pas oublié, mais faites-le aussi afin de vous appliquer la grâce de ma mort sur la Croix. Le sacrifice du Vendredi Saint fut le sacrifice de rachat, celui du Jeudi Saint, qu'il ordonna de renouveler, le sacrifice d'application. Nous n'avions besoin qu'une fois d'être rachetés; c'est ce qui eut lieu le Vendredi Saint. Pourquoi alors avons-nous besoin du renouvellement du sacrifice de la Croix. Si nous étions capables de remplir notre âme de la grâce de la mort du Sauveur de façon à pouvoir nous en nourrir toujours, ce serait suffisant. Mais il n'en est pas ainsi. Une fois encore, servons-nous d'une comparaison empruntée à la nature. Un seul jour de soleil par an ne saurait suffire à la terre, car il lui est impossible d'accumuler en quelques heures les réserves de chaleur nécessaires pour une année. C'est pourquoi le soleil lui fournit chaque jour ce qui lui suffit de lumière et de chaleur. Il en est de même de nous. Chaque jour et à tout instant la grâce nous est nécessaire.
Nous sommes continuellement en présence de tentations à surmonter, d'actes de vertu à accomplir. Au renouvellement quotidien de la vie correspond aussi un nouveau besoin de grâce dans le monde. De là la nécessité d'un moyen assuré qui nous communique sans cesse la grâce du Christ. C'est le rôle de la sainte messe. Jésus ne pouvait mourir qu'une fois, mais sa sagesse et sa bonté infinie a trouvé le moyen de continuer ce saint sacrifice sans une nouvelle mort sanglante. Comment ? Servons-nous encore d'un exemple. En 1866, avait lieu la bataille de Lissa. Imaginez que nous soyons en vue de l'île, et qu'il nous soit possible de rassembler les vaisseaux qui prirent part à l'action, de les ranger exactement comme en juillet 1866. A u n signal donné, on ouvrirait le feu comme la première fois; même canonnade et même fumée. Ce serait la répétition exacte de la bataille, avec cette seule différenc e qu'il n'y aurait aucune perte d'hommes. Le lieu, la mer, l'île, les vaisseaux, rien n'y manquerait, sinon le sang versé. Au saint sacrifice de la messe nous n'avons plus, il est vrai, le Sauveur sanglant et mourant, le corps déchiré, comme sur le Calvaire, mais c'est pourtant bien le même Sauveur dans sa transfiguration, dans son admirable magnificence et majesté, et dans la même disposition de victime qu'il avait sur la Croix.
Il est là véritablement présent devant nous. Cependant la séparation de son corps et de son sang est seulement indiquée et réalisée par la consécration séparée des deux espèces. Évidemment le Christ ne peut plus être séparé, mais c'est la représentation non sanglante de sa mort que nous avons devant les yeux, son actualisation. C'est ainsi, pouvons-nous dire, qu'elle a eu lieu. Tel est le mystère de la sainte messe : renouvellement, représentation renouvelée, actualisation de la mort de Jésus-Christ. Au moment où le prêtre prononce à voix basse ces quelques mots assez puissants pour ouvrir le ciel et où le Sauveur, devant qui tous les peuples du monde sont aussi insignifiants qu'une goutte d'eau, descend entre ses mains, à cet instant où tout fait silence dans l'église, lorsque la clochette retentit et que tous les fronts s'inclinent dans une profonde adoration, n'avez-vous pas conscience de vous prosterner en face d'un sublime mystère ? Voici, en effet, ce qu'est la sainte messe, ce que nous enseigne le dogme. Si notre foi était profonde, ne se mble-t-il pas que notre sang devrait se figer dans nos veines à la pensée que Jésus-Christ y est vraiment, véritablement, réellement présent devant nous ? Mon Dieu! l'homme est un être effrayant; il s'habitue à tout, même aux choses les plus sacrées ! Comment, en effet, nous est-il possible d'assister indifférents à la sainte messe, froids comme glace et arides comme les sables du désert !
Notre attention n'est pas assez grande et notre foi pas assez forte. Sur l'autel, c'est pourtant bien le même Jésus qui sera notre Juge. Lorsqu'il nous apparaîtra après la mort, quelle sera cette première vision ! Sainte Catherine de Sienne, étant un jour prosternée à l'église, fut si épouvantée du spectacle que Dieu lui révéla alors qu'elle en crut mourir. Ce n'était pourtant que l'image d'une âme coupable d'un péché véniel. Que ferons-nous donc lorsque nous le verrons lui- même, face à face !... |
3. Les quatre fins du saint sacrifice de la messe. |
Jésus-Christ est devant nous à la sainte messe. Pourquoi ?
Comme source de grâces. Il nous accorde tout ce qui nous est nécessaire pour la journée. Notre âme étant incapable de saisir beaucoup à la fois, Dieu nous distribue à la sainte messe la mesure déterminée de grâces dont nous avons besoin et que nous méritons par notre piété. La sainte messe est un trésor infini. Si nous étions des êtres infinis, une seule messe nous suffirait. Chacun y puise, beaucoup ou peu, selon ses dispositions, l'un en abondance, l'autre, pour ainsi dire, le contenu d'un dé. L'un est bien préparé, plein de foi vivante et de confiance; l'autre, distrait et froid comme un mur, devra se contenter de fort peu. Au saint sacrifice nous renouvelons nos provisions pour la journée. Nous pouvons ensuite aborder notre tâche quotidienne avec courage et confiance; nous sommes capables d'en remplir toutes les obligations. Nous avons le devoir de louer Dieu. « Je suis comme un enfant, je ne sais point parler », protestait Jérémie, lorsque Dieu lui ordonnait d'annoncer la vérité à son peuple obstiné I, 6). Nous avons aussi le devoir de proclamer la gloire de Dieu. Comment le pourrions-nous dignement ? Tout compte fait, qui sommes-nous ? Rien. Rien, mais à la sainte messe nous trouvons celui par qui il nous est possible de louer la très sainte Trinité comme elle le mérite : Jésus-Christ en sa sublime attitude de victime. Nous devons remercier Dieu. Un de nos plus grands défauts, c'est l'ingratitude. Nous agissons comme si Dieu devait nous distribuer ses faveurs à pleines mains, et comme s'il devait s'estimer heureux que nous les acceptions. N'est-ce pas plutôt à nous de les recevoir à genoux, les yeux remplis de reconnaissance ? C'est ce que nous faisons à la sainte messe par Jésus-Christ vivant anéanti sous les espèces du pain. Nous devons expier pour nos péchés. Le péché est le grand mal de notre vie. Ce sont nos fautes qui en troublent la paix et la joie. Les péchés graves ne sont remis que par le sacrement d e pénitence; mais il en est d'autres.
Comment nous soulager de l'angoisse de leur fardeau ? Nos bonnes actions, nos sacrifices comptent pour bien peu et le bien accompli par nous est encore assez souvent gâté par des pensées d'égoïsme et d'amour-propre : il n'en reste pas grand'chose pour Dieu. Que pouvons-nous donc lui offrir pour apaiser sa justice ? Son Fils lui-même, à la sainte messe, où il est notre grand Propitiateur. J'ai connu des gens instruits, d'une conduite irréprochable, qui allaient à la messe tous les dimanches, et qui pourtant ne se confessaient jamais; il était impossible de les y décider. Chose remarquable, je n'en ai vu aucun mourir sans sacrement, grâce sans doute à leur fidèle assistance à la messe. Si le sacrifice de la messe ne remet pas le péché mortel directement, il nous procure du moins la lumière nécessaire pour nous reconnaître avec la grâce du repentir. Quant aux fautes vénielles, beaucoup nous sont par lui pardonnées. Nous pouvons croire avec raison que nos fautes d'inadvertance nous sont remises longtemps avant que nous en recevions l'absolution si nous assistons souvent à la messe. Néanmoins, Comme nous ignorons quelles sont celles qui nous sont ainsi pardonnées, mieux vaut évidemment les accuser toutes à confesse. La peine temporelle est en même temps remise avec le péché véniel. Nous devons prier. Que valent nos prières ? Elles sont souvent si mal faites que nous pourrions bien en demander pardon à Dieu. Aussi, qu'en pouvons-nous attendre ?
Notre espoir, c'est le Sauveur à la sainte messe. Nous déposons à ses pieds tous nos désirs, et il se charge d'en obtenir la réalisation. Ce que nous n'obtenons pas par la sainte messe, nous ne l'obtenons pas autre ment. Ceci étant, nous comprenons le tort que se font à eux-mêmes ceux qui omettent d'y assister quand ils le pourraient facilement. La négligence et l'amour de leurs aises ne sauraient les excuser.
Beaucoup de personnes se contentent pendant la messe d'écouter les autres chanter ou prier. Notre devoir est d'y participer activement, de nous en approprier les actes afin d'avoir part à ses trésors de grâces.
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4. Manière d'entendre la messe. (1) |
Quelques conseils pratiques. Il n'y a pas de règle uniforme sur la manière d'entendre la messe. Voici, selon moi, la meilleure méthode.
Après la consécration, mettons tout livre de côté. N'ayons plus qu'une pensée : Jésus présent devant nous. Parlons-lui. Commençons par raviver notre foi, insuffisante peut-être, en lui disant : « Seigneur, je crois que vous renouvelez, que vous répétez, que vous « actualisez » ici d'une façon non sanglante le sacrifice de la Croix , afin de m'en appliquer les mérites. Je voudrais posséder une foi si vive que je fusse capable de donner ma vie pour ce saint mystère. Je le crois pa rce que c'est vous qui l'avez dit. Mes sens peuvent me tromper, mais non votre parole ».
Adorons. « Seigneur, je voudrais n'être rien pour qu e vous soyez tout. Pour vous exprimer ma vénération, je voudrais m'abaisser plus profondément devant vous que les Chérubins et les Séraphins ».
Remercions.
— Remercions Dieu de nous avoir donné la vie, la foi catholique, la foi en la présence réelle. Remercions-le des remords, des inspirations, des consolations qu'il nous a envoyés, de toutes les tentations que nous avons surmontées, de la contrition que nous avons eue de nos fautes, de toutes les absolutions que nous avons reçues, de tous les instants qu'il nous a permis de passer devant son tabernacle. Remercions-le de notre vocation, de tout ce qu'il a souffert pour nous, de ses larmes, de son sang et de sa mort. Remercions-le de toutes nos croix et souffrances, de nos misères corporelles...
Réparons.
— Récapitulons devant Dieu tous les péchés que nous avons à expier. Faisons amende honorable pour toutes les fautes commises par nous ou par les autres durant la messe, manque de piété, froideur, tiédeur, distractions, pour la fréquente abstention de tant de fidèles au saint sacrifice.
Demandons.
— Exposons enfin à Jésus tous nos plus chers désirs; avec une confiance illimitée, puisque c'est lui-même qui les présente à son Père.
L'efficacité de la prière est indépendante de l'émotion qu'on y éprouve. La piété sensible où la présence divin e nous semble presque tangible n'est pas du tout l a meilleure. Quel serait, en effet, l'état des pieuses âmes tourmentées d'épreuves intérieures et qui doivent uniquement vivre de la foi!
Dieu dirige les âmes par des voies différentes. Persévérons dans celle qu'il nous a tracée : pour nous, c'est la meilleure.
Sans doute, il nous est permis de désirer un peu d'allégement. Nous le savons par l'exemple même du Sauveur à Gethsémani : « Éloignez ce calice de moi! » (Marc., xiv, 36). Mais si Dieu ne veut pas nous exaucer, ayons aussi le courage d'ajouter : « Toutefois, non ma volonté, mais la vôtre! » Quand on prie ainsi, on ne prie jamais en vain. S'il plaît à Dieu de nous laisser dans les ténèbres, ainsi soit-il! C'est la satisfaction seule qui nous manque alors.
Nous avons tous besoin que de temps à autre le Seigneur nous manifeste par un léger signe, par une sorte d'éclair, qu'il est toujours là. Ainsi fait-il d'ordinaire. « Ne te décourage pas; je suis toujours tout près de toi. Bien que tu ne te sentes pas l'âme débordante de joie, je suis toujours le même! » Cette étincelle rapide est le moyen dont il se sert pour nous empêcher de tomber dans le découragement et nous permettre de poursuivre paisiblement la lutte dans la vie de la foi.
Ayons recours à la sainte messe pour croître dans la foi aussi haut que Dieu l'a fixé pour chacun de nous, et parvenir à croire avec une conviction aussi robuste que s'il nous était permis de toucher le Seigneur de nos doigts!
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Références |
| (i) L'auteur ne choisit pas ici la méthode liturgique de coparticipation avec le prêtre, mais la méthode purement intérieure consistant à se remémorer avec de vifs sentiments de foi les quatre fins du saint sacrifice. Cette méthode est également très recommandable |
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