| Troisième
Partie- O Verbe Éternel
Je
veux passer ma vie à vous écouter.
La
Maître est là et il t’appelle (1)…
Avec quel empressement Marie, sœur de Lazare et de Marthe,
se rendit à cette invitation ! Je n’ai pas à
faire ce chemin vers Jésus, il est en moi, au plus
profond de moi-même. Et c’est de là qu’il
m’ appelle, afin que j’entende sa voix, afin que
je l’écoute.
Le
Maître m’appelle ; il m’appelle de cette
même voix qui fit sortir du néant l’univers
et ses merveilles, les mondes et leur magnificence.
Apaise,
ô mon âme, apaise en ce moment tous les bruits
qui pourraient te distraire de la Parole. Élève
ton regard vers elle, l’oreille ouverte ; à toutes
les inspirations que l’Esprit du Père et du Fils,
sa Parole, souffle sur toi… Seigneur, me voici, parlez
donc, puisque votre serviteur écoute (2)…
Inclinez mon cœur à la Parole d votre bouche ;
qu’elle tombe sur lui comme une douce rosée..
Les
enfants d’Israël disaient autrefois à Moise
: Parlez-nous et nos vous écouterons ; mais que le
Seigneur, ne nous parle point, de peur que nous ne mourions
(3). Ce n’est pas là
ma prière; mais, au contraire, je vous implore, comme
le prophète Samuel, avec un humble désir, disant
: Parlez, Seigneur, parce que votre serviteur écoute.
Que
Moise ne me parle point, ni aucun des prophètes ; mais
vous plutôt, parlez, Seigneur mon Dieu, vous, la lumière
de tous les prophètes, et l’esprit qui les inspirait.
Sans eux, vous pouvez seul pénétrer pleinement
mon âme de votre vérité; et sans vous,
que pourraient-ils ?
Ils
peuvent prononces des paroles, mais non les rendre efficaces.
Leur langage est sublime ; mais si vous vous taisez, ils n’échauffent
point le cœur. Vous découvrez le sens de la lettre
qu’ils exposent ; vous rompez le sceau qui dérobe
l’intelligence, des mystères qu’ils proposent,
ils ne parlent qu’au dehors ; vous écaliez et
instruisez au-dedans. Ils arrosent extérieurement ;
vous, vous donnez la fécondité, ils frappent
l’oreille ; vous, vous ouvrez l’intelligence.
Parlez-moi
donc, Seigneur ; votre serviteur écoute : Vous avez
les paroles de la vie éternelle
(4). Parlez-moi pour consoler quelque peu mon âme,
pour m’apprendre à réformer ma vie, parlez-moi
pour la louange, la gloire, l’honneur éternel
de vote nom (5).
Seigneur,
vous écouter, vous, la sagesse infinie, vous écouter
au tréfonds de mon âme, n’est-ce pas le
premier devoir de la vie intérieure, et la meilleure
de mes actions de grâces, dans la sainte communion ?
Et
c’est pourquoi, je fais silence, le grand silence des
saints, au-dedans de moi-même. Est-ce trop d’un
tout petit quart d’heure de silence pour écouter
le secret que la Parole me confie ? Chacun ne reçoit-il
pas le sien ?
Reçois, mon âme, la Parole qui T’es dite
aujourd’hui, ce matin. Cache-la en la profondeur de
toi-même, en l’écrin vivant du cœur
qui la conserve pour l’aider à fructifier. Pour
cela, il ne faut que te taire, et t’avancer toujours
davantage en l’impressionnant silence qui fait rencontrer
Dieu, qui unit à lui, qui fonde l’âme en
le cœur de son Dieu.
Ne
résister pas, ô mon âme, à la Parole.
Elle te dire peut-être, de très douces choses.
Peut-être aussi exigera-t-elle tel sacrifice, tel renoncement
? Vas-tu résister à cette Parole dont la puissance
à plu, d’un seul mot, faire sortir du néant
tant de créatures ? Elle qui t’a fait surgir
de cet abîme du rien, te laissera-t-elle, si tu résistes,
à un rien plus misérable encore, celui de ta
volonté propre, source de tos les péchés
?
Parlez-moi,
Seigneur, de même qu’au néant au jour de
la création : faits-vous obéir comme il a su
obéir lui-même. Il s’est dressé
en beauté devant votre face, et vous l’avez comblé
de vos largesse. Faites que mon âme se lève ainsi,
pour trouver son ivresse à demeurer en votre présence
(6). Et ainsi, entre votre être
et le mien s’établira l’entière
compréhension qui fait la plénitude des joies.
Entre vous et moi, il y aura, avec les ineffables causeries,
il y aura les longes moments, de silence de paix, où
s’unissent et communient deux êtres, lorsque,
comme fondus ensemble, ils atteignent à la sphère
où toute parole devient superflue, parce que la Parole
incréée se réalise en une autre parole
créée ; parce que Dieu devient de celui à
qui il parlait, tout en toutes choses
(7). Alors Dieu suffit, enfin…
Seigneur,
parlez, car votre serviteur écoute (8). |