Jésus, en se choisissant un Prêtre, a voulu l'attacher à sa divine Personne. Ne pouvant demeurer parmi les hommes, Il en a fait son mandataire et son représentant auprès d'eux. Mais pour accomplir sa mission, tout autant que pour rendre à Jésus les devoirs sacrés auxquels il est tenu de par son Sacerdoce, le Prêtre est obligé de rester en contact permanent avec son divin Maître.
Il ne peut être Prêtre sans Jésus. Il n'est Prêtre qu'en participant au Sacerdoce de Jésus. Jésus est le Prêtre unique qui agit par le minis tère de son Prêtre. Si Jésus, par sa puissance sacerdotale, n'influait sans cesse dans l'âme de son Ministre, le ministère du Prêtre serait totalement infructueux. Si Jésus Prêtre n'était pas l'unique Prêtre dans son Prêtre, le Prêtre ne serait pas Prêtre.
D'où, le Prêtre ne peut se concevoir sans Jésus. Il ne peut vivre de son Sacerdoce sans vivre de Jésus ; et il ne peut vivre de Jésus sans Lui rester étroitement uni, sans s'éclairer à sa lumière, sans s'embraser à son amour, sans se sanctifier à son contact, sans s'identifier avec Lui.
Cette continuité de relations essentielles avec Jésus constitue l'amitié divine qui unit pour jamais Jésus à son Prêtre.
Le Prêtre n'est donc pas libre de régler lui- même le caractère de ses relations avec Jésus, suivant ses désirs, ses caprices, ses appréciations et ses dispositions. Ces relations ne peuvent être que des relations d'amitié, telles que lui impose son Sacerdoce, telles que Jésus, dans son immense amour, les a établies entre Lui et celui qu'Il a fait « son ami ».
Avec quelle délicatesse le Prêtre ne doit-il pas sauvegarder et développer ces relations d'amitié divine !
Première méditation
Fondements et raisons de l'amitié divine qui existe entre Jésus et le Prêtre
1. — Le choix et l'amour de Jésus
Pour son Prêtre appellent forcément entre eux des relations d'un caractère particulier.
En choisissant son Prêtre, Jésus est allé à lui, s'est abaissé jusqu'à lui, pour l'élever, l'établir parmi les princes de son peuple' 1, se le réserver et le consacrer au service de sa Personne adorable' 2
Ce choix privilégié le rapproche considérablement de Jésus et le fait vivre, pour ainsi dire, dans sa perpétuelle compagnie 3
Mais l'amour qui préside au choix des âmes sacerdotales et qui anime toute la conduite de Jésus à leur égard, donne encore un cachet plus sacré à leurs relations.
On ne peut être traité et aimé de la sorte, sans qu'à cette condescendance divine réponde une assiduité de rapports qui facilite l'échange sentiments mutuels 4-
2. — La communication de son Sacerdoce que Jésus fait à son Prêtre crée entre eux une communauté de pensées, de sentiments, de volontés et de vie. 5-
Jésus se livre trop à son Prêtre pour avoir des réserves quelconques.
Il se donne pour que le Prêtre Le remplace, Le fasse connaître et aimer, dispose de ses grâces et de sa Personne-6
Il tient, dès lors, à se révéler à lui, à lui découvrir les secrets de son Cœur, à lui manifester ses volontés et ses desseins, à lui communiquer sa vie divine, afin qu'il accomplisse plus parfaitement la mission qu'il a reçue-7-
De son côté, le Prêtre sent le besoin de mettre ses pensées, ses sentiments, ses désirs et ses volontés à l'unisson de ceux de Jésus, lesquels doivent être l'unique règle de sa vie-8
Le Prêtre n'a de raison d'être que pour Jésus. Il ne peut plus penser comme pense le monde, ni agir avec des vues terrestres, ni vivre pour lui-mêm-'9
Il est à Jésus, et c'est en Lui seul qu'il doit puiser la vie de son âme'.
3. — L'exercice de son Sacerdoce met le Prêtre en relations continuelles avec Jésus, ses mystères, ses enseignements, ses grâces, ses sacrements, sa vie même qu'il inocule aux âmes.
Le Prêtre n'existe que pour remplir dans la sainte Église le rôle que Jésus y exercerait Lui- même s'Il agissait en personne-10
Il est le gardien et le dispensateur de tout ce qu'est Jésus, de tout ce qu'Il a dit, de tout ce qu'Il a enseigné, de tout ce qu'Il a fait.
Il puise clans ce trésor divin et il en dispense les richesses aux âmes.
Sa mission est d'aller de Jésus aux âmes, et des âmes à Jésus.
Sa vie se déroule autour de Jésus. Il y revient sans cesse par devoir et par besoin.
Les actes de son Sacerdoce sont un enchaîne ment continuel de rapports personnels et intimes avec Jésus'-11
4. — La volonté formelle de Jésus, dans le choix de ses Prêtres, a été de s'en faire des amis.
Jésus le déclare expressément, et cette déclaration est d'autant plus touchante, qu'il y a une condescendance infinie à vouloir que ses Prêtres soient pour Lui des amis-12-
Jésus aurait pu seulement traiter ses Prêtres comme des amis, Lui qui est le Maître et qui est libre de prodiguer ses dons et son amitié divine à qui il Lui plaît ; mais il n'était pas tenu d'exiger d'eux qu'ils Le traitassent de la même manière.
Il veut que l'amitié soit réciproque-13
Il voile en quelque sorte sa majesté, pour ne faire ressortir que son amitié et pour être payé de retour-14
Il leur rappelle toutes les preuves d'amitié qu'Il leur a données, — Lui qui leur a révélé tous les secrets de son Père-15—comme pour les convaincre davantage qu'Il est bien leur ami, de même qu'Il les considère ses amis ; que, dès lors, ils doivent Le traiter toujours comme tel, entretenir avec Lui des relations assidues d'amitié et n'oublier jamais les devoirs sacrés que leur impose leur condition exceptionnelle vis-à-vis de Lui-16
Le Prêtre pourrait-il méconnaître ou mépriser - cette inconcevable condescendance et cette touchante tendresse de Jésus à son égard ?
Et s'il le faisait, comme il serait coupable et malheureux ! — Comme il déflorerait son Sacerdoce, en changeant le caractère des relations que Jésus veut avoir avec lui !
Il tromperait Jésus, s'il n'était pour qu'un ministre et un représentant, sans être un ami-17-'.
DEUXIÈME MÉDITATION
Nature des relations amicales du Prêtre avec Jésus Ce qu'elles ne doivent pas être
1. — Des relations d'étrangers ou d'inconnus.
Avec le caractère d'indifférence, de désintéressement ou de simple politesse, que comportent de pareilles relations.
Jésus et le Prêtre se connaissent. — Ils traitent fréquemment ensemble. — Ils ont les mêmes intérêts. — Ils disposent des mêmes moyens. — Ils poursuivent le même but.
Ils possèdent tout en commun. — Le Prêtre est comme l'associé de Jésus. Jésus fournit les fonds, le Prêtre les fait valoir'-18
Leurs relations ne peuvent donc pas être froides, calculées, réservées, méfiantes même, comme entre étrangers et inconnus
2. — Des relations d'étiquette et de convenance.
Avec tout le formalisme que revêtent les relations officielles.
Il ne s'agit pas ici simplement d'honneur à rendre, de compliments à faire, d'attitude irréprochable à garder. — Ce genre de relations tout de commande n'est qu'extérieur ; le coeur peut en être totalement absent.
Les relations qui existent entre Jésus et le Prêtre sont trop intimes pour avoir ce caractère.
Il ne peut suffire au Prêtre de traiter Jésus avec dignité et respect. Il doit encore le faire avec affection et amour-19
II ne peut davantage se contenter d'aller à Lui comme en réception officielle et de cérémonie. Son ministère, et plus encore son coeur, l'appellent fréquemment à ses pieds ; il y va simplement, avec foi, attachement et confiance.
C'est le disciple qui traite avec le maître, l'enfant avec le père, le frère avec le frère, l'ami avec l'ami-20
3. — Des relations de hasard.
Occasionnées par les événements, les circonstances, les rencontres fortuites, les situations inattendues, les nécessités du moment.
Jésus est nécessaire au Prêtre constamment. Le Prêtre ne peut rien faire, en tant que Prêtre, sans recourir à Lui-21
Le Prêtre est tout aussi nécessaire à Jésus, car Jésus s'est lié à son Prêtre et Il dépend de lui-22
Ils sont l'un et l'autre en contact permanent. — Et lors même qu'il n'y aurait aucune action sacerdotale précise à exercer, ils restent des amis qui se retrouvent à tout instant et se communiquent le plus intime de leurs pensées-23
Ces relations n'ont donc rien du caractère des relations de hasard, où l'on se rencontre sans s'y attendre, et où souvent l'on se quitte sans se revoir.
4. — Des relations de caprice et d'intermittence.
Suivant les dispositions du moment, les fantaisies de l'imagination, les caprices du caractère ou l'humeur du tempérament.
Il serait inconvenant de faire dépendre nos relations avec Jésus de semblables mobiles-24
Ces relations n'auraient rien de digne et d'élevé, et encore moins de surnaturel et de vertueux.
Elles ne correspondraient nullement à l'amitié qui doit unir Jésus et le Prêtre, et elles détruiraient la nécessité de leurs rapports mtituele.
Pour aller à Jésus, le Prêtre n'a pas à consulter ses dispositions et ses sentiments, pas plus que ses goûts et ses humeurs : toutes choses qui sont changeantes et qu'un rien parfois peut influencer.
Il est uni à Jésus par des liens qui L'en rapprochent et le tiennent en communication constante avec Lui-25
II doit dominer toutes les impressions et affermir son âme dans la volonté énergique de garder avec Jésus des rapports permanents, comme avec l'Ami le plus cher-26-
5. — Des relations superficielles et de sentiments passagers.
D'où la réflexion est exclue ; qui s'appuient sur des impressions momentanées plutôt que sur des motifs raisonnés ; qui n'atteignent que la surface de l'âme et n'y produisent aucun effet durable.
Ces relations sont instables, parce qu'elles reposent moins sur des réalités que sur des apparences.
Elles sont de courte durée, comme les sentiments qui les font naître.
Elles ne peuvent établir des rapports de réelle intimité, parce qu'elles ne pénètrent point dans l'âme.
Aussi, le Prêtre ne doit-il, en aucune manière et dans aucun cas, s'en contenter.
Il n'est point fait pour traiter avec Jésus de loin, ou pour en approcher comme à la dérobée-27
Le visiter à la hâte, venir à Lui en passant, Lui parler avec inattention, ne point arrêter son esprit sur Lui, ne point échauffer son coeur à son contact, ne point chercher à Le mieux connaître, ne point fixer son âme en Lui pour en puiser la vérité et la sainteté avec la vie : ce ne serait point se conduire en ami-28
Prenons garde de ne prendre avec Jésus que les dehors de l'amitié ; de ne nous montrer ses amis que pour la forme ; et, pendant ce temps, de négliger l'essentiel, qui consiste à L'aimer de toute son âme et à entretenir avec Lui des rapports intimes et secrets d'amitié divine-29
EXAMEN
Mon Sacerdoce n'étant point indépendant de celui de Jésus, mais n'en étant que le prolongement, je suis inséparable de Jésus, en tant que Prêtre. — L'ai-je bien compris ? Ne l'ai-je pas oublié, par indifférence ? N'y ai-je attaché qu'une attention vague et superficielle ? Au lieu d'y trouver ma consolation et ma force, tout autant que mon honneur et ma dignité.
Ne faisant qu'un avec Jésus par le caractère sacerdotal, je ne dois faire qu'un également avec Lui dans la vie de mon âme. — N'y a-t-il pas des contradictions entre Jésus et moi ? Mes pensées, mes sentiments, mes volontés, sont-ils inspirés par Jésus, empreints de l'esprit de Jésus, vivifiés par Jésus ? Ma vie reflète-t-elle les vertus, les maximes, les enseignements de Jésus mon Maître ? Sinon, je ne suis Prêtre que de nom ; et ce sera pour ma condamnation.
Jésus n'a pas pu m'unir si étroitement à Lui et s'obliger à se servir de moi, par mon Sacerdoce, sans établir entre nous des rapports incessants d'amitié. Il me le déclare formellement : vos dixi amicos. — Suis-je un ami pour Jésus, ou simplement un mandataire, un dispensateur des sacrements, un administrateur ou même un fonctionnaire ? Vais-je à Jésus avec mon coeur ? Est-ce que je cherche à pénétrer dans le sien ?
Ne passé-je pas des jours, des semaines, des mois peut-être, sans connaître les douceurs de cette amitié divine, sans me soucier ou sans trouver le temps de ce « coeur à cœur » divin auquel Jésus convie tous ses Prêtres ?
Jésus est l'unique ami du Prêtre et I1 veut que le Prêtre le paie de retour. Cette amitié mutuelle est inhérente au Sacerdoce et, par conséquent, est de tous les temps et de tous les lieux. — N'y ai-je pas souvent porté atteinte ? N'ai-je pas traité Jésus en étranger ? Ne sont-ce pas les événements ou le caprice, plutôt que le coeur, qui ont réglé mes relations avec Lui ? Est-ce que je sens le besoin de Jésus ? Est-ce mon coeur qui me porte vers Lui ? Et si je ne sais traiter avec Jésus comme avec un ami, n'est-ce point parce que mes rapports avec Lui sont purement de raison et non de coeur ?
Je ne puis être vraiment Prêtre que si je suis pour Jésus un « ami ». — Cette vérité doit être une vérité directive dans ma vie. Toute mon ambition doit tendre à devenir pratiquement et à demeurer constamment l' « ami de Jésus ».
PRIÈRE
O JÉSUS. qui en m'appelant à l'honneur d'être votre Prêtre, avez daigné me constituer votre ami, je m'humilie profondément devant Vous, en considérant ma misère et mon indignité.
Mais touché de votre miséricorde et de votre tendresse divine à mon égard, je veux de toute l'ardeur de mon âme, me rendre à votre appel et correspondre fidèlement à vos desseins d'amour sur mon âme sacerdotale. Vous voulez que je sois votre ami ; je le serai, je Vous le promets. Je trouverai mon bonheur à venir vers Vous ; je Vous ouvrirai mon coeur, et Vous me révélerez le vôtre. Je m'efforcerai de vivre dans votre divine intimité et de confondre mon coeur avec le vôtre.
Oh! gardez-moi fidèle aux devoirs de l'amitié divine dont Vous avez daigné m'honorer. Que je sois pour Vous, partout et toujours, un ami sur lequel Vous puissiez compter. Amen.
Pratique. — Apprécier par-dessus tout mon titre d' « ami de Jésus s, et m'en inspirer dans tous les actes de ma vie.
Oraison jaculatoire. — O Marie, prenez sous votre protection maternelle ce Prêtre devenu l' « ami » de votre Fils.