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Sixième Partie- O Mes Trois
En attend d’aller contempler en votre lumière l’abîme de vos grandeurs..
C’est ; le Docteur Angélique, saint Thomas d’Aquin qui, à genoux devant Jésus-Hostie, lui chante cette strophe immortelle :
Jésus, que je regarde maintenant voilé sous les espèces, je t’en conduire ; q’arrive afin ce dont j’ai soif ; Que ta Face se découvrant un jour à mes yeux. Je puisse, dans la béatitude, contempler. Ta gloire.
En terminant cette Oraison incomparable que la saint carmélite de Dijon murmurait dans le silence du sanctuaire, l’âme chrétienne se repose en une vison très secrète, qu’en l’intime d’elle-même l’Esprit-Saint fait naître et qu’il soutient ; son regard plonge dans la profondeur du ciel qu’elle st devenue ; et, dans ce ciel qu n’est autre que Dieu, il semble qu’elle entrevoie la face du Bien-aimé, qu’elle épousait dans l’Hostie.
Elle se souvent que Jésus disait : Qui me voit, voit mon Père… Comment Philipe, peux-tu dire : Montrez-nous le Père ? Ne crois-tu pas que je suis dans le Père et que le Père est en moi (1) ? Elle croit Jésus sur sa parole, une parole qu est esprit et vie (2)
Elle ouvre les yeux à cette lumière de vie. C’est toujours le voile de la foi, sans doute ; et pourtant, en dirait qu’il y a plus. Des âmes saines, nombreuses, pour qui l’Eucharistie reste le sacrement de toute union mystique avec Dieu et son Christ, répètent qu’elles se sentent à la sainte Communion et comme au seuil la vision béatifique. Si elle les ne contemplent pas encore tout à faite celui qui vit aux siècles des siècles, elles le présentement , enveloppés qu’elles sont déjà des rayons lumineux et chauds de son visage auguste. N’est ce pas comme le prélude la béatitude promise ?
Il l’a dit : Celui qui mange ma chair et boit mon sang a la vie éternelle ; et moi, je le ressusciterai au dernier jour (3). La vie éternelle, c’est cette vision, la vison de Dieu , du Père, du Fils et du Saint-Esprit. C’est dans la face du Verbe, dans la lumière de gloire, qui descend de la lumière du Verbe, qu’un jour nous verrons la lumière. En elle nous verrons le Père, qui engendre ineffablement le Fils de ses complaisances ; nous verrons le Fils engendré, l’image de Dieu invisible (4) ; nous verrons l’amour, procédant comme une flamme de feu du Père et du Fils. Et torrent de la volupté divine nous immergera aux siècles infinis, nous aimerons, nous louerons, nous jouirons. Ce sera, en plénitude, le ciel de Dieu, Dieu lui-même devenu notre ciel, pour toujours.
Mais, dès maintenant, l’attente amoureuse de cette vie éternelle goûtée en cette plénitude, nous assure quelques chose de cette vison bienheureuse. Jésus-Hostie nos donne, dès maintenant, la vie éternelle ; le communiait la possède, dans un degré proportionné à la messe de sa charité ; Habet vitam aeternam..
Mon attente doit consister en une préparation toujours plus fervente à la réception du sacrement de la vie, en une action de grâces toujours plus recueillie à ma sainte Communion, il y a une résurrection, aussi profonde de secrète, qui s’inaugure en ce dedans de l’être chrétien. On dirait une semence de Dieu qui demeure en lui et c’est à cela qu’on reconnaît les enfants de Dieu (5). Plus il ressuscite, plus il s’adapte aussi à la lumière qui lui fera contempler l’abîme des grandeurs divines.
Chaque communion fortifie le germe de vie éternelle qui n’est autre que le Verbe de Dieu vivant ; elle neutralise toujours mieux celui de notre être corruptible, pour le transformer en l’incorruptibilité du germe de lumière (6). Le miracle se poursuit sans relâche et l’on peut dire que, déjà, s’élabore le fruit dernier du sacrement, avec l’Apôtre, l’on conclut que : Semé dans la corruption, il ressuscite incorruptible ; semé dans l’ignominie, il ressuscite glorieux, semé dans la faiblesse il ressuscite plein de force ; semé animal il ressuscite corps spirituel (7) L’Esprit prit vivifiant du second Adam fait sa victoire, lente mais sûre ; le corps mortel revêt insensiblement l’immortalité (8) , et la mort est engloutie dans cette victoire de l’Esprit.
Oui, grâces soient rendues à Dieu qui nous donne la victoire par Notre-Seigneur Jésus-Christ (9), Jésus-Hostie nous conduit à la vison qui doit achever toute sainteté. L’Âme, par sa grâce, espère de plus en plus en Dieu entrevu. L’Esprit-Saint et l’Épouse de Jésus lui crient : Venez ! Venez, Seigneur Jésus. Et Jésus répond à qui l’entend : Venez ! Qui a soif, qu’il vienne. (10) Qui le désire qu’il prenne de l’eau de la vie, gratuitement ! Oui, je viens bientôt !
Venez, venez, Seigneur Jésus ! Après les ombres de cette vallée où rien ne demeure, venez m’arracher à la vanité de tout ce qui passe ; emportez-moi, ravisses-moi ! Et puis, découvrez-moi l’abîme éternel des grandeurs de votre Père, dans la lumière indéfectible du Verbe que vous êtes, ans l’amour indestructible de l’Esprit Saint.
Et c’est ainsi que, faisant la conquête, enfin, de ce que l’eucharistie nous offrait comme un gage, je veux dire la gloire future promise à ma foi, je me perdrai par vous, avec vous et en vous, dans l’unité du Dieu, Trinité que j’adore. Ainsi soit-il.
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