Jésus ne s'est pas choisi des amis dans ses Prêtres seulement pour avoir, Lui, le plaisir de les traiter comme tels ; Il a prétendu créer à ses Prêtres des devoirs rigoureux d'amitié et Il en a déposé la grâce dans leur coeur.
C'est-à-dire que le Prêtre, par cela même qu'il est l'ami de Jésus, éprouve nécessairement dans son coeur le désir et le besoin d'exprimer son amitié. Comment, en effet, contenir en soi un amour qui ne demande qu'à s'épancher?
L'amitié divine qui brûle dans le coeur du Prêtre le porte infailliblement vers Jésus, Le lui fait avidement rechercher, Le remet constamment devant ses yeux, en remplit son esprit, en vivifie son âme.
Le Prêtre fidèle à sa vocation ne peut se passer de Jésus. L'amour le tient enchaîné à son Bien- Aimé ; il ne veut point s'en séparer et, s'il ne peut rester toujours à ses pieds devant son Tabernacle, il L'emporte avec lui dans l'exercice de son ministère et au milieu de ses diverses occupations.
Le Prêtre-ami dirige à tout instant sa pensée vers Jésus, il y fixe son coeur et se nourrit des entretiens intimes qu'il a avec Lui. C'est une vie à deux où le Prêtre aime et est aimé, où Jésus est amoureusement entouré et tendrement révélé.
Jésus devient pour le Prêtre le centre où tout converge, le foyer d'où tout émane. C'est l'unique Ami pour qui l'on vit, dont on pénètre l'intime du coeur et dont on reçoit les lumières qui éclairent, les ardeurs qui réchauffent et les divines énergies qui conduisent à toutes les victoires.
Que de douceurs et de joies toutes célestes dans ce divin commerce avec Jésus ! Comme il y a là, dans la vie du Prêtre, de quoi faire contrepoids aux peines de tout genre et remplacer surabondamment le sacrifice qu'il a fait de toutes les joies purement terrestres I
Formes et devoirs de l'amitié divine que le Prêtre a contractée avec Jésus
Première méditation
Formes et devoirs de l'amitié divine que le Prêtre a contractée avec Jésus-1
PREMIÈRE MÉDITATION
I. — Nous considérer comme Ies amis de Jésus et traiter avec Lui comme tels
Observer vis-à-vis de Jésus les lois, les règles, les pratiques d'une amitié sincère et véritable. Pour cela :
1. — Penser à Jésus.
Comme l'ami pense à son ami.
Y penser sans effort et tout naturellement. Y penser souvent et longuement.
Y penser avec joie et bonheur'-1-
Y penser partout : en travaillant, en nous délassant, au milieu de nos occupations les plus diverses, dans nos moments de silence et de solitude comme dans l'exercice de notre ministère.-2
Y penser avec foi ; en considérant ce qu'Il est comme Dieu, comme Homme-Dieu, comme Prêtre, comme Roi immortel des siècles. Il y a du bonheur à se rappeler les qualités, les titres, les hauts faits d'un ami-3
Y penser avec affection ; en multipliant les actes d'amour. — Quel ami mérite plus que Lui d'être aimé !-4
Y penser avec reconnaissance ; en nous rappelant ses dons infinis, et particulièrement la grâce qu'Il nous a faite de nous choisir pour ses amis'.
Y penser avec confiance ; car II est un ami puissant qui est prêt à nous secourir dans tous nos besoins.-5
Y penser là où ll est, dans l'Eucharistie ; là où nous L'avons mis nous-mêmes ; là où Il nous aime, où Il pense à nous, où Il nous attend'.-6
Prendre l'habitude de regarder souvent, dans la journée, du côté de l'Autel où nous avons célébré la Sainte Messe le matin, du côté du Tabernacle où réside Jésus, afin de vivre le plus possible dans la pensée et le souvenir de l'Ami divin qui, Lui, ne cesse de penser à nous-7
2. — Chercher la compagnie de Jésus.
Penser à son ami, ce n'est pas suffisant quand on peut jouir de sa présence.
Deux coeurs qui s'aiment se recherchent tout naturellement.
Les amis ne sont vraiment heureux que lors qu'ils sont ensemble ; et ils prolongent le plus possible leurs entretiens d'amitié-7
Jésus est pour le Prêtre un ami qui ne s'en éloigne jamais ; qui, au contraire, vit dans son voisinage, se tient à ses côtés et n'est jamais plus heureux que lorsqu'Il le voit à ses pieds-8
Le Prêtre qui a conscience d'être honoré de cette amitié divine et en apprécie l'insigne faveur, oublie sa misère personnelle, et il accourt auprès de Jésus-9-
11 n'y a pas pour lui de moments plus fortunés que ceux qu'il passe dans cette divine compagnie-10
Il cherche à multiplier et à prolonger ces heures du ciel-11
Et pour cela il sait s'imposer des sacrifices et des privations-12
Il distribue ses occupations de manière à se réserver ses moments de visite et d'adoration du Très Saint Sacrement-13
Il s'ingénie à les rendre plus fréquents et à revenir souvent, ne serait-ce qu'en passant, aux pieds de Jésus, — comme l'ami qui ne passe point à la porte de son ami sans au moins le saluer-14
Il se tient en garde contre les exigences parfois excessives du monde ou les entraînements d'un zèle exagéré, qui lui feraient négliger ou omettre le devoir rigoureux d'amitié qui l'oblige à tenir souvent compagnie à Jésus-15
3. — Converser avec Jésus.
Deux amis qui se rencontrent et qui s'aiment ont toujours tant à se dire, ne serait-ce qu'en se renouvelant mutuellement leurs protestations d'amitié.
C'est ainsi que le Prêtre doit traiter Jésus.
Ne Lui dirait-il que son bonheur d'être â ses pieds ; ne ferait-il que Le bénir et Le remercier de l'avoir fait son ami et de daigner se réjouir de sa compagnie, qu'il trouverait là un thème fécond à de doux et amoureux entretiens-16
Mais que d'autres choses le Prêtre trouve dans son coeur à dire à Jésus, et que Jésus aime à entendre!
Que de choses aussi Jésus veut dire à son Prêtre, et que le Prêtre doit se plaire à écouter et à méditer !
Quand c'est le coeur qui parle, autant que l'esprit, les conversations sont intarissables'-17 Elles ne paraissent jamais longues et n'engendrent point l'ennui-18
Un Prêtre qui ne saurait s'entretenir avec Jésus, lorsqu'il est à ses pieds, ne L'aimerait pas véritablement ; il traiterait Jésus en étranger, non en ami-19
Et si pour parler à Jésus, il lui fallait toujours recourir à un livre, cela ressemblerait à un ami qui emprunterait les sentiments d'un voisin pour les exprimer à son ami-20
Quand on aime, on parle avec son coeur. Il n'y a que ce langage qui convienne à l'amitié.21
En face de l'amour que Jésus porte à son Prêtre, celui-ci pourrait-il rester insensible? Et s'il sent son coeur se refroidir, quelles ne doivent pas être les ardeurs de sa prière et les efforts de sa volonté, pour réserver à Jésus tout son amour et conserver dans ses relations avec Lui le caractère sacré de l'amitié et de l'intimité!-22
DEUXIÈME MÉDITATION
I. — Nous considérer comme les amis de Jésus et traiter avec Lui comme tels (suite)
4. — Faire ses confidences à Jésus.
Une amitié vive et sincère réclame l'intimité. Il n'y a point de secret pour l'ami que l'on aime. La confiance va de pair avec l'amitié.
De même que tout naturellement le cœur recherche la compagnie d'un ami sincère, de même il éprouve le besoin de s'épancher dans un autre cœur qui l'aime et le comprenne-23
C'est ainsi que le Prêtre doit faire vis-à-vis de Jésus.
Il ne peut avoir un ami plus vrai, plus aimants-24, plus condescendant-25-plus capable de le comprendre-26, plus disposé à recevoir ses confidences, et à y répondre par des lumières', des secours et des tendresses.-27
C'est donc à Jésus que le Prêtre doit aller ouvrir son coeur, et non aux créatures-28
Les confidences aux créatures lui feront res sentir peut-être une joie plus sensible ; mais cette joie est humaine, éphémère et plutôt factice.29
En outre, que de dangers comportent de sem blables confidences pour un Prêtre !
Ce serait un outrage à l'amitié qu'il doit à Jésus, que de Lui préférer les créatures.
En pratique, il ne faut pas craindre ni hésiter d'aller à Jésus avec simplicité,-30 et grande ouverture de coeur-31-de Lui parler de tout ce qui nous intéresse ; de le faire sans aucune réserve-32-; de Lui dire des choses qu'on ne dit qu'à un ami très intime ; en un mot, de ne rien garder sur le coeur et de livrer les secrets de son âme à la fidélité de l'amitié'.
A vrai dire, Jésus seul a le droit de pénétrer dans l'intime du coeur du Prêtre. Il est son confident par excellence.
Le Prêtre qui s'habitue à traiter de la sorte avec Jésus, arrive promptement à l'intimité divine et réalise parfaitement dans sa vie son beau titre d'ami de Jésus.
5. — Chercher à pénétrer dans le Coeur de Jésus, pour en connaître les sentiments et les secrets.
Il ne suffit pas à l'amitié d'épancher son coeur dans celui de son ami. — L'amitié qui dévoile ses secrets, aspire aussi à connaître ceux de l'être aimé.
En face de Jésus, le Prêtre ne s'attarde pas tant à dire ce qu'il éprouve, qu'à chercher à savoir quels sont les sentiments de son divin Maître.
Il sait que Jésus l'a fait son ami, pour ne rien lui cacher et pour avoir un coeur fidèle en qui Il puisse librement s'épancher.-34
Il sait que Jésus a aussitôt réalisé pour lui cette loi de l'amitié, puisqu'Il lui a révélé tout ce qu'Il avait appris de son Père.-35
Il sait que Jésus possède un Coeur plus étendu que le monde, un Coeur grand comme Dieu, un Coeur qui contient tous les sentiments d'un Dieu.-36
Il sait qu'au Très Saint Sacrement Jésus brûle des mêmes ardeurs de la glorification de son Père et du salut des âmes que pendant sa vie mortelle.
Et pour mettre sa vie, ses sentiments et ses désirs à l'unisson de ceux de Jésus « son divin Ami », il cherche à pénétrer dans son Coeur et à en connaître tous les secrets.-37Il étudie Jésus à fond, afin de s'inspirer de son esprit, de s'éclairer aux mêmes lumières de vérité, de s'embraser de la même divine charité ; de travailler à l'accomplissement des mêmes desseins ; de dépenser sa vie au service des mêmes fins, par les mêmes moyens et les mêmes immolations.-38
Le Prêtre est d'autant plus l'ami de Jésus, qu'il pénètre plus profondément dans son Coeur.
Quand le Coeur de Jésus et le coeur du Prêtre n'en font plus qu'un, l'amitié divine a atteint sa perfection suprême-39
EXAMEN
Jésus voit en moi tout son Sacerdoce, dont II m'a rendu participant ; c'est pourquoi Il ne me perd pas de vue. — Et moi, ai-je les yeux fixés sur Jésus, en tant que principe, grâce et sainteté de mon Sacerdoce ? Pensé-je volontiers et sou vent à Jésus ? Sa pensée m'est-elle naturelle, comme entre amis, ou bien ne s'arrête-t-elle sur Lui qu'en passant et à de rares intervalles ?
Jésus se plaît dans ma compagnie, Il la désire, II me l'impose. — Fais-je comme Lui ? Mon âme recherche-t-elle Jésus ? Sait-elle s'entretenir avec Lui ? Trouve-t-elle son bonheur dans ces divins colloques de l'amitié ? Ou bien, reste-t-elle froide, silencieuse, insensible en sa présence ? Tire-t-elle de son propre fonds des paroles affectueuses et tendres comme celles qu'exhale naturellement le coeur d'un ami ? Ou ne sont-ce avec Jésus que des rapports de simple raison, ou même de convenance et d'étiquette ?
Jésus m'appelle à Lui et me supplie de ne rien Lui cacher, mais de Lui ouvrir complètement mon coeur. — Ai-je cette simplicité, cette amitié sincère ? Quand il s'agit de faire des confidences, ne me tourné-je pas du côté des créatures plutôt que du côté de Jésus ? Combien de fois n'ai-je pas blessé ainsi l'amitié que je dois à Jésus ? Puis-je être étonné, après cela, de la réserve que Jésus garde à mon égard ?
Jésus a un désir ardent de se faire connaître à moi et de me révéler les secrets les plus intimes de son Coeur. - Ai-je, de mon côté, le même désir de les connaître ? Est-ce que, par amitié et par reconnaissance, je me préoccupe de Jésus, je m'intéresse à tout ce qui Le touche, je m'efforce de faire miennes ses joies et ses peines ? Son Coeur reste-t-il pour moi un asile scellé, ou l'amour m'y fait-il pénétrer ? Ne sais-je parler à Jésus que de moi et non de Lui, que de ce qui me regarde, moi et mon ministère, et presque jamais de ses intérêts, de sa gloire et du salut des âmes ?
Le Coeur de Jésus et le coeur du Prêtre sont faits l'un pour l'autre. Jésus reste fidèle à cette amitié qu'Il a voulue ; à moi de voir en quoi j'y suis infidèle et de donner désormais à Jésus ce que j'ai pu Lui refuser dans le passé.
PRIÈRE
O JÉSUS, qui n'avez mis aucune borne à votre amour pour moi et qui avez daigné me faire votre ami pour mieux me révéler les secrets de votre Coeur et me permettre d'épancher mon coeur dans le vôtre, je Vous bénis et Vous rends mes plus sincères actions de grâces.
Je veux Vous demeurer étroitement uni par la pensée, par le coeur et par la volonté. Je m'habituerai à vivre de votre souvenir et de votre amour. Je ne me laisserai mouvoir que par votre esprit et le zèle de votre gloire.
Mais pour rendre mon union avec Vous plus étroite et plus intime, détachez-moi de tout ce qui n'est pas Vous, faites taire dans mon coeur le bruit du monde et le cri des passions, enlevez tout charme aux choses d'ici-bas et ne me laissez plus goûter que les délices de votre suave et divine amitié. Amen.
Pratique. — M'appliquer à penser plus souvent à Jésus
et saisir toutes les occasions de Lui dire et de Lui prouver mon amour.
Oraison jaculatoire. — O Marie, apprenez-moi à vivre de Jésus et à établir ma demeure dans son amour.