LE MATIN ET LE SOIR - I |
Pour beaucoup de personnes, vivre avec Dieu consiste à « faire sa prière » du matin et du soir et à aller à la messe le dimanche. C'est mieux que rien et pourtant un peu maigre.
Voilà pourquoi nous n'avons pas commencé notre entretien spirituel par ces manifestations tangibles. Nous avons parlé d'abord du fait que Dieu est là, que nous devons y répondre par notre vie, le rencontrer et tenir compte de sa réalité. Nous avons considéré ensuite que nos expériences peuvent nous permettre de le rencontrer et qu'il est bon de s'entretenir avec lui à leur propos. Celui qui agit ainsi vit avec Dieu.
Le matin et le soir constituent le rythme régulier de notre vie. Il est donc compréhensible qu'à ces moments-là, nous nous entretenions régulièrement avec Dieu. Dans notre vie avec lui, les prières du matin et du soir constituent deux points fixes. Même si nous n'aimons pas les longues prières, nous devons assurer, entretenir et préparer avec grand soin ces deux moments-là. Comment le pouvons-nous?
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L'attitude |
Non seulement l'âme, mais l'être tout entier participe à la prière. Le corps prie donc aussi. Comment? Par son attitude. Il est convenable d'être à genoux ou debout pour la prière du matin et à genoux parce que cette attitude est plus que toute autre l'expression de la prière; debout parce que c'est là l'attitude libre et respectueuse des enfants de Dieu devant leur Père céleste.
Nous chercherons aussi le lieu approprié. Nous nous mettrons à genoux ou debout devant notre lit, le crucifix, une image de piété, devant la fenêtre ouverte ou dans la direction de l'église. Quand nous prions, la piété du coeur doit s'emparer du corps, déterminer et composer son attitude; de son côté, l'attitude du corps doit exprimer et soutenir la dévotion. Le corps aussi doit prier.
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Le moment |
Par ce choix de l'attitude, il résulte que nous ne ferons pas notre prière du matin et du soir proprement dite quand nous sommes au lit. Sans doute, c'est une très belle et très bonne habitude d'élever vers Dieu ses dernières pensées avant de s'endormir, de chercher un abri auprès de lui, de s'endormir dans ses bras pour ainsi dire. Ce comportement intérieur continue à agir dans le sommeil et nourrit l'âme. Certes, il est bien aussi de diriger vers Dieu ses premières pensées après l'éveil, de lui adresser un salut, un mot d'adoration ou d'abandon, premier acte de la journée, et qui va de soi. Cette habitude est même très bonne. Mais nous réciterons notre prière du matin et du soir proprement dite, et dans la véritable attitude de la prière: Le matin, quand notre toilette est faite, le soir, avant de nous désbabiller. |
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Sauvegarder sa prière |
La prière du matin et du soir court un danger, celle du matin plus que celle du soir. Si tu n'as pas réglé ton réveil pour le moment voulu, si tu ne te lèves pas assez tôt, tu commences ta journée dans la hâte et la bousculade. La prière du matin est écourtée ou supprimée complètement. Le matin est alors profané, pour ainsi dire.
Le soir, la fatigue ou la paresse nous fait souvent perdue le bienfait et le réconfort d'une bonne prière. Mais même quand nous avons le temps, certaines circonstances nous gênent et nous empêchent de prier. Beaucoup n'ont pas leur propre chambre à coucher, d'autres sont dérangés par la radio de la pièce voisine ou par la simple possibilité de voir quelqu'un entrer inopinément. C'est pourquoi il faut bien veiller à sauvegarder sa prière du matin et du soir. On devrait le pouvoir aisément dans une famille chrétienne. C'est un droit essentiel, el qui va de soi, d'avoir le temps et la tranquillité nécessaires pour une prière recueillie du matin et du soir. On ne devrait pas avoir besoin de se cacher pour prier. Les frères et les soeurs, les époux qui dorment l'un près de l'autre doivent s'assurer réciproquement un moment de tranquillité pour la prière. L'un d'eux fait sa toilette pourquoi l'autre ne prierait-il pas pendant ce temps-là? Et quand la soirée d'hiver est avancée, que les petits frères et soeurs sont déjà couchés, que les grands lisent ou écrivent, réunis dans la pièce commune la seule peut-être qui soit chauffée que le père, ou la mère, ou l'un des frères et soeurs désire aller au lit, mais ne veut pas prier dans la chambre à coucher froide, il devrait pouvoir s'agenouiller pour le faire, soutenu par la compréhension des autres qui veilleraient à ne pas le déranger. Dans certains milieux, certaines régions, il en est encore ainsi et n'est-ce pas là un beau spectacle? Dans une telle famille, on peut respirer librement. Il y règne la liberté des enfants de Dieu.
Nous cacherons le sanctuaire de la prière seulement quand nous devrons nous attendre aux piqûres d'aiguille des petites distractions que l'on nous impose intentionnellement, aux grossiers manques d'égards. Si nous n'avons pas d'endroit où nous retirer, la couverture et le « Bonne nuit » qui termine la conversation nous procureront une protection et un abri. Il faut aussi que la prière soit préservée par l'ordre et la discipline personnels nécessaires. Le réveille-matin doit sonner assez tôt pour que la précipitation ne nous dérobe pas la paix d'une prière recueillie. Il faut le soir poser à temps le roman captivant pour ne pas offrir à Dieu, en guise de prière, uniquement quelques pensées dans l'engourdissement du sommeil On doit veiller sur la bonne ambiance de la prière quotidienne.
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La forme de la prière |
Quelle est la forme de ta prière quotidienne? Répètes-tu toujours la même ou varies-tu? Pries-tu avec tes propres paroles ou récites-tu une prière toute faite? En ce cas, te sers-tu parfois d'un livre? Qu'est-ce qui te paraît préférable?
Eh bien! la forme préférable est certainement celle qui te permet de mieux prier. Elle diffère selon les personnes. Prie donc, fais ainsi tes propres expériences et comporte-toi en conséquence. Il est vrai qu'il existe aussi des principes objectifs. Nous les rencontrerons quand nous examinerons la valeur des divers modes de prière. Sans doute le résultat s'accordera-t-il avec tes expériences.
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Prier avec ses propres paroles |
Cette prière a l'avantage d'être généralement plus personnelle, plus proche de la vie, plus authentique, plus recueillie aussi, et venant plus droit du coeur. Elle unit davantage à Dieu. Mais elle a aussi son côté faible. Elle se relâche facilement; la pensée s'appauvrit, s'enferme en d'étroites limites. L'esprit ne trouve pas toujours ce qui est digne de Dieu. La prière se rétrécit volontiers en une demande intéressée et finalement ne sollicite plus que les petites choses de la vie quotidienne... Or ce n'est pas beaucoup...
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Prier avec des formules |
Cette prière est souvent plus grande que nous. Elle nous élève au-dessus de nous-mêmes. Elle nous rend accessibles des pensées, des attitudes, des sentiments dont le coeur, laissé à lui-même, ne serait pas capable. Pense aux prières de la messe dominicale, au Gloria, et surtout au Notre Père! Que la première sollicitation de ton coeur puisse être de demander à Dieu qu'il veille à ce que son nom soit sanctifié une telle idée te serait-elle venue? Voilà qui est vraiment pure adoration!
Par les psaumes et les hymnes, par les prières de l'Eglise et des saints, notre prière, notre pensée reçoivent devant Dieu leurs dimensions, leur contenu, leur richesse, leur grandeur. Nous sortons de notre propre pauvreté, nous apprenons à voir grand quand nous pensons à Dieu, à répondre dans notre prière à ses oeuvres et à sa réalité. Mais la prière au moyen de formules a aussi son côté faible. Elle peut devenir mécanique, impersonnelle, artificielle. On prononce des paroles sans s'attacher intérieurement à leur contenu. Alors la prière se fait creuse et vide. Rien ne se passe entre celui qui prie et Dieu.
Nous le voyons: ces deux modes de prière ont des avantages et des inconvénients. Que ferons-nous donc? Que choisirons-nous? Eh bien! l'une et l'autre. Nous choisirons la prière libre, car la prière doit être personnelle; elle doit présenter à Dieu notre vie et notre destinée personnelles. Il te faut glorifier Dieu avec ce coeur qu'il t'a donné. Mais nous avons tout autant besoin des formules car on ne commence pas à prier comme Robinson qui devait tout inventer par lui-même; bien au contraire, nous pénétrons dans le grand courant de la prière et de ceux qui prient. Nous recevons d'eux le don de leurs expériences, la richesse de leur coeur. Nous prions avec l'Eglise. Il est dit à son sujet: « Tu es la voie des voies. C'est par toi que les millénaires s'acheminent vers Dieu. »
La prière du matin et du soir doit donc toujours en partie être libre et en partie employer des formules, peu importe que nous sachions celles-ci par coeur ou que nous nous servions d'un livre. De même il faut qu'en dehors des formules, une place soit laissée à la prière personnelle dans la prière en famille, soit que l'on y introduise un temps d'arrêt, soit que chacun la fasse suivre d'une prière personnelle quand, après la prière en commun, on s'est souhaité bonne nuit.Pour la réflexion et la conversation: Le contenu de nos prières quotidiennes doit-il varier, ou réciterons-nous toujours la même? De quoi nous entretiendrons-nous matin et soir avec Dieu? Y a-t-il là une règle? un choix valable? une bonne suite de considérations? Réfléchis et discutes-en avant de lire ce qui suit.
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LE MATIN ET LE SOIR - II |
Te souviens-tu encore de notre dernier entretien? Nous avions réservé deux questions. L'une d'elles était celle-ci: Doit-on toujours prier de la même manière le matin et le soir, ou varier? Or, ici, la loi de liberté prévaut d'abord. Que chacun s'en tienne à ce qui lui permet de mieux prier. Les uns ont trouvé une forme de prière par laquelle ils peuvent s'exprimer quotidiennement ou même s'épancher. Bien. Qu'ils en restent donc là. D'autres sont changeants ou complexes, ils ne trouvent pas leur accomplissement dans une seule forme de prière; ils ont besoin de varier pour faire vibrer tantôt tel registre de leur coeur, tantôt tel autre. Certains encore dé pendent de leurs états d'âme sans cesse divers et, pour cette raison, ont besoin de changement. Prie donc tranquillement de la façon qui te permet de prier le mieux. Mais tu aimerais progresser. Tu voudrais te diriger non seulement selon ta propre expérience courte et limitée, selon tes habitudes fortuites, mais t'instruire auprès de personnes expérimentées. Bien. Considérons donc l'Eglise d'abord. Dans l'office de la messe, plus nettement encore dans le bréviaire, une forme claire, toujours la même, s'unit à des changements multiples. Ainsi, elle possède en même temps richesse et ordre. Certaines parties se renouvellent quotidiennement, les psaumes se répètent chaque semaine, d'autres parties varient chaque jour et ne reviennent qu'au bout d'un an, conformément aux grandes périodes de l'année liturgique ou au Propre des saints.
Tu agis de façon analogue quand tu pries chaque jour avec tes propres paroles et que tu termines par une formule de prière qui demeure la même, par exemple le Notre Père et une partie de Prime et de Complies. Ta prière sera plus riche si tu fixes pour chaque jour de la semaine une formule particulière. Par exemple, pour la prière du matin, le lundi: le psaume 18; le mardi: le Gloria; le mercredi: le psaume 148; le jeudi: le Cantique de saint François d'Assise; le vendredi: Ame de Jésus, sanctifiez- moi...; le samedi: Veni, sancte Spriritus; le diman che: un passage de l'Imitation de Jésus-Christ sur les grâces de la communion, ou le Te Deum. Pour le soir aussi, tu trouveras des prières appropriées, par exemple: Jesu dulcis memoria, la deuxième partie de Complies, le psaume 90, 0 Christ, vous êtes la lumière..., l'hymne Te lucis ante terminum, le psaume 22, le Magnificat ( 1 ). Tu trouveras aussi dans teF, livres beaucoup d'autres prières qui te plairont. ( 1 ) On trouvera le texte de ces prières à la page 9. Peut-être es-tu surpris que nous parlions de façon tellement circonstanciée de la prière quotidienne. Mais ces détails ne sont en réalité qu'un peu de discipline analogue aux usages que tu retrouves clans un repas de famille, table mise, Benedicite, mets pris en commun, conversation. La prière a besoin d'un certain rite, sans quoi on ressemble au célibataire qui, au lieu de s'asseoir à table, avale son repas dans un bar.
Voilà pour les formules de prière.
Que dis-tu maintenant de la partie libre? Existe-t-il ici une règle, un ordre, une suite? Une chose est sûre: on ne doit pas commencer par les demandes, mais toujours par l'action de grâce, mieux encore par l'adoration. Dis merci le matin pour la protection de la nuit et le sommeil réparateur. Mieux encore: dis merci pour ce bienfait de connaître Dieu, de pouvoir être à genoux devant lui et le nommer Père. Remercie-le parce qu'il te regarde et t'aime, parce qu'il t'a appelé et t'a donné comme fin sa gloire éternelle. Remercie donc avant tout pour ce qui est saint et grand, adore-le en très profonde humilité et en grande joie à cause de sa sainteté et de son immense amour.
L'action de grâces et l'adoration se transforment alors en don de soi-même. Chaque matin, donne ton coeur à Dieu, donne-toi totalement toi-même. Offre- lui aussi ta journée entière et tout ce que tu fais. Mets-toi pleinement à son service, abandonne-toi complètement à sa sainte volonté. En faisant ce don de toi-même, tu peux t'unir aus si aintsacrifice de la messe, en tout cas au Christ avec qui tu dois toujours rieret vivre. Celui qui se donne à Dieu, en même temps que sa tâche quotidienne, éveille « la bonne intention ». Elle a une force merveilleuse. Elle transforme même la moindre activité terrestre en l'acte le plus louable et le plus noble qui soit: le service et la glorification de Dieu.
Pour que cette « bonne intention » puisse se manifester également dans la réalité, fixe maintenant ton regard sur ta journée.
Réfléchis à ce qui t'arrivera sans doute aujourd'hui, quelles tentations tu devras affronter, quelles occasions te seront données de faire le bien et d'honorer Dieu. Réfléchis devant Dieu, par exemple, à l'attitude tranquille et raisonnable que tu veux garder quand ton professeur ou ton chef d'atelier recommencera à se montrer irritable, à ce que tu diras quand, au repos du déjeuner, certains thèmes seront abordés, à ce que tu apporteras à ton camarade de groupe malade quand tu iras lui rendre visite après ton travail. Organise ainsi d'avance ta journée devant Dieu. Porte en elle le bon esprit qui vit en toi lorsque tu pries. C'est ainsi seulement qu'à la longue tu réussiras à pénétrer ta journée d'esprit chrétien et à t'en rendre maître selon tes meilleures intentions. Si nous tenons compte du regard jeté sur la journée en vue du don de soi-même, nous aurons ensuite une troisième partie: la demande. Tu sais que nous ne pouvons servir Dieu sans son aide. Nous sommes trop faibles et inconstants. C'est pourquoi reconnais devant Dieu ta pauvreté; demande-lui de tout ton coeur et avec humilité de bien vouloir te guider, de t'éclairer et te fortifier par son Saint-Esprit. Présente-lui tes petits désirs, mais demande-lui surtout ce qui est grand et saint: que ta journée tende vers lui, que tout s'accomplisse pour sa gloire, que tu ne consentes à aucun péché, qu'en toutes choses sa sainte volonté soit faite.
Pour finir, recommande-toi à la Mère de Dieu et aux saints, puis va vers ta tâche quotidienne. Action de grâces, don de soi, demande, c'est là un ordre qui convient pour la prière du matin. Grave- le ans ton esprit et essaye d'agir en conformité avec lui. Cet ordre peut être aussi celui de la prière du soir . Mais alors tout prend une nuance un peu différente. L'action de grâces aura surtout en vue les dons reçus dans la journée, terrestres et spirituels: l'amour vigilant de Dieu, ses directives et ses desseins, ses grâces et son secours. L'examen de la journée s'y rattachera en conséquence.Fais comme si tu avais écrit une lettre. La journée est en quelque sorte une lettre adressée à Dieu. Relis-la et prête attention aux fautes que tu as faites, mais demande-toi également si elle a le ton convenable, c'est-à-dire si elle a été vécue dans l'esprit véritable des enfants de Dieu et si tu peux l'offrir à Dieu telle qu'elle est. Relis-la dans tous ses détails depuis le réveil jusqu'au bonsoir et demande-toi ce que Dieu dit de tout cela. Tu apprendras ainsi à mesurer selon les mesures divines. Passer ainsi régulièrement en revue sa journée, c'est "en outre acquérir un gain important quant à l'affirmation de sa personnalité et à ta maîtrise de la vie. Remercie ensuite Dieu pour tout le bien qu'il t'a aidé à réaliser, repens-toi et renonce loyalement à tout ce qui a été mal. Le don de soi, le soir, a aussi une nuance un peu différer. cet un acte de confiance par lequel tu te mets à l'abri en Dieu. Que plus rien ne te sépare de lui. Que tout lui soit livré à découvert. Il doit tour savoir, pénétrer tout de son retard, tout posséder,diriger et gouverner. Ne réserve plus rien pour toi, permets -lui tout, donne-lui tout.
Le - matin, ta demande considérait surtout la journée qui commençait; maintenant elle gagne le large. La jeune fille et la femme accueillent maternellement dans leur coeur les grandes affaires, les grandes souffrances de l'époque et du monde. L'adolescent et l'homme doivent prendre chevaleresquement sur eux dans leur prière les soucis d'autrui et les grandes tâches. La revue commence par les parents et amis, s'amplifie jusqu'à la paroisse et à la profession. Celui qui prie cherche les malades, les abandonnés, les prisonniers, les errants, les hommes tentés et désespérés, et aussi les jeunes familles qui ont besoin de la protection spéciale de Dieu. Il s'arrête près de ceux à qui sont confiées les affaires essentielles: les hommes politiques, les éducateurs, les missionnaires. Il invoque l'Esprit-Saint pour l'Eglise, demande par exemple un renouveau du service de Dieu dans la vie paroissiale, il prie pour les jeunes appelés par la volonté divine à la sainteté dans les Ordres religieux et dans le monde. Il descend jusqu'au purgatoire et présente ainsi tous les besoins du monde devant la face de Dieu. La prière du soir se termine alors par une louange de Dieu, un salut aux saints et le cantique ou le psaume choisi pour ce jour-là. Dis-moi, et si tu essayais immédiatement, ce soir-même? Et si tu mettais ton réveil de façon à pouvoir te comporter demain matin selon nos précédentes réflexions?
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COLLOQUE: « JE NE PEUX PLUS PRIER » |
Il faut que je vous demande quelque chose, mon Père. Je ne sais pas moi-même pourquoi, mais je n'arrive plus à prier.
Explique-toi.
Comment vous dire? Plus rien ne veut venir. Je peux tout au plus faire sortir quelques paroles de ma bouche, mais ce n'est pas ce qui s'appelle prier. Je trouve déjà ennuyeux de m'y mettre. Alors je préfère ne pas le faire du tout.
Où en es-tu de ta foi? Peux-tu croire en Dieu?
Bien sûr. En tout cas, je ne soutiendrais pas que ce que j'ai appris au catéchisme n'est pas vrai.
Mais auparavant tout te paraissait aussi clair que si tu avais regardé à travers une jumelle. Et maintenant, c'est comme si quelqu'un était venu et avait touché à la mise au point. Tout s'est troublé, tout s'est brouillé et on ne voit plus nettement.
Oui, justement, c'est ça. Les vérités de la foi sont pour moi seulement des pensées. Et les prières s'en vont en l'air comme elles peuvent, mais n'aboutissent pas.
Mais si, elles aboutissent... Seulement tu n'as pas le sentiment qu'elles arrivent, que tu invoques quelqu'un et qu'il t'entend. Il faut donc que tu comprennes bien que ton sentiment ne correspond pas à la réalité.
Le plus raisonnable ne serait-il pas alors de laisser pour le moment la prière et d'attendre que tout soit rentré dans l'ordre?
Au premier abord, cela paraît très raison nable. Mais comment sais-tu que les choses rentreront d'elles-mêmes dans l'ordre? Peut-être qu'elles empireront. Et puis, réfléchis un peu comment elles paraissent au regard de Dieu. Jusqu'à présent, tu as eu chaque jour des rapports avec lui. Et voilà que tout à coup tu les romps. Si telle est réellement ton intention, il faut aussi lui dire franchement: « Je n'ai plus aucune envie de vous parler. »
Je ne peux pourtant pas dire ça!
Je ne trouve pas non plus. Tu n'as pas le droit d'oublier que, maintenant aussi, Dieu est présent dans ta sécheresse et ton aridité, qu'il te voit, t'entend et t'airme, le dirige et veille sur toi comme auparavant lorsque tu priais facilement. C'est pourquoi ce serfait vraiment offensant pour lui si maintenant tu cessais tout simplement de prier.
Mais ces balbutiements, ces hésitations ne signifient absolument rien pour lui. Je prie tout au plus avec ma bouche.
Si tu agis ainsi, tu pries aussi avec ta volonté. Et avec ta foi... Et avec ta fidélité... Et avec l'espoir que cela ira mieux plus tard! Pour tout dire, avec ton amour qui se montre précisément dans la persévérance. Penses-tu que tout cela ne signifie rien pour Dieu? qu'il n'attache pas de prix à ton amour?
Mais puisque je n'ai pas d'amour! Justement je n'arrive pas à l'aimer!
Il faut maintenant que je t'explique quelque chose de très important: l'amour pour Dieu n'est pas en premier lieu un sentiment. L'amour est fait de respect et de vénération, en même temps que de l'effort pour s'unir à Dieu. Et l'on peut éveiller en soi l'un et l'autre. Péniblement, peut-être, et dans la sécheresse, mais on le peut toujours.
Et vous croyez que cela a une certaine valeur aux yeux de Dieu?
Cela en a même une toute particulière. Vois- tu, jusqu'à présent, tu t'es laissé bercer joyeusement sur les vagues d'un amour de Dieu qui allait presque de soi. Tu y trouvais bonheur et satisfaction. Mais maintenant, il faut que tu aimes Dieu sans te sentir heureux. Maintenant, il importe de montrer que tu ne cherches pas ton bonheur et ta satisfaction, mais Dieu seul. Jamais on fluent montrer à Dieu son amour avec autant de pureté et de désintéressenquement dans les jours et les semaines de sécheresse.
D'où savez-vous ces choses?
Mon cher ami, tu n'es pas le seul à faire cette expérience. Tous les chrétiens doivent traverser de telles périodes. Elles sont une grande occasion de montrer à Dieu un amour véritablement désintéressé. On ne doit pas se laisser tromper et s'imaginer que Dieu est alors moins présent qu'auparavant. Il en est ici comme dans la nature quand viennent l es jours gris et pluvieux. Tout est couvert de nuages. Mais le soleil est là, exactement aussi réel qu'auparavant. Seulement, il y a des nuages entre toi et lui. Mais ils se dissiperont. Les jours de ta vie religieuse couverts de nuages sombres passeront également et le soleil divin recommencera à luire pour ton bonheur.
C'est une bonne comparaison. Je la retiendrai.
Ta sécheresse actuelle peut encore t'apprendre autre chose: si tu pouvais tellement bien prier auparavant, ce n'était pas ton mérite et ta propre réalisation, mais une grâce de Dieu. Il nous la retire parfois afin que nous sachions que c'était là un don et que, sans sa grâce, nous sommes iauvres, absolument pauvres devant lui. Nous apprenons ainsi à connaître notre vraie situation devant Dieu et nous devenons humbles.
Que ferai-je donc dans la pratique?
Tu continueras simplement à prier et tu ne te soucieras de rien. Tu prononceras oralement tes formules de prière avec ta volonté et ta foi. En même temps, tu diras à Dieu que ce n'est pas ton affaire, mais la sienne. Le pourras-tu?
Oui, je crois. Mais pour les prières personnelles, rien ne me viendra certainement à l'esprit.
Bon, alors dis-le aussi à Dieu. Dis-lui que rien ne te vient à l'esprit et parle-lui ainsi- « Yoyez., mon Dieu, comme je suis pauvre. » Répète-le lui dix, trente fois, comme tu le voudras. Et note-le bien une fois pour toutes: dans les heures sombres, on ne doit jamais cesser de prier; il faut au contraire les utiliser comme une occasion précieuse de mon trer à Dieu l'amour qu'on a pour lui. Tu peux être sûr qu'une telle fidélité a beaucoup de valeur à ses yeux. Un jour, les nuages s'écarteront et le soleil divin recommencera à briller pour toi.
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