Écoutons notre synode :
C'est la communauté tout entière, rassemblée et présidée par son pasteur, normalement accompagné d'un diacre, qui célèbre le mystère pascal de son Seigneur.
Les laïcs, jeunes et adultes, participeront de plus en plus à la préparation et à l'animation des célébrations (en particulier pour le rassemblement du dimanche, les baptêmes, les mariages, les sépultures), afin que tous puissent célébrer leur Seigneur en lien étroit avec leur vie. »
L'Eucharistie (Action de Grâce) que célèbrent et président l'évêque et les prêtres est "le sommet de la foi, l'action principale" que posent les chrétiens.
Pour toute communauté qui célèbre, chaque Eucharistie permet à chacun sa participation (selon les charismes) aux différents actes liturgiques et l'apport de ce qui fait sa vie d'homme. Chaque Eucha ristie permet l'accueil mutuel, signifié de temps en temps d'une manière concrète, dans le respect de la diversité des participants.
Le partage du Pain de Vie, qui unit au sacrifice du Christ, rend chacun solidaire de tous et l'engage à construire avec Dieu un monde plus fraternel.
« Toute communauté qui célèbre offrira une catéchèse sur le mystère de l'Eucharistie aux enfants (initiation), aux jeunes et aux adultes » (Lois synodales n° 83 et 84).
Il faut conclure cette dernière partie.
Plus j'avance dans l'écriture de ces pages, plus j'ai le sentiment d'en dire trop et de n'en dire pas assez. Comment parler justement de nos existences ? Il me faudrait les accents de Paul (1 Tm 1,12-17). Comment décrire les tâches essentielles qui sont le ministère propre des évêques et des prêtres ? Nul ne peut nous les ravir. Elles sont sacrées. Comment révéler aux jeunes hommes le don que Dieu nous a fait pour le service de tous ? Il y a du secret et du silence en nous.
Cette question est sérieuse. Elle concerne directement les vocations et la crise.
Il y a quelques années, nous avons, dans le diocèse, proposé à plusieurs laïcs la charge de présider les sépultures. Plusieurs ont accepté. Et après un temps de préparation, ils président aujourd'hui, avec beaucoup de qualité et de présence, des moments exceptionnels dans une vie familiale qu'est le temps d'un deuil. Le synode a confirmé cette option. Et c'est bien.
Un jour, nous avons organisé une rencontre avec les prêtres d'un secteur pastoral et ces ministres institués pour la présidence de la célébration des funérailles. La réunion fut très riche et de grande qualité. Un séminariste, qui sera ordonné quelques mois plus tard, participait au dialogue. Vers la fin de la r encontre, je lui ai demandé de nous confier ce qu'il pensait de cet effort pastoral neuf. Il ne s'était pas encore exprimé. Il me regarda et simplement me posa cette question : « Père, lorsque je serai prêtre, est-ce que je pourrai encore présider moi-même les sépultures ? Le ministère de la compassion est très important pour moi. » Il ne remettait pas en cause la nécessité de partager les responsabilités dans une Église en pleine mutation. Il savait que sa génération ne pourrait faire face à tout. Il acceptait volontiers que des laïcs prennent leur place. Toute leur place. Mais rien que leur place. Derrière son interpellation, j'ai saisi une crainte : celle de ne pas bien savoir, de son Église même, les fonctions, les tâches, les responsabilités qui sont propres aux ministres ordonnés. C'est pour lui aussi que j'écris ce livre.
Il est vrai que nous disons qu'un prêtre ne peut rien faire sans la communauté. De même que la communauté ne peut pas être Peuple de Dieu rassemblé en Église, sans le prêtre. Cependant, lorsqu'on se retrouve tous ensemble pour le repas familial autour de la table, encore faut-il connaître la place qui revient à chacun et quelle est la responsabilité de chaque membre de la famille.
Si nous voulons que, demain, de jeunes hommes s'engagent à vivre le sacerdoce presbytéral, il importe de mieux spécifier et préciser les responsabilités propres et les actions indispensables qui signifieront authentiquement la mission confiée par le Christ. Elles sont mises par l'Église entre les mains de ces servi teurs de Dieu que nous sommes, nous ministres ordonnés.
Je vais donc conclure ce chapitre en affirmant ceci : pour que l'Église soit signe et sacrement du Salut , il est nécessaire que le prêtre exerce quelques act es qui lui sont, de par la volonté du Christ, réserves'
Nul ne peut les accomplir à sa place. Et ces actes sont sacramentels. Être théologiens, les laïcs le peuvent. Nous avons, dans le diocèse, un homme jeune encore, laïc, à qui j'ai demandé de passer sa licence de théologie ; il se prépare à être un enseignant de la foi au bénéfice de la formation permanente. Être éducateurs et catéchistes, beaucoup peuvent l'être, etc. Mais présider l'Eucharistie et donner le pardon du Seigneur, seuls les évêques et les prêtres peuvent répondre à l'initiative de Dieu et ont la capacité spirituelle de les accomplir validement. Nos mains sont les mains de Dieu... Ici nous sommes situés dans le Saint des Saints.
Le théologien peut nous aider à comprendre qui nous sommes, en ces instants surnaturels. Mais seule l'expérience chrétienne peut nous introduire dans ce mystère extraordinaire. L'évêque en fait l'expérience d'une manière exceptionnelle. Présider l'ordination sacerdotale, c'est toucher les limites et même aller au- delà de notre humanité. Lorsque l'évêque impose les mains et invoque l'Esprit Saint pour que Dieu saisisse pleinement l'homme qui est à genoux devant lui, il rend tangible l'invisible. Et le nouveau prêtre se lève. L'assemblée des croyants, sans aucun doute ni aucune incertitude, le reconnaît pour ce qu'il est devenu en vérité : prêtre de Jésus-Christ. Elle applaudit, et chante le Credo.
A la sortie de la cathédrale, quelqu'un pourra aborder le Jeune prêtre qui vient de concélébrer sa premièremesse, et lui dire : « Pardonnez-moi, mon Père, parce que j' ai péché... » Puis s'entendre répondre : « Je te Pardonne au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit. » Mystère de Foi ! Il est grand le Mystère de la Foi.
Le Concile ne dit pas autre chose :
Dieu a voulu s'associer des hommes comme collaborateurs et humbles serviteurs de l'oeuvre de sanctification. Ainsi, par le ministère de l'évêque, Dieu consacre des prêtres qui participent d'une manière spéciale au Sacerdoce du Christ, et agissent dans les célébrations sacrées comme ministres de Celui qui, par son Esprit, exerce sans cesse pour nous, dans la liturgie, sa fonction sacerdotale. Par le baptême, ils font entrer les hommes dans le Peuple de Dieu ; par le sacrement de pénitence ils réconcilient les pécheurs... ; par l'onction des malades, ils soulagent ceux qui souffrent ; et surtout, par la célébration de la messe, ils offrent sacramentellement le Sacrifice du Christ 2 ... »
Enfin, quels que soient les sacrements célébrés, l'évêque et les prêtres ont la charge d'accueillir le chrétien. Au bout du chemin et en dernier ressort, suivant le cheminement catéchuménal ou après le temps de préparation au mariage..., c'est nous qui disons : « Viens. » Nous répondons pour Dieu (Jn 20,19-23).
Notre synode diocésain a très justement noté la nécessité de la présence et de l'engagement des membres laïcs de la communauté chrétienne dans les préparations aux sacrements. Nombre d'équipes existent qui aident des jeunes à préparer leur mariage ou accompagnent des parents au moment du baptême de leur enfant, etc. Le prêtre ne peut pas être seul dans ces différentes démarches religieuses. Et c'est heureux que des laïcs chrétiens s'engagent, non seulement pour le témoignage, mais au service de la préparation catéchétique et sacramentelle. Cependant , seul, le prêtre peut assumer la décision ultime. Il a cette autorité. Elle lui est donnée. Dieu lui en demandera compte. Dieu qui l'habite.