Prêtres du Monde

+ Sr Denise Christiaenssens

Ermite de la croix o.f.s.

Dans le diocèse de Rimouski.

ermite franciscaine consacrée par voeux
public  par Mgr. Bertrand BLanchet 2007

Maintenant sous obéissance de  Mgr Pierre André Fournier  et ami de ma famille depuis quelques années

-Ma consécration est pour ma famille
-mes prêtres vivants ou décèdés du monde
-toute personne qui fait une demande

J'ai déménagé et Tellus ne donne pas le service, donc j'ai donc changer d'adresse  de @

voici la nouvelle

 

 

ermitedelacroixofs@live.ca

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DU COMITÉ DIOCÉSAIN
DU MINISTÈRE PRESBYTÉRAL

AS-TU DÉJÀ PENSÉ À
DEVENIR PRÊTRE?


LE GRAND SÉMINAIRE, ÇA TE DIT QUELQUE CHOSE ? OUI REGARDE LE LIEN PLUS BAS
Titre de la série :
Les-Martyrs-de-Gorcum
Titre de la page:

Chapitre-3 Les Bourreaux
CHAPITRE- 4 Les Confesseurs

Nom de l'auteur:
Père Hubert-Meuffels ofm

CHANTRE III

LES BOURREAUX

En voyant arriver deux à deux, en une intermi­nable procession, les gentilshommes qui venaient lui présenter la déclaration des droits des nobles et du peuple et leur requête contre la sévérité des édits, la régente des Pays-Bas, Marguerite de Parme, s'était émue. S'il faut en croire la plupart des historiens, un officier du palais lui aurait dit pour la rassurer : « Ne craignez pas, Madame, ce ne sont que des Gueux. »

Authentique ou non, le mot fit fortune. Par amour-propre blessé ou par pure fantaisie, les révoltés l'acceptèrent. Il devait désigner dans la suite tous ceux qui s'enrôlèrent dans la lutte pour l'indépendance de la patrie, mais il s'appliqua tout particulièrement à ceux d'entre eux qui, dès l'origine, jurèrent une haine sans merci à tout ce qui paraissait espagnol ou catholique.

Selon le théâtre habituel où ils opèrent, on les appelle des Gueux de ville, des Gueux des bois ou des Gueux de mer. Un moment les Gueux des bois et de ville occupent seuls la scène et se signalent par leurs cruautés et leur fureur iconoclaste. Mais recherchés par la police du duc d'Albe, poursuivis à outrance par ses soldats, ils sont pris et jugés. Ils expirent dans des châtiments sévères, conformes au code criminel du temps.

Les Espagnols n'ont pas la main si heureuse avec les Gueux de mer. Leur premier noyau s'est formé après la bataille d'Austruweel, où les troupes de Marguerite de Parme ont infligé une sanglante défaite aux auteurs du mouvement iconoclaste d'Anvers. Ceux qui échappent au massacre confient leurs destinées à la mer. Sur cet élément ils peuvent défier des ennemis plus nombreux, mais moins familiarisés avec ce nouveau champ de bataille. Beaucoup d'entre eux sont originaires de la Zélande, de la Frise et des autres provinces qui bordent la mer ; ils en exploitent avec une adresse infinie les multiples ressources. Leurs embarcations légères sont bien plus agiles dans leurs mouvements que les vaisseaux espagnols. Quand ils voient une chance quelconque de succès, ils se lancent à l'abordage, se battent en désespérés et ne font pas de quartier. Si l'ennemi résiste avec succès et prend à son tour l'offensive, ils gagnent de vitesse vers le littoral. Des côtes qui émergent à peine au-dessus de la mer, des brouillards légendaires, un ciel habituellement gris et couvert, tout se réunit pour rendre la navigation de ces parages la plus délicate peut-être, qui soit au monde. Dans les mille anfractuosités que se creuse la mer du Nord, derrière les bancs de sable, les écueils, les hauts-fonds qui bordent le littoral, leurs petits vaisseaux à faible tirant d'eau s'engagent sans difficulté, et trouvent des gîtes d'autant plus sûrs qu'ils sont dangereux et d'accès impossible aux grands galions d'Espagne. Toutefois ils ne sont pas victorieux dans toutes les rencontres. Bossu, le nouveau stadhouder de Hollande, mais surtout Robles de Billy, le gouverneur de la Frise, leur infligent des défaites sanglantes. Mais le duc d'Albe, méconnaissant encore la force réelle de l'ennemi redoutable qui vient d'entrer en campagne contre lui, ménage trop à ses lieutenants les ressources, les marins et les vaisseaux appropriés à cette nouvelle manière de guerroyer sur mer. Il ne devait pas tarder à regretter sa faute.

Le nombre des Gueux augmentait sans cesse. Ils n'appartenaient pas tous au pays qu'ils voulaient délivrer. Parmi eux il y avait des Wallons du pays de Liége, des Huguenots de France, des Anglais et des Écossais, un grand nombre d'Allemands des côtes de la mer du Nord. Même diversité dans leurs conditions et leurs aspirations. Il y avait des patriotes poussés à bout par le régime tyrannique du duc d'Albe, ou réduits à la misère par le fisc impitoyable. Il se trouvait, parmi les étrangers, des protestants sincères jehassés de leur patrie ou accourus d'eux-mêmes à la défense d'une cause qu'ils estimaient sainte. Mais à côté de ces infortunés et (le ces convaincus se voyaient des gentilshommes, perdus de moeurs ou de dettes, et des aventuriers de toute sorte qui trouvaient dans cette lutte une occasion exceptionnelle pour assouvir leurs instincts de rapine et de cruauté. Ils étaient presque tous acquis aux idées de la Réforme. Leur religion inclinera de plus en plus vers un Calvinisme rigide et ne sera bientôt qu'un fanatisme féroce dont les principaux caractères seront la haine du Pape et le mépris de l'Eucharistie et du Sacerdoce catholique.

Au reste c'étaient dès hommes d'un indomptable courage et d'une sauvage énergie : prompts à l'attaque, insensibles au danger, intrépides en face de la mort, qu'elle les attendit au fond de la mer, sur leurs vaisseaux dans quelque bataille, ou sur les marches de l'échafaud. De tels alliés peuvent apporter un appoint, sinon honorable, du moins souverainement utile. Le Prince d'Orange, décrété de la peine capitale, vaincu une première fois, ne parvenant qu'avec peine à lever une seconde armée, était dans une de ces situations critiques on de moins scrupuleux que lui n'eussent pas hésité à utiliser un pareil concours. Sur le conseil de son parent, l'amiral ( le Coligny , il délivre aux capitaines des Gueux des lettres de course et donne à leurs flottilles un semblant (l'organisation et de discipline. De pirates les voilà maintenant devenus des soldats réguliers. Cette reconnaissance officielle double leur audace et ne diminue en rien leur cruauté. Non contents d'attaquer les galions d'Espagne et les vaisseaux marchands des villes hollandaises, ils font de fréquentes incursions sur terre. Et malheur aux populations qui ne leur donnent des gages suffisants de haine contre le Roi et contre le Pape. Partout ils dévastent les églises et les couvents et s'attaquent aux prêtres et aux religieux. En 1568 ils livrent aux flammes le village de Borkum près de Groningue. Ils pillent File de Rottum, le village d'Oldeklooster, et un couvent de religieuses à Weert près de Dokkum. En 1570 ils ruinent le village de Workum et l'abbaye de Hemelum près Stavoren dont ils emmènent l'abbé. En mars de l'année suivante, ils s'emparent de Monnikendam, saccagent l'église, et emmènent captifs le vicaire et plusieurs bour­geois influents. Quelques jours plus tard, l'île de Texel , les villages de Petten et de Schoorl et quelques autres sont dévastés à leur tour. En mai suivant, ils s'emparent de Katwijk, mais ils se contentent cette fois de pillerl'église et d'en briser toutes les statues. Ordinairement on n'en est pas quitte à si bon compte. Les malheureux qui tombent entre leurs mains peuvent s'attendre à tout. Parfois, il est vrai, on ne leur demande qu'une forte somme d'argent. Malheur à ceux qui ne peuvent payer eux-mêmes ou faire solder par d'autres cette rançon ; ils sont jetés, pieds et poings liés, à la mer ou suspendus aux mâts des vaisseaux pour servir de point de mire aux balles de ces forcenés.

Aux prêtres et aux religieux ils laissent rarement la liberté de se racheter. Ils commencent d'ordinaire par épuiser sur leur personne toutes les ressources d'une impiété sacrilège. Ils les obligent à se revêtir de leurs ornements sacerdotaux et d'accomplir devant eux des cérémonies saintes qu'ils accompagnent de leurs rires et de leurs sarcasmes. D'autres fois — surtout lorsqu'ils sont ivres — ils mettent eux-mêmes des aubes et des chasubles et parodient les cérémonies religieuses. Sur le pont de leurs navires ou dans l'intérieur des églises et des monastères qu'ils viennent de piller, ils organisent des processions grotesques ou des danses désordonnées et sauvages. Ils marchent, ils sautent en rond, tout en vociférant des chants impies et des blasphèmes. Dans les orgies qui suivent toujours leurs exploits ils se servent des calices et des vases sacrés qu'ils ont emportés. Ils cirent leurs bottes avec l'huile sainte. Le mât de leurs vaisseaux porte d'ordinaire, en guise de drapeau, quelque bannière d'église. « Jugez si je ne suis pas moi-même un bon papiste, disait un certain Fokke-Abels aux catholiques qui tombaient entre ses mains ; ce qui dans vos églises est tenu en si haute estime, je le mets plus haut encore. » Et, ce disant, il leur montrait un tabernacle cloué au mât de son navire.

Cette manie du sacrilège n'était égalée que par une cruauté inouïe. Faire souffrir leurs victimes, les mettre à mort, ne suffisait pas aux Gueux de mer; ils avaient une sagacité satanique pour insulter à leurs souffrances et raffiner leurs supplices. Ils ont fait prisonniers à Alkmaar cinq Franciscains qu'ils conduisent à Enkhuizen pour les y faire mourir. A la suite des coups reçus, l'un des prisonniers vient à saigner abondamment du nez. lls recueillent dans un verre le sang du pauvre captif, el, le présentant à ses compagnons, ils leur crient : « Buvez, loups cruels, étanchez au sang de l'un des vôtres la soif que vous avez eue du nôtre. » Arrivés à Enkhuizen, les prisonniers sont grossièrement reçus par le chef des Gueux de la ville, un prètre apostat, qui fixe l'exécution au jour suivant. Quand le moment est arrivé, l'apostat s'adresse à l'un des martyrs, simple frère coadjuteur déjà âgé. Il ose lui proposer la vie sauve à condition qu'il veuille lui-même pendre ses confrères. Comme le vieillard recule épouvanté à cette ignoble proposition, il est pendu le premier. Qu'un religieux prie pendant qu'on le torture et un soldat lui labourera le visage à coups de talon, en lui criant : « Moine, moine, cessez donc de grommeler vos prières ». Dans un couvent qu'ils dévastent, les Gueux rencontrent un religieux tellement tombé en enfance, dit le vieux chroniqueur, qu'il ne sait plus discerner le dimanche des autres jours de la semaine. Attiré par le vacarme, le pauvre vieux est accouru clopin-clopant, appuyé sur son bâton. Malgré son âge et sa simplicité d'esprit, il est immolé sur le champ.

Nous pourrions multiplier ces horreurs et — n'était le souci de respecter notre plume — en consigner de plus abominables encore. Non pas qu'elles soient uniques dans l'histoire. A toutes les époques de crise, l'on voit, à côté de beaux actes de vertu civique, le spectacle ignoble de la bassesse et de la férocité qui sommeillent dans les bas-fonds de la nature humaine. Les soldats du duc d'Albe — nous ne le méconnaissons pas — se livraient eux aussi à de regrettables excès dans la répression et le châtiment. Nous connaissons aussi les usages cruels qui accompagnaient l'exercice de la justice légale de ces temps. Pendre, brûler vif, rompre sur la roue, tenailler avec des pinces, rougies au feu, écarteler, jeter dans l'eau bouillante, tels étaient quelques-uns des procédés assez ordinaires des tribunaux criminels d'autrefois. « On était cruel par principe, a dit quelqu'un, et donc sans remords. » D'autres enfin que des prêtres et des catholiques ont fait l'expérience des incompréhensibles transports de la rage populaire. Un siècle après les martyrs de Gorcum, les deux frères Jean et Corneille de Wit sont tués (1672) avec des raffinements inouïs de cruauté et mutilés d'une façon révoltante, eux qui avaient servi glorieusement leur pays. Mais si de pareils actes se comprennent, quand on songe à l'époque on ils eurent lieu, tout semblant d'excuse fait défaut quand on se trouve en présence, non plus d'ennemis ou d'adversaires, mais de victimes, réduites à l'impuissance. Pour les Gueux de mer, les prêtres et les moines n'avaient d'autre tort que d'être prêtres ou moines. « Qu'a fait cet homme, criait une bonne femme en voyant conduire à la mort le chartreux Juste de Schoonhoven Ce qu'il a fait, lui répond avec fureur un Gueux de l'escorte, c'est un moine! un papiste!» Ce mot disait tout, ce crime tenait lieu de tout autre crime. Hélas, ce trait ne peint pas uniquement le xvle siècle. Les moeurs, dit-on, s'adoucissent ; l'humanité se perfectionne ; mais il est des états d'âme que se transmettent avec un soin jaloux les sectaires de tous les âges.

Souvent, il est vrai, les Gueux accusaient leurs victimes de pactiser avec les Espagnols et de trahir la patrie. Ils n'y manquaient jamais quand ils ne se sentaient pas en force pour maîtriser à leur aise une population ,encore attachée à sa religion et à ses prêtres. Cette odieuse tactique manquait rarement son effet. Dans ces temps de troubles, le peuple était sans cesse ballotté entre la terreur des Gueux et les représailles non moins terribles par lesquelles le duc d'Albe punissait les villes qui avaient bronché dans leur fidélité. De là, dans la population, une défiance nerveuse, une crainte outrée au seul nom de trahison. Rien ne prépare mieux une multitude aux transports de rage dont elle est capable que la nécessité où on la met de vivre sous l'empire d'un soupçon dont elle ne peut se défendre. Quand enfin l'orage éclate, quand la peur à son paroxysme a lâché les brides aux pires instincts, le peuple est capable de tout, mais il est plus aveugle que coupable. Les vrais scélérats sont ceux qui, par leurs mensonges et leurs agissements, ont préparé et dirigé ces excès et qui les ont exploités pour assouvir leurs propres convoitises. Ici encore l'histoire est toujours un recommencement.

Les Gueux avaient, pour les commander, des chefs dignes d'eux. Avec Dolhain, de Lumbres et l'abominable Sonoy, le tyran de la Frise , nous nommerons parmi les plus connus: Blois de Treslong, né à Brielle de parents huguenots émigrés de France; le Zélandais Marin Brant, ouvrier du port de Ter Veere, marié à une ancienne supérieure de religieuses; et l'apostat Jean d'Omal, ancien chanoine de Liège. Ils interviendront dans l'histoire de nos martyrs. Toutefois il en est un autre qui les surpasse tous en triste célébrité. C'est le comte Guillaume de la Marck , appelé aussi Lumev du nom d'une de ses seigneuries. Il faut connaître de plus près le personnage ; c'est lui qui enverra au supplice et à la mort nos confesseurs de la foi.

Guillaume de la Marck est né vers 1536 à Lummen, petit village du Limbourg belge entre IIasselt et Diest. Il appartient à l'une des plus nobles familles de la principauté de Liège. S'il a parmi ses ascendants un autre Guillaume de la Marck , le fameux « Sanglier des Ardennes », exécuté en 1485 sur la place de Maestricht, il compte aussi parmi ses proches le cardinal de Bouillon, Everard de la Marck , prince-évêque de Liège à qui cette ville doit la •construction de son beau palais, et Charles-Quint son élection à l'empire ( 1538). Le jeune Guillaume montra vite qu'il tenait plus du « Sanglier des Ardennes » que du prince de l'Église. Ses biographes nous le montrent d'une cruauté révoltante dès le bas âge. On a eu l'imprudence de lui donner pour précepteur un Franciscain défroqué, qui n'a pas de peine à déposer dans une àme si bien disposée à les recevoir, des germes d'impiété et de haine contre les prêtres et les religieux. L'adolescent.devient un scélérat ,qui se joue avec un plaisir cynique de la vie des hommes. Que les événements le servent, et il sera le « des Adrets » des Pays-Bas.

En 1566, aux premiers troubles iconoclastes, il se jette avec sa fougueuse nature/dans le parti de la révolte. Quand la pacification survient, il est trop compromis pour retourner à ses terres. Ses biens sont confisqués. Il erre ici et là, jurant de se venger. En 1571, il se joint. aux Gueux (le mer dont il devient presque de suite un chef des plus redoutés. Il leur en impose autant par sa bravoure que par son excès de haine et de cruauté. Il laisse pousser barbe, ongles et cheveux — il l'a juré — jusqu'au jour où il aura vengé sur les prêtres et les moines la mort des comtes d'Egmont et de Hornes. « Ce nous est une nécessité, écrira-t-il lui-même dans son Apologie, de mettre à mort ceux qui ont versé' du sang, les papistes, les moines et leur sanguinaire engeance; ou du moins de les chasser de notre pays, ainsi que de raser leurs antres, leurs repaires (lisez : les presbytères et monastères) et les temples des idoles avec tous leurs instruments d'idolâtries ».(1)

Avec de la cruauté, il déploie aussi du savoir-faire. Pour se faire agréer des populations, pressées par la famine, il leur vend à bas prix des quantités de grains dont il s'est rendu maître. Sur son étendard il a fait peindre le dixième denier, l'impôt si détesté dont il veut exonérer les Pays- Bas. Toutefois son zèle, comme celui de bien d'autres de ses compagnons, n'est pas pur dévouement ù la cause des Provinces-Unies. Sa mère Marguerite est la fille de Jean de Wassenaer, l'un des plus riches propriétaires de la Hollande. Si la rébellion triomphe dans le Nord, le comte qui a eu son patrimoine confisqué, jouira en paix du riche héritage qui est en perspective. En général les historiens, n'ont pas suffisamment fait remarquer. quel stimulant de pareilles raisons pouvaient donner au zèle pour le pur Évangile et au désir qu'avait plus d'un libérateur de venger les victimes du duc d'Albe et de délivrer le pays d'un impôt détesté.

Dans cette même année 1571 où il s'est joint aux Gueux, le comte de la Marck leur est donné comme chef par le Prince d'Orange. Sous son commandement, l'oeuvre de pillage et de destruction reçoit une impulsion nouvelle. Malgré une défaite sanglante que leur infligent les Espagnols aux embouchures de l'Ems, la terreur qu'inspirent les Gueux devient générale. Bien que les soldats espagnols se fassent redouter par leurs exactions et leurs brutalités , et ne soient guère tendres pour ceux qu'ils ont mission de protéger, les villes du littoral depuis Alkmaar dans le Nord jusqu'à Ypres et Ostende près de la France , supplient le duc d'Albe de leur envoyer une garnison pour les défendre contre les incursions des Gueux ; et c'est dans ce malaise général que l'on arrive à la terrible année 1572

Au mois de mars, la flottille des Gueux se trouve rassemblée sur la côte d'Angleterre. C'est là, ainsi qu'à la Rochelle , qu'ils se retirent en cas de danger et qu'ils vendent d'ordinaire le fruit (le leurs déprédations. La reine Élisabeth vient de se rapprocher (le roi d'Espagne. Elle interdit aux Gueux l'entrée de ses ports. De la Marck s'exécute, et se lance de nouveau avec sa flotte en pleine mer. Comme malgré lui, il se trouve, le mardi ter avril à deux heures de l'après-midi, à l'embouchure de la Meuse en vue de Brielle. La détresse est grande sur la flotte ; il n'y a plus de vivres. Le hasard, la nécessité qui le presse lui suggèrent l'idée de s'emparer de la place. Les capitaines Marin Brant de la Zélande et van Haren de Fauquement dans le Limbourg sont à l'avant-garde et s'approchent les premiers de la ville. Le succès couronne l'audace. Moitié par trahison, moitié par la froide énergie qu'il déploie, Guillaume de la Marck parvient à forcer les portes. A neuf heures du soir, les Gueux sont maîtres de la ville. S'il faut en croire van Groningen, l'historien protestant des Gueux de mer (2), ils ne purent attendre le lendemain pour assouvir dans les églises et les cloîtres leurs instincts de rapine et (le profanation. Dès le soir, on se mit à piller et à briser. Les statues en bois leur servirent à préparer leurs aliments et à se garantir contre le froid de la nuit.

Après cela ils allèrent se reposer pour reprendre le lendemain, avec plus de méthode, leur oeuvre de vandales.

Le comte songea d'abord à raser la place. C'est sur le conseil de ses lieutenants qu'il se décida enfin à la garder, à la fortifier et à en faire un point de ralliement sur le continent. Dès lors il devenait nécessaire de ne point effaroucher le peuple. Mais chez de pareils conquérants aucune politique n'était capable de refréner leurs appétits de fauve. Les églises continuent d'être saccagées, les statues sont partout brisées, les vases sacrés et les ornements sacerdotaux profanés. Tout ce qui a quelque valeur est déclaré de bonne prise et porté sur les vaisseaux. Leur fureur s'exerce surtout contre le beau monastère de Sainte-Élisabeth, situé à dix minutes de la ville, dans un lieu appelé Ten Rugge. Bàti en 1404 par Hugues de Heenvliet, il était habité depuis plus d'un siècle ét demi par les chanoines réguliers de Saint-Augustin, et affilié dès 1406 à la célèbre congrégation de Windesheim. Quand tout est brisé ou pillé, un vaste incendie, allumé par les Gueux, achève l' oeuvre de destruction et réduit en cendres le magnifique monastère.

Pendant que s'amoncelaient ces ruines, on épargnait la population de Brielle, car on aurait besoin d'elle; mais malheur aux prêtres qui auraient osé compter sur la même modération pour rester à leur poste. Leur sort est réglé, à moins qu'ils n'imitent le triste exemple donné par le curé de Brielle,

André Cornelissen qui, aussitôt la ville prise, accepte d'être pasteur protestant dans sa belle église de Sainte-Catherine. Au sac du monastère de Ten Rugge, les Gueux trouvent un religieux qui n'a pu fuir. Comme il refuse de crier : Vivent les Gueux ! ils le massacrent. Mais avant de le tuer ils lui coupent les deux oreilles qu'ils vont clouer l'une à la porte de la ville, l'autre à celle de l'église. Quelques jours plus tard, le 7 avril, ils mettent à la potence Henri Bogaart, curé de Hellevoetsluis, après lui avoir coupé les extrémités des mains et des pieds. Un autre prêtre est tombé au pouvoir des vainqueurs. Il s'appelle Vincent et il a quatre-vingt-cinq ans. Avant de l'immoler, il faut le torturer, « histoire de voir, disent-ils, ce qu'un vieillard peut souffrir ». Par une barbarie sacrilège, ils lui enfoncent dans la tête une couronne d'épines et le chargent d'une croix fabriquée à la hâte avec deux poutres. Ils le lient ensuite sur un char dont les soubresauts achèvent de briser le corps du vieillard presque nonagénaire. Enfin, ils mettent un terme à ses tortures en le suspendant à la potence. Citons encore parmi les autres victimes immolées à Brielle seul Corneille Janssen, curé de Finnaart près de Bergenop-Zoom; Mathias Pacianus, curé d'Éeclo et un chanoine de Brielle Bervout Janszoon. Ce dernier a refusé de céder sa maison à la concubine de l'apostat Jean d'Oural. L'ancien chanoine de Liège le fait enlever de nuit, et sans l'ombre d'un procès, il le fait mettre à la potence avec trois prêtres et un laïque. On coupe la corde pendant qu'ils vivent encore, on les jette dans un puits rempli de vase où avant d'expirer ils luttèrent encore de longues heures avec la mort.

Les Gueux étaient des fauves, mais des fauves doués de raison. Ils n'ont pas été les seuls à montrer ce dont est capable l'homme quand son esprit est révolté et sa volonté pervertie. Appelez-le Caligula, de la Marck ou Marat; placez-le dans un passé lointain ou en plein milieu de l'âge d'or que nous annoncent maint philosophe et maint rhéteur, l'homme, suivant la parole célèbre, oscillera toujours entre l'ange et la bête. Il peut, à force d'énergie et de vertu, se rapprocher de l'ange. Mais en dépit des théories menteuses et des apothéoses puériles où se complaît sa naïveté et son orgueil, il arrivera, chaque fois qu'il le voudra, à égaler la bête et à la dépasser. L'histoire que nous racontons pourra nous en fournir quelques nouvelles preuves.

CHAPITRE IV

LES CONFESSEURS DE LA FOI

Sur un signe du duc d'Albe, Bossu, le stadhouder de Hollande, s'était mis en campagne dès le 5 avril pour reprendre la ville de Brielle. Il échoua complètement. Ce nouveau succès des Gueux ouvre pour eux l'ère des victoires. Ils se rendent maîtres en Zélande de Flessingue et de Ter Veere, les deux places qui commandent les embouchures de l'Escaut. Dans la Hollande du Nord ils prennent Enkhuizen, la clef du Zuyderzee, puis successivement Hoorn , Alkmaar, Edam , Monnikendam, Purmerend, Leyde et Harlem . Pendant ce temps, d'autres capitaines remontent le cours de la Meuse. Dans la deuxième Moitié de juin 1572, Bartel Entens de Mentheda aidé de Marin Brant s'empare de Dordrecht et bientôt les Gueux sont en vue de Gorcum.

Gorcum ou Gorinchem, qu'allait illustrer le glorieux martyre de son clergé séculier et régulier, n'avait, en 1572, qu'une population de 5000 âmes. Son importance parmi les villes des Pays-Bas lui venait de sa belle situation à l'embouchure de la Linge sur la rive droite (le la Meuse. Le fleuve, grossi 1 kilomètres en amont des eaux du Waal grand bras du Rhin, s'appelle, à partir de cet endroit, la Merwede. Il garde ce nom jusqu'à l'approche de Rotterdam où il reprend celui de Meuse .

La ville, bâtie vers 1230, dépendait de la principauté des seigneurs d'Arkel qui jouèrent dans ces contrées un grand rôle au Moyen âge. Au point de vue ecclésiastique elle relevait du diocèse d'Utrecht. En 1572, elle avait comme foyers de la vie religieuse deux églises desservies chacune par un curé, un chapitre de chanoines, un couvent de Franciscains et deux monastères de femmes. Celui des Franciscaines du Tiers-Ordre semble s'être toujours maintenu dans une grande ferveur; il avait pour aumônier un père du couvent. L'autre monastère était habité par des religieuses Augustines; mais il s'appelait le Béguinage, du nom des Béguines qui l'avaient occupé autrefois. Il voyait refleurir la vertu et la discipline sous la direction de son aumônier, un religieux de l'ordre des chanoines réguliers de saint Augustin, appelé le Père Jean. Né à Oosterwyk dans le diocèse actuel de Bois-le-Duc, il était entré en religion à Brielle, dans le monastère de Ten Rugge que les Gueux saccagèrent au lendemain de leur entrée dans la ville. Il y avait exercé longtemps l'office de procureur et c'est à ce titre qu'il eut l'occasion de voir assez souvent le questeur de la ville, Jean Duvenvordt, l'un des rares personnages qui agira plus tard avec quelque modération envers nos confesseurs de la foi. On verra par la suite du récit comment le saint religieux vint, avec dix-huit compagnons, subir le martyre au lieu même où il avait fait l'apprentissage de la vie monastique. En attendant, il faisait oeuvre de réforme au monastère des Augustines de Gorcum. Plusieurs de ses prédécesseurs ne s'y étaient pas conduits avec la dignité requise dans un si délicat office. Les biens du monastère avaient été dissipés et la gêne avait succédé à l'abondance d'autrefois. Sous la sage direction du nouveau recteur les inévitables effets de la pauvreté tournèrent au profit d'une piété plus sincère et d'une plus grande pureté de moeurs. L'aumônier soutenait et dirigeait cette réforme par des instructions simples et solides dont Estius eut longtemps en sa posses­sion les originaux écrits de la main du saint.

Les religieuses des deux monastères ne nous occuperont pas davantage. A l'approche des Gueux, elles reçurent l'ordre d'aller ailleurs mettre en sûreté leur vie et leur virginité. Les deux aumôniers restèrent dans la ville, celui des Franciscaines au couvent de son ordre, et le Père Jean d'Oosterwyk chez un ami, pour empêcher le pillage dans la mesure du possible.

Nous avons aussi peu à dire du chapitre attaché à la collégiale de Saint-Vincent. N'ayant pas charge d'âme, les chanoines pouvaient sans difficulté pourvoir à leur sûreté. Ils le firent, à l'exception de deux ou trois dont le plus connu est Pontus de Huyter. Il occupe une place dans l'histoire littéraire du xvie siècle sous son nom latinisé de Pontus Heuterus. On lui doit, parmi d'autres ouvrages de moindre valeur, d'assez bons mémoires sur l'histoire des Pays.Bas sous la domination de la maison de Bourgogne (3) . L'écrivain a de l'élégance, l'historien est fidèle et généralement bien informé. Pontus était né le 23 août 1535 à Delft, près de la Haye. Il fit ses études littéraires dans sa ville natale, puis à. Leyde, à Malines et à Paris . Après 156o, il revint en Hollande, entra dans l'état ecclésiastique et obtint un canonicat dans la collégiale de Gorcum. Il était chargé en 1572 de l'administration du temporel; c'est à ce titre qu'il dut rester dans la ville quand ses confrères la quittèrent à l'approche des Gueux de mer. Nous le verrons bientôt faire pâle figure parmi les confesseurs de la foi. Il partagea leur captivité, mais non leur mort glorieuse. Pieu, impénétrable dans ses des­seins, réservait en sa personne un témoin des mieux informés du drame qui allait se jouer à Gorcum et à Brielle. Le chanoine, quand il aura fait pénitence de sa l'acheté devant la mort, écrira l'histoire de ce qu'il aura vu. Son récit, écrit en mauvais vers hollandais (4) sera cependant, avec l'ouvrage d'Estius, l'une des sources les plus précieuses des événements qu'il nous reste à raconter.

Le chapitre des chanoines nommait les deux curés de la ville. C'étaient, en 1572, deux prêtres dans la force de l'âge. Ils s'appelaient Léonard Vechel et Nicolas Janssen surnommé Poppel.

Léonard Vechel était né en 1527 à Bois-le-Duc et avait été envoyé à l'âge de dix-huit ans à l'Université de Louvain qui était alors dans tout l'éclat de sa célébrité. Il y fit de brillantes études littéraires à l'institution ou pédagogie du Faucon. En 1547, il sortit troisième sur cent quatre-vingts concurrents à la promotion générale de la Faculté des Arts. Il fit ensuite, pendant neuf années, ses études de Théologie au célèbre collège du Pape Adrien. Quoique simple bachelier, il comptait parmi les meilleurs théologiens de l'Université. Au dire d'Estius, on l'appréciait pour sa piété, sa maturité d'esprit, et sa rare prudence. Il avait de remarquables aptitudes pour la prédication. Aussi son nom vint-il naturellement à l'esprit des autorités universitaires, quand en 1558 elles filrent saisies d'une demande venant des Pays-Bas. Le chapitre de Gorcum cherchait un curé pour la ville. Il le fallait excellent, car le poste devenait difficile en raison des ravages de jour en jour plus grands qu'y faisait l'hérésie. La proposition fut faite à Léonard Vechel. Elle effraya l'humble prêtre : il n'avait que trente et un ans. Mais sur les instances de Ruard Tapper, qu'il vénérait comme un saint et qui était alors chancelier de l'Université , il accepta la paroisse. Quand il en eut pris possession il s'aperçut vite quela charge dépassait de beaucoup l'honneur. Il se mit à l'oeuvre avec courage. Pendant quatorze années Gorcum eut en lui un pasteur modèle.

Estius nous peint le curé de sa ville natale comme un prêtre d'élite, homme de caractère et de devoir. Dès le début de son ministère, il eut à combattre certains abus qui s'étaient glissés dans la célébration des mariages et des baptêmes. Il le fit avec une douce fermeté qui ne déplut pas à ses ouailles. Mais sa sollicitude s'exerça surtout dans sa lutte contre l'hérésie protestante qui avait entamé le troupeau. Il prêchait avec une liberté toute évangélique sur l'autorité du Pape, le culte des Saints, la Présence réelle. Il n'admettait personne au St Viatique sans une profession explicite de la foi à l'Eucharistie. Et il n'y avait pas de prières ni de sollicitations capables de l'amener à dispenser un malade de cette précaution 'qu'il jugeait nécessaire dans une paroisse travaillée par les négations du Calvinisme. Dans la répression des abus et la lutte contre l'hérésie, il agissait avec prudence et douceur. Sa réputation avait bientôt dépassé les limites de la paroisse. Il arrivait souvent, nous dit Estius, qu'à Louvain une discussion d'administration paroissiale était close quand on pouvait dire : C'est ainsi que fait le curé de Gorcum. S'il était le gardien vigilant de la discipline et de la foi de son peuple, il l'aimait aussi d'un amour qui ne se ménageait pas. Il visitait souvent les malades et laissait à ceux qui étaient clans le besoin une large aumône. On lui trouvait un don particulier pour arranger à l'amiable les différends : « Mieux vaut, répétait-il sans cesse, avoir la moitié en transigeant, que d'emporter le tout au détriment de la charité ». Sa bonté pour les pauvres était bien connue. La dernière année, la municipalité lui vota même une allocation de cent écus pour lui permettre d'augmenter encore ses libéralités. Pendant l'été — nous dit son historien — il achetait à bon compte des fromages, des fagots et d'autres provisions dont bénéficiaient les pauvres pendant l'hiver. L'année même de son martyre, il venait de faire ses approvisionnements charitables pour la mauvaise saison. Touchante coïncidence : comme le diacre saint Laurent il ne quittera les pauvres, ses privilégiés d'ici-bas, que pour mourir de la mort des martyrs.

Cet homme d'une vertu si éprouvée et dont la ville de Gorcum admirait de plus en plus l'éloquence, la charité et le zèle, avait lui-même de grandes peines intérieures. Il souffrait; la responsabilité l'effrayait. Il avait peur du confessionnal qu'il appelait son « banc de douleur ». Trois sermons à prêcher, disait-il, lui étaient une tâche plus agréable qu'une seule confession à entendre. Il souffrait aussi des progrès que, malgré sa vigilance, l'hérésie faisait dans son troupeau. Les convictions faiblissaient. En attendant qu'il y eût des apostats, il y avait déjà des trembleurs. Comme beaucoup de ses frères qui ont vécu dans des temps d'épreuve et de crise, le saint curé était plus souvent à Gethsémani que sur le Thabor. Le moment vint où, au lieu de l'estime générale dont on l'avait honoré jusque-là, une par tie de ses paroissiens gagnés de plus en plus aux nouvelles doctrines commença à lui prodiguer des injures et des affronts. Il ne s'en plaignait pas ; il avait . compassion des pauvres égarés. Il faisait réparer à ses frais les vitres de son presbytère que bri­saient des hommes de la lie du peuple stipendiés par les hérétiques. Ce n'est que lorsque les prédicants de l'erreur cherchaient à corrompre ses ouailles qu'il recourait aux magistrats. Il n'hésitait pas clans ce cas à réclamer pour son troupeau la protec­tion des lois existantes.

Au début de l'année 1572, lorsque les Gueux étaient déjà à Brielle et dans quelques autres villes, la situation devint de plus en plus tendue à Gorcum. Léonard avouait que lorsqu'il était en chaire il se demandait parfois s'il en descendrait vivant. Un dimanche en particulier il se vit entouré d'un groupe appartenant au parti le plus avancé de la ville. Ils cachaient mal sous leurs vêtements les armes dont ils étaient résolus à se servir contre la sainte liberté de l'orateur. Celui-ci ne se laissa pas intimider ; mais on ne bougea pas, son heure n'était pas encore venue. Un autre jour sa constance eut à subir une lutte plus difficile et plus délicate. Une de ses soeurs arrivait en toute hâte de Bois-le-Duc, sa ville natale. Les Gueux venaient d'y massacrer un prêtre avec une cruauté raffinée. Au nom de leur mère, elle lui représenta la grandeur du péril et le supplia de pourvoir à sa sûreté. Léonard ne méconnut pas la gravité de la situation ; mais tout en chargeant sa soeur de consoler et de rassurer leur vieille mère, il déclara net que l'imminence du danger était la raison décisive qui le décidait à rester à son poste. A l'approche du loup le mercenaire fuit, mais le bon pasteur unit sa cause à celle de son troupeau. Et le curé de Gorcum était un bon pasteur. L'année précédente, 1571, il avait refusé d'échanger sa paroisse contre la cure plus importante de Gouda (5). Ses paroissiens eurent une nouvelle preuve de l'attachement qu'il leur avait voué dans un autre fait qui achèvera de nous faire connaître l'homme.

Léonard — on s'en souvient — n'était que bachelier. Son départ précipité de Louvain, les soucis du ministère paroissial, et peut-être plus encore la modestie de ses goûts l'avaient arrêté sur le chemin des honneurs académiques. Ce ne fut que quatorze ans après son arrivée à Gorcum, au plus fort de la lutte contre les prédicants hérétiques qu'il se résolut, sur les instances de ses amis, à accepter un honneur qui dans un temps de luttes théologiques donnerait plus de crédit à l'autorité de sa parole. Il avait donc accepté de subir l'examen pour la licence en théologie. Vers Pâques, il avait fait le voyage de Louvain en compagnie d'Estius, pour accomplir toutes les formalités d'usage. Après avoir fait toutes les démarches nécessaires et s'être vu assigner le mardi 8 juillet 1572 — nous soulignons cette date — pour le jour de l'épreuve solennelle, il était revenu à Gorcum. Mais pendant sa courte absence les événements avaient marché. S'il l'eût voulu, le saint curé eût pu s'autoriser de l'engagement contracté et se soustraire au danger. Mais, pour rester auprès de son peuple, il renonça au voyage de Louvain. Et Dieu devait permettre — était-ce un surcroît dans la récompense ? — que le saint curé de Gorcum, au lieu de se rapprocher des Docteurs de la terre, allât prendre place au ciel parmi les martyrs, dans la nuit même qui termina cette journée du 8 juillet où on l'avait attendu en vain dans la vieille ville académique.

Léonard Vechel prêtre auquel les deuxième curé de était aidé dans sa charge par un historiens donnent le titre de Gorcum (6). Il s'appelait Nicolas Janssen et portait le surnom de Poppel. Né en 1532 Weelde près de Turnhout, non loin de la frontière hollandaise, Nicolas avait fait lui aussi ses études à l'Université de Louvain . C'est lit que Léonard Vechel avait appris à le connaître et à l'estimer. Il se l'était adjoint comme collaborateur presque aussitôt après sa nomination à la cure de Gorcum. Agé de 26 ans quand il y arriva, Nicolas s'adonna avec coeur à son ministère. Comme on le voyait d'une activité incessante, et prêt, au moindre signe, à se prodiguer Sans merci, on eut vite fait d'ajouter à son premier surnom celui de « slaarken » que nous rendrions familièrement en français par « petit bourreau de travail ». Le saint prêtre, loin de s'en offenser, en témoignait de la joie ; et jouant sur le mot qui, signifie littéralement « petit serf» il répondait modestement : « Celui-là sert bien, qui sert son prochain en Dieu ». Après sept ans de ministère, le désir d'une vie plus parfaite faillit le l'aire entrer dans la compagnie de Jésus. Il n'y renonça que sur les vives instances de son collègue et d'un pieux chanoine de la ville, appelé Antoine. Ils lui persuadèrent que dans les circonstances critiques où se trouvait la paroisse, il ne pouvait mieux servir Dieu qu'en restant au poste pénible où la Providence l'avait conduit. Nicolas se rendit à ces raisons et continua à se montrer le « serf en Dieu » de son collègue et . de ses ouailles. Sans avoir les qualités brillantes de Léonard , il se faisait admirer de tout le monde par son dévouement à toute épreuve et par son ardent amour de la Se Eucharistie.

En 1566, l 'année terrible du mouvement iconoclaste, et dans cette année plus terrible encore de 1572, c'était lui qui, tous les soirs, allait meure la sainte Réserve en sûreté dans la maison d'un laïque décidé et discret. Ce laïque n'était autre que Guillaume Hessels van Est, le père de l'historien de nos martyrs. Nous n'avons que peu (le détails sur la vie intime du second curé de Gorcum. Les historiens signalent avec insistance la piété filiale qu'il avait vouée à ses parents. Jeune encore il avait perdu sa mère. Son père était pauvre, et plus d'une fois Nicolas vint à son secours. Peu de temps avant la prise de Gorcum, le vieillard ayant entendu parler des succès des Gueux et de leur cruauté, était venu tout éploré à Gorcum. Il s'était jeté au cou de son fils, le suppliant de céder temporairement à l'orage. Nicolas résista à ses prières. Si le moment était grave, le devoir était clair. Il fut fort contre son père, comme Léonard venait de l'être contre sa soeur envoyée par sa mère. Le vieillard comprit le refus cle son fils. En repartant il avait le coeur bien gros; mais il était résigné et il était fier de son enfant.

Il y avait à Gorcum un troisième prêtre séculier, Godefroid van Duynen. Né dans cette ville en 1502, ce vieillard, l'une des figures les plus attachantes du groupe de nos martyrs, avait 70 ans. On n'a que des indications très vagues sur un long séjour qu'il fit à l'Université de Paris et dans une paroisse_ deFrance sur les frontières des Pays-Bas. On sait seulement qu'il fut ordonné prêtre à Paris, et qu'à la suite d'épreuves dont on ignore la nature, ses facultés intellectuelles souffrirent un ébranlement qui le força de rentrer dans sa ville natale. Son infirmité l'avait rendu sympathique à ses concitoyens de Gorcum. S'il fut à tout jamais incapable de se charger d'une paroisse, il pouvait toutefois dire l'office, célébrer la Sainte Messe et même entendre les confessions des fidèles. Il faisait souvent sa promenade hors les portes de la ville. Un jour, il y trouva un prédicant faisant son prêche en plein air. « Mes amis, dit Godefroid aux gens qui s'étaient attroupés, on vous trompe; ne croyez pas; n'écoutez pas. » Et comme les hérétiques, pour diminuer l'effet de ces paroles, se mirent à traiter de fou celui qui les avait prononcées « Pardon, répliqua le vieillard, en ceci je ne suis pas fou, je vous dis la vérité, c'est cet homme qui vous trompe. » Estius qui nous donne ces renseignements fait le plus grand éloge de la piété de son compatriote. Le saint prêtre jeûnait le mercredi et le vendredi de chaque semaine et passait une grande partie de ses journées à l'église. Il encourageait les parents à s'imposer des sacrifices pour l'éducation de leurs enfants. Il le faisait surtout quand il avait remarqué dans un enfant des indices d'une vocation sacerdotale. Estius se souvient avec reconnaissance d'avoir bénéficié pour son compte de l'appui bienveillant du vieillard, quand il quitta pour la première fois ses parents pour commencer ses études.

Le clergé de la paroisse était aidé dans l'exercice du ministère par des religieux Franciscains. Leur couvent s'appelait la maison de la Sainte-Vierge de Bethléem, et était situé dans la rue d'Arkel. L'établissement à Gorcum des fils de saint François remonte au temps qui suivit de près la mort du Patriarche 1226). Les religieux, d'abord Conventuels, acceptèrent en 1454 la réforme dite de l'Observance. Le couvent faisait partie de la province de la Basse-Germanie, dont Florent de Leyde était le provincial. On lui doit une relation du martyre de ses confrères, qui complète sur plusieurs points le récit d'Estius. En 1572, l 'ordre entier était régi par Christophe de Chef-Fontaine et Grégoire XIII venait de remplacer saint Pie V sur le siège de saint Pierre .

Au couvent de Gorcum il v avait dix-huit reli­gieux, six Frères et douze Pères. Deux de ces derniers avaient dû se rendre à Bois-le-Duc, avant l'ar­rivée des Gueux; il ne restait donc exactement que dix Pères et les six Frères. Qu'on nous permette de les présenter au lecteur, en recueillant les rares indications que l'histoire, sobre de détails à leur endroit, nous a conservées comme malgré elle. Sa parcimonie ne doit pas nous étonner. Les fondateurs dioidre exigent d'ordinaire de leurs disciples un sacrifice des plus méritoires pour le ciel, des plus embarrassants pour l'histoire. A son entrée au couvent, le nouveau religieux dépose ses vêtements du siècle, mais il renonce aussi à des biens qui touchent de plus près à sa personnalité. Ses états de service, ses succès déjà remportés, ses relations, et jusqu'aux noms de son baptême et de sa famille, tout vient se voiler sous un nom de saint. Une fois devenu moine, le fils de grande famille ou le jeune homme au brillant avenir ne sera toute sa vie que le Frère Joseph ou le Père Justin. C'est sous un nom d'emprunt que d'ordinaire il exercera divers offices dans un couvent et qu'il parcourra successivement plusieurs maisons de son ordre ne sachant chaque matin sous quel toit il couchera le soir. Ces saintes pratiques favorisent trop chez le religieux l'esprit d'abnégation et d'obéissance pour que nous regrettions la difficulté qui en résulte pour le biographe, quand il veut fixer une physionomie ou raconter une carrière. Les points de repère font trop souvent défaut. C'est tout à la fois le triomphe du renoncement et le désespoir de l'histoire.

De trois frères du couvent de Gorcum on ne sait absolument rien. Les trois autres s'appelaient : Frère Pierre, Frère Corneille, Frère Henri. Le Frère Pierre était né au village de Assche à quelques lieues de Bruxelles(6). Le Frère Corneille était de l'antique ville de Wyk-by-Duurstede sur le Rhin à trois lieues au sud-est d'Utrecht. L'histoire garde le silence sur son nom de famille et sur son âge. Elle n'est guère plus explicite sur le Frère Henri. Nous savons seulement qu'en 1572 il avait dix-huit ans et qu'il était encore novice.

Le plus âgé des Pères s'appelait Willehald . C'était un vieillard de quatre-vingt-dix ans, de haute taille, figure d'ascète, un de ces religieux dont on dit sans exagération qu'ils vivent dans le commerce habituel avec Dieu. Il était originaire du Danemark. Il y était entré dans l'ordre de Saint-François, et il y avait passé la plus grande partie de sa vie religieuse. Mais le jour vint où l'intolérance des protes tants le força à s'expatrier et à chercher un refuge chez ses confrères des Pays-Bas. Au couvent de Gorcum il avait été accueilli à bras ouverts. Avec le temps il avait appris la langue de sa nouvelle patrie et il se rendait utile pour les confessions.

Le Père Théodore van der Eem avait près de soixante-dix ans. Né à Amersfoort dans la province actuelle d'Utrecht, il devait appartenir à une famille nombreuse, car Estius lui donne bien cent neveux ou nièces. Jeune encore il avait préféré à un riche bénéfice la règle de saint François, et il avait été toute sa vie un religieux modèle. C'est lui qui était chargé, en qualité d'aumônier, des religieuses Franciscaines de la ville. Nous savons déjà que quand elles eurent quitté leur maison, à l'approche des Gueux, le Père Théodore rejoignit ses confrères au couvent de la rue d'Arkel.

• Le Père Nicaise était né en 1522 à Heeze près d'Eindhoven dans le diocèse actuel de Bois-le-Duc. Disposant d'une bourse qu'avait fondée un de ses oncles, ancien secrétaire du Pape Adrien VI, Nicaise put faire ses études à l'Université de Louvain . Il y entra chez les Mineurs de l'Observance. Ses Supérieurs l'envoyèrent plus tard aux couvents de Leyde et de Harlem et enfin à celui de Gorcum. Les dates exactes nous sont inconnues. C'est, paraît-il, vers 1565 qu'il arriva à Gorcum. Estius nous apprend qu'il excellait dans la direction des âmes, et que, d'un désintéressement absolu, il refusait les présents par lesquels ses dirigées voulaient lui montrer leur reconnaissance. Il employait ses loisirs à traduire en hollandais des opuscules de piété (9) Né en 1522, le Père Nicaise de Heeze avait cinquante ans à l'arrivée des Gueux.

Le Père Godefroid de Melveren en avait soixante. Son nom de famille semble avoir été Coart. Il était né en 1512 au village de Melveren près Tongres. Le village de Lummen étant, lui aussi, dans les environs de cette ville, le Père Godefroid se trouvait être le compatriote de. Guillaume de la Marck. Il en était de même (lu Père Guillaume, un Wallon du pays de Liège, mais nous ne connaissons ni son nom de famille, ni son âge, ni le lieu exact de sa naissance. Les historiens de nos martyrs insinuent qu'il n'édifiait pas ses confrères et qu'il les avait déjà contrastés, autrefois, par une sortie du couvent. François .van Rooy, le plus jeune des Pères, était né à Bruxelles. Il avait fait ses études dans cette ville, au collège de Nazareth que dirigeaient les Frères de la Vie Commune. Il venait d'être ordonné prêtre et avait un goût prononcé pour l'étude de la Sainte- Écriture.

Il y avait encore au couvent de Gorcum deux Pères appelés Antoine, l'un né à Hoornaar, à quelques lieues au nord de Gorcum, et l'autre originaire de Weert, dans le diocèse actuel de Ruremonde. Cette petite ville du Limbourg hollandais compte, dans le groupe de nos martyrs, un autre de ses fils, le Père Jérôme, né à Weert en 1522. Autrefois il avait visité la Terre Sainte et fait un séjour au couvent des Franciscains de Jérusalem. De retour dans sa patrie il avait été supérieur à Bergen-op-Zoom et se trouvait maintenant depuis plusieurs années déjà à Gorcum, où il exerçait au couvent la charge de vicaire ou de vice-supérieur. Comme Léonard Vechel, le Père Jérôme avait un grand don de parole, tout fait d'éloquence persuasive et parfois de courageuse hardiesse. Tel le jour où il dénonça publiquement le triste gouvernement du duc d'Albe plus préoccupé, lui semblait-il, de s'approprier l'argent du peuple que de protéger la religion. Au reste c'était un parfait religieux, zélé pour le bien, observateur scrupuleux de la règle. Il était très connu dans la ville, son office le mettant en rapport avec beaucoup de monde. D'un caractère aimable et doux, d'une grande candeur d'âme, son abord était agréable et facile. Estius le connaissait parfaitement, et il laisse entendre que ses relations avec le vicaire de son oncle portaient le cachet d'une véritable intimité.

Tels étaient les religieux du couvent de Gorcum. Il nous reste à faire connaissance avec leur supérieur et à nous incliner devant cette noble figure. Avec celle du curé Léonard elle dominera toute la suite de notre récit.

Nicolas Pieck, le gardien ou supérieur des Franciscains, n'avait pas encore trente-huit ans accomplis. Il était né le 29 août 1534 à Gorcum, de Jean Pieck et de Henriette Calif. Il avait trois frères et deux soeurs dont l'aînée, appelée Marie, était la mère de Guillaume Estius, le futur historien de son oncle et de ses glorieux compagnons. Nicolas fit ses humanités chez les Frères de la Vie Commune à Bois-le- Duc, la patrie de Léonard Vechel. Il y entra chez, les Franciscains et il y fit sa profession. Ses supérieurs l'envoyèrent ensuite à leur couvent de Louvain dont le supérieur était le célèbre Pierre Montanus, ancien Recteur de l'Université. Le couvent était incorporé à l'Université. Nicolas -y fut ordonné prêtre en 1558, et il fut appliqué de suite dans plusieurs villes de Belgique au ministère de la prédication et de la direction des âmes. Estius, alors étudiant à Louvain , avait été chargé par ses parents de s'enquérir des besoins de son oncle. Le religieux remerciait chaque fois son neveu avec effusion, mais il déclinait délicatement toute offre de services. «De quoi peut avoir besoin un fils de saint François, lui disait-il aimablement, quand il a sa nourriture et sa bure? » Ses supérieurs remarquèrent et les succès qu'obtenait son ministère et la prudence dont il ne se départait jamais. Bientôt ils lui confièrent la conduite du couvent de Gorcum, sa ville natale. Le couvent s'était maintenu dans la ferveur. Le nouveau supérieur y trouva pourtant quelques abus. Son désir de les réformer rencontra de l'opposition. Il n'avait pas encore éprouvé comment des riens provoquent des tempêtes là où les grands sacrifices sont à l'ordre du jour. Il est probable aussi que le Père Guillaume était dans la cabale, et qu'à cette occasion il quitta pour un temps le couvent. Grâce à la modération et à la douceur du gardien les choses rentrèrent dans l'ordre. Mais il est à remarquer, dit Estius, qu'aucun de ceux qui contristèrent en cette occasion leur supérieur ne se trouva plus tard parmi les compagnons de son martyre.

Son action réformatrice s'étendait au dehors du couvent. C'est ainsi que, malgré les sympathies dont disposait le coupable, il réussit à éloigner de la ville un aumônier qui abusait gravement de sa situation. Bien que nous devions imiter la réserve de l'historien, nous croyons qu'il s'agit d'un prédécesseur de Jean d'Oosterwyk au monastère des religieuses Augustines. Au reste, Nicolas, jaloux de l'honneur de Dieu et de ses ministres, n'était pas un redresseur de torts ni un censeur morose. Estius nous affirme qu'il y avait entre le clergé de la paroisse et celui du couvent une entente parfaite et des échanges fréquents de bons offices. On se taquinait aimablement quoique sur des sujets graves : « Moine, moine, disait parfois le curé Léonard au supérieur des Franciscains, les Gueux viendront vous pendre. » Ni l'un ni l'autre ne se doutaient probablement de la promptitude avec laquelle allait être réalisée cette parole qui était une prédiction.

Nicolas Pieck avait un extérieur paisible et calme, un visage candide, indice d'une âme pure et sereine. Sa constitution était si frêle qu'une légère piqûre au doigt suffisait pourle faire tomber en défaillance. On fera bien de se rappeler ce détail, quand on verra ce qu'un corps si délicat dut endurer de souffrances pour l'amour de Dieu. En attendant il avait, comme le saint curé Léonard, de grandes peines morales. Deux membres de sa famille, ses propres frères, l'affligeaient beaucoup par leur foi chancelante. C'est en vain qu'il multiplia les démarches pourles ramener; par un secret jugement de Dieu, ses efforts et ses prières demeurèrent sans résultat. Au lieu de ses frères selon la nature, Dieu lui accorda la conversion et la vie d'un autre parent dévoyé, déjà condamné à mort. Ce ne fut pas sans peine qu'il lui sauva la vieè il a dut faire à cette occasion le voyage de Rotterdam et arracher au comte Bossu la grâce du coupable.

Le dimanche dans l'octave de la Fête-Dieu , Nicovoyage de Rotterdam et arracher au comte Bossu lui sauva la vie ; il dut faire à cette occasion las prêcha avec feu sur la présence réelle de Jésus-Christ dans la Sainte Eucharistie , et quelques jours plus tard sur la nécessité de confesser Notre-Seigneur devant les hommes. Les sujets étaient doublement de circonstance : les Gueux étaient déjà dans la ville voisine de Dordrecht . Ce furent là ses deux dernières instructions. Dans quelques jours il allait les sceller de son sang.

Tel était l'état du clergé de Gorcum quand, le 25 juin 1572, les sentinelles signalèrent l'approche de la flotte des Gueux. L'énumération que nous venons de faire ne répond pas exactement à la liste des soldats de Jésus-Christ que nous retrouverons dans la grange de Brielle. Sur le chemin du martyre quelques-uns fausseront compagnie à leurs frères d'armes, mais d'autres viendront prendre desplaces qui ne leur semblaient pas destinées. C'est ainsi que se vérifie toujours la parole effrayante : « L'un sera pris, l'autre abandonné. » Dieu choisit ses élus. C'est Lui-même qui fait ses martyrs

Références
(1). Cf. van Haren, De Geuzen uitgegeven door Bilderdyk La Haye. Immerzeel , 1826, 2e Deel., p. 41 sq.
(2) . Van Groningen. De Watergeuzen. Luchtmans, Leyde, 184o, p. 99.
(3) Pond Heuteri, Opera Itistorica omnia, Burgundica Aus­triaca, Belgica. Lovanii, 1649.
(4) . Le titre seul était en latin : lirthmi flandrici quibus des­cribitur, Gorcomio a Geusiis capto, deditio turris, vulgo cerulece, ac universa series captivitatis, tormentorum, ultirnique supplicia Martyrum Gorcomiensium, auctore Ponto Reuter() oculatoteste. Le professeur Smit l'a édité dans la Revue « De KatItoliek», janvier 1866, p. 41.
(5) Beschrijving van de stad Gouda . Walvis, vol. II, p. 108. Corneille de Schoonhoven qui, au défaut de Léonard, fut nommé à la cure de Gouda, y eut pour successeur dès l'année 1574, un neveu du martyr Nicolas Pieck. II s'appelait Jean Pieck et était le fils de Corneille, le frère ainé de notre martyr.
(6) La division de Gorcum en deux paroisses, ou tout au moins les attributions respectives de deux curés s'il n'y avait qu'une seule paroisse, présente une difficulté sur. laquelle. les historiens n'ont pas encore projeté toute la lumière désirable. A notre avis, Gorcum n'eut jamais deux paroisses distinctes. L'église placée sous le vocable de saint Vincent martyr et fondée en 1378, n'était tout d'abord que la collégiale du chapitre des Chanoines. La paroisse proprement dite, celle qu'érigea le jour de Sainte Lucie, 13 décembre 1421, l 'évêque d'Utrecht, Frédéric de Blankenheym, avait son église au Béguinage. Elle était dédiée à saint Martin de Tours. Dans le cours du seizième siècle, le siège de la paroisse fut transféré de l'église du Béguinage à la collégiale (les Chanoines. Et cette dernière, grâce à la réunion des deux vocables s'appela désormais l'église de
Saint Martin et de Saint Vincent. Quant à l'église du Béguinage, elle ne fut plus qu'une sorte de succursale dont le desservant conservait avec le titre de curé certaines prérogatives d'honneur et de juridiction. En 1572, Léo­nard Vechel était le curé de Saint-Martin et Saint-Vincent et Nicolas Janssen le curé — de nos jours nous dirions le desservant — du Béguinage. Quant à Jean d'Oosterwyk, il s'occupait exclusivement des religieuses Augustines dont le monastère confinait à l'église du Béguinage. Ces conclusions que nous avons arrêtées à la suite d'un examen attentif des traditions locales et de documents assez obscurs et parfois contradictoires, nous ne les don­nons qu'à titre d'hypothèses en attendant qu'elles soient confirmées ou rectifiées par des données historiques plus certaines.
(7) Historia, passionis novorum in Germaniœ Inferioris provincia constantissimorum martyrum Ordinis sancti Francisci ex Observantia, a Florentino Leydano provincin Germanioc Inrerioris ministro. Sicut ab eis accepit qui sanctissimorum Fratrum martyrio adfuerunt et propriis oculis ad tinem usque conspexerurit. Ingolstadii, 1582, petit a,95 PP.
(8) On croit qu'il s'appelait dans le monde Pierre van der S!aghmolen.
(9) Reusens indique un de ces opuscules, édité à Anvers chez Jérôme Verdus et ayant pour titre : De innighe alleensprahe des eerw. broedersGerlacus Peterson, regulier tot Winde­sim. Overgestelt uyt den latyne in duyts door Nicasiunz van Heese, neinrebroeder tot Gorcom ende m.artelaer in den Briel; ende nu neerstelïck ghecorrigeert door Hem. Jan van Gorcom, priester tot Shertogenbossche; 1624, in-ta, 154 pp.

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