Prêtres du Monde

+ Sr Denise Christiaenssens

Ermite de la croix o.f.s.

Dans le diocèse de Rimouski.

ermite franciscaine consacrée par voeux
public  par Mgr. Bertrand BLanchet 2007

Maintenant sous obéissance de  Mgr Pierre André Fournier  et ami de ma famille depuis quelques années

-Ma consécration est pour ma famille
-mes prêtres vivants ou décèdés du monde
-toute personne qui fait une demande

J'ai déménagé et Tellus ne donne pas le service, donc j'ai donc changer d'adresse  de @

voici la nouvelle

 

 

ermitedelacroixofs@live.ca

Livre d'or-Un petit mot fait du bien et cela vous permet aussi de lire les commentaires des gens.  Ne laissez pas de message personnel s.v.p.
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DU COMITÉ DIOCÉSAIN
DU MINISTÈRE PRESBYTÉRAL

AS-TU DÉJÀ PENSÉ À
DEVENIR PRÊTRE?


LE GRAND SÉMINAIRE, ÇA TE DIT QUELQUE CHOSE ? OUI REGARDE LE LIEN PLUS BAS
Titre de la série :
Ma vie est une messe
Titre de la page:

Jesus-exivi- in-montem-solus-orar

Nom de l'auteur:
P. Donatien-Terraz A.A.
I-
Jesus-exivi- in-montem-solus-orar

Voici la retraite. Quelles dispositions devons-nous y apporter ? L'Evangile nous l'indiquera. « Jésus, nous dit-il, s'est retiré, seul, sur la montagne pour prier. » Il s'est retiré de quoi ? De sa vie habituelle, il fuit les soucis quotidiens et le contact du monde, il fuit même la compagnie de ses disciples, il s'éloigne de tout ce qui n'est pas Dieu, il s'en va sur la montagne, tout seul. Et pourquoi se retire-t-il ainsi du monde ? Sa vie de chaque jour, chaque seconde de cette vie ne plonge-t-elle pas dans l'union avec Dieu ? Est-il un seul moment, un seul, où puisse s'interrompre le contact entre Jésus et le Père ? Et le monde n'est-il pas pour lui un grand livre dont chaque page porte écrit le nom de Dieu ? De par son union hypostatique, l'âme de Jésus ne peut pas plus se détacher de Dieu qu'élle ne peut se détacher du Verbe. "Nous ne sommes qu'un avec le Père » affirme- t-il. Cette unité, ce contact ineffable, il n'est rien au monde qui soit en mesure de les troubler, qui puisse y causer une fissure ; il n'est rien qui puisse se glisser entre les deux et les distraire l'un de l'autre. Même au cours des actions les plus banales de son existence, quand il prend sa nourriture, quand il dort, Jésus ne cesse pas un seul instant d'être uni par la pensée et par l'amour à Dieu son Père. Et pourtant il éprouve, à certaines heures, comme un besoin de se replonger plus avant dans cette union divine, de se rapprocher davantage à son Père

Pour cela, il quitte les lieux habités, tous les parages où souffle l'esprit du monde, où les hommes étalent leurs convoitises mesquines, qu'ils emplissent du tumulte de leurs passions ; il ne veut personne avec lui, pas même ses apôtres, pas même ses préférés, pas même saint Jean, pas même sa Mère, l'Immaculée ; il s'abstrait de cette ambiance journalière, pourtant toute baignée de divinité, niais où bourdonne encore la créature. Et il va, seul, vers Dieu seul. Si Jésus, Fils de Dieu, Dieu lui-même, éprouve ainsi le besoin de s'isoler, quel besoin ne devrons-nous pas éprouver, nous, créatures de chair, si facilement distraites de la pensée de Dieu ? Créés pour lui et destinés au ciel, nous ne devrions avoir qu'une pensée : aller à Dieu ; qu'un but : parvenir au ciel ; qu'une volonté : rejoindre notre Père. Notre regard devrait être tourné sans cesse vers les splendeurs qui nous sont promises.

Qui de nous peut affirmer qu'il en est ainsi pour lui ? Ames spirituelles mais engluées dans la chair, nous nous laissons absorber par des préoccupations terrestres, par des soins matériels de toute sorte, nous ne considérons plus assez la terre comme un simple passage et un lieu d'exil. Notre façon d'agir témoigne que nous la regardons presque comme notre demeure définitive, nous nous y installons le moins mal que nous pouvons. Sans aller jusqu'à l'oubli complet de notre destinée, que de soucis qui ne sont pas pour Dieu ! Que de préoccupations qui nous font tournoyer autour des créatures ! Religieux, nous nous laissons envahir littéralement par des pensées de la terre. Et il est difficile qu'il en soit autrement. Professeurs, nous allons en classe. Hospitaliers, nous allons à nos malades. Evidemment notre volonté profonde est de faire du bien aux âmes, de leur donner des principes qui leur serviront de viatique au cours de leur voyage ici-bas.

Toutefois notre enseignement est un enseignement professionnel. Nous ne pouvons pas à longueur de journées parler de Dieu et de l'âme, nous sommes tenus de leur apprendre qui les langues, qui les sciences, qui l'histoire ou la géographie. Ce faisant, nous remplissons notre devoir, nous accomplissons la volonté de Dieu. Et plus notre enseignement sera parfait, plus Dieu sera content de nous. Mieux nos malades seront soignés et plus notre Père du ciel nous sourira avec amour. Cela n'empêche pas que notre attention se porte alors sur le créé et non sur le Créateur. Si nous n'y prenons pas garde, tous ces petits détails matériels qui forment notre charge vont finir par nous accaparer et nous distraire du principal qui est de penser à l'éternité. Notre âme va rester accrochée à  des pensées de la terre. D'où pour nous le besoin d'échapper pour un temps à toutes ces occupations habituelles qui sont pour Dieu Mais qui ne sont pas Dieu. D'où la nécessité évidente de nous isoler de tout ce qui nous entoure, comme Jésus, pour reprendre un contact plsu long, plus senti, plus intime avec ce Dieu qui nous a créés, qui nous a appelés à son service et qui sera un jour notre récompense dans la lumière de l'au-delà. Oublions donc, pour un temps, tout ce qui n'est pas Dieu pour ne plus songer qu'à lui et à notre âme. Sortons du cercle habituel de nos pensées pour aller sur la montagne où nous nous entretiendrons avec notre Père. Exivit in montem,.solus. Jésus est allé sur la montagne, il s'est retiré, seul. La solitude aide en effet à se détacher de la créature. Ce n'est pas au milieu des clameurs assourdissantes des cités que Dieu parle à l'âme, c'est dans le silence des déserts. Chaque fois qu'il appelle une âme à une mission spéciale, il la mène d'abord dans la solitude pour lui révéler ce qu'il attend d'elle, il la fait pénétrer plus avant dans sa connaissance et dans son amour.

C'est là qu'il lui fait prendre conscience du rôle qu'il lui impose. C'est dans la solitude du Nébo que Moïse est investi de sa mission de libérer le peuple élu. Jésus se rend seul dans un endroit désert. Il prie et il médite. Il prie son Père et il songe à sa mission de sauveur. Cette mission, il la connaît pourtant dans son ensemble et dans ses détails. Si jamais envoyé s'est assimilé la pensée de celui qui l'envoie jusqu'à la faire intégralement sienne, c'est bien Jésus, qui peut déclarer : « Ma doctrine n'est pas ma doctrine mais celle de mon Père qui m'envoie », et encore : « Mon Père et moi nous ne faisons qu'un. » Jésus est donc le chargé de mission absolument parfait. Eh bien ! Jésus va dans la solitude pour aviver, s'il était possible, la conscience de cette mission. Religieux, nous avens, nous aussi, reçu notre mission. Comme lui, rapprochons-nous par lasolitude. la prière méditation, de Celui qui nous a envoyés. Demandons-lui ses Lumières pour que nous puissons mieux comprendre çe qu'il attend de nous. Nous le savons déjà., mais il est bon d'y revenir et de nous en pénétrer plus profondément. Nous sommes religieux, c'est-à-dire des hommes qui, par état, doivent mener une vie chrétienne plus parfaite que le commun des fidèles.

Or, que dit saint Pierre, écrivant aux premiers chrétiens : « Vous êtes une race élue, un sacerdoce royal. » En nous appelant à la vie chrétienne, Dieu ! nouus distinguait de la foule immense des autres hommes pour faire de nous un sacerdoce royal. Tout chrétien donc, du fait de son Baptême, est prêtre. Certes, il Lui manque le sacrement de l'Ordre pour être prêtre au sens plein du mot. Il ne peut ni distribuer les sacrements, ni parler au nom de Dieu. Mais il est prêtre quand même, dans un sens plus large, c'est saint Pierre qui l'affirme, c'est que par le Baptême nous sommes greffés sur Jésus dans une union mystérieuse. Or, Jésus est le Prêtre du Très-Haut, il est le Pontife idéal sans défaillance et sans souillure. Par notre union à lui, nous participons à son sacerdoce souverain. Nous sommes prêtres. Et quelle est la fonction essentielle du prêtre sinon d'offrir le Saint Sacrifice ? C'est là sa raison d'être, sa mission première. Le religieux, la religieuse offrira un sacrifice et la victime de ce sacrifice, ce sera elle-même. Prêtre et victime à la fois comme Jésus a été le Prêtre et la Victime de son sacrifice. Et c'est bien là ce que veut nous taire entendre saint Pierre lorsqu'il demande aux chrétiens d'offrir à Dieu une oblation de louange hostiam laudis par la pureté de notre vie, par l'offrande incessante de chacune de nos actions. Nous devons concevoir notre vie comme une messe, une messe continue qui va du berceau à la tombe: toujours nous offrir, touiours nous immoler, toujours rechercher le contact. Dieu. Nous devons célébrer la messe de notre vie. Quand elle sera achevée, l'ange de la mort s'écriera : Ite missa est ! nous répondons : Deo gratias ! et nos irons faire notre action de grâces dans l'éternité.

Pendant cette retraite, prenons conscience de notre mission sacerdotale et demandons-nous comment nous célébrons cette messe de notre vie, quelle est la pureté de notre sacrifice. La célébrons-nous avec ferveur, en y mettant toute notre âme et toute notre puissance d'aimer, dans un recueillement tout empli de la pensée de Dieu ? Ou bien la célébrons-nous vaille que vaille, l'esprit occupé ailleurs, à vagabonder sur les routes du monde ? Nous efforçons-nous de nous tenir constamment dans le rayonnement de Jésus-Prêtre et de joindre notre petit sacrifice au sien ?

Pour répondre à ces questions, repassons les différentes parties de cette messe que le prêtre dit à l'autel sous nos yeux, voyons comment elles doivent trouver un écho dans notre vie de chaque jour, comment elles doivent s'y encadrer pour la sanctifier et en faire véritablement une messe.

Voici d'abord le prêtre à la sacristie. Il vient pour célébrer. Regardons-le, il est vêtu d'une soutane. Cette soutane marque sa séparation du monde. Le prêtre peut vivre dans le monde, mais il n'en fait plus partie, il doit en avoir dépouillé l'esprit, les sentiments, les moeurs, les habitudes. C' être un être séparé et la marque la soutane ou'iLporte. Nous aussi nous sommes des êtres séparés du monde, nous l'avons abandonné pour suivre Jésus. Et au jour de notre vêture religieuse, on nous a revêtus d'un habit qui marque que nous n'appartenons plus au monde, mais à Dieu. Hélas ! l'habit ne fait pas le moine. Pouvons-nous dire que nous ne sommes plus du monde, que par tout un côté de nous-mêmes nous ne lui appartenons pas, que nous avons bien dépouillé son esprit ? Cet esprit est si subtil qu'il pénètre dans les clôtures les plus fermées et se glisse dans les cloîtres les mieux abrités, car il trouve dans notre nature pervertie par le péché originel une complice toujours active qui lui ouvre la porte . Nous le portons en nous si intimement attaché à notre âme qu'il ne fait qu'un avec nous. Cet esprit n'est pas autre chose que amour désordonné de nous-mêmes. Nous ne nous en dégagerons complètement qu'en descendant au tombeau.

Dans sa Cité de Dieu, saint Augustin nous montre deux amours contraires construisant sans répit deux cités. L'amour de Dieu poussé jusqu'à l'oubli de soi élève la cité du bien ; l'amour de soi poussé jusqu'à l'oubli de Dieu élève la cité du mal. L'amour de soi, l'égocentrisme, voilà l'esprit du monde. Voilà ce que nous devons dépouiller. Et voilà pourquoi Jésus insiste tant sur l'obligation de se renoncer. « Si quelqu'un, nous dit-il, ne se renonce pas, il ne peut pas être mon disciple. » Nous aurons dépouillé l'esprit du monde quand nous nous serons dépouillés de l'amour mal entendu de nous-mêmes. Ce n'est pas là un simple conseil, c'est une nécessité : « Si quelqu'un aime trop son âme, il la perdra. » Qui dit cela ? Jésus. Le renoncement est une des lois fondamentales de la vie spirituelle.

Où en sommes-nous ?

Renoncer à soi-même, renoncer à l'esprit du monde, se dépouiller de tout amour désordonné de soi ne suffit pas. C'est un aspect purement négatif. Le prêtre ne monte pas en soutane au saint autel pour célébrer sa messe. Il revêt les ornements sacrés pour remplir une fonction sacrée l'aube, symbole d'innocence, est la chasuble symbole de charité. Pour la messe de notre vie, nous devons, nous aussi, revêtir nos ornements sacerdotaux. Quels seront-ils ? Saint Paul nous le dira : « Revêtez-vous de Jésus-Christ. » Cela veut dire avant tout, évidemment, que nous devons être en état de grâce et porter sur nous la robe de lumière reçue au Baptême.

Comment pourrions-nous offrir à Dieu une hostie sans tache avec des mains impures ? Comment pourrions-nous être unis à Jésus-Prêtre avec une âme qui est l'habitacle du démon ? Mais la pensée de saint Paul s'étend bien plus loin. Revêtir Jésus-Christ, c'est nous assimiler son esprit, son âme, son enseignement, ses vertus, ses désirs ; c'est fondre notre personnalité humaine; dans sa personnalité divine ; c'est nous envelopper de sa lumière et faire disparaître notre moi, le vieil homme égoïste et pécheur pour que naisse un nouvel être en nous, marqué à l'empreinte du Christ. Revêtir Jésus-Christ c'est, en un mot, devenir soi-même un autre Christ et pouvoir répéter après saint Paul ces mots que tant de saints ont réalisés dans leur vie : « Ce n'est plus moi qui vis, c'est Jésus qui vit en moi. »

Revêtons donc Jésus-Christ. Pour cela, il n'y a que 2 moyens : la connaissance et l'amour. Le connaître d'abord. Connaître le Fils de l'Immaculée, ce Jésus si grand par sa divinité, mais si proche de nous par son humanité, dont le charme bouleverserait notre âme si nous le connaissions. Et chercher à le comprendre chaque jour davantage. C'est dans la lecture de l'Evangile que nous découvrirons peu à peu la beauté de son divin visage, c'est là que nous recueillerons son enseignement si simple et si lumineux, nous boirons à la source directement. Les livres de spiritualité sont excellents, les écrits de nos fondateurs sont indispensables, ce ne sont pourtant là que des échos et des reflets. Pour connaître Jésus, rien ne vaut la clarté émouvante de ces pages où nous le voyons vivre sous nos yeux, si pur et si tendre à la fois. Non, rien ne peut remplacer la lecture de l'Evangile. Hélas ! nous la négligeons trop. Nous connaissons par coeur des ermules de chimie, nous pouvons réciter de mémoire des strophes entières de poètes préférés, nous aimons à nous replonger dans certains de leurs passages qui nous ont spécialement émus. Aimons-nous à nous plonger avec le même attrait dans les pages de l'Évangile? Et pourtant, notre âme devrait en avoir soif.

Si nous en faisions vraiment notre nourriture quotidienne, nous entrerions chaque jour plus avant dans la connaissance de notre divin Maître, nous nous reposerions dans son intimité, notre âme se rafraîchirait au contact de la sienne elle s'y purifierait, elle monterait toujours plus haut dans la clarté. Et tout notre coeur irait à lui. On ne peut pas le connaître sans l'aimer. Sa personne exerce une telle attirance que de nous-mêmes nous mettrions nos pas dans les siens et que nous chercherions à en reproduire l'infinie beauté dans notre vie. Nous le revêtirions çomme nous le demande saint Paul. Revêtus de Jésus-Christ, nous serions prêts alors à monter à l'autel pour y célébrer cette messe que doit être notre vie.

II-
In-nomine-Patris-Fillii-Spiritus-Sancti

Revêtu des ornements sacerdotaux, le prêtre quitte la sacristie, il se rend à l'autel, fait la génuflexion et commence la messe par le signe de la croix. Que de fois il reprendra ce geste au cours du divin Sacrifice ! C'est que tout, dans les relations entre l'homme et Dieu, doit se faire en union avec Jésus. C'est par lui seul que nous avons accès auprès du Père pour lui présenter notre offrande. Et Jésus est un crucifié. L'Eglise tient à nous le rappeler sans cesse ; c'est par la croix, que Jésus nous a rachetés, c'est par la croix qu'il a offert le sacrifice de sa vie, ce'est  par la croix que nous offrirons le nôtre. Disciples d'un Maître sacrifié, il faut, si nous voulons vraiment le suivre, prendre à notre tour la croix sur nos épaules et marcher à sa suite. Il nous en avertit clairement : « Si quelqu'un veut me suivre, qu'il prenne sa croix ! » Jésus ne met pas de restriction à cette loi générale. Si nous voulons fondre notre vie dans la sienne, en faire comme lui un sacrifice continu, une messe continue, nous devons prendre courageusement la croix sur nos épaules. Et quelle est cette croix que nous porterons chaque jour ?

Il y a d'abord la croix de devoir rester sur terre alors que notre amour pour le Maître voudrait que l'heure de la grande réunion sonne au plus tôt. Enfants exilés loin de leur Père, disciples séparés d'un Maître adoré, âmes épouses de Celui qui est l'Amour et la Pureté, à qui elles se sont consacrées entièrement, nous voudrions rejoindre ce Père infiniment bon et ce Maître aux paroles de vie, ce Jésus qui nous a appelés. Nous voudrions rejoindre Jésus dans les éternelles demeures, le voir enfin face à face, sentir sur nous la douceur de son regard, être assurés que l'union est éternelle désormais et qu'il ne nous sera plus possible de la briser par le péché. Oui, nous voudrions quitter ce monde avec ses turpitudes  et sa misère, ce monde qui ne doit être pour nous qu'une halte, où le danger nous menace à chaque pas, où nous pouvons continuellement glisser dans la souillure ; nous voudrions que prenne fin notre exil et aborder enfin aux rivages de l'éternité où Dieu, les bras ouverts, nous attend. Mai l'heure n'est pas encore venue de nous envoler là-haut, il nous faut demeurer ici sur terre dans les obscurités de la foi à attendre que se soulève le voile qui nous cache Dieu ; il nous faut demeurer au sein de dangers de toute sorte au lieu de nous sentir en sécurité, il nous faut demeurer join tout ce que nous aimons, de ceux à qui nous nous sommes donné totalement, vers qui notre coeur affamé nous pousse : il nous faut porter notre croix d'exilés du ciel jusqu'au jour où Dieu viendra libères notre âme et l'emmener à la maison paternelle pour toujours.

Religieux, religieuse, nous avons entrevu un idéal, nous essayons de reproduire dans notre vie un modèle infiniment beau : Jésus. Lorsqu'une vague puissante de ferveur nous soulève, nous nous mettons à l'ceuvre résolument. Pour mieux ressembler à Celui que malgré nos faiblesses nous aimons, nous travaillons à devenir chaque jour moins imparfaits, nous descendons au jardin de notre âme pour en sarcler les mauvaises herbes. Dans ce travail, nous mettons toute notre bonne volonté et lorsque nous jetons un coup d'oeil sur le passé, nous constatons, non sans dépit, que le résultat de tant d'efforts n'est pas celui que nous escomptions, que les mauvaises herbes ont repoussé de partout, que c'est une entreprise à recommencer sans fin, que nous ressemblons encore si peu au divin Modèle...

Oui, le travail de la perfection est un travail qui ne doit pas connaître de repos, il exige un effort continu si nous voulons avancer ; chaque jour, il faut nous reprendre comme si nous n'avions rien fait encore. Le modèle à reproduire est si beau, si lumineux, si divinement parfait que cela nous semble un rêve irréalisable et que nous sommes tentés de découragement. Comment parvenir à donner à notre âme cette transparence, cette pureté qui est celle de Jésus alors que la chair pèse de tout son poids sur elle et l'enveloppe de nuit ? Et notre orgueil en souffre, notre lâcheté foncière prend peur. Ah ! si du premier coup nous pouvions atteindre les hauteurs immaculées et nous y établir solidement, avec quelle énergie joyeuse nous entreprendrions l'ascension ! Mais la montée est bien lente, nous n'avançons que peu à peu, et encore nous sommes si faibles que la fatigue nous lasse et nous redescendons le peu de chemin parcouru. Et tout est à recommencer. Il faut en prendre notre parti, il nous faut savoir que c'est là le travail de notre sanctification, que nous sommes naturellement faibles et que nous aurons toujours à compter avec notre faiblesse. Néanmoins, puisque Dieu nous appelle, il nous faut essayer de monter en nous appuyant sur toute la croix de notre propre misère et de notre propre faiblesse. Seigneur, s'écrie un grand poète, donnez-moi le courage de contempler mon âme et mon corps sans dégoût.

Oui, nous avons là une croix très lourde à porter : la croix de notre misère foncière devant Dieu, la croix de nos chutes continuelles, la croix d'avoir à lutter toujours contre nous-mêmes pour arracher notre âme à la boue et la maintenir bien haut dans la lumière divine, la croix d'avoir à protéger sans cesse la vie surnaturelle infusée en nous par le Baptême et que tant de lames de fond montant de notre nature corrompue menacent d'étouffer sous leurs flots impurs. Cette croix, portons avec une bonne humeur joyeuse jusqu'à l'heure où Dien lui-même mettra un terme à cette lutte en nous prenant dans son ciel et notre bonne volonté. Croix de la règle aussi et de l'obeissance. Nous nous sommes faits religieux, nous avons revêtu un habit qui nous sépare du monde, nous avons juré au jour de notre profession de nous plier plus parfaitement que les autres chrétiens sous la volonté divine en renonçant à notre propre volonté pour agir désormais dans le cadre d'une règle et de l'obéissance religieuse. Cette promesse, nous avons faite librement, dans un geste d'amour au Christ., Il nous faut maintenant tenir loyalement une promesse aussi solennelle et aussi totale. Et cette promesse nous apparaît beaucoup plus pénible à exécuter que nous ne l'avions peut-être prévu. La ferveur qui nous soutenait dans l'émission des voeux s'est relâchée, notre personnalité s'est accusée davantage, il nous est dur d'obéir toujours, toujours nous effacer, toujours mourir à nous-mêmes.

Depuis que le péché originel a introduit la révolte dans le monde, cette révolte s'est étendue partout mais singulièrement dans notre âme ; nous sommes terriblement attachés à notre indépendance, nous tenons à affirmer notre moi. Si faibles que nous nous sachions, si dépourvus de lumière que nous nous connaissions, il nous est pénible de nous laisser conduire par un autre ; une voix tentatrice s'élève en nous pour nous dire que nous ne sommes plus des enfants. Elle nous pousse à refuser toute sujétion, toute soumission, à imposer notre propre volonté. Nous acceptons avec mauvaise humeur un conseil, avec irritation un ordre qui refoule notre moi orgueilleux et nous blesse dans ce que nous appelons notre dignité. Il faut pourtant nous incliner, nous l'avons promis, il faut nous effacer devant la Reine nous soumettre à nos supérieurs, il faut nous incliner toujours. Du lever au coucher, tout a été prévu, réglé, fiixé même les repas, même le sommeil, même nos rapports avec Dieu, nous ne pouvons qu'obéir. C'est là une croix sur laquelle nous mourons à chaque instant comme Jesus est mort sur la sienne pour obéir à son Pére.

Cette croix, portons-la, ne la traînons pas, portons-la pour tenir notre parole, portons-la comme le célébrant en porte  une sur sa chasuble, portons-la sans déiallance tout au long de nos journées, tout au long de notre Passage sur terre, jusqu'à la mort. Notre vie sera, comme la messe, placée sous le signe de la croix, et c'est par là, que nous consommerons le sacrificede nous-même et que nous ferons de notre vie une vérable messe.

Croix de la règle et croix de la vie commune. Nous sommes les uns pour les autres un sujet de souffrances. Involontairement, parfois aussi volontairement, hélas ! il faut bien le reconnaître, nous nous exerçons mutuellement à la patience. Nous n'avons ni les mêmes goûts, ni les mêmes conceptions, ni les mêmes aptitudes, ni les mêmes caractères. Nous venons de milieux différents, notre éducation première a été différente, nos personnalités sont différentes et ces différences ne vont pas sans provoquer des heurts parfois douloureux. Nous ne nous comprenons pas toujours et nous nous meurtrissons ; il y a des coeurs qui saignent. La communauté d'idéal devrait fondre dans une chaude unité toutes ces divergences. Si nous étions tous morts à nous-mêmes, si vraiment c'était Jésus qui fût au centre de chacune de nos pensées, un accord total régnerait entre nous ; la divine harmonie inclinerait toutes les volontés dans le même élan vers le Christ, la paix régnerait inviolée.

Hélas ! c'est là un idéal, ce n'est pas la réalité. En fait, nous arrivons difficilement à nous élever au-dessus de nous-mêmes et à comprendre les autres. Avec les meilleures intentions, il nous arrive de blesser profondément une âme à qui nous ne voulions que du bien, et ce résultat imprévu nous rend malheureux. Nous ne sommes que de pauvres petites créatures imparfaites, à l'intelligence limitée, au coeur limité. Il y a en chacun de nous tant de forces obscures que nous n'arrivons pas à voir clair en nous-mêmes, comment verrions-nous clair dans les autres pour avoir chaque fois à leur égard la parole qu'il faut, le geste qu'il faut, le tact qu'il faut ? La fatigue, l'énervement, toutes ces misères de notre nature nous poussent à des écarts, à des brusqueries, à des indélicatesses, à des mouvements regrettables. Parfois la jalousie vient encore envenimer les relations, des antipathies se créent, divisant les âmes et les coeurs. Et l'orgueil, l'amour-propre, l'égoïsme, toute cette végétation vénéneuse, vicient une atmosphère qui devrait être de pureté ; il y a des affrontements, des chocs, des rancunes tenaces que la charité parvient difficilement à apaiser., Religieux soumis à une vie commune, c'est là  une croix qu'il nous faut accepter. Acceptons-la elle est éminemment sanctifiante. Le Maître a des indélicatesses bien plus sérieuses à nous pardonner, à chacun de nous,il les supporte sans mordifié, lui, un coeur vraiment grand.

La croix, nous la trouverons aussi dans notre apostolat. Religieux missionnaires, nous sommes appelés à conquérir des âmes, et cette conquête ne peut se faire en dehors de la croix. C'est par la croix que Jésus a racheté le monde et rouvert le ciel ; c'est par la croix qu'il a rendu aux hommes la vie divine ; c'est par la croix que nous aussi nous travaillerons au salut du genre humain. Il ne peut en être autrement. Attendons-nous donc à souffrir.

Les déceptions d'abord. Les illusions de l'enthousiasme tomberont les unes après les autres. Nous sentirons bientôt notre impuissance à faire comprendre certaines vérités qui nous semblent pourtant si claires. Malgré notre dévouement, malgré notre amour, des âmes demeureront closes à la lumière que nous apportons ; elles ne voudront pas abandonner la voie du péché où elles s'enlisent ; d'autres que nous aurons cru guéries, purifiées, en marche vers leur éternité bienheureuse, retomberont lourdement dans la boue pour n'en plus vouloir sortir. Non seulement nous nous dépenserons parfois en vain, mais nos intentions seront suspectées, nos gestes critiqués, nos paroles dénaturées ; on nous prêtera tous les machiavélismes, toutes les hypocrisies ; on nous calomniera, on nous couvrira de boue ; nous aurons l'impression de sacrifier notre amour en pure perte et la lassitude, une lassitude amère fera place à l'enthousiasme du début.

D'autant que l'incompréhension viendra peut-être du côté où nous l'attendions le moins, nous serons mal jugés par ceux-là mêmes qui devraient nous soutenir et qui sont nos frères. « Les fils de ma mère, s'écrie douloureusement l'épouse des cantiques, les fils de ma mère ont lutté contre moi. » Nos initiatives seront passées au crible. Nous nous sentirons seuls, si petits devant l'oeuvre immense, et en butte aux mesquineries de la jalousie. Et nous songerons avec tristesse que pendant ce temps des âmes se perdent, que nous aurions pu peut-être arrêter dans leur course vers l'abîme. Dieu même, à certaines heures, semblera nous abandonner ; la prière ne nous sera d'aucun soutien, nous nous sentirons seuls avec notre lassitude, seuls pour porter notre coeur trop lourd de tous les rêves morts. Plus que jamais nous sentirons la croix creuser notre épaule. Cette croix, ne la subissons pas, embrassons-la avec ferveur, avec passion, dirai-je. Elle est le signe que Die nosu bénit, qu'il veut faire de nous des sacrifiés. Pieusement accueillie, elle illumine toute une existence, elle en fait une vraie messe agréable aux yeux de notre Père, féconde en grâces de salut pour les âmes. Mais pour cela, il faut l'aimer.

Si jamais notre courage venait à fléchir, que nous trouvions trop lourde notre croix, fixons notre regard sur. Jésus Il n'est pas de ces maîtres durs qui imposent aux autres des fardeaux qu'eux-mêmes ne veulent pas toucher, il a donné l'exemple avant de donner le précepte. Jésus a porté sa croix toute sa vie parce que toute sa vie a été un sacrifice continuel, une messe continuelle offerte à son Père.

Ne parlons pas de la croix qu'il a portée dans son enfance et sa jeunesse. Pressé qu'il était d'annoncer au monde te grand message divin, il contint ce désir jusqu'à l'âge de trente ans. Mais quelle souffrance que cette attente ! La réponse qu'il fit à Marie et à Joseph nous en laisse soupçonner la profondeur : « Ne savez-vous pas qu'il faut que je dois être aux choses de mon Père ? » Il avait hâte de rétablir le culte de Dieu dans sa pureté et de sauver les hommes ses frères et pourtant, il attendit. Mais limitons-nous à sa vie apostolique, regardons- le dans l'exercice de sa mission.

Il vient se donner aux hommes par amour, il vient leur annoncer la grande nouvelle de la réconciliation de l'homme avec Dieu, il vient leur rendre la vie surnaturelle et les inonder de lumière. Ses auditeurs auraient dû tomber à genoux, recueillir avec piété chaque parole tombée de ses lèvres divines, baiser avec transport les franges de sa robe. Il n'en est rien. Ils restent sourds à ces accents venus du ciel. Tous ces Juifs ne rêvent que de biens terrestres, de triomphe purement national, de revanche sur les peuples païens devenus les escabeaux de leur orgueil. Un petit nombre seulement se montre perméable à des vérités plus pures. Et encore, dès que Jésus leur révèle les profondeurs de son amour, quand il leur annonce le Pain eucharistique, la plupart se retirent, incrédules, scandalisés, et le Maître les regarde s'éloigner, avec une tristesse infinie. « Vous aussi, demande-t-il douloureusement à ses apôtres, vous aussi, voulez-vous me quitter ? » Et puis, surtout, il y a là les pharisiens, les sadducéens, les docteurs de la Loi , tout un bloc d'ennemis haineux qui dénaturent ses paroles, ses actions, ses miracles, adversaires sournois et retors, implacables et tenaces que sa douceur n'arrive pas à désarmer, qui empêchent les âmes de venir à lui, dont la rage inquiète n'aura de repos que lorsqu'il pendra sanglant, entre ciel et terre. Quelle souffrance pour Jésus qui est tout amour, que de rencontrer toujours sur son chemin cette haine hypocrite et violente !

Du moins rencontre-t-il chez ses apôtres comme un dédommagement à sa peine, un réconfort pour son coeur humain si tendre ? Certes, ils témoignent de la bonne volonté, ils aiment leur Maître, Simon-Pierre a de magnifiques protestations de fidélité dévouée. Mais ils sont si bornés, si terre à terre, si préoccupés de mesquines ambitions, si lents à s'ouvrir aux clartés qu'il leur apporte... Et puis, parmi eux, il y a une âme ignoble, faite de boue et de lâcheté, qui bientôt le trahira pour quelques pièces d'argent. Nous représentons-nous quelle répugnance il devait soulever, ce Judas, dans le coeur infiniment délicat de Jésus ; quelle épreuve était pour sa sensibilité cette présence continuelle de celui qui était assez bas pour trafiquer du sang d'un Dieu ?

Or, Jésus n'a jamais laissé paraître un signe de lassitude. Sa croix, il l'a portée avec un courage sans défaillance et une douceur infinie. A la haine, il ne s'arrête pas S'opposer l'amour ; à la violence, la mansuétude. S'il a des paroles sévères, c'est contre les pharisiens dont l'orgueil est un obstacle à la mission qu'il a reçue et qu'il lui faut accomplir. Mais pour les autres, il est d'une clémence, d'une tendresse qui ne se démentent pas. C'est que mieux que quiconque, il connaît notre faiblesse ; c'est que mieux que quiconque, il aime à pardonner. Layeille de sa Passion, il monte sur une hauteur d'où la vue s'étend sur JéruSalem ; il contemple la Ville Sainte étalée à ses pieds. C'est là que se commettra le plus grand crime que l'humanité ait jamais commis au cours de sa longue histoire. Dans ces ruelles, dans ces maisons, ses ennemis s'agitent, ils trament un complot contre sa personne divine ; leur âme ténébreuse n'est plus que haine. Dans ces murs vit un peuple qui l'a reçu en triomphe mais qui va l'abandonner demain pour réclamer sa mort. Et jésus se met a....pleurer. Il pleure sur ces âmes qu'on égare, il pleure sur ses ennemis qui ne savent pas vers quel abîme ils entraînent leur peuple. Jésus pleure. Comme ces pleurs traduisent bien la souffrancenour méconnu.

Voilà comment il a porté sa croix. Voilà comment il veut que nous portions la nôtre : avec patience, douceur et amour, est ainsi que nous mêlerons notre vie à celle de notre Maître, notre âme à son âme. C'est ainsi que nous glorifierons Dieu, notre Père, et que nous sauverons nos frères humains. Religieux missionnaires, nous travaillerons à la rédemption du monde dans la mesure où nous serons unis à l'unique Rédempteur, à l'unique Sauveur, au Prêtre parfait. Jésus a sauvé le monde par sa souffrance, il a fait de sa vie un sacrifice perpétuel de Bethléem au Golgotha , il a dit sa messe toute sa vie. Nous u ferons de notre vie une messe, nous ne serons des apôtres qu'autant que nous sautons mettre notre âme sous le signe de Ta croix.

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