VIII DE L'ÉPITRE A L'ÉVANGILE
INTERMÈDE ET PRÉPARATION
De l'Épître à l'Évangile, voici un groupe de prières et de chants qui paraissent d'abord hétéroclites, mais dont l'ensemble est riche de signification. La lecture s'est achevée par le Deo Gratias, la vénérable formule de gratitude qu'on trouve si souvent dans les lettres de saint Paul : rendons grâces à Dieu parce qu'il a voulu que ces mots-là fussent dits.
En Israël, les lectures étaient interrompues par des psaumes, afin sans doute d'éviter toute monotonie et d'exiger du peuple qu'il fût vraiment participant. Les chants d'intermède, dans notre Messe, en gardent le souvenir. L'usage en est très ancien dans l'Église : au Ille siècle Tertullien en témoigne déjà. Ces chants sont trois : le Graduel, dont un chantre, monté sur le gradus, le degré de l'ambon, lançait un verset auquel répondaient les fidèles, et dont le texte fait ordinairement un discret écho à la lecture précédente ; rAllehtia, le chant immémorial de l'allégresse juive, qui appelle la venue du Seigneur et ainsi introduit à l'Évangile ; et le Trait qui, dans les temps liturgiques de pénitence et de tristesse, remplace l'alleluia, chanté en solo d'un seul « trait », sur une musique noble et grave, d'une résonance tout antique. A cet ensemble, le moyen âge, pour meubler de paroles les vocalises qui prolongeaient l'Alleluia en immenses variations de joie, ajouta en diverses occasions la Séquence , commentaire poétique de la Messe entière. Admirables morceaux, joyaux de la ferveur chrétienne : le Victimae paschali de Pâques, le Lauda Sion de la fête du Très Saint-Sacrement, le Veni Sancte Spiritus de la Pentecôte , le Dies Irae des Messes de Requiem, et le bouleversant Stabat Mater que Jacopone de Todi écrivit pour louer Notre-Dame des Douleurs, sont sans doute des ajouts à la liturgie primitive, mais quelles splendeurs !
Et tandis que le livre est porté à la place exclusive, à la gauche de l'autel, du côté du coeur, où sera prononcée la Parole du Christ, le prêtre, qui va lui prêter sa voix, se prépare à ce moment auguste en suppliant Dieu de rendre ses lèvres pures et saintes comme celles du Prophète Isaïe lorsque l'Ange les toucha avec le charbon ardent.
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MUNDA Cor. — Ce ne sont pas seulement ces lèvres que le charbon ardent devrait purifier, lèvres infidèles, promptes aux mots de vanité et de colère, mais ces oreilles aussi, toujours prêtes à entendre les bruits du inonde plutôt que la Parole , et le Mensonge mieux que la Vérité , etc e ces yeux qui ne savent plus s'ouvrir à la lumière parce qu'ils se sont faits les complices de la nuit; c'est tout mon être qui attend la brûlure de l'ange, mon âme, ma conscience, mon imagination et ce coeur de péché qui aura tout trahi.
Munda. cor! -- Que tout l'impur en moi brûle donc, tout ce que j'y sais boueux, opaque, intolérable, afin que la Parole me pénètre dans une attention sans défaillance, un amour sans reprise, dans l'émerveillement même de la Révélation. |
1X PAROLE DE DIEU ÉVANGILE
Le point culminant de l'Avant-Messe est maintenant atteint. Jusqu'ici nous avons reçu le message divin par des hommes : Dieu va se faire entendre! Par l'exemple de sa vie, par sa parole, le Christ va nous enseigner.
Aussi cette lecture de l'Évangile a-t-elle été tenue pour indispensable dès les temps les plus reculés de la primitive Église: aux jours des Catacombes elle était déjà une pièce essentielle de la cérémonie liturgique. Suprême préparation à ce Sacrifice, elle marque que le Christ qui va mourir pour le salut de chaque homme est le même que celui qui, à chacun, apprend à croire et à vivre.
C'est pourquoi ce moment de la Messe s'entoure d'une particulière solennité. Le livre des Évangiles n'est-il pas aussi un symbole du Maître, ce livre dont saint Jean Chrysostome dit qu'il ne l'ouvrait jamais sans tremblement? Aux Messes chantées l'encensement, les flambeaux, aux Messes basses encore les beaux gestes du prêtre posant la main sur le livre, le baisant, le signant, témoignent de cette vénération.
Cette lecture, les fidèles vont l'écouter debout, après avoir marqué de la croix leur front, leurs lèvres, leur poitrine, pour affirmer qu'ils ne rougissent pas de la vérité, qu'ils sont prêts à la proclamer, qu'ils la portent dans leur coeur.
Depuis qu'au Vie siècle l'usage prévalut de choisir d'avance le morceau pris dans l'un des quatre évangiles pour être lu, c'est l'idée essentielle de la Messe que veut dégager cette lecture ; les autres textes sont, par rapport à celui-là, dans une dépendance plus ou moins étroite, comme des commentaires par rapport à une affirmation, ou des promesses par rapport à leur accomplissement.
Instant capital donc. C'est la voix même du Dieu fait homme que nous allons entendre. Et quand cette lecture est achevée, quand la voix fidèle a acclamé le Christ pour cet enseignement. le sermon qui suit ne veut, en principe, qu'en être le développement, texplication, le commentaire, afin que la Parole du Maître illumine les esprits et pénètre les coeurs.
L E Christ te parle : écoute! Voici, la Nouvelle de Sa vie et de son message, qui ne font qu'un. Il aura été cet enfant conçu par l'Esprit-Saint dans le sein d'une Vierge, ce nouveau-né de la grotte, promis à l'humilité et l'abandon, ce fils de travailleur, ce travailleur lui-même tenu le marteau et la varlope, Celui qui a parlé sur les collines de Galilée et lac de Tibériade, Celui qui a guéri l'esclave du Centurion, calmé ressuscité Lazare, Celui qui se montra l'homme parfait, l'unique insurpassable : tout cela, écoute-le!
Il aura enseigné aux hommes à s'aimer les uns les autres, à pardonner à leurs ennemis et à les traiter comme des frères, àêtre pur comme il était pur, et humble de cœur comme il était, il leur aura appris à vivre en la Présence du Père comme lui- même il vécut, il aura témoigné sans cesse de l'amour, de la vérité, de la justice, des causes qui valent plus que la vie : écoute-le, écoute-le!
Et lorsqu'il aura été accablé par la haine, trahi, livré, abandonné à l'opprobre, lorsque sa chair humaine aura souffert plus que tu ne pourras souffrir, qu'il sera mort comme tu mourras, mais plus affreusement, dans l'horreur et l'infamie du supplice, alors, par son exemple, il aura révélé que la Mort peut être engloutie dans la Victoire et que, racheté par lui, c'est à la vie que tu es promis : écoute-le, mon cœur, écoute-le ! dont la main a sur les eaux du les flots furieux, modèle, l'image |

Le Christ te parle : écoute! Voici, la Nouvelle de Sa vie et de son message, qui ne font qu'un.
Il aura été cet enfant conçu par l'Esprit-Saint dans le sein d'une Vierge, ce nouveau-né de la grotte, promis à l'humilité et l'abandon, ce fils de travailleur, ce travailleur lui-même tenu le marteau et la varlope, Celui qui a parlé sur les collines de Galilée et lac de Tibériade, Celui qui a guéri l'esclave du Centurion, calmé ressuscité Lazare, Celui qui se montra l'homme parfait, l'unique insurpassable : tout cela, écoute-le! Il aura enseigné aux hommes à s'aimer les uns les autres, à pardonner à leurs ennemis et à les traiter comme des frères, àêtre pur comme il était pur, et humble de cœur comme il était, il leur aura appris à vivre en la Présence du Père comme lui- même il vécut, il aura témoigné sans cesse de l'amour, de la vérité, de la justice, des causes qui valent plus que la vie : écoute-le, écoute-le!
Et lorsqu'il aura été accablé par la haine, trahi, livré, abandonné à l'opprobre,lorsque sa chair humaine aura souffert plus que tu ne pourras souffrir, qu'il sera mort comme tu mourras, mais plus affreusement, dans l'horreur et l'infamie du supplice,alors, par son exemple, il aura révélé que la Mort peut être engloutie dans la Victoire et que, racheté par lui, c'est à la vie que tu es promis : écoute-le, mon cœur, écoute-le !
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X RÈGLE DE NOTRE FOI-CREDO
Ce qu'on vient de m'enseigner, j'y crois de toute mon âme! Tel est le sens du Credo.
Dès les origines du christianisme, un acte de foi était exigé pour recevoir le baptême. Il était très simple sans aucun doute, semblable à celui que reçut, de l'officier éthiopien, le diacre Philippe : « Je crois que .Jésus-Christ est le fils de Dieu. » (Actes des Apôtres, ut, 37.) Mais la foi chrétienne se heurta bientôt à des erreurs ; il lui fallut se préciser, se définir. Ainsi naquirent les Symboles, résumés, signes concrets de la croyance, « règles de notre foi », comme on disait en Afrique au lite siècle.
L'antique Symbole des Apôtres, si simple et pur (celui de nos prières privées) ne suffit point quand les grandes hérésies du I Ve siècle mirent en cause la nature du Christ et les trois personnes divines ; aussi, en deux Conciles, Nicée, 325, Constantinople, 381, fut établi le texte d'un plus complet symbole, celui de nos Messes dominicales.
C'est à Antioche, puis à Constantinople que l'usage s'établit de l'insérer dans la Messe ; de là il gagna l'Espagne, la France et l'Allemagne, Rome enfin oh il fut admis peu après l'an Mille.
De nos jours, le Credo est réservé aux Messes du dimanche, Messes des vastes assemblées, et à celles des fêtes qui, dans leurs intentions, évoquent directement un des versets. Tandis que le prêtre le prononce avec une ferveur intime et profonde, le peuple fidèle le proclame debout, tout haut, d'une voix unie. « Faites retentir le Credo, ordonnait en 589 un concile de Tolède, afin que, par ce chant, la foi véritable s'affirme avec éclat et que l'âme du peuple catholique, recevant sa croyance, se prépare à recevoir la communion du corps et du sang du Christ. »
Le Verbe a parlé aux hommes dans l'Évangile : maintenant incarné, Il va s'immoler à l'autel. De l'une à l'autre partie de la Messe , le Credo sert donc merveilleusement de lien.
Que le chant de mon baptême se renouvelle chaque fois que je récite le Credo, dans la ferme conscience de mes certitudes et l'adhésion profonde de mon cœur !
Que le pourquoi et le comment de ma foi se proclament debout, publiquement, dans l'unanime élan, comme il en fut jadis et peut encore en être aux temps des grands risques acceptés!
Que mon appartenance aussi totalement s'affirme à l'Église Mère, gardienne de mes fidélités, car ces mots qu'elle m'apprend, elle les reçoit elle-même dans l'infaillible lumière de l'Esprit-Saint! |
XI OFFERTOIRE-PRIÈRES DE L'OFFERTOIRE
L'Avant-Messe vient de se clore, dite encore « Messe des Catéchumènes » car les simples postulants à la foi y assistaient. L'Acte de foi achevé, on les invitait tous à sortir, eux, les non-baptisés, et aussi les pécheurs astreints à une pénitence publique : au mystère qui s'ouvre seules devaient assister les âmes dignes. Et, demeurés entre eux, les fidèles, dans une suite d'oraisons, énuméraient les intentions collectives de l'Église au seuil de ce sanctuaire : le Domitius vobisetun et rOremus en sont les très brefs et allusifs souvenirs.
Le premier acte du mystère va être l'Offertoire. De nos jours, un groupe de prières le marque : l'une, mobile, adaptée à chaque jour, à chaque fête ; cinq autres, fixes, qui présentent à Dieu les offrandes et les offrants. Comme elle devait être plus significative, la cérémonie de l'Offertoire, aux temps anciens de l'Église! En procession, les fidèles venaient déposer eux-mêmes leurs offrandes, marquant ainsi fortement leur participation. Que donnaient-ils? Du pain, du vin, d'autres nourritures, et aussi maintes autres choses, de l'or et de l'argent, jusqu' à des fleurs et des oiseaux ! Sur la table spéciale, les diacres faisaient le tri : d'un côté les espèces retenues pour le Sacrifice, de l'autre tout le reste qui serait distribué aux pauvres. Un chant à répons accompagnait ce défilé : ainsi de la Messe entière, l'Offertoire était-il un des moments les plus frappants.
Au début du moyen âge cette coutume peu à peu disparut, sans doute par peur qu'elle tournât au désordre. De nos jours, on cherche à la ressusciter symboliquement par la très belle pratique d'inviter les fidèles à placer eux-mêmes dans le ciboire l'hostie de leur communion. Des traces pourtant subsistent de l'Offertoire des premiers temps : la quête qui correspond à son élément charitable : le pain bénit, donné tour à tour par une famille, qui en évoque l'aspect communautaire : et même la petite somme versée au prêtre quand on lui demande spécialement une Messe et qui, en un sens, associe un don à une « intention ». Mais dans cette action devenue prière, l'essentiel demeure, la parole que le prêtre va prononcer pour nous. Quand, tenant à deux mains la patène où il a posé l'hostie, il la soulève dans un geste auguste, ce sont vraiment nos dons à tous, qu'il remet et présente au Seigneur.
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Ce pain et ce vin que votre prêtre Vous présente, Seigneur, je veux que ce soit vraiment- mon pain, vraiment mon vin. C'est moi qui Vous les offre comme si je pouvais les porter moi-même, ainsi que jadis, sur la table près de votre autel.
A votre Messe, à votre sacrifice, je veux me sentir véritablement présent, par la foi et le don du coeur, par l'attention et l'acceptation de vos mystères. Je veux participer à cette offrande unanime que votre Église universelle, de siècle en siècle, tend chaque jour vers Vous.
Je veux être un en tous, membre d'un corps unique, brebis d'un seul troupeau, afin que mon salut ne soit pas séparé du salut des autres. Et c'est à Vous maintenant que je m'en remets, Seigneur, à Vous seul, pour qu'il en soit ainsi et que mon offrande soit agréée.
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 XII PRÉPARATION DU PAIN ET DU VIN
PAR LE PAIN ET PAR LE VIN
Avec l'Offertoire commence cette sanctification de la matière dont la Consécration sera l'accomplissement. Deux espèces sont désignées pour être ainsi présentées à Dieu : le pain et le vin. Celles que Jésus lui-même choisit à la dernière Cène pour être les signes sensibles de son oblation. Il est beau que ce soient d'humbles et simples produits de la Terre qui aient ainsi charge de donner à l'homme un Sauveur : le pain, la forte nourriture qui peut suffire à la vie et jamais ne lasse ; le vin, boisson qui fait plus qu'apaiser la soif: Car c'est pour le réconfort et la joie que Noé le reçut après les grandes douleurs du Déluge.
Le pain de la Messe était originellement du pain de chaque jour, pris seulement parmi le meilleur et façonné en galettes rondes afin qu'elles fussent faciles à rompre, marquées de la Croix ; c'est à partir du iXe siècle qu'on adopta le pain azyme, en souvenir de celui, non fermenté selon la Loi de Morse, que Jésus mangea pour sa suprême Pâque. Le vin de la Messe est tout simplement le jus du « fruit de la vigne » que buvait le Maître de son vivant sur terre ; il n'est blanc que selon une coutume datant du XIVe siècle, pour des raisons évidentes de propreté qui ne sont pas sans nuire un peu au symbole frappant du sang.
Car, en définitive, ce pain et ce vin, dès l'instant qu'ils sont présentés à Dieu, c'est en tant que symboles de la chair et du sang qu'ils s'imposent à l'esprit : l'Offertoire anticipe sur la Consécration. Un geste liturgique le manifeste encore davantage : au vin versé dans le calice, le prêtre ajoute un peu d'eau. Ainsi que, dans le Christ, Verbe éternel et Sainte Humanité sont inséparables, ainsi que le Maître est uni à son Église, les deux liquides se mêlent. Au moyen âge, on a souvent pensé que cette eau représentait aussi celle qui sortit de la poitrine ouverte de Jésus crucifié et la liturgie grecque, dans un rite pathétique, fait ici transpercer l'hostie d'un coup de lancette.
Nous Vous offrons, Seigneur, ce calice de Salut », dit le prêtre. Mystiquement, le pain va devenir chair, le vin va devenir sang : le Mystère est comme né.
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Si tu n'as rien d'autre' à offrir au Seigneur, présente-lui seulement tes travaux et tes peines, à beaucoup d'hommes il a coûté beaucoup d'efforts ce morceau de pain qui repose là sur la patène. Si ta main est vide et ta bouche douloureusement sèche, offre ton coeur blessé, tout ce que tu as souffert, pour que le vin fût versé dans le calice n'a-t-il pas fallu que la grappe fût broyée et le grain ouvert?
Si tu n'as rien en toi que le péché et l'amertume, la détresse de vivre et toute l'angoisse humaine, que tes mains tendent au ciel ces pitoyables choses car la Misé ricorde les a reçues par avance à sa Cène.
Et si tu n'as même plus la force de présenter et d'implorer, si tout en toi n'est qu'absence et abandon, en silence accepte seulement qu'un Autre se charge de toi pour toi et t'assume, pour que l'Offrande et l'Offrant soient un seul don.
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XIII LES MAINS PURES-LAVEMENT DES MAINS
Aux Messes solennelles, après l'Offertoire, comme il l'avait fait au début de la Messe des Catéchumènes, le prêtre encense l'autel : « sacrifice des parfums », cher à la liturgie d'Israël, et dont le sens est riche. La fumée de l'encens monte vers Dieu comme une prière. « Un ange se tenait à côté de l'autel, dit l'Apocalypse, l'encensoir d'or en mains, afin que les prières de tous les Saints lassent offertes à Dieu. » (vIII, 3, 4.)
Ensuite, à toutes les Messes, se place ici un geste liturgique dont le caractère originellement pratique ne fruit nul doute : le lavement des mains ; ayant touché les offrandes et l'encensoir, le prêtre se purifie les mains avant de saisir le pain qui sera chair du Christ. (Ce lavement des mains se fait du côté de l'Epître oit se trouvait jadis, creusé dans la pierre de l'église, un bassin.) Ce rite ne continue-t-il pas directement celui des lustrations et purifications juives? ne prolonge-t-il pas celui que, jadis les fidèles accomplissaient à la fontaine de l'entrée de l'église et dont notre bénitier garde le souvenir? Mais ici encore le sens symbolique se dégage tout naturellement. De même qu'il en est au baptême, l'eau, qui lave le corps, correspond au désir de purification de l'âme. Le premier verset du psaume XXV que le prêtre dit alors, le souligne : « Lavabo... » laverai mes mains avec ceux qui vivent dans l'innocence, Seigneur, puis je consacrerai mes soins à votre Autel.
L y a en moi une souillure si pénétrante que toute l'eau du monde ne pourrait la laver. Elle tient à moi par mes plus profondes fibres, elle fait partie de l'homme que je suis.
Chacune de mes pensées, chacun de mes actes, douloureusement me la rendent présente cette boue gluante qui me recouvre et me dégoûte, et qui sans cesse semble remonter de moi. Y a-t-il donc sur notre terre une eau, une eau qui ne soit pas seulement celle de la terre, une eau pure, une eau chaste, ah chaste et pure surnaturellement ! qui ait l'efficacité merveilleuse de décaper mon être de cette crasse indélébile et de laver en moi ces abîmes d'opprobre où s'accumulent mes secrètes complicités? |

Votre Grâce, Seigneur... — Alors, qu'elle ruisselle sur mon front, mes épaules, mon être tout entier, qu'une lustration permanente renouvelle l'eau qui, par le baptême, me donnait à Vous dans l'innocence du coeur, qu'elle pénètre jusqu'en ces zones obscures, inavouables, où j'ose à peine me considérer, et qu'elle me rende tout à la pureté intacte, à la joie de l'enfance retrouvée.
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XIV AUX TROIS PERSONNES
-PRIÈRE A LA T. S. TRINITÉ
Revenu au milieu de l'autel, incliné, le prêtre médite. Dans un instant va commencer, par lui, le sacrifice : il se recueille pour en approfondir le sens. La prière qu'il récite alors, prière presque privée, prière de dévotion, n'existait pas dans la liturgie romaine primitive, mais est extrêmement ancienne puisqu'on la rattache d'ordinaire à saint Ambroise, le grand évêque de Milan au ive siècle. Ce n'est pas avant le Xlle siècle qu'elle prit officiellement place dans la Messe : le rit des Chartreux ne la contient pas encore.
Suspice, Sancta Trinitas, hanc oblationem... Recevez, Trinité Sainte, cette oblation... Il est à remarquer que presque toutes les oraisons de la Messe s'adressent au Père ou au Fils, au Père par le Fils ; ici la Trinité Sainte est désignée par son nom. Preuve de l'importance de cette prière : elle est une prise de conscience profonde du sacrifice qui va s'accomplir, suprême acte religieux, voué à Dieu dans la plénitude de Sa Trinité. Ses mots d'ailleurs sont significatifs : ils évoquent d'abord le Christ dans quelques-uns des temps essentiels de sa vie, Passion, Résurrection, Ascension (l'ancien rit lyonnais, plus logique, disait d'abord : Incarnation et Nativité) ; puis ils désignent les mémoires exemplaires qui se font médiatrices de l'homme auprès de la Trinité redoutable. Les deux raisons déterminantes de notre espérance du Salut, les voilà ici, récapitulées.
TIRE sauvé, je ne sais pas exactement ce que cela veut dire, Seigneur. — Le Salut, qu'est-ce, sinon la connaissance de votre Mystère et ce n'est pas à nos yeux de chair qu'elle appartient. — Mais ce que je sais, par toute mon expérience déchirante, c'est que par moi seul je ne puis me sauver.
Devant Vous, dont il est écrit que nul, sans mourir, ne peut considérer la Face, Dieu un en Trois Personnes, je m'éprouve et me confesse néant : créature mortelle et misérable devant l'Éternité et la Puissance du Créateur, corps de péché, âme pleine de souillure devant l'exemple parfait, le définitif modèle, conscience obscure, intelligence si faible devant la Lumière absolue et le Souffle qui anime et connaît tout.
Mais Dieu a pris une chair semblable à la mienne; il a vécu, il a souffert, il est mort tout comme moi. Tout comme moi, non : il est ressuscité ! C'est parce que cela fut, et que je le sais d'une certitude irrécusable que l'espoir du salut n'a pas quitté mon âme. Par le Fils, Dieu fait homme, un jour je connaîtrai le Père, dans l'éblouissement ultime de l'Esprit.
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Et comme des témoins, j'évoque ici ceux et celles qui ont franchi les Portes et mérité Dieu. C'est parce qu'il y eut sur terre une femme nommée Marie, c'est parce qu'il exista des hommes nommés Jean le Baptiste, et Pierre et Paul, et tant de saints, que mon espoir s'appuie sur une expérience. Auprès de l'insoutenable Présence, ils sont tous mes intercesseurs et mes gages. Puisque ceux-là ont connu votre Grâce, Seigneur, pourquoi pas moi?
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